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Approche titrologique de l'oeuvre romanesque de Malek Haddad. Cas de :-l'élève et la leçon -le quai aux fleurs ne répond plus

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par Halima Benmerikhi (ép.Bensid)
Hadj Lakhdar- Batna (Algérie) - Magistère en science des textes littéraires 2005
  

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p69 12

B. L'oeuvre romanesque de Malek Haddad et sa place

dans la littérature Algérienne d'expression française.

« Un artiste est un homme, il écrit pour des hommes,

Pour prêtresse du temple, il a la liberté

Pour trépied 1`univers; pour élément la vie;

Pour encens la douleur, l'amour et l`harmonie,

Pour victime son coeur »Alfred De Musset.

Depuis qu'il était adolescent, Malek Haddad rêvait d'une grande fresque romanesque. Lui qui -tel un rat de bibliothèque- passait des journées entières à dévorer les grands chefs-d'oeuvres de la littérature française, anglaise et russe, pouvait-il échapper à sa destinée de poète et de romancier ? Il avait tout pour le devenir : le talent, l'imagination, la sensibilité, l'intelligence et le sérieux; car écrire est un engagement sérieux comme il avait l'habitude de le rappeler à son entourage familial et à ses amis. Une oeuvre romanesque est née sous la plume de Malek Haddad, malheureusement inachevée mais, si attachante quand nous la découvrons et savons bien écouter l'écho des voix profondes, graves caverneuses baignées de rêveries, d'idéalisme et de douleur qui la traversent « les chants désespérés sont les chants les plus beaux »((*)4)

L'oeuvre qui se compose de quatre romans parus en France, au cours de la période 1958 1961, a été traduite en plusieurs langues : arabe, italien, chinois, espagnol, russe; pourtant elle demeure étrangement méconnue par le grand public algérien. En effet, nous avons constaté que la plupart des lycéens que nous avons interrogés au sujet de Malek Haddad, ne le connaissaient pas et étaient incapables de citer rien qu'un seul de ses romans! Trois d'entre ces romans ont pour cadre la France et des villes où Malek Haddad a vécu, avec une préférence pour Paris. Seul son premier roman  La Dernière Impression  paru en 1958 se situe en Algérie (voir le tableau ci-dessous). Ce dernier fut interdit de diffusion en Algérie sur ordre du général Massu, étant donné qu'il contenait «  des écrits considérés comme étant de nature à nuire au rétablissement de l'ordre et à la sauvegarde du territoire de l'Algérie » ((*)5) Ce roman fut le premier roman algérien à traiter de manière directe de la guerre de libération nationale. Dans l'ensemble, toute la fresque romanesque de Malek Haddad est imprégnée d'un quotidien blessant : la guerre, les amours déçues, le mal du pays et la solitude.

Oeuvre romanesque

Contexte

socio-historique

La femme

aimée

Le héros du roman

Villes

La dernière impression

La guerre

Lucia

Said, ingénieur

Constantine

Je t'offrirai une gazelle

//

Gisèle Duroc

Un écrivain

(Sans nom)

Paris/Le Sud

Algérien

L'élève et la leçon

//

Germaine + Sâadia

Dr.Salah Idir

Paris/Constantine

Le quai aux Fleurs ne répond

//

Ourida +

Monique

Un écrivain

khaled Bentobal

Paris/Aix-en Provence

L'une des ambitions de l'auteur était de faire entendre à la communauté internationale, la voix d'un peuple moribond qui refusait d'être écrasé et espérait un monde nouveau, et une vie nouvelle.

Il nous faut signaler, que l'oeuvre de Malek Haddad est enseignée partout dans le monde. A l'université de Princeton dans le New Jersey, par exemple elle apparaît dans le programme d'études de littérature maghrébine « Littérature et Colonialisme ».((*)6) Cette oeuvre marquée par l'omniprésence de l'école, demeure paradoxalement absente du programme d'enseignement algérien.

La lecture des quatre romans, révèle des traits frappants; l'écriture sur les mêmes thèmes: le sens du bonheur et l'engagement, l'amour de la patrie, l'exil, Dieu, la mort, l'amitié.

On peut aussi lire, l'affrontement entre un passé rassurant avec ses beaux souvenirs et un présent dramatique en raison de la colonisation et de ses conséquences.

L'oeuvre romanesque de Malek Haddad rappelle beaucoup le terroir, les racines réelles et l'Algérie profonde. Il y évoque la magie du désert comme dans  Je t'offrirai une gazelle, le maître et le disciple dans L'Elève et la leçon, Constantine dans  La Dernière Impression, le Chikh Benbadis, le pont de Sidi-Rached, le Djebel-Ouahch et la galette dans  Le Quai aux Feurs ne répond plus; des symboles d'une culture fossilisée et bafouée par l'ordre établi.

D'autre part, l'oeuvre de cet écrivain se caractérise par la présence permanente de deux femmes complètement différentes:I'algérienne et la française. Par exemple, dans  L'Elève et la 1eçon, Il y a Germaine et Sâadia, dans Le quai aux Fleurs ne répond plus » Monique et Ourida, alors qu'il n'y a qu'une seule femme dans  La Dernière Impression  qui est Lucia et dans «Je t'offrirai une gazelle » Gisèle Duroc. Aussi le héros de Haddad est-il toujours déchiré entre sa bien-aimée et sa patrie. Comme c'est le cas de Khaled Ben Tobal dans  Le quai aux Fleurs ne répond plus, Said dans  La Dernière impression, l'écrivain dans  Je t'offrirai une gazelle et Dr Idir dans L'élève et la leçon.

L'explication à ce déchirement serait-selon les critiques- souvent lié au propre vécu de Malek Haddad. Ce dernier fut écartelé entre deux langues : le français et l'Arabe, deux cultures : culture d'origine et culture imposée et deux modes de vie algérien et européen.

II ne faut pas omettre, que malgré l'atmosphère grave et pessimiste qui ronge les quatre romans, il s'échappe de temps à autre une note d'espérance faisant survivre les coeurs et illuminant les visages par un sourire. « L'espoir est la manière de nier les imbéciles et l'imbécillité  (........) L'espoir est une autodéfense »(7) « Tu es sot de ne pas sourire »(8) aimait à nous rappeler l'auteur.

16

Dans la littérature algérienne d'expression française, Malek Haddad a longtemps été considéré comme le créateur d'un style de roman appelé « poétique ». Son oeuvre romanesque est classée dans, ce que Jean Déjeux nomme « La Littérature de combat »; orientée contre la présence européenne durant la période 1958 à 1968. Ce dernier estime que Malek Haddad est un véritable témoin de sa société et de son temps. Ceci nous pousse à le qualifier d'écrivain engagé. Il est à signaler, que dans l'anthologie de Jean Déjeux, il est tout de même malheureux de constater l'existence d'à peine quelques lignes sur Malek Haddad.

De son côté l'essayiste Christiane Achour le fit figurer dans la liste des auteurs dits « Porte-Parole de l'émigration » et déclare que «  Cet auteur ne consacre pas un roman à l'émigration, mais elle intervient par touches dans le cours de la vie de ses personnages, car elle est bien une réalité constante de la vie algérienne (...) dans la Dernière Impression nous avons une image fugitive d'émigré : Saïd, venu à Aix-en-Provence »(09)

____________

(7). Malek, Haddad, L'élève et la leçon, U.G.E, Paris, 1973, p.49

(8). Malek, Haddad, Le quai aux Fleurs ne répond plus, U.G.E, Paris, 1982, p.78

(9) Christiane, Achour, Anthologie de littérature d'expression française,

E.N.A.P/Bordas, Paris, 1990, p78

17

Bien qu'elle note la sincérité se dégageant de l'oeuvre littéraire de Malek Haddad, nous nous sommes demandée pour quelle raison l'oeuvre poétique mordante de cet auteur ne figure pas dans le chapitre trois de son anthologie « Rime au poing ».Il ne faut pas oublier, que Haddad a été d'abord un poète de qualité ainsi que l'a reconnu Louis Aragon.

Selon l'expression de Ghani Merrad, l'oeuvre de Malek Haddad est :

« Une Quête du Moi-pensant-sentant-agissant, d'où un retour aux racines pour marquer l'opposition a l'Autre (le colonisateur). Il s'agit d'un simple cheminement a travers l'histoire et la sociologie pour redécouvrir le tronc commun symbolisant le groupe, tronc-caché par les diverses greffes imposées par les vicissitudes historiques»((*)10).

On dit de l'oeuvre en général qu'elle est riche de renseignements et d'enseignements aux plans littéraire, sociologique, historique et politique. Nous sommes de cet avis, surtout que les romans de Malek Haddad ont fait époque. Pour la jeune génération, elle pourrait être aujourd'hui, comme un document sur un moment donné de l'Histoire où le temps semblait arrêté et les évènements violents.

Pour l'auteur critique soviétique Irina Nikiforova l'oeuvre romanesque de notre écrivain

« Peut servir d'exemple. De brusque changement caractérise le roman algérien de la période de la guerre d'indépendance, changement qui concerne non seulement la problématique mais l'expression artistique »((*)11)

Pour sa part, René Lacote ((*)12) la qualifie «...d'admirable » et le poète Nourredine Aba pense que notre écrivain possède

« Des dons réels »((*)13). Signalons, que Malek Haddad confessait un jour « J'ai choisi le roman comme un poète peut le choisir, pour la musique et la suggestion du verbe... »((*)14) A. Wurmser a aussi souligné « la préciosité et la luxuriante poétique »((*)15) présentes dans ses romans. Quant à Charle Bonn il fait remarquer que Malek Haddad habitait :

« la tragédie de son acculturation d'intellectuel colonisé comme Khaled BenTobal, dans Le Quai aux Fleurs ne répond plus, entre son univers culturel d'écrivain et ses racines profondes constantinoises ».((*)16)

Albert Memmi conclut que l'homme apparaît comme « un être extrême lucide en même temps que généreux, tolérant et sensible ».((*)17)

Quoiqu'on en dise, nous pensons que la fresque romanesque de Malek Haddad est un hymne à la Patrie. Elle nous apprend à être fiers de notre Algérienneté où que nous soyons, sans pour autant hair ceux qui sont différents de nous. N'a-t-il pas écrit « personne n'a le droit de se sentir orphelin ou bâtard quand il se sent Algérien »((*)18), et il ajoute « L'Algérie est ma mère »((*)19).

A travers ses romans, nous découvrons un homme simple, sincère et honnête, croyant à I'égalité entre les peuples du monde. Pour lui l'Algérie n'est pas mineure. C'est un pays plein de richesses. Ecoutons-le :

« Je ne préjuge pas de cet instant où la France pourrait devenir la soeur de ma mère. Une soeur ni aînée, ni cadette, ni plus riche, ni plus pauvre, ni plus bête ni plus intelligente. Je ne préjuge pas, moi Khaled Ben Tobal, homme de coeur et de petite dimension, que ma mère puisse écrire à sa soeur de ses cartes postales dont la simplicité m'émerveille, avec des mots qui se disent en arabe et en français : Bons baisers, tout va bien...Entre ta mère et la mienne, il n'y a pas de sang commun, mais du sang en commun.

A mon sens, elles ne devraient pas être que de simples belles-soeurs.

A mon sens............

Mais je veux, moi Khaled Ben Tobal, homme de coeur et de petite dimension, que ma mère sente les fleurs d'orange, comme la tienne la lavande, souveraine, totalement souveraine dans sa cuisine. Mais je veux que ta mère dise qu'elle a beaucoup de choses à apprendre de la mienne et que ma mère a plus souffert de la tienne que la tienne de la mienne... ».((*)20)

Un passage très significatif, a notre sens, qui résume les convictions profondes de l'auteur et qui sont peut être : l'humanisme et la fraternité au-delà des différences entre les peuples.

Nous concluons, que l'oeuvre romanesque de Malek Haddad tient une petite place au sein du royaume de la littérature algérienne d'expression française. Seulement elle attend encore des universitaires curieux et passionnés par ses qualités et non par sa quantité. Elle attend aussi un travail de synthèse sur l'imaginaire de son créateur. A ce jour, l' oeuvre de l'écrivain demeure un terrain vierge. Peu de travaux lui ont, en effet, été consacrés.

Auteur

Intitulé

Diplôme

Soutenue

Années soutenance

Jamel Ali-

Khodja

L'itinéraire de Malek Haddad:

Témoignage et proposition

D3

Aix-en-Provence

1981

Tahar Bekri

Pour une poétique de la littérature Maghrébine d'expression française.

Recherches sur l'oeuvre romanesque

de Malek Haddad.

D3

Paris 3

1981

Abdelaziz

Bechiri

La contestation dans « L`élève et la leçon » de Malek Haddad

Magister

Université de Constantine

1995

Mahdia

Benguessmia

Le royaume de l'exil chez Malek Haddad et l'Exil et le Royaume d'Albert Camus.

TDE

Annaba

Non soutenu((*)21)

Le cas de Malek Haddad offre un exemple privilégié des mutations qui peuvent bouleverser le cours d'une destiné littéraire. Après un début fracassant, cet écrivain reste a ce jour marginal, ignoré du grand lectorat algérien, considéré avec méfiance et condescendance.

