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Rwanda, un génocide colonial, politique et médiatique

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par Mathieu OLIVIER
Université Paris 1 - La Sorbonne - Master de Relations Internationales et Action à là¢â‚¬â„¢Etranger 2013
  

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CONCLUSION

FRANCE ET RWANDA,

DE LA TRADITION À LA POLITIQUE,

UN ECHEC MÉDIATIQUE

Si la prudence est désormais de mise dans toute analyse sur le Rwanda, l'Afrique garde toujours une place à part dans la plupart des journaux français. Une étude du traitement médiatique des événements au Congo ou au Nigeria permettrait de mettre en lumière des analyses encore basées sur les concepts d'ethnies et, parfois, de religion, plutôt que sur la politique.

La conclusion est également valable pour la scène politique. Si Nicolas Sarkozy semble adopter une politique africaine davantage basée sur l'économie, celle-ci semble encore se teinter de néo-colonialisme. Nombre d'experts estiment ainsi que la perte d'influence française en Afrique résulte d'une mauvaise politique de coopération. En effet, la France n'applique toujours pas de politique de co-développement, comme tentent de le faire des pays tel que la Chine. Comme en témoigne le récent sommet de Nice, et la présence de nombre de dictateurs africains, la politique française en Afrique est encore douteuse et pourrait rimer avec clientélisme et famille, même si nous n'en sommes plus aux « grandes heures » de la Françafrique et du « pré carré africain » de De Gaulle.

Mais, si l'Afrique tient une place à part dans les milieux politiques et médiatiques français, c'est d'abord parce que persévèrent des préjugés raciaux et, au mieux, des traditions d'origine coloniale. Cela a permis la continuité des analyses basées sur les caractères ethnistes erronés. Le peu de temps et de place accordé, au sein des journaux français, au continent africain a favorisé les explications appuyées sur ces poncifs d'un autre temps, sans autre forme d'analyse.

Par ce mécanisme, la presse française a permis l'entretien d'un flou grâce auquel un génocide de 800 000 personnes a pu devenir de simples, tragiques certes, affrontements tribaux. Au delà de cette interprétation ethniste, que tous les journaux, à de rares exceptions, reprennent, les enjeux politiques et les liens qui unissaient France et Rwanda ont également joué.

Il est aujourd'hui possible d'analyser l'implication française au Rwanda, en dehors de quelques zones d'ombre bien entretenues, comme l'attentat du 6 avril 1994 ou encore le rôle exact des services secrets. Il est donc également possible d'observer le mécanisme de désinformation mise en place par ce même pouvoir politique français organisé autour de la cellule africaine de l'Elysée principalement - lors de la période de cohabitation, l'opposition ente l'Elysée et Matignon a été facilement visible, néanmoins, il semble que l'Elysée ait gardé la main -.

Cette manoeuvre de désinformation a été des plus observables en ce qui concerne le quotidien Le Monde, dont les liens avec les services secrets ont intoxiqué la ligne éditoriale bien au delà des autres rédactions. C'est à dire bien au delà de simples reprises de poncifs ethnistes et bien au delà en terme de temps. Le Monde a publié des informations fausses et tirées directement des « services de renseignements français » alors même qu'il pouvait disposer, comme l'ont fait d'autres journalistes, d'autres rédactions, de documents attestant de l'implication de l'armée française au Rwanda.

Le Monde, par ce mécanisme, est le symbole de la désinformation orchestrée par la cellule africaine de l'Elysée. Le quotidien de référence français a été le fer de lance médiatique de la manoeuvre d'intoxication de l'exécutif français. Il était donc l'élément incontournable pour toute étude portant sur les médias français et le génocide rwandais car il résume à lui seul toutes les dérives observables. Y avait-il ou non un élément intentionnel dans les « erreurs » de la rédaction ? Chacun pourra se faire une opinion. Une dernière fois, il ne s'agit pas de juger mais bien de décrire des mécanismes qui ont mené à la faillite presque totale d'un système médiatique entier.

Compte tenu de la faible place accordée à l'Afrique dans les journaux et, par conséquent dans l'intérêt du lecteur, le journalisme se doit de faire preuve de prudence, d'intelligence et de professionnalisme pour traiter les questions africaines. Les interprétations ethnistes, religieuses, voire coloniales, bien qu'elles aient l'avantage de faciliter une compréhension pour un lecteur non aguerri, n'ont pas leur place dans une analyse de l'Afrique moderne, dans laquelle les enjeux politiques sont réels.

Le journalisme doit se souvenir que son rôle est également celui d'éducateur de la société. Si l'Afrique a aujourd'hui encore l'image d'un continent en retard économiquement, mais surtout intellectuellement et politiquement, il en est en partie responsable. Si l'opinion a été prête à accepter un génocide en Afrique alors que le mot d'ordre en Europe était « Plus jamais ça », le journalisme en est en partie responsable. Cette étude est là pour le rappeler.

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