Dans ses quatre romans, il a donné le meilleur de lui-même, tout en essayant d'être fidèle à son Algérie. Dans le tourbillon de l'exil il chercha ses racines, « il était algérien parce qu'il se savait algérien. Il était Algérien parce qu'il était Algérien »((*)22) nous confie t-il dans son roman Le Quai aux Fleurs ne répond plus. Il voulait être humain, en s'adressant à ses semblables et leur rappelle qu' « il n'est rien d'être un homme. Rien absolument rien. Mais, être humain, voilà le plus difficile, voilà l'essentiel. » ((*)23)

Sa fresque romanesque, par les interrogations qu'elle pose, ainsi que par les solutions inachevées qu'elle apporte, nécessite davantage de profondeur dans l'analyse, afin de découvrir ses qualités ignorées.

Malek Haddad confia un jour à son neveu Jamel Ali-khodja «... personne ne m'a compris ...»(24).C'était à l'université d'Alger, après la fin d'une conférence donnée par un des professeurs et qui avait pour sujet l'oeuvre de notre écrivain.

C. Le drame de la langue chez Malek Haddad

« Je suis en exil dans la langue française, car personnellement mon coeur et mon stylo sont sollicités par une seule nostalgie : la langue qu'on parle dans ce que j'appelle avec une triste obstination : La Rue des Arabes ».

Malek Haddad.

Dans l'oeuvre littéraire de Malek Haddad, la plupart des critiques ont noté l'omniprésence de ce que l'auteur lui-même appelle « Le drame de la langue ». Drame, tragédie sont des termes à notre sens, très proches et greffent dans l'âme de notre auteur un malaise et une souffrance insupportables. Après l'indépendance, le silence de Haddad était la conséquence d'un malaise insupportable. Mais a quelle époque remonte ce drame? Quelle est la position de Malek Haddad vis-à-vis de la langue française et de la littérature a1gérienne de langue française? A-t-il raison de se sentir, exilé en son sein? Y- a t- il une explication à ce drame linguistique?

Pendant l'été 1961 Malek Haddad reçut une invitation de la part du ministère syrien de la Culture et de l'Orientation Nationale, afin de parler de la littérature algérienne. Il donna deux conférences devant un public arabe, composé de grands penseurs et d'écrivains de talent.

23

L'intitulé de la première conférence étais « Grandeur et misère de la littérature Algérienne de langue française » et la deuxième « L'écrivain Algérien devant le problème de la liberté ».

Au cours de ses interventions, Haddad exprima sa position au sujet de la langue française et son malaise et sa déchirure apparaissaient sur son visage et dans le timbre de sa voix. Il avait exprimé sa désolation de ne pas pouvoir parler en langue arabe, qu'il ne maîtrisait pas.

Peiné devant la douleur d'un frère algérien, le poète syrien Soulayman El-Aissa composa un poème((*)25) qu'il dédia à Malek Haddad. En voici un extrait traduit en français par nous même et que nous ferons suivre de la version arabe, pour plus d'authenticité et pour que le poème ne perde pas son âme :

J'écrirai de toi, avec la braise.

ÓßÊÈ Úäß ÈÇáÌãÑ

J'écrirai de toi, en langue arabe assoiffée de vengeance.

ÓßÊÈ Úäß ÈÇáÚÑÈíÉ ÇáÚØÔì Åáì ÇáËÑ

J'écrirai pour toi « Malek ».

ÓßÊÈ áß íÇ " ãÇáß "

je me précipiterai avec de verdoyantes lettres toute la soif de tes espoirs.

ÓÚÌá ÈÇáÍÑæ ÇáÎÖÑ ßá ÚØÇÔ ÂãÇáß

j'écrirai de toi, un hymne vibrant avec les lettres coraniques dans les Aurès.

ÓßÊÈ Úäß äÔæÏÉ ÊÑä ÈÍÑ ÇáÞÑÂä ÈÇáæÑÇÓ.

j'écrirai de toi, pas de tristesse, pas de souffrance, pas d'exil

ÓßÊÈ Úäß áÇ ÍÒä áÇ áã áÇ ãäì.

Bien qu'orfèvre dans cette langue, Haddad déclarait être, ainsi que ses lectures «en exil » dans la langue française. Courageusement, il avoua qu'en tant qu'arabe écrivant pour des arabes, il ne pouvait le faire qu'en français

«Je suis incapable de raconter en arabe ce que je sens en arabe »((*)26) plus loin il ajoute « J'ai songé a ce lecteur idéal, à ce fellah aujourd'hui occupé à d'autre besogne, à ce fellah qui ne me lit pas et pour lequel j'écris, ce fellah d'amour, de colère et de démesure que la nuit coloniale frappe de la plus atroce des cécités : L'Analphabétisme »((*)27) 

Donc, pour Malek Haddad le « Drame de la langue » est essentiellement celui de la communication avec son peuple. Etre coupé de ce dernier était pour lui sa hantise, son exil intérieur. En fait, c'est un double exil se situant dans la langue française et la langue arabe qui est ressenti tragiquement chez lui. A cet égard, ses personnages sont des intellectuels frustrés et tourmentés, qui se sentent surtout exilés au milieu des leurs et séparés d'eux par la barrière de la langue.

Sur le plan littéraire, la langue utilisée n'est pas en soi un choix idéologique mais plutôt une arme à utiliser en effet, il déclare

«... elle est devenue un instrument redoutable de libération. C'est en français que j'ai prononcé la première fois le mot Indépendance »((*)28)

Haddad estime, qu'outre le fait qu'il a été formé dans la langue française, il n'a jamais cessé de clamer qu'elle n'est pas neutre puisqu'elle véhicule la culture du colonisateur.

Nous pensons que sur ce point, l'auteur a tout à fait raison, car une langue n'est jamais neutre, elle raconte obligatoirement la culture et l'histoire du peuple qui l'a vu naître et la faite prospérer. Si le français privilégie les zones d'influences de la culture française, l'Arabe véhicule nécessairement les valeurs et la culture arabo-musulmane. En ce sens, pour Malek Haddad on ne parle pas une langue, on la pense, on la vit. Elle détermine et élabore des formes de sensibilité spécifique.

«Le mot Automne, précise l'auteur, n'a pas la même musicalité, le même contenu en français, en arabe ou en chinois ».((*)29)

Nous comprenons par-là, que chaque langue exige un comportement précis. Aussi Malek Haddad dénonce le fait d'avoir été expulsé de sa propre langue, étant donné que la colonisation française avait toujours relégué au dernier plan la langue arabe et l'avait sur plantée par le français. L'écrivain tient à nous préciser :

« Je crois que nous sommes condamnés à la langue française à perpétuité (...). Nos amis français s'inquiètent dès que nous abordons le problème de la langue française (..). Ils ont raison, elle est si belle. Je suis sur que cette inquiétude leur fera mieux comprendre notre attachement et la nostalgie que nous avons pour notre langue maternelle perdue et que les générations qui lèvent ont le devoir de retrouver». (30)

Haddad  reconnaît la beauté de la langue française et son attirance.

Nous croyons sérieusement qu'au delà de son déracinement et du malaise ressenti vis à vis de la langue de Molière, il est conscient de cette impossibilité de rester monolingue, dans un monde si grand et ou le plurilinguisme demeure inévitable. il nous confie

« La langue française qu'on le veuille ou non, qu'on l'admette ou non, fait désormais partie de notre patrimoine national »((*)31)

II ajoute « la langue française m'a donné mes premières émotions littéraires, a permis la réalisation de ma vocation professionnelle. Il m'est un devoir agréable de la saluer »((*)32) En ce qui concerne sa position vis-à-vis de la littérature a1gérienne de langue française, il parait pessimiste et pense qu'elle n'a pas d'avenir. II qualifie les écrivains de langue française de « Bâtards et princes de bâtards ».

D'après J.E.Bencheikh c'était dans le but de faire ressortir « l'ambiguïté dénaturante qui pèse sur leur oeuvre et trouve sa cause dans le problème linguistique ».((*)33) Par ailleurs, Haddad pense que les écrivains algériens de langue française restent « des 1eçons. Je crois que nous sommes et serons des exemples typiques du gâchis et de l'aberration coloniale »((*)34) Tout simplement, car ils écrivent dans la langue de l'ennemi et lui ressent cela comme une trahison vis-à-vis de ces siens.

Discrètement, après l'indépendance, Haddad décide de se taire et cela n'a pas eu l'adhésion d'un bon nombre d'écrivains .II faut savoir qu'il fut écarté par l'idéologie délirante de l'époque (1962-1965). Contraint au chômage, il vécut dans le dénuement et pour survivre, il travailla pour la R.T.A et la générosité de ses amis l'aida à supporter cette dure étape de sa vie.

Nous estimons que la position de Malek Haddad est contradictoire. Tantôt, il semble déchirer par son utilisation de la langue française, comme outil d'expression, tantôt il la loue.

Son rapport à la langue française nous semble ambigu. Ce qui est confirmé par Rachida Simon dans sa thèse « ...Le rapport à une langue autre, tel qu'il est vécu par ces écrivains (de langue française) occupe de manière symptomatique l'espace de leurs oeuvres et situe leur écriture dans une zone ambiguë, entre attirance et répulsion, parfois entre amour et haine et qui tourmente leur parole. »((*)35)

Oui, la parole de Malek Haddad auteur d'expression française, est celle d'un homme tiraillé entre deux pôles; Le Maghreb et l'Europe, deux langues, deux cultures, deux façons de penser. Situation conflictuelle lourde de drames. N'a-t-il pas confié à ses lecteurs par la voix de l'un de ses personnages « L'histoire a voulu que j'ai été a cheval sur deux époques, sur deux civilisations ».((*)36)

L'auteur a conscience de son acculturation et il se doit d'assumer sa double appartenance. Il se peut qu'il éprouve de la culpabilité envers sa patrie. Ecrivant en français, il ressent cela comme une trahison. Il l'avoue dans son roman Le quai aux Fleurs ne répond plus :

« Dans les romans, on améliore. On embellit. On triche. En fin de compte, c'est une manière de s'excuser »((*)37)

Dans ce même roman, il nous livre son angoisse et sa peur pour son avenir d'auteur s'exprimant dans la langue du colonisateur. En empruntant la voix d'un journaliste Suisse, il s'interroge «  D'après vous quelle place aura la langue française dans l'Algérie de demain? »((*)38).

Nadjet Khadda nous explique que cette culpabilité relève de l'ordre, du pouvoir. « On a mis en demeure les gens de langue française de s'expliquer. Les écrivains ont été acculés à une position défensive. Aujourd'hui la culpabilisation vient du pouvoir au nom de l'unicité, de l'unité de pensée, d'une certaine conception de la pensée».((*)39)

Le sentiment de culpabilité((*)40) a été le sujet de réflexion de la part de nombreux philosophes et psychologues. Pour Freud, par exemple, la culpabilité est un thème « embrouillé » c'est pour cette raison qu'il s'est contenté d'en relever l'existence en littérature (son étude sur Dostoïevski) dans les mythes, la religion, l'art, et d'affirmer que nous sommes tous coupables.

Pour lui, la culpabilité n'est ni bonne, ni mauvaise, c'est la source qui l'alimente qui la rend destructrice ou non. Il estime que le sentiment de culpabilité est ambivalent: il peut être morbide et naître du refoulement, mais aussi être sain, valable et moral, s'il est l'expression de ce (je) qui est en nous et qui exerce un véritable pouvoir d'examen, de jugement. II n'existe pas, pour Freud, de moyen direct de combattre la culpabilité. On peut seulement en faire progressivement un sentiment conscient. Pour ce qui concerne Malek Haddad, nous pensons qu'il s'est senti coupable devant son ignorance de la langue arabe et cet état de fait était, en quelque sorte, la source qui alimentait sa culpabilité refoulée. Petit à petit, cette dernière s'est transformée en une vraie force destructive. Elle a réussi à le forcer à garder le silence et cela juste après l'indépendance de l'Algérie.

Pour Alfred Adler, la culpabilité est liée au sentiment d'infériorité qui nous habite tous, et au désir de tout-puissance compensatoire.

Nous pensons que cela peut s'appliquer dans le cas de Malek Haddad car à travers divers articles et conférences, il laisse croire que tous les auteurs s'exprimant tel que lui en français n'ont pas d'avenir et qu'ils vont disparaître tôt ou tard. Affirmation, que nous jugeons, hâtive! et ne provenant probablement, que d'un sentiment d'infériorité par rapport aux auteurs de langue arabe.

L'avis de Jacque Lacan est différent de celui d'Adler .1l attache la culpabilité au désir. D'après lui, le sujet se sent coupable toutes les fois ou il en vient à « Céder sur un désir ». Pour nous, i1 est possible, que Malek Haddad ait éprouvé ce sentiment, chaque fois qu'il était pris par le besoin urgent de s'exprimer en français au lieu de le faire en langue arabe. Lacan ajoute que la culpabilité est l'expression du manque, le « signifiant » de la finitude, et notre auteur algérien avait reconnu, à maintes reprises, sa non-maîtrise de la langue arabe.

C.G.Jung préfère parler de culpabilité vis -à- vis de soi, du refus de s'accepter soi-même. Quelque part, la culpabilité de Haddad est ressentie, d'abord envers lui même, d'où sa grande nostalgie pour l'arabe. Ensuite, elle est suivie par un refus de s'accepter en tant qu'auteur algérien d'expression française. Situation peu confortable pour un auteur qui ne vivait que pour écrire et pour vibrer avec les mots de cette dernière.

Pour Lewis Engel et Tom Ferguson, psychologues, c'est l'altruisme excessif et mal dirigé qui est la source de la culpabilité.

30

Nous avons tous, selon eux, un besoin inné de venir en aide aux autres, une tendance à être sauveteur. Un enfant peut se rendre malheureux par empathie avec ses parents qu'il voit tristes. Il se sent, il se croit responsable de ce qui leur arrive (maladie, Conflits...) et se croit obliger de les aider et n'y arrivant pas, il culpabilise. La formule : pas capable/coupable se vérifie aussi pour les adultes dans la vie quotidienne, et elle fonctionne aussi en sens inverse coupable/pas -capable. Expliquons-la: quand une personne ne se sent pas capable de faire quelque chose, elle se sent coupable de son incapacité. Inversement lorsqu'elle se sent coupable, cela la rend souvent incapable d'agir. Ceci ressemble, nous le pensons au cas de notre auteur. Il se sent coupable, car il sait qu'il est incapable d'écrire en langue arabe.

Du côté des philosophes, Henry Bergson, penseur spiritualiste, tient à signaler que la liberté est l'accord d'une conscience avec ses actes, et la culpabilité est le rapport des actes à la conscience. Le souvenir de la chute est ce qu'il y a de plus ancien dans l'humanité. L'acte d'écrire en français contredit peut être la conscience de Malek Haddad, qui estime qu'un algérien devrait automatiquement écrire en arabe.

Mais le penseur catholique Jean Guitton parle de la culpabilité de ce qu'il nomme «L'inachevé» en nous, du relatif, du non-épanouissement, voire de la trahison de soi, de ses convictions, de sa vocation.

II ajoute que pour certains même c'est un désir de toute-puissance qui les culpabilise, car c'est toujours plus difficile d'accepter la réalité de leur finitude que l'imaginaire de leur toute-puissance.

31

La nostalgie de la langue arabe est pour Malek Haddad une position de force donc d'identification et l'incapacité de rédiger dans cette langue est une finitude, dure à accepter.

Pour sa part, Paul Ricoeur, le philosophe protestant, auteur de Finitude et Culpabilité, distingue la culpabilité réelle et la culpabilité irréelle et fait remarquer qu'il y a quelque chose en nous «  le péché originel »  qui toujours précède la défaillance individuelle. En ce sens, il est probable que Haddad conçoive la langue par laquelle il s'exprime comme un péché .Le terme « Bâtards » qu'il a utilisé dans l'une de ses conférences, pour qualifier les auteurs d'expression française, nous pousse directement à penser à l'idée de « péché ».

Il est vrai que Malek Haddad a exprimé honnêtement son sentiment de déchirure linguistique mais nous trouvons qu'il a le mérite de nous avoir éclairés, très tôt, sur une vraie situation de bilinguisme ou de plurilinguisme.

II nous a aussi averti -pendant une période où l'Algérie se cherchait et se construisait -qu'une langue est un être vivant en perpétuel développement et qui peut influencer ou changer les mentalités de ses utilisateurs.

«Le plurilinguisme linguistique je crois, est tout ce qu'il y a de plus naturel. Partout, il n'y a pas un seul pays qui soit monolingue» déclare Najet Khadda dans un de ses articles sur ce problème. ((*)41)

En somme, Malek Haddad nous a révélé l'existence d'une situation d'aliénation tristement vécue par lui, et nous le considérons comme l'initiateur d'un débat sur les langues, qui commença une année avant l'indépendance.

La question de la langue dans la littérature a été et demeure une question délicate en Algérie et au Maghreb. Et la polémique n'est pas prête de finir .Il semble même qu'elle s'aiguise.

Nous pensons que ce débat sur les langues, en Algérie et ailleurs, restera stérile tant que la passion l'emportera sur une réflexion mure et objective. Il n'y a qu'à se rappeler les événements qui ont marqué le pays depuis le drame de Malek Haddad. La question de la langue chez Malek Haddad, a réveillé en nous une série d'interrogations auxquelles, nous ne sommes pas prêts de trouver une réponse. Nous préférons laisser cela aux sociolinguistes et aux psycholinguistiques. Ecrire dans la langue de l'autre implique t-il de se perdre soi-même ? Est-on moins algérien moins nationaliste parce qu'on s'exprime en français plutôt qu'en arabe?

D'un autre côté, on ne s'exprimant pas dans la langue maternelle, peut on réellement parler et toucher son peuple? Peut-on exprimer 1'ame des gens dans la langue qui n'est pas la leur ? Pour cette dernière question nous osons dire oui et Malek Haddad en est la preuve avec tant d'autres écrivains algériens d'expression française comme : Mohamed Dib, Kateb Yacine, Mouloud Féraoun, Henri Kréa.

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Chapitre 2

Eléments sémiologiques

pour une approche titrologique

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1. Aperçu historique sur la titrologie

Depuis l'avènement de la sémiologie, celle-ci s'est largement intéressée au titre dans les oeuvres littéraires. Le titre est un signe linguistique permettant d'approcher n'importe quel texte littéraire, dans le but de l'interpréter et de le connoter. Pour la plupart des sémiologues, ce petit élément représente une clé pour pénétrer dans l'univers complexe du texte.

Saussure a eu le mérite de nous rappeler, que la langue est un système de signes traduisant les pensées de l'homme. Il insiste sur le fait que le signe se compose de deux éléments nécessaires; le signifiant et le signifié. De son côte, Peirce a introduit la logique dans le domaine de la sémiotique en divisant le signe en trois catégories : le symbole, l'indice et l'icône.

Il considérait le signe linguistique comme une entité symbolique. Avec les travaux de R. Barthes, la sémiologie s'est vue élargie pour porter le nom de la sémiologie de la signification. Elle s'intéressait aux interprétations du signifié.

Nous pensons, qu'à travers le temps, le développement de la sémiotique, devait tôt ou tard donner naissance à cette nouvelle discipline qu'on appelle  La titrologie.

L'étude du titre pose avec plus d'acuité des problèmes inhérents à toute analyse littéraire. Le titre comme tout énoncé publicitaire, doit se distinguer de la masse des écrits. S'il est vrai que cela vaut également pour le roman, le nombre de sèmes limités du titre donne lieu à une précipitation de cette originalité. En fait, cette brièveté fait également écho à une pauvreté théorique, puisqu'il faut attendre après 1970 pour que des théories descriptives soient développées, entre autres par des sémioticiens tels que Léo Hoek et Gérard Genette et des sociocritiques comme Claude Duchet et Charles Grivel.

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Dans Pour une sémiotique du titre, Hoek posait en 1973 les premiers jalons d'une théorie qui rendait compte de la relation entre le titre et le roman. Puis en 1983, il fait paraître un important ouvrage sur un modèle de lecture du titre qui s'intitule La Marque du titre : Dispositifs sémiotiques d'une pratique textuelle. Ce dernier reste de nos jours une référence intéressante pour l'initiation à la titrologie. En 1972, Genette publie Figures III où il s'intéresse pour la première fois au titre et en 1987 avec son ouvrage Seuils, il traite le sujet du titre à travers son étude des seuils ou des incipits de romans. Il a pu démontrer le rôle du paratexte dans l'explication et la lecture des titres.

Du côté des sociocritiques, Duchet fait paraître en 1973 un article important s'intitulant  Eléments de titrologie Romanesque  où il attire l'attention sur la codification du titre, qui selon lui est double : social et littéraire. Quant à Grivel, en 1973, avec son ouvrage La production de l'intérêt romanesque, il emprunte à Hoek les quatre fonctions du titre : identificationnelle illocutoire, perlocutoire et contractuelle.

Par la suite, plusieurs noms tels que : Roland Barthes, Maurice Mouillaud , Teun.A.Van Dijk, Jean Ricardou, Richard Sawyer, François Furet, I. Mardh se sont intéressés au titre et à son rôle pour approcher le discours romanesque. Ils se sont même intéressés aux titres journalistiques, qui représentent beaucoup de similitudes avec les titres romanesques, comme les travaux de Mardh en 1980.

En somme, il nous est fort difficile de réaliser cet aperçu historique sur une jeune discipline qui a à peine la trentaine. Les ouvrages théoriques sont rares et introuvables. Mais ne choquons pas les mentalités, disons plutôt que la brièveté de cet aperçu relève de celle du titre.

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2. Qu'est ce qu'un titre?

 Il faut commencer l'étude du texte par celle de son titre 

L.H.Hoek(4(*)2).

Les détails de la vie ne nous paraissent souvent petits et insignifiants que parce qu'on les observe de trop loin, ou de très haut. Une fois changé le point de vue, le sens se trouve également déplacé. Il en va ainsi, par exemple, de l'importance accordée, ou non, par le lecteur au titre d'un texte, quel qu'il soit, poème ou prose, partie ou tout, littéraire ou pas. Le rapport que nous entretenons dans tous les aspects de notre vie avec le nom, le titre, est essentiel et incontournable. Il s'agit d'une facette de notre quotidien et d'un aspect du langage qui confinent parfois au déterminisme : le nom agit sur la chose. Ne faisons-nous jamais rien que nommer les choses de notre vie? Un objet existe-t-il s'il n'est pas nommé?

Il faut comprendre en littérature, le titre comme faisant partie intégrante, indissociable du texte. Il est bien plus qu'une adjonction au texte, élément marginal qui serait englobé dans les manifestations du paratexte. Vu son importance, on lui prête plusieurs fonctions sémiotiques. Mais n'est-il pas utile de définir ce qu'est un titre?

Voyons d' abord comment Le Larousse nous le définit :

« Inscription en tête d'un livre, d'un chapitre, pour en indiquer le contenu »4(*)3.

Il parait clair que le titre tient automatiquement place au-dessus du texte.

Le dictionnaire Larousse 2006 le définit comme  Mot, expression, phrase, etc., servant à designer un écrit, une de ses parties, une oeuvre littéraire ou artistique, une émission, etc. (4(*)4)

Pour le titrologue Léo Hoek,  Le titre désigne, appelle et identifie un texte(4(*)5). De ce fait, le titre est tout procédé utilisé dans le but de préciser et de montrer une chose afin de pouvoir la distinguer des autres choses.

Selon Barthes. C'est « un apéritif », insistant sur son rôle d'ouverture au texte  Une contrainte interprétante et donc un index qui dirige l'attention sur l'objet du texte, en donnant sur lui plus ou moins d'informations(4(*)6). Nous comprenons qu'il ouvre l'appétit du lecteur et c'est grâce à lui que va se faire ou non, la lecture du texte qui le suit un peu plus loin dans la seconde ou troisième page du roman.

Pour Claude Duchet, le titre est défini autrement  C'est un déjà dit d'une existence préexistante au roman(4(*)7). Nous aurons d'une part, donc un discours social, parole investie de la fonction de dire le réel, de le construire, et de l'autre un discours littéraire, parole du seul roman.

L'écrivain Jean Giono, lui affirme qu'  Il faut un titre, parce que le titre est cette sorte de drapeau vers lequel on se dirige; le but qu'il faut atteindre; c'est expliquer le titre(4(*)8). D'autre part, le titre serait obligatoire, c'est lui qui dirige et attire l'attention du lecteur et c'est par lui que doit se faire la compréhension. Comprendre le titre serait une compréhension de l'oeuvre. Chose qui n'est pas aisée, à notre sens.

Hazard Adams, nous propose une définition assez intéressante : L`origine du mot titre serait le mot latin Titulus qui veut dire parole écrite, nom, remarque, titre d'honneur, la célébrité et la preuve. Il ajoute  c'est les paroles ajoutées autour d'un sujet pour lui donner un nom ou une qualité4(*)9.

Anne Ferry définit le titre comme étant  Une parole écrite au dessus du texte (..) dans l'espace qui lui a été réservé, depuis l'avènement de l'impression(5(*)0).

Dans l'un de ses articles, Genette propose une définition pertinente dans laquelle il souligne l'importance au lecteur  Le titre est une construction et une chose, construites dans le but de la réception et de la connotation(5(*)1).

Par conséquent, le titre serait chose insignifiante s'il n'était pas adressé au lecteur, car ce dernier le rend vivant par les sens qu'il lui attribue.

Cette définition rejoint l'idée avancée par l'essayiste Christiane Achour.

Elle considère le titre comme un  Aimant5(*)2) mais sans trop s'étaler dans son idée.

Et selon Mardh  il n`existe pas de définition non ambigüe du terme titre: c'est un terme que l'on emploie intuitivement (5(*)3).

Nous pensons que ce dernier essaie de faire sortir le titre de son cadre mystérieux, puisqu'avec les sémiologues, nous avons appris qu'un titre demande une certaine compétence interprétative de la part du lecteur.

En définitive et après que nous ayons présenté toutes ces tentatives de définitions, nous pouvons avancer que le titre est cette parole écrite au dos d'un roman, d'un poème, d'une nouvelle, d'une chanson ou d'un tableau, qu'un auteur a choisi seul ou avec l'aide de son éditeur, afin de nommer son invention, comme Dieu a crée le premier homme sur terre et l'a nommé Adam .

En donnant un nom à son oeuvre, l'auteur prend en considération le lecteur et d'autres objectifs qui restent cachés, mais peuvent être devinés même partiellement.

3. Les synonymes du titre:

II nous a paru nécessaire de consacrer une petite partie aux synonymes du titre, dans la mesure où cela permet de cerner au maximum l'essence de ce vocable. Nous avons donc effectué un regroupement des termes qui constituent ce que nous pouvons baptiser « Les synonymes du titre ». Il s'agit des mots suivants : Intitulé, nom, incipit, tête, coiffure bijou, clé, aimant. Par ailleurs, il est impossible d'énumérer tous les termes à probable connexion avec le titre.

Voici la liste des mots ainsi que leurs définitions d'après le dictionnaire Larousse 2004.


· Intitulé: titre d'un livre, d'un chapitre, d'une loi, d'un jugement, etc.


· Nom: mot servant à designer une personne, un animal ou une chose et à les distinguer des êtres de même espèce.


· Incipit: mot latin qui veut dire, il commence. En littérature, Premier mot d'un ouvrage.


· Tête : Partie supérieure de quelque chose « tête d'un arbre », boîte crânienne de l'homme.

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· Coiffure : coupe ou arrangement des cheveux ou ce qui sert à couvrir la tête.


· Bijou objet de parure, d'une matière ou d'un travail précieux.


· Clef ou clé pièce métallique servant à ouvrir ou à fermer une serrure.


· Aimant : minéral, oxyde de fer qui attire naturellement le fer et quelques autres métaux.

Effectivement, les termes de cette liste présentent une certaine affinité sémantique. D'abord, les mots intitulé, nom, incipit peuvent être synonymes de Titre; car leur point commun est: la dénomination. Quant aux autres termes tête et coiffure, ils ont comme similitude la position de la supériorité et la qualité de l'ornement tel que le titre. Enfin, les derniers de la liste indiquent la matière de fabrication de l'objet qu'ils représentent et les uns permettent l'attraction tandis que les autres l'ouverture. Le titre à ce pouvoir d'attirer vers lui le lecteur, pour lui offrir une petite ouverture sur l'univers du roman.

Pour terminer, nous pensons que l'essence du mot titre s'éloigne remarquablement des mots précédemment cités, par sa forme qui est l'écriture l'alphabet. Sans les lettres de l'alphabet bien inscrites sur la couverture du roman, le titre ne serait que néant.

4. L `écrivain, Le titre et le lecteur :

L'existence du titre revient à l'auteur qui est en quelque sorte son créateur. Mais ce titre, selon les théoriciens, est un court message chargé de significations. Le lecteur, comme l'auteur, participe à l'invention de ce petit élément par la production d'un ou de plusieurs sens qu'il lui attribue. Nous pouvons avancer que le titre naît d'un double effort, celui d'un auteur et celui d'un lecteur. Que disent les titrologues sur le travail réel de l'auteur et celui du lecteur ?

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John Levinson(5(*)4 ) et Hazard Adams(5(*)5) insistent sur l'idée qu'un titre

original est celui que l'écrivain choisit délibérément et sans l'aide d'autrui.

L'écrivain connaissant profondément l'univers de son roman serait le plus apte à proposer un titre adéquat. Il le choisit en se basant sur des objectifs et des intentions personnel, présents au moment du choix. Mais qu'en est-il de ce moment? Généralement, la plupart des romanciers avouent qu'ils connaissent le titre de leurs livres bien avant de les avoir écrits, contrairement à d'autres qui laissent parfois à leur éditeur le soin de baptiser leurs oeuvres. Il est à signaler, qu'il n'est pas aisé de découvrir si le titre est la production de l'écrivain ou de quelqu'un d'autre, surtout - après le décès de celui-ci ou de son éditeur, comme c'est les cas de notre auteur Malek Haddad. Une question nous interpelle, la titrologie, serait elle une science des probabilités? Pas moyen de le savoir à moins que dans les années à venir, les spécialistes en la matière trouvent une réponse convaincante.

Pour ce qui est du travail du lecteur, certains le limitent à une simple action de lecture, mais ils omettent ce qui est important : la lecture doit s'effectuer en même temps sur le titre et sur le contenu de l'oeuvre comme le fait remarquer G.Genette. Pour ce dernier, le vrai lecteur visé par l'écrivain est celui qui lit le livre dans sa totalité, c'est-à-dire le titre et le roman, en cherchant à établir les relations existant entre les deux.

Pourtant, nous ne sommes pas sans savoir que la lecture/interprétation n'est pas à la portée de tout le monde. Dominique Maingueneau estime que le lecteur modèle

 Résulte d'un ajustement instable entre les contraintes imposées par le genre et celles imposées par le cadre d'énonciation définie par l'oeuvre (5(*)6).

Donc le lecteur modèle devrait avoir une certaine compétence d'analyse et des connaissances pour réussir la lecture, du titre et du contenu de l'oeuvre. Ce qui est logique à notre avis.

De ce fait, il est clair qu'écrire un titre et lire un titre sont deux actions bien complexes et dépendant en grande partie, du génie et de l'imagination de l'écrivain d'un côté et du lecteur idéal de l'autre.

5. Les fonctions du titre :

L'étude des fonctions du titre a suscité l'intérêt de plusieurs théoriciens tels que Claude Duchet, Léo H. Hoek, Roland Barthes et Umberto Eco. En dépit de la diversité terminologique des fonctions prêtées à l'appareil titulaire, on s'entend généralement au moins sur quatre fonctions : appellative, référentielle, conative et métalinguistique.

Déterminer les fonctions de n'importe quel titre n'est pas une mince affaire, du fait que la relation entre ce dernier et le texte est ambiguë.

Essayons, pour commencer de définir chaque fonction et le rôle qu'elle joue dans le processus d'assimilation du titre et de l'oeuvre dans sa totalité.

1. La fonction appellative:

Le titre sert à identifier le livre, à désigner l'ensemble du texte qui le suit. En ce sens, il nomme l'oeuvre et peut désigner le contenu et/ou dénoter la forme. Il revient à Hoek le mérite de la subdiviser en trois fonctions :

- Fonction déictique au cas où le titre renvoie au livre-objet.

- Fonction thématique quand le titre identifie le contenu de 1'oeuvre.

- Fonction générique lorsque l'intitulé dénote la forme de l'oeuvre.

Ajoutons à cela, que certains auteurs utilisent pour cette fonction d'autres dénominations, telles que appellative (Grivel 1973), dénominative (Mitterrand 1979), distinctive pour(Goldenstein 1990).

2. La fonction référentielle:

Le titre signifie quelque chose en soi. Ce quelque chose peut être considéré en soi (en tant que locution) ou à travers sa relation au titre. Cette fonction est souvent confondue avec la fonction appellative.

3. La fonction conative:

L'appareil titulaire tend à agir sur le lecteur, c'est là son emploi proprement rhétorique. Cette fonction a le mérite de caractériser plus nettement la composante incitative de l'intitulé. Furetière en 1666, déclarait « Un beau titre est le vrai proxénète d'un livre »(5(*)7). Donc, c'est sur le titre que repose le succès immédiat de l'oeuvre. L'ambiguïté, l'incomplétude, l'énigme, les figures de style, sont autant de procédés mis en oeuvre afin de séduire le lecteur et le convaincre de lire. Enfin, elle peut s'avérer positive, négative ou nulle selon les récepteurs. Il s'agit donc d'une fonction subjective. Pour Roland Barthes, elle est nommée  Fonction apéritive  car le titre ouvre l'appétit du lecteur.

4. La fonction métalinguistique:

La présence du titre n'est pas due à un simple hasard, elle est plus que cela ; étant donné qu'il lie l'auteur au lecteur, le titre est le médiateur entre le lecteur, le texte et son auteur, il oriente la lecture lorsqu'il est introduit anaphoriquement au texte. Dans ce cas, il opère même une mise en relief de la matière et dit au lecteur  voici de quoi, il sera question. On conclut, que le titre enseigne à lire le texte. Cette fonction sert à montrer à quel point le titre partage un rapport de réciprocité avec le texte. Il est possible de considérer le texte comme un labyrinthe et le titre comme un guide jetant de la lumière sur lui.

6. Les types de titres:

En 1973, dans son article « Pour une sémiotique du titre », Hoek fut le premier à établir une surprenante distinction entre deux types de titres. Plutard, celle-ci va à être reprise par G.Genette toutefois sous une autre appellation.

Selon Hoek, il ya un titre subjectival et un autre objectival.

En voici l'explication:

-le titre subjectival : c'est celui qui sert à désigner le sujet du texte ainsi que son acception la plus générale. Exemple: Le Père Goriot, Le Rouge et Le noir. Selon Genette ce sont les titres thématiques.

-Le titre objectival: c'est celui qui désigne le texte en tant qu'objet, c'est-à- dire, en tant qu'appartenant à une classe donnée de récits. Ce type de titre débute souvent par l'Histoire de......, Aventure de .....etc. Il s'apparente donc à une indication plus ou moins générique ou formelle du texte.

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Rappelons ce que Hoek dit « Les titres objectaux sont des titres qui désignent l'objet, le texte lui même (...) [ils] se rapportent aux titres subjectivaux comme la forme de l'expression à la substance de l'expression ».(5(*)8)

Dans la terminologie de Genette c'est le titre rhématique.

Enfin, il nous faut signaler que Hoek fait remarquer que ces deux types de titres peuvent se mêler et que cette ambivocité assure au titre du roman sa fonction conative, incitative ou publicitaire.

Chapitre 3

Fonctionnement sémiotique, typologie,

autorité et idéologie

des deux titres

de Malek Haddad

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Il est nécessaire de rappeler que les deux romans: L'élève et la leçon, Le quai aux Fleurs ne répond plus, écrits en exil, ont été pour la première fois publiés respectivement en 1960 et 1961 aux éditions Julliard en France.

Réédités plusieurs fois, ils ont été aussi traduits en arabe et en allemand (voir le tableau ci-dessous).

Romans

Réédition

Traduction

L'élève et la leçon

UGE en 1973

Editions Julliard en 1978

Edition Publisud en 1983

Editions Média plus en 2004

en arabe (SNED, 1978)

Le quai aux Fleurs ne répond plus

UGE 1973

Julliard en 1978/1982

Editions Média plus 2004

en arabe (SNED, 1979)

en allemand (ED Donato Kinzelbach, 1990)

L'élève et la leçon est le troisième roman de Malek Haddad.

Se composant de trente et un chapitre et de cent vingt cinq pages, il présente la particularité d'être le seul roman écrit à la première personne du singulier (je). Aussi l'auteur y fait-t-il une déclaration déchirante par la voix de son personnage Salah Idir "L'histoire a voulu que j'ai toujours été à cheval sur deux époques, sur deux civilisations"(1(*)).

Sa date de parution coïncide avec la sixième année de la révolution algérienne.

Quand au roman Le quai aux Fleurs ne répond plus, comportant 29 chapitres, répartis sur cent vingt quatre pages, c'est le dernier dans la fresque romanesque de Malek Haddad. Sa première parution eut lieu une année avant l'indépendance de l'Algérie (1961).

En dépit de leur petit format en livre de poche, ne dépassant pas les cent vingt cinq pages, leur lecture représente pour le lecteur, qui découvre par la première fois Malek Haddad, une séduisante perdition. Confronté à une forme hybride mi-poésie, mi-roman, le lecteur se perd dans cette imbrication qui en fait de belles oeuvres dignes de découverte.

Passons à présent aux thèmes des romans, au contexte socio-historique de leur publication puis aux fonctions sémiotiques assurées par les deux titres représentant notre corpus d'étude. Enfin, nous les classerons en types et décèlerons leur autorité et l'idéologie qui y est dissimulée.

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- Les thèmes des romans :

1. Dans L'élève et la leçon:

Paisiblement et loin de l'Algérie, Salah Idir soixante ans exerce son métier de médecin. Un jour, l'apparition de sa fille Fadila qu'il a abandonnée à l'âge de huit ans, bouscule son univers. Elle revient et lui demande de l'aider à avorter et à cacher son amoureux, Omar militant de la cause Algérienne.

Une seule nuit suffit à Salah Idir pour descendre aux enfers du passé s'apercevoir de l'immensité de son drame ainsi que celui de sa fille qu'il ne reconnaît plus. Dans cette rencontre, deux générations s'affrontent et deux réalités s'opposent.

Une leçon s'inscrit, un élève réapprend et tout cela dans une atmosphère violente où la culpabilité et le remord bouleversent l'âme du Docteur Idir.

2. Dans Le quai aux Fleurs ne répond plus :

Dans Le quai aux Fleurs devait avoir lieu la rencontre entre deux amis d'enfance, Khaled Ben Tobal, journaliste et écrivain exilé et Simon Guedj, avocat à la cour. Mais le rendez-vous est manqué; ce dernier ne viendra pas. La vie de luxe menée par Simon le transforme en être indifférent qui déçoit Khaled.

Aucun d'eux ne se doutait de l'attirance qu'éprouvait Monique, épouse de Simon, pour cet écrivain algérien Khaled .Quoi qu'en mettant en valeur toute sa beauté, celle-ci se voit rejetée par ce dernier. C'est qu'il est fidèle à son épouse, Ourida restée en Algérie avec leurs trois enfants.

L'exil pour l'écrivain devient trop lourd à supporter, le jour où il apprendra la trahison de sa femme. Alors, ce sera la chute de tant de valeurs auxquelles lui et cette dernière croyaient. Le suicide, dès lors, devient la solution idéale pour mettre fin à son désespoir et Khaled se jette d'un train en marche.

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- Contexte socio-historique de la publication des deux romans:

En replaçant les deux romans de Malek Haddad dans leur contexte socio-historique de publication, nous apprenons que la période entre 1960 et 1961 était riche d'évènements sur le plan politique. Encore sous le joug du colonialisme français, l'Algérie souffrait des manoeuvres du gouvernement dirigé par le général Charles de Gaulle.

Si le souhait des Algériens était "une Algérie algérienne et bien indépendante" ceci déplaisait à De Gaulle et rendait la réalisation de ce légitime souhait presque impossible, vu les obstacles créés volontairement du côté français.

Cette période de l'histoire algérienne était l'une des plus chaude: (manifestations, explosions de bombes, assassinats de harkis, de français ainsi que de juifs).

L'année 1960 était marquée par les Pourparlers préliminaires de Melun. Le gouvernement Provisoire de la République Algérienne accepte les négociations proposées par De Gaulle et les premiers entretiens se dérouleront le 25 juin 1960, mais furent un échec.

Quelques mois plutard, précisément le 04 Novembre 1960, le général De Gaulle affirme que l'Algérie aura son gouvernement, ses institutions et ses lois. Il glisse même les deux mots explosifs « La République Algérienne », pour dire que si elle n'a encore jamais existé, elle existera un jour.

Un mois après, son voyage en Algérie est accompagné de violentes manifestations européennes, puis de contre-manifestations musulmanes aux cris de « Vive l'Algérie ! ». Nul ne peut plus entretenir de doute sur la politique Algérienne, et c'est à cette époque que se nouent les premiers contacts en vue d'un putsh militaire en Algérie.

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En 1961, la nécessité d'une solution négociée au conflit algérien s'est imposée. Des négociations ont été officiellement ouvertes entre le gouvernement français et le gouvernement Provisoire de la République Algérienne le 20 Mai 1961 et les discussions portaient sur l'indépendance. Le 21 Mai était la première journée des négociations d'Evian. En gage de bonne volonté, la France décide le cessé le feu pour ses soldats. Le FLN déclara qu'il ne respecterait pas, et, effectivement la France le respecta et le FLN non. Cette mesure hardie permettait à ce dernier de retrouver des militants et de reprendre en main la population.

Cette même année est aussi marquée par l'ouverture à Tripoli du congrès FLN qui s'est tenu le 05 Août et qui durera jusqu'à 22 Août et verra s'affronter les factions rivales au sein du parti. Ce n'est que le 27 Août de la même année que l'annonce officielle du remaniement du gouvernement Provisoire de la République Algérienne (GPRA) eut lieu.

- Les fonctions des deux titres de Malek Haddad :

1. La fonction dénominative et la fonction référentielle:

Les titres "L'élève et la leçon" et "Le quai aux Fleurs ne répond plus" servent à première vue, à dénommer les romans en tant qu'objet (livre). Si désigner, c'est choisir un roman, il est difficile, avant la lecture de ces romans, d'expliquer pourquoi l'auteur a choisi ses formules titulaires plutôt que d'autres.

En fait, s'il arrive que le lecteur ouvre le premier roman au premier chapitre rien ne l'éclaire. Au deuxième chapitre les mots (arithmétique, zéro et nombre) le font penser à une leçon de mathématiques. Ce qui n'est pas le cas, une fois la lecture achevée. En plus de cela, l'identité de l'élève ainsi que sa qualification restent inconnues du lecteur et la synopsis en verso de la couverture le confirme.

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C'est la même chose pour le deuxième titre " Le quai aux Fleurs ne répond plus ". S'il est indicateur de l'appellation du roman, le lecteur ne réalise pas des le premier contact pour quelle raison l'auteur ajoute "ne répond plus". Donc si la formule "Le quai aux Fleurs" le renvois à un lieu le reste du titre le place dans une totale ambiguïté.

Nous avançons donc, que les deux titres remplissent une fonction dénominative puisqu'il fallait que Malek Haddad trouve un nom à ses romans comme tout romancier.

Dans leur fonction référentielle, les deux titres sont indicateurs d'un contenu global du texte. Ils annoncent des thématiques auxquelles s'attachent les romans: l'un le récit (d'un élève et d'une leçon), l'autre celle d'un endroit (le quai aux fleurs). Certes, les titres nous permettent une appréhension globale du tout qu'est le roman mais une appréhension qui reste kaléidoscopique, équivoque et confuse.

Enfin, une vérité indéniable se présente, si la fonction appellative est assurée par les deux précédents titres, la fonction référentielle l'est aussi, seulement elle diminue graduellement dans Le quai aux Fleurs ne répond plus; puisque la forme métaphorique de ce dernier laisse le lecteur dérouté et sur sa faim.

2. La fonction conative :

A/Dans L'élève et la leçon :

Pour séduire le lecteur-client, l'hypnotiser et l'amener à l'acte de lire, Malek Haddad use de nominalisation. Nous supposons qu'il a opté pour cette forme en vue de susciter la curiosité intellectuelle et transformer "le lecteur du titre" en "lecteur du texte".

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En fait, la découverte du statut de l'élève, la signification de cette leçon et la qualité du magister, n'est découverte qu'après la lecture du roman.

En ce sens, les éléments précédents éveillent l'intérêt et la curiosité du lecteur.

Richard Sawyer(6(*)0) considère le titre nominal comme étant moins expressif que le titre verbal, car il force un lecteur topique. Pour répondre aux diverses interrogations qu'éveille ce titre, le lecteur n'a d'autres possibilités que de pénétrer dans l'univers du texte. La forme nominale fait naître, en lui plusieurs lectures et nous savons que les connotations sont bien évidemment très diverses puisqu'elles sont propres à chaque lecteur.

Pour ce qui nous concerne, il nous semble que ce titre est polysémique et suscite en nous plusieurs interprétations que nous traiterons un peu plus loin.

B/ Dans Le quai aux Fleurs ne répond plus:

Contrairement au premier titre, celui-ci se présente sous forme de phrase verbale. Face à lui, le lecteur-client est complément dérouté par le choix de l'auteur pour une écriture poétique, inaccessible aux non- initiés à la poésie. Citons à ce sujet ce que pense M. Hadj Naceur sur l'usage de la poésie chez les écrivains Africains d'expression française:

" Le recours à la poésie permet de dénoncer une situation jugée intolérable et d'exprimer l'attachement des émigrés à la terre natale."(6(*)1)

Il est fort possible que se soit le cas de notre écrivain exilé en France, à une certaine époque.

Dans ce titre, la fonction conative l'emporte sur les fonctions précédentes : appellative et référentielle. En effet, ce dernier a une force d'une rhétorique textuelle ressemblant à celle des surréalistes françaises; Eluard, Apollinaire, Aragon...etc. Le réel invoqué par l'écriture se mélange parfois au rêve. Les objets s'animent, deviennent vivants, créant une atmosphère féerique. Pour cela Haddad fait appel à la technique de la métaphore qui abonde dans le titre comme le roman. La métaphore rend le titre allusif. Son mutisme et son esthétique stimulent l'appétit du lecteur-client pour réaliser l'acte de lire.

Il est probable que se soit l'intention de Malek Haddad. Ceci nous rappelle les propos de Chérifa Bakhouche Lire Haddad, c'est se rapprocher des étoiles.(6(*)2)

C'est pourquoi, nous comprenons qu'il est habituel et tout a fait naturel d'user de métaphore chez Malek haddad surtout qu'il a été d'abord poète puis romancier.Si la métaphore et ses effets esthétiques assurent la fonction conative, il faut ajouter l'utilisation du nom propre (quai aux Fleurs). La majuscule dans ce lexème accroche l'attention du lecteur en suscitant en lui plusieurs interrogations. Ce lieu naturel l'oblige à se référer à ses connaissances extratextuelles.

Dans Apostille au Nom de la Rose, Eco met l'accent sur un fait important " Le titre doit embrouiller les idées "(6(*)3) et Le quai aux Fleurs produit de nombreux effets sémantiques parmi lesquels les effets connotatifs qui ne font rien pour amener le lecteur à la vérité.

Donc, outre l'effet esthétique exercé par ce titre, son ambiguïté laisse le lecteur sur sa faim. D'après P.Charaudeau L'ambiguïté est un phénomène lié à la mise en discours d'un énoncé(6(*)4) .

Ce phénomène se produit lorsqu'une même phrase présente plusieurs sens et est donc susceptible d'être interprétée de diverses façons. Il ajoute qu'en analyse du discours, on peut parler d'ambiguïté discursive lorsque celle-ci ne porte pas sur le sens des mots du lexique ou la construction phrastique, mais sur le sens implicite. En effet, un même énoncé peut avoir une signification différente selon l'inférence que l'on est conduit à produire pour l'interpréter.

3. La fonction métalinguistique:

A/Dans L'élève et la leçon

Précédemment, nous avons vu qu'au premier contact avec ce titre, sa forme apparaît anodine et innocente. Cet effet provient de sa structure nominale. Néanmoins, devant ce titre le lecteur reste insatisfait en raison de son incomplétude. En réalité L'élève et la leçon est un titre incomplet, beaucoup d'éléments lui manquent comme: De quel élève s'agi-t-il ? Est-il jeune ou vieux ? De sexe féminin ou masculin ? Algérien ou étranger ? Studieux ou non ? De quelle leçon s'agit-t-il ? Est-ce une leçon de calcul ou de musique ?

Différentes interrogations se dressent dans l'esprit du lecteur et il ne trouve refuge que dans le texte. C'est ce dont Hoek a parlé dans son ouvrage La Marque du titre. Ce titrologue reconnaît que le titre ne peut pas exister indépendamment du texte il en fait partie " C'est un microcosme d'un macrocosme" (6(*)5) tel est le cas de L'élève et la leçon. Après la lecture, nous avons pu en donner quelques interprétations qui restent personnelles.

1. Première lecture interprétative:

L'élève à une double identité, il est à la fois le personnage du Docteur Salah Idir et le personnage de Fadila (sa fille).

Commençons d'abord par le Dr salah Idir, il est l'élève d'une part, car ses créations et son comportement ne sont, en vérité que ceux d'un élève. Dès le premier chapitre, il commence par décliner son identité "Je m'appelle Idir, Idir salah, je suis le docteur Idir et j'habite la petite ville de France..."(p.11). Tel un nouveau élève qui se présente dans une classe devant ses camarades. Idir est même angoissé comme le serait l'élève "La minute est grosse, lourde, longue il faudra la franchir il faudra enjamber la minute " (p10).

D'autre part, le silence de ce personnage nous fait penser aux élèves disciplinés et parfois timides qui n'osent pas prendre la parole. Tout au long du roman, Idir garde le silence. Il ne fait qu'écouter sa fille Fadila "j'écoute ma fille" (p.14)" je n'ai rien dit je n'ai rien prononcé" (p.14) " je me suis mis à écouter " (p.16) " mais je ne le dirais pas. Je ne dirai rien "(p.18) " à cet instant j'aimerais dire" (p.19)." je fais non de la tête" (p.27). " J'aurais ajouté" (p.29). Fadila insiste " mais parle ! Dis un mot " (p.45) "ce soir j'écoute ma fille" (p.53) "je m'entoure de silence" (p.53) " j'ai donné ma langue aux chats" (p.54).

Ajoutons à cela, les gestes du personnage sont identiques aux gestes d'un élève " Je croise les bras et je regarde ma fille " (p.45) "Je croise toujours les bras sur mon bureau" (p.47). Idir est cet élève discipliné qui ne parle pas mais son entêtement à garder le silence face à sa fille qui s'adresse à lui est une sorte d'insolence. Durant tout le roman, c'est la fille qui parle à son père.

Quand au personnage de Fadila, nous supposons qu'il a tout pour être l'élève. D'abord, l'aspect. Elle porte un cartable vert contenant un cahier où sont écrites des leçons " Sur le bureau, le petit cartable de Fadila (...) dans ce cartable, il y a un cahier...) (p.112) ensuite le comportement.

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L'insolence de Fadila envers son père : l'obliger à l'aider à avorter puis à cacher son amoureux Omar.

Cela ne s'arrête pas là. Oser fumer devant lui sans avoir honte, alors qu'il est connu que dans la société Algérienne cet acte est propre à l'homme.

" Fadila fumait quand je fus de retour " (p.16).

Cette dernière a tout l'aspect de l'élève insolent et révolté. Mais elle est surtout cette élève naïve, qui ne distingue pas ce qui est vrai de ce qui est faux, puisque la leçon rédigée dans son cahier d'écolier est pleine d'erreurs sur des faits historiques. " Le cahier de Fadila contient l'absurde et toute l'ingénuité du monde" (p.115) dit Idir.

Quand à la leçon, le lecteur découvre sa qualité et son domaine vers la fin du roman, c'est-à-dire au chapitre vingt neuf, en raison peut être de sa falsification. En fait, la leçon d'histoire figurant sur le cahier de Fadila est pleine de mensonges. L'auteur dénie cette leçon, la dénonce et ne trouve de solution de la contester que de diminuer sa valeur en la plaçant vers la fin de son roman. Nous supposons que c'est une forme de contestation chez Malek Haddad.

Aussi, la leçon peut être une leçon de courage. Fadila refuse le fait d'avoir un enfant et de mener une vie paisible de couple avec Omar, à cause des circonstances de la guerre de libération " elle n'a pas fait de politique comme de petits merdeux à l'occasion d'un militantisme pubertaire remplissent leur oisiveté et leur romantisme glandulaire en collant des affiches en rêvant souvent de changer la face du monde. Elle souffrait plus qu'elle n'agissait elle était en colère " (p.26). Cette leçon est dictée par Fadila à un père qui l'a abandonnée, en quittant l'Algérie, au début de la guerre.

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C'est aussi une leçon de foi. Foi en la nouvelle génération, en la jeunesse et ses pouvoirs. Car en vérité, le Dr. Idir a foi en celle-ci"un enfant bien au contraire simplifie tout. Il ramène l'idée à sa dimension première. Il s'avançait " (p.54) "c'est justement dans les circonstances actuelles qu'il faut faire des enfants comme on relève le défi dans ce monde en folie ou en gestation, rien ne rassure plus qu'un visage d'enfant" (p.49) Idir ajoute aussi..."mon petit fils recommence et continue les forêts". Il a confiance en la nouvelle génération et veut convaincre sa fille Fadila de cela. L'histoire du Fellah et son lopin de terre n'est citée par Idir que pour lui faire apprendre à être courageuse et à espérer. Idir intervient, à ce moment, en jouant le rôle de l'instituteur ou de l'enseignant.

Enfin, c'est aussi une leçon de morale donnée par le Dr. Idir à sa fille ; constatant qu'elle a subi une profonde aliénation culturelle qu'elle ne soupçonne même pas. Sa tenue extravagante, les cigarettes qu'elle fumait et son ignorance des penseurs qui défendent la nationalité algérienne sont la preuve de son acculturation. Idir estime que pour qu'elle soit algérienne, Fadila se doit de connaître Mohammed Dib, Kateb Yacine et le Cheikh Benbadis. Ces derniers sont l'emblème de la culture Algérienne dont il est fier.

II. Deuxième lecture interprétative :

Durant la lecture du roman, nous avons pu constater combien le personnage du Dr. Salah Idir présente de similitudes avec l'écrivain Malek Haddad. Maintes fois, on peut croire que les confessions du héros sont celles de l'auteur. En ce sens, ce dernier se confondait avec son personnage principal. Ceci nous rappelle que pendant plusieurs décennies, la critique freudienne, de René Laforgue à Marie Bonaparte, va suivre la voie de la pathographie, traitant le récit comme un symptôme et rapportant les caractères de l'oeuvre, parmi lesquels les personnages à la personnalité de l'écrivain.

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En effet, nous suggérons que L'élève et la leçon renvoie à Malek Haddad. Il est L'élève car nous pensons que derrière cette déclaration de Idir "je me souviens surtout des cigognes et d'une école blanche. Il y a toujours eu une école entre mon passé et moi" (p.55) ce n'est que Haddad qui se remémore une période de sa vie lorsqu'il était écolier. Bien qu'élève studieux, il était surtout le produit d'une école coloniale, faisant de lui- et de tant d'autres- un être déchiré entre deux univers différents " En vérité, je crois n'avoir jamais été à ma place. Je me suis trompé d'époque. C'est à force de monter à cheval qu'on va se dandinant. Or l'histoire a voulu que j'aie été à cheval sur deux époques, sur deux civilisations. (p.64).

Comme Idir, l'écrivain est conscient du déracinement subi, lorsqu'il était écolier. Résultat, une identité défigurée par le colonisateur et par la stratégie suivie dans les programmes. Elève, Malek était coupé de son passé et de son histoire. On lui avait enseigné l'histoire de France dans son propre pays, au lieu de l'histoire de l'Algérie. On lui avait enseigné la langue française et non la langue arabe qu'il aurait voulu apprendre "Nous écrivains d'origine arabo-bérbère, avons été amené à chanter dans une langue merveilleuse entre toute, mais qui historiquement n'est pas notre langue maternelle" (6(*)6) nous confie-t-il. Il tient à ajouter "Quoi que je fasse, je suis appelé à dénaturer ma pensée"(6(*)7) l'écrivain est conscient de sa situation de déracinement.

Aussi la haine ressentie par Idir envers l'histoire " je hais l'histoire parce que l'histoire complique tout. Dans sa forme subalterne, servile et servante, la politique essaie tente, pauvre petite gamine, de la conduire par le bout du nez(6(*)8) nous rappelle celle ressentie par Malek Haddad lorsqu'il témoigne pour lui et pour les écrivains algériennes d'expression français "En vérité, l'histoire les avait devancés, les avait délogés de leurs habitudes (...) Je le répète je trouve tragique qu'il ait fallut plus de six années de guerre et des centaines de milliers de morts". (6(*)9)

Il est vrai que la guerre est source de mort, de misère bien plus encore d'angoisse. Malek Haddad en est témoin et dénonce ses horreurs sur le plan psychologique "Le colonialisme, cette névrose historique était un foyer d'inquiétude, d'angoisse". (7(*)0)

D'autre part, le silence d'Idir tout au long du roman "mon silence est le contrat que j'ai signé avec mon impuissance" (7(*)1) "je ne sais pas écrire de là procède mon injustice" (7(*)2) nous laisse directement penser au silence gardé par l'auteur, une fois l'Algérie indépendante. Le drame du langage évoqué par ce dernier, en est la preuve. Sa déclaration montre combien Haddad est attristé "je suis incapable de raconter en arabe ce que je sens en arabe"(7(*)3) comment le saurait-il alors qu'on ne le lui a jamais enseigné?

Enfin, Malek Haddad est surtout la leçon dans ce roman il s'adonne à une sorte d'introspection faisant le point sur toute une vie. Amer, plein de remord, telle est l'image qui nous apparaît du héros, au point de s'interroger si ce roman n'est pas une autobiographie.

Il est la leçon et il l'a avoué dans un de ses poèmes en 1961 "Je suis l'élève et la leçon"(7(*)4) et l'a répété tant fois dans son essai Les zéros tournent en rond "je pense à ces lettres adressées des prisons, à ces messages venus d'Algérie, de France , d'Europe, ces lettres, ces messages qui étaient autant de bons-point et de billets de satisfaction pour les élèves et les leçons que nous sommes ( les écrivains algériens de langue française(7(*)5))...en ce sens il ajoute "nous restons comme des leçons. Je crois surtout que nous sommes et serons des exemples typiques du gâchis et de l'aberration coloniale".(7(*)6)

En somme, nous estimons que l'écrivain Malek Haddad se considère comme une leçon dictée par le colonialisme et il est possible qu'il ait souhaité l'inscrire dans un roman, afin que les générations à venir s'en servent et s'en souviennent à jamais. Voir le schéma ci-dessous.

Tableau synoptique

Aspect (+)

L'élève

La leçon

MalekHaddad

Fadila

Dr. Idir

D'histoire, de courage

de foi

de morale

Malek

Haddad

-

-

+

Aspect (-)

+ -

(+) Pour la jeunesse

* Calme * Indifférent * Courageuse * Coléreuse * Produit de l'école coloniale

* Taciturne * Inactif * Militante * Bavarde * Ignorant l'histoire de son pays

* Discipliné * Insolente * Ignorant la langue arabe

* Attentif * Fumeuse

Nous pouvons avancer ce qui suit:

- Avant la lecture du co-texte, la forme nominale du titre laisse apparaître sa complétude.

- La lecture du roman montre que le titre remplit parfaitement sa fonction de condensation.

- Il est probable que Malek Haddad n'a pas ajouté d'autres éléments dans le titre comme des adjectifs, afin d'inciter le lecteur du titre à devenir lecteur du texte.

II. Dans le quai aux Fleurs ne répond plus:

A la différence du premier titre, celui-ci présente des traits particuliers. D'abord, c'est un énoncé verbal se présentant sous forme d'une métaphore et donc esthétique. En analyse du discours(7(*)7) on attribue à la métaphore trois fonctions parmi lesquelles la fonction esthétique. Cette dernière est reconnue comme "un ornement brillant" (Crevier 1767 : 89) du discours et dégageant « une force imageant » très attirante dans sa réception. Enfin sur le plan sémantique, ce titre pose problème au lecteur qui s'égare dans son ambiguïté. Cette formule titulaire crée l'incertitude dans son absence de simplicité. De ce fait, le lecteur est forcé de recourir à la lecture du cotexte. L'aspect métaphore du titre Le quai aux Fleurs ne répond plus incite, dès le début, le lecteur à la prudence ainsi qu'à la vigilance durant la lecture, car il va s'agir de connotations. Après la lecture du roman, l'assimilation du titre devient possible et un peu plus claire.

A/première lecture interprétative:

Le quai aux Fleurs ne répond plus symbolise Simon Guedj, ami de khaled Ben Tobal héros du roman. Il est ce quai amical depuis l'adolescence "notre amitié est historique" (p10) nous confie Khaled .Mais il est surtout ce quai qui, dorénavant ne dit plus rien "...car pendant presque dix ans, maître Simon Guedj, avocat à la cour, quand il n'était pas encore maître Simon Guedj avocat à la cour avait chanté son pays, ses malheurs et son espoir. Car des jeunes d'Algérie avaient récité ses poèmes. Car Khaled avait raconté à sa mère, qui ne savait pas lire, des nouvelles de Simon Guedj" (p.17). En plus de cela Simon n'avait même pas pris la peine d'attendre son vieil ami Khaled, à la gare de Lyon, alors que ce dernier lui avait envoyé un télégramme lui annonçant sa venue.

Dès le premier chapitre, l'image que nous donne l'écrivain sur Simon est celle d'un traître. Il a trahi un ami d'enfance en ratant le rendez-vous de l'amitié. Aussi son indifférence à l'égard de la guerre d'Algérie déçoit profondément khaled.

" Et pourtant, Le Quai aux Fleurs ne fait pas sérieux. Maître Simon Guedj, avocat à la cour y avait un très bel appartement. Et pourtant; maître Simon Guedj, avocat à la cour, disait sa réussite sur une plaque de cuivre que la femme de ménage faisait reluire chaque matin. Et pourtant maître Simon Guedj, avocat à la cour, venait de changer de voiture et d'acheter une villa à saint-Lunaire, dans sa Bretagne qui n'était pas natale, pour ses vacances. Et pourtant maître Simon Guedj, avocat à la cour, était marie à une jolie Monique aux yeux pervenches, dont la famille avait compté un amiral et deux procureurs "(p17).

64

Menant une vie de riche et ayant une belle carrière devant lui, Simon oublie la guerre et la misère des Algériens restés en Algérie. A ceux là, la guerre ne peut rien offrir mais à ceux qui sont comme Simon, elle leur offre tout, constate Khaled.

En se sens, Simon Guedj est le quai qui n'a plus de fleurs odorantes.

"L'amitié venait de partir. Le silence qui suivit fut pareil à celui des forêts" (p74).

Il n'a plus rien à donner à l'Algérie, ni même à Khaled puisqu'il s'est vendu en appréciant la vie paisible qu'il mène loin de l'Algérie. Son égocentrisme répugne à Khaled et la guerre d'Algérie n'a pas besoin d'un tel fils, d'ailleurs il le déclare " de ceux là l'histoire se fiche" (p17).

Couper les ponts avec l'Algérie, Simon l'avait fait. Là où il mène sa vie (en France) il ne répondra jamais plus à l'appel de la mère patrie. Comment le pourrait-il, si loin ! Au Quai aux Fleurs, Khaled perd un ami " De toute façon, le quai aux Fleurs ne répondrait plus (...) un homme n'y avait pas reconnu son ami" (p.101).

B/ Deuxième lecture interprétative

Le Quai aux Fleurs ne répond plus, laisse sous-entendre qu'un projet amoureux est en échec. Les fleurs ne sont-elles pas le symbole de l'amour et de la vie amoureuse et leur éclosion n'est-elle pas la preuve du grand amour? En vérité, deux récits d'amours existent dans ce roman.

Le premier, celui de Monique l'épouse de Simon pour Khaled Ben Tobal " Monique venait d'embrasser la main droite de Khaled. Elle avait de la suite dans les idées" fait remarquer l'auteur. Khaled refuse cet amour idyllique et pense que "ce qui peut arriver de pire à l'homme, c'est la satisfaction de ses désirs" (p.22). Khaled est fidèle à sa femme. Bien que loin d'elle, il ne cesse jamais de penser à cette "Ourida, sa rose, sa petite rose, qui fleurissait tous les sommets".

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L'amour de Monique échoue et son appel impudique reste ignoré; puisque Khaled est empli d'amour nostalgique pour son épouse Ourida.

"puisque j'aime Ourida " (p.110). Il l'imagine dans les bonnes actions et croit à sa fidélité "je n'ai jamais douté d'Ourida. Ma confiance est totale, incassable"(p.110).

Mais voilà qu'il apprend son infidélité avec un lieutenant parachutiste français, dans le journal acheté par Monique " A Constantine, boulevard de l'Abîme des terroristes ont assassiné une femme musulmane et un lieutenant parachutiste. La malheureuse victime avait affirmé sa croyance en une Algérie française en participant à une tournée avec la générale X. Elle avait rompu depuis plusieurs mois avec son mari, le pseudo-écrivain Khaled ben Tobal, à qui seule une carence des autorités permet encore de s'exprimer" (p.116) Ourida, la rose se fane et devient fade et même méconnaissable pour Khaled.

Bouleversé par son échec et emporté par sa révolte, ce dernier préfère la descente aux enfers. Et c'est en se jetant d'un train en marche qu'il met fin à sa douleur et à son désespoir.

En réalité, Le quai aux Fleurs ne répond plus nous laisse entendre que Khaled ben Tobal s'obstine à ne pas répondre aux avances de Monique, la française, mais Ourida aussi dans sa trahison ne répond plus à l'amour de son mari exilé.

C/ Troisième lecture interprétative

Nous supposons que Malek Haddad est ce Quai aux Fleurs qui ne répond plus. En réalité, le personnage de l'écrivain Khaled porte en lui, l'âme les décisions et le drame du langage de l'auteur Malek Haddad.

D'abord parce que les questions posées à Khaled Ben Tobal par le journaliste suisse (pp.36-37) :

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· Comment doit-on comprendre le titre de votre dernier livre ?

· D'après vous, quelle place aura la langue française dans l'Algérie de demain?

· Existe-t-il des écrivains algériens de langue arabe ?

· Pensez-vous que si vous aviez à choisir d'autres formes de lutte...?

· Les écrivains algériens ont-ils tous comme vous la hantise de ce que vous appelez "le drame du langage" ?

Ne sont en fait que les interrogations personnelles que s'est posées Malek Haddad, peu de temps avant l'indépendance de l'Algérie.

Le silence de Khaled devant le journaliste, nous fait penser au silence de l'écrivain Malek une fois l'Algérie indépendante, d'où sa décision de ne plus écrire en langue française. "La langue française est mon exil, mais langue française est l'exil de mes lectures. Le silence n'est pas un suicide un hara-kiri. Je crois aux positions extrêmes. J'ai décidé de ma taire, je n'éprouve aucun regret, ni même aucune amertume à poser mon stylo".(7(*)8)

Quand au suicide de Khaled Ben Tobal vers la fin du roman, nous renvoie au suicide littéraire de l'écrivain Malek Haddad.

Malek Haddad avec ses écrits (poèmes et romans) ressemblant aux fleurs, est ce Quai qui ne répond plus à l'appel et l'amour qu'il vouait à la langue de Molière " tu écris puisque tu aimes, si tu n'aimes plus poses ton stylo"( 7(*)9) puisqu'un amour plus noble, plus fort l'habite, sa nostalgie pour la langue arabe. En fait, Malek Haddad aurait souhaite l'apprendre lorsqu'il était jeune écolier, mais malheureusement il en a été privé par l'école coloniale.

Après cette interprétation qui reste personnelle, des conclusions s'imposent :

1. Malek Haddad a employé, dans ce titre, le procédés de la personnification il a fait d'un être inanimé (le quai) une espèce d'être réel, physique, doué de sentiments de vie et capable d'une action (répondre).

C'est une personnification qui a eut lieu par métaphore et comme appellera Pierre Fontannier (8(*)0) une métaphore physique d'une chose animée (l'humain) à une chose inanimé (le quai). Ajoutons dans ce sens, que c'est une métaphore qui porte seulement sur le verbe (répondre), et nous distinguons une incompatibilité sémantique entre ce verbe et le sujet (le quai).

2. L'auteur use dans ce titre de métaphore pour les raisons suivantes:

- Il est poète dans l'âme.

- La métaphore a plus de noblesse et plus propre à toucher, émouvoir et pénétrer. Donc, la métaphore rend le titre esthétique ce qui assure la fonction conative.

- La métaphore a une force persuasive, en fournissant une analogie condensée. Elle est capable de concision, ce qui assure au titre sa fonction dénominative et référentielle.

- Enfin et surtout, par cette métaphore, Malek Haddad voulait peut être exprimé un sentiment et le faire partager. Il est vivement frappé par l'idée de son silence et cette dernière s'est présentée à lui, en image.

L'utilité de cette dernière est de nous faire mieux sentir ce qu'il sent.

Tableau synoptique des sens relatifs

Au titre "Le Quai aux Fleurs ne répond plus"

Le Quai aux Fleurs

Ne répond plus

Simon Guedj

- Au rendez-vous de l'amitié

- Aux malheurs des Algériens

- Dans son éloignement de l'Algérie

Khaled Ben Tobal

- Son indifférence vis-à vis des avances de Monique

Ourida

- A l'amour de son époux Khaled et sa trahison avec un soldat français

Malek Haddad

- A son amour pour la langue française (silence après l'indépendance de l'Algérie)

- Drame du langage

-Typologie des titres de Malek Haddad :

Nous considérons l'élève et la leçon comme étant un titre subjectival et fictionnel, selon l'expression de Hoek, puisqu'il désigne le sujet du texte. En ce sens, il est thématique. Ce titre entretient un rapport métonymique avec son co-texte en résumant de manière efficace l'idée maîtresse du roman.

D'autre part, nous avons pu distinguer qu'à travers cette formule titulaire Malek Haddad critique sévèrement l'école coloniale dont les procédés privilégiés sont l'amalgame et la falsification pour conditionner les enfants algériens qui n'ont pas encore la maturité d'esprit, pour saisir l'énormité de ces mensonges. 69

Enfin la nominalisation de ce titre, le rend moins dépendant de son co-texte. Ce procédé est fréquemment utilisé chez Malek Haddad (voir le tableau ci-dessous). Sur sept titres romanesques, il n'y en a que deux qui sont verbaux:

La fresque romanesque

Titre nominal

Titre verbal

La dernière Impression

+

 

Je t'offrirai une gazelle

 

+

L'élève et la leçon

+

 

Le quai aux Fleurs ne répond plus

 

+

La Fin des majuscules (inédit)

+

 

Un wagon sur une île (inédit)

+

 

La légende de Salah Bey (inédit)

+

 

Le deuxième titre Le Quai aux Fleurs ne répond plus est objectival; car il désigne le texte comme objet. Il est rhématique et métafictionnel selon les expressions de G.Genette, car il indique au lecteur une grille de lecture spécifique au roman. Ce titre décrit le co-texte de manière ambigu et complexe, d'où le retour incessant au co-texte. Les mots existant dans le titre sont des symboles que le lecteur doit interpréter, une fois la lecture terminée, en fournissant beaucoup plus d'attention et d'énergie.

Par ce titre, l'écrivain voulait peut être extériorisé de très pénibles sentiments (le désespoir et l'échec de l'amour) qu'il désirait sûrement partager avec son lecteur. Aussi la forme verbale assure t-elle au titre une certaine autonomie par rapport à son co-texte.

Nous nous sommes intéressées aux titres romanesques de l'époque entre 1953 et 1965 et nous avons pu rassembler cette liste 70

Romanciers

Titres

Mohammed Arabdiou

-La Pièce d'argent (1959)

Mohammed Dib

-L'Incendie (1954)

-Le Métier à tisser (1957)

-Un été africain (1959)

-Qui se souvient de la mer (1962)

Assia Djebar

-La Soif (1957)

-Les Impatients (1958)

-Les Alouettes naïves (1962)

-Les enfants du nouveau monde (1962)

Mouloud Feraoun

-Le Fils du pauvre (1950)

-La Terre et le Sang (1953)

-Les Chemins qui montent (1957)

Mouloud Mammeri

-L'Opium et le Bâton (1965)

-Le Sommeil du juste (1955)

Yacine Kateb

-Nedjma (1956)

Frantz Fanon

-Les Damnées de la terre (1961)

Réda Falaki

-Le Milieu et la marge (1964)

Malek Ouary

-Le Grain dans la meule (1956)

Mourad Bourboune

-Le Mont des genets (1962)

Louis Marguerite Taous Amrouche

-La Table ronde (1960)

A première vue, L'élève et la leçon semble conforme aux titres romanesques de l'époque, car sa structure syntaxique se rapproche beaucoup de trois titres de la précédente liste:

71

- La Terre et le sang (1953)

- L'Opium et le bâton (1965)

- Le Milieu et la marge (1964)

Quant au deuxième titre Le Quai aux fleurs ne répond plus, il se distingue de la liste non pas par sa structure verbale mais plutôt par l'emploi de la métaphore, pour laquelle Malek Haddad a opté.

Par conséquent, nous considérons l'auteur comme étant l'initiateur de ce type de titre pendant la période entre 1953-1965.

- L'Autorité des deux titres de Malek Haddad:

Comme tous les titres romanesques existant sur le marché, ceux de Malek Haddad exercent leur autorité sur le lecteur par leur place sur la couverture et par leur forme. En effet, cette autorité est présentée de manière innocente; puisqu'il est admis que le titre ne ferait pas autre chose qu'annoncer le sujet du co-texte.

Aussi, placé en tête, au milieu d'un blanc, isolé du co-texte sur une page spéciale et écrit en majuscule, parfois le titre s'affirme comme dirigeant le co-texte: il programme d'avance la lecture et impose au lecteur la valeur de son énoncé. Il est évident que le titre n'exerce cette fonction dirigeante que dans la mesure où le lecteur se souvient de l'intitulé et le prend en considération pendant la lecture.

Derrida, paraphrasant Mallarmé, caractérise le titre comme suit" le titre qui, comme la tête, le capital, l'oraculeux, porte forme haut, parle trop haut, à la fois parce qu'il élève la voix, en assourdit le texte conséquent et parce qu'il occupe le haut de la page, le haut devenant ainsi le centre éminent, le commandement, le chef, l'archonte".(8(*)1)

Cette autorité n'est pas si innocente qu'elle le paraît. En fait, la forme et la structure des deux titres nous ont incité à lire et nous ont jeté dans le texte, afin de découvrir leur signification partielle. Il est clair que les intentions réelles de l'auteur sont toujours méconnues.

Les deux titres de Haddad dépassent la place qu'ils occupent en haut de la page, pour agir au coeur même du texte. Chaque fois que nous avons rencontré des mots dans le texte qui étaient aussi présents dans les deux titres, nous étions forcées de les mettre en relation, ou à les confronter, afin de voir si le choix des titres est judicieux ou non.

Une fois la lecture du co-texte terminée, les deux titres agissaient encore sur nous, car nous y revenions toujours. Le retour incessant vers les deux titres constitue la vraie autorité exercé par L'élève et la leçon et Le quai aux Fleurs ne répond plus.

-Idéologie des deux titres :

"Il n'y a aucun titre qui ne porte les traces de son idéologie"

Léo. H.Hoek, La Marque du titre, p.281

Toute une idéologie est dissimulée dans les titres de Malek Haddad. En réalité sous la forme anodine du premier titre, l'auteur fait le procès de l'enseignement de l'histoire assuré par l'école coloniale. Aussi par la métaphore et la personnification, il nous fait partager un sentiment profond, celui du silence devant l'horreur d'un échec amoureux.

Si pour Hoek l'idéologie est définie comme étant

" la forme imaginaire de la représentation des rapports réels des individus à leurs conditions d'existence".(8(*)2)

Pour Macherey(8(*)3) et Grivel(8(*)4), elle se manifeste avant tout dans les structures linguistiques et discursives du texte. Donc, le texte, lui-même, est une pratique idéologique et l'idéologie du texte est caractérisée par la dissimulation de sa propre pratique.

En fait, découvrir l'idéologie du texte signifie en même temps dénoncer l'imposture du titre qui voudrait innocenter, (fonctionnaliser) le co-texte. Le titre réussit à s'imposer au co-texte par "dissimulation et simulation" d'après Jean Ricardou "Le titre fait semblant de simuler le co-texte, en le réduisant à ses éléments fictionnels".(8(*)5) Donc le titre ne se limite pas à proposer un résumé partiel de la fiction; mais s'efforce de dissimuler par la fictionnalisation l'impact idéologique du co-texte. Ricardou fait remarquer que "même la dissimulation ne suffit pas encore, il faut que cette dernière soit elle-même cachée" (8(*)6)

Malek Haddad a bien choisi ses deux titres ainsi que leurs formes, afin de dissimuler son idéologie durant une époque (1960-1961) où l'Algérie était encore sous l'âpre colonialisme français. Ajoutons à cela, que ses deux romans étaient publiés en France et donc devaient respecter les exigences du marché du livre.

Bernard Valette suggère une définition de l'idéologie dans une intéressante étude idéologique du conte Cendrillon :

"L'idéologie désigne en effet des réalités hétérogènes, aussi disparates que la manipulation politique volontairement effectuée et de tous les temps à l'aide des arts et des belles lettres, la religion de la morale et de la culture, la signification inconsciente supposée plu importante que le discours de surface qui le véhicule tout en la dissimulant, les rapports qui doivent exister entre les productions de l'esprit individuelles et les contraintes matérielles de l'environnement social".(8(*)7)

Il souligne de ce fait, le caractère subjectif de l'idéologie et l'influence de la société sur sa signification.

A la fin, Bernard Valette avance une vérité indéniable "force est reconnaître que si idéologie il y a, il ne s'agit guère alors que de celle du lecteur".(8(*)8) Il a tout de même raison puisque, comme nous l'avons précédemment dit, les vraies intentions de l'auteur restent méconnues du lecteur.

En réalité, Bernard Valette avance l'idée que l'idéologie découverte par le lecteur n'est rien d'autre que celle qu'il construit tout seul, en fonction de son vécu, de son histoire ainsi que de sa culture et de sa connaissance de tel ou tel écrivain. Nous sommes d'accord avec lui, du fait que l'interprétation d'un texte ou d'un titre diffère d'un lecteur à un autre.

Chapitre 4

Portée symbolique

dans les titres

76

- Paratexte et titrologie chez Malek Haddad:

"La couverture est aussi cet écran très surveillé

où se déploie le titre" Jean Ricardou.

Dans cette partie, nous nous proposons d`étudier les formules paratextuelles accompagnant les deux titres romanesques de Malek Haddad et qui sont : Les couleurs de chaque couverture, la photographie, la synopsis et le sigle de la maison d'édition. Nous tenterons de dégager s'il existe ou non un lien entre la titrologie de Malek Haddad et le paratexte.

De ce fait, nous essayerons de répondre à un certain nombre d'interrogations : Qu'est ce que le paratexte ? Est-ce que l'appareil paratextuel contribue à expliquer notre corpus ?

La notion de Paratexte a été l'objet de plusieurs questionnements de la part des critiques J.Derrida, J.Dubois, A. Compagnon et G.Genette.Si en 1972, Derrida(89) parle du " Hors-texte afin de désigner le paratexte Dubois(90) en 1973 propose le terme de " Métatexte " pour designer cette limite, ce "seuil". Pour sa part, Compagnon (91) décrit la périgraphie du texte comme " une zone intermédiaire entre le hors-texte et le texte " en 1979. Toute fois, Genette a été le seul à consacrer un ouvrage complet à cette dimension importante de l'objet-livre en 1979, 1982 et surtout en 1987.

(89).Jean,Derrida, " Hors-livre, préfaces ", in La Dissémination, Seuil, 1972, pp.9-67

(90).Jacques, Dubois, L'assommoir de Zola, société, discours, idéologie, Larousse, 1973, p.129

(91) Antoine, Compagnon, La seconde main, Seuil, 1979, p.15

77

"La paratextualité est la relation d'un texte avec ce qui l'accompagne (titres préfaces, épigraphes, illustrations, prière d'insérer) et l'un des lieux privilégiés de l'action de l'oeuvre sur le lecteur"(92) déclare G.Genette. Dans son ouvrage Seuils, deux objectifs ont été tracés par lui par son étude de l'appareil paratextuel; d'un côté, observer la récurrence de certaines formes et certaines fonctions du paratexte, dépendamment des genres, des époques; de l'autre pour démontrer la force illocutoire du message, orienté essentiellement vers un destinataire à convaincre.

G. Genette souligne que le paratexte "est le versant éditorial et pragmatique de l'oeuvre littéraire et le lieu privilégié de son rapport au public et par là au monde"(93). Ceci nous rappelle les propos de B.Bernestein, qui dans son ouvrage "Langage et classes sociales" attirait l'attention sur un fait d'une grande importance : "Apprendre à ne pas se ruer sur le texte comme seul lieu dépositaire de sens convie à exercer ce que l'on pourrait appeler sa sensibilité sémiotique". En ce sens, les signes codifiés de l'appareil paratextuel ne sont pas toujours très perceptibles étant donné que les lecteurs-clients ne sont pas égaux par la sensibilité et l'imagination.

Passons maintenant à l'étude de la forme de chaque titre sur la jaquette des deux romans, car nous pensons que cela peut nous permettre d'obtenir des résultats pour la compréhension du corpus.

(92). Gerard, Genette, Seuils, Paris, Seuil, 1987, p.388

(93). B.Bernestein, Langage et classes socials, PUF, 1990, p.56

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A- Disposition du titre sur la couverture:

1- Dans L'élève et la leçon :

Le titre apparaît au recto de la couverture, sur un fond bleu ciel, comme un ensemble hiérarchisé par le jeu des caractères typographiques. Nous retenons une opposition entre la typologie du titre et celle du nom de l'auteur. Cette dernière prime nettement en valeur, le titre de l'oeuvre ne contient aucune majuscule sauf à la première lettre du premier mot.

Ajoutons à cela deux bandes vertes, l'une large et l'autre mince disposées sous le nom de l'auteur. Le même phénomène est repéré sur le rabat de couverture.

Quand aux caractères typographiques du titre, ils sont de couleur blanche.

2- Dans Le quai aux Fleurs ne répond plus :

Ce titre s'oppose au premier dans la présence d'une majuscule au mot (Fleurs), alors que sur le rabat une autre majuscule est ajoutée pour le mot(Quai). Deux bandes imprimées en rose d'une taille semblable à celle vues sur la couverture du premier roman, mettent en valeur le prénom et le nom de l'auteur.

Si la brièveté du premier titre lui à épargné le découpage, le deuxième se dispose sur deux lignes. Comme Claude Furet (94) et H. Staumann (95) nous pensons que le découpage doit être logique.

(94).Claude, Furet, Le titre .Pour donner envie de lire, Paris, C.F.PJ, 1995 (communication)

(95).H.Staumann, "Newspaper headlines": a study, in Linguistique method, London: Allen et Cloud

edition, 1935, p24

79

* (4).Alfred De Musset, Nuits de Mai, in Les Nuits de Musset, SEDES, 1980, p79, 13

* (5) Taher, Bekri, Malek Haddad : L'oeuvre romanesque. Pour une poétique de la littérature maghrébine de langue française, L'Harmattan, Paris, 1986, P19. 14

* (6) CF. le programme du cours in Oeuvre et Critique, Vol IV n°2, Edition Jean-Michel Place, Paris, 1979,

P22. 15

* (10) A.Ghani, Merrad «La littérature maghrébine l'expression française:perspectives »,

in An-nasr

* (11) G.Djougachvili, « Critiques Soviétiques sur la littérature Francophone du Maghreb »in oeuvre et critique, op .cit,P22. 18

* (12) oeuvre et critique, op .cit,P54 in Confluent, N° 47,49,Jan/Mars 1965,P56.

* (13) N.Aba, « Panorama socio-historique de la littérature algérienne d'expression française »,in Mondes et cultures,XI.3/4 Décembre 1980,P737.

* (14) Journal  «  An -Nasr » du 3 juin 1967.

* (15) oeuvres et critiques, Op.cit,P86.

* (16) Charle, Bonn, Le Roman algérien de langue française, Ed, L'Harmattan, Paris, 1960, P27.

* (17) Albert, Memmi, Ecrivains Francophones du Maghreb(Anthologie), Seghers, Paris, 1979, P22.

* (18) Malek.Haddad, L'élève et la leçon U.G.E, Paris, 1973, P41.

* (19) Malek.Haddad, Le quai aux Fleurs ne répond plus, U.G.E, Paris, 1982, P112. 19

* (20)Pages 112-113 Le quai aux Fleurs ne répond plus. 20

* (21)Selon la banque de données « Limag » dirigée par C Bonn.

* (22) Malek, Haddad, Op-cit, PP.28-29 21

* (23) Malek, Haddad, Op-cit, P29..

(24).Jamel Ali -Khodja ,Op-cit,p09. 22

* (25) Cf . «Malek Haddad, l'écrivain artiste» de Badis Foughali, Ed. Ministère de la culture, 2005, P.25. 24

* (26) Revue « La nouvelle Critique », n°112, 1960, P24.

* (27) Revue « Confluent », n°47, JanV-Mars 1965, P98.

* (28)  « Confluent », op.cit, P80. 25

* (29) Interview dans Journal El Moudjahid du 03 juin 1969.

(30) Cf. thèse de Jamel Ali-khodja, L'itinéraire de Malek Haddad, p.78 26

* (31) M.Haddad,  « La liberté et le Drame de l'expression chez les Ecrivains Algériens, in confluent, n=47,

PP.07-17.

* (32) M.Haddad, « Grandeur et misère de la littérature algérienne », in An -Nasr n°3, 4, 5, 6,7février1966.

* (33) M. Haddad, Ecoute et je t'appelle, paris, Maspéro, 1961, P11.

* (34) Malek .Haddad, Les zéros trouvent en rond, Paris, Maspéro, 1961, P132. 27

* (35) Rachida Simon, La poétique « du liseron Epineux » Mystique et écriture chez

Mohamed Dib, TDE, 2002, p.214

* (36) L'élève et la leçon, op.cit, P64.

* (37) Le quai aux Fleurs, op.cit, P.34.

28

* (38) Le quai aux Fleurs ne répond plus, op.cit, P.36.

* (39) Journal « El-Watan » du 29 Mars 1994.

* (40) WWW.relation-aide.com (nous sommes limitées à quelques avis que nous avons jugés applicables au cas de Malek.Haddad

29

* (41) « L'Algérie plurilingue » in journal  « Algérie- actualité  » du 02 au 08 avril 1992

32

* (42) Léo.H.Hoek, La Marque du titre. La Haye, Mouton, 1981, P1.

* (43) Larousse /SEJER, 2004, deuxième édition, P42.

37

* (44) Larousse 2006, édition Hachette, P.287

* (45) Léo H.Hoek, op. cit, P.292

* (46) Roland Barthes, « Analyse textuelle d'un conte d'E.Poe », dans L'aventure sémiologique, Seuil, 1985.

pp.329-359

* (47) Claude Duchet, « Une Ecriture de la socialité », in Poétique 10; 1973, P.453

* (48) Jean Giono, cité par C.Duchet.

38

* (49) Hazard Adams. « Les titres et les intertitres » in journal de l'Esthétique et de la critique d'Art.1987,

P46.

* (50) Anne Ferry, The Title of the poem. Stanford: Stanford University Press, 1996, P1.

* (51) Gérard, Genette, « La structure et les fonctions du titre dans la littérature »in Critique n=14, 1988,

pp.692-693

* (52) Christiane,Achour, Convergences Critiques,O.P.U,1990,p.28

* (53) I, Mardh, «Headlines: on the grammar of English front page headlines» (Lund Studies) in English,

1980, P.14.

39

* (54) H.Adams, « La Signification du titre dans la poésie lyrique », in journal de

l'Esthétique et de la Critique d'Art », 1987, PP.09-12.

* (55) J, Levinson, «  Titre », Journal de l'Esthétique et de la Critique d'Art », 1985,

PP29-39.

42

* (56) Dominique Maingueneau, Dictionnaire d'analyse du discours, ed. Seuil, 2002,p.339.

43

* (57) Antoine.Furetière, Le roman bourgeois, Paris, Seuil, 1974, p.65

44

* (58) Léo. H.Hoek, op.cit, P.189.

46

* (1) Malek Haddad, L'élève et la leçon, P.64

48

* (60) Richard, Sawyer, «Fonctionnel titles; a classification», university of Toronto

Quartely, vol,60, N°3, p.374-388

* (61) M. Hadj Naceur, Littérature Africaine d'expression française, portait d'émigré OPU;

1987, P31

54

* (62) Chérifa Bakhouche, « A propos de l'espace chez Malek Haddad dans je t'offrirai une gazelle » in

Cahiers de la recherche du SLAD N= 01 décembre, 2000e

* (63) Eco. Umberto, Apostille au nom de la rose, Grasset, 1988, P.12

* (64) Dictionnaire d'analyse du discours, éditions du Seuil, Paris 2002, P.33 55

* (65) Léo Hoek, OP cite P73 56

* (66 ) Les zéros tournent en rond, p,.32

* (67 ) OP, cit P.36

* (68) OP CIT P.98 60

* (69) OP, cit, p.31

* (70) OP cit p.40.

* (71) L'élève et la leçon p, 40 et p 104

* (72) Op cit, p 32

* (73) Op, cit p, 10

* (74) Op, cit, p.10

(75) Op, cit, p 37

* 61

* (76) Op, cit, p 42

62

* (77) P. Charaudeau, et D.Mainguenneau, Dictionnaire d'analyse du discours, Ed. Du Seuil, 2002, p 380

63

* (78) Revue confluent, 1963, P7978

* (79) Le malheur en danger, p13 67

* (80) Pierre Fontannier, les figures du discours éd, Flammarion, 1968

68

* (81) Jacques Derrida, "La double séance I" in : tel Quel N° 41; 1970, P.3-43

72

* (82) Léo. H. Hoek, La Marque du titre, Dispositifs sémiotiques d'une pratique textuelle, la haye, Mouton,

1982, P 28 73

* (83) Pierre Macherey, Pour une théorie de la production littéraire, Maspéro, 1970, P 06.

* (84) Charles, Grivel, Production de l'intérêt romanesque, Mouton, 1973, PP. 299-300

* (85) Jean Ricardeau, Pour une théorie du nouveau roman, Seuil, 1971, P.288

* (86) Jean Ricardou, Nouveaux problèmes du roman, Seuil, 1978, P.145 74

* (87) Bernard Valette, Cendrillon et autres contes: lectures et idéologie, in socio-critique, Nathan, 1979, P85

* (88). ibid, P86

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