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L'intéret national dans le processus d'intégration régionale en Afrique

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par Yanic KENHOUNG
Institut des Relations Internationales du Cameroun - Master 2014
  

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II- La remise en cause d'une définition de l'intérêt national en termes de

puissance

Raymond ARON procède à la remise en cause d'une définition de l'intérêt national « défini en termes de puissance » ; car penser la puissance en termes de force n'a rien de rationnel.51 Pour lui, la puissance ne peut être qu'un moyen d'action politique et non un but52. La

44 Hans J. MORGENTHAU, Op. Cit. P. 5.

45 Cette formule se trouve dans la plus part des articles de la revue américaine The National Interest.

46 Hans J. MORGENTHAU, Op. Cit. pp. 33-34.

47 Paul HERAULT, Op. Cit. P.15.

48 Dario BATTISTELLA, op. cit. p144-145.

49 Arnold WOLFERS, Discord and Collaboration. Essays on International Politics, Baltimore, The Johns Hopkins University Press, 1962, p.147.

50 Raymond ARON, Op.cit. p.101. 51Ibid. pp. 99-100.

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politique étrangère n'est pas guidée par une nature humaine dominatrice mais par des projets, des visions du monde. Les fondements théoriques du raisonnement de MORGENTHAU sont ici remis en cause : l'observation empirique d'exemples historiques ne peut aboutir à la formulation d'une théorie générale rationnelle. Un acteur agit en fonction de son horizon idéal, de ses valeurs53. ARON pense qu'il ne faut pas chercher à théoriser le comportement des États ou de leurs dirigeants en réduisant la diversité des objets qu'ils poursuivent à un seul principe directeur. Il affirme à cet effet : « la pluralité des objectifs concrets et des objectifs ultimes interdirait une définition rationnelle de `l'intérêt national', même si celui-ci ne comportait pas, en lui-même, l'équivoque qui s'attache à l'intérêt collectif en économie54 ».

ARON pense que l'intérêt national doit être pluriel et faire l'objet de recherche. En effet, « il (intérêt national) rappelle au gouvernants d'un jour que la sécurité et la grandeur de l'État doivent être les objectifs de l'homme diplomatique, quelle que soit l'idéologie qu'ils invoquent 55», il s'interroge toutefois sur la constance et l'homogénéité de l'intérêt national parce que la nature et les changements de régimes ou d'idéologies tendent à influer sur la définition de l'intérêt national, et que l'homogénéité de l'intérêt national ne va pas de soi et n'a rien d'évident dans la mesure où toute entité politique est composée de groupes ou d'individus ayant chacun des objectifs propres56. Aussi, s'appuyant sur la philosophie politique de LOCKE, SMITH et KANT, MORAVCSIK fait des individus ontologiquement antérieurs aux États et agissant seuls ou agrégés en regroupement de nature privée, les acteurs fondamentaux de la politique en général et des relations internationales en particulier. Rationnels, au sens où ils sont capables d'effectuer dans le champ politique les choix les plus efficaces en termes de rapport couts/bénéfices, les acteurs sociétaux cherchent, à travers l'action individuelle ou collective, à promouvoir leurs intérêts matériels ou spirituels, en vue d'atteindre le bien être tel qu'ils le définissent. Lorsque la satisfaction de ces intérêts ne peut se faire à moindre cout par les seuls acteurs sociétaux, ils en confient la charge à l'État, qui a été érigé dans ce but par la société civile, et qui n'est donc pas un acteur autonome par rapport à la société civile comme chez les

52 Ibid.

53 Paul HÉRAULT, Op. cit. p. 16. 54Raymond ARON, op; cit, p. 101.

55 Ibid. p.101.

56 Raymond ARON, Paix et guerres entre les nations, Paris, Calman Levy, 1984, cité par Paul HERAULT, Op. Cit. p. 17.

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réalistes, mais le simple commis des intérêts particuliers. Ceci est notamment le cas sur la scène internationale, où l'État a pour mandat de promouvoir ceux des intérêts particuliers que les individus ne peuvent eux-mêmes défendre directement57.

L'intérêt national ici est ce que le décideur formule comme tel. Les libéraux n'assimilent pas pour autant cet intérêt national à la somme des intérêts privés de la société civile, car au sein d'une société civile, il n'y a aucune harmonie spontanée entre les intérêts privés. Comme les différents acteurs sociétaux ne disposent pas de ressources politiques équivalentes leur permettant d'espérer une satisfaction égale de leurs intérêts respectifs, l'État ne représente jamais que celui ou ceux des sous-ensembles, plus ou moins grands, de la société civile, capables d'accéder aux autorités politiques et de leur imposer comme leurs légitimes préférences : la politique gouvernementale est contrainte par les identités, intérêts et pouvoirs des individus et groupes qui exercent en permanence des pressions sur les décideurs pour qu'ils adoptent des politiques conformes à leurs préférences. Ainsi, la dualité essentielle de la puissance et du bien communs font de l'intérêt national le but d'une recherche et non un critère d'action, car il est le fruit des débats et d'arbitrages entre plusieurs options politiques. L'intérêt national dans cette optique ne vise plus simplement la défense de l'État, mais il promeut aussi un projet de société.

Selon ARON, l'individu est l'acteur fondamental de la politique qui cherche à satisfaire de façon rationnelle ses intérêts ; l'État dans cette perspective étant le mandataire de la société civile, chargé par les acteurs sociétaux de satisfaire les intérêts privés qu'eux mêmes ne parviennent pas à satisfaire. Aussi, au niveau des relations entre les États, l'immanence de l'État par rapport à la société civile se traduit tantôt par une définition égoïste de l'intérêt national, tantôt par une définition non égoïste, selon que les acteurs sociétaux majoritaires estiment leur intérêt mieux satisfait par une politique unilatérale ou au contraire multilatérale58. Dans cette optique, l'intérêt national d'un État en politique étrangère peut alors être égoïste par rapport aux intérêts des autres États ou plus exactement par rapport aux intérêts des autres sociétés civiles représentées par les États respectifs. Quoiqu'il en soit, l'intérêt national tel que cerné par ARON est un intérêt national égoïste du fait de l'immanence de l'État.

57 Dario BATTISTELLA, Op. Cit. p.148.

58 Dario BATTISTELLA, Op. Cit. P.150.

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Comme nous le constatons, les théories réalistes de l'intérêt national exaltent la prééminence de l'État dans la perception de cet intérêt. Les réalistes définissent donc de manière égoïste l'intérêt national. Pour eux, l'intérêt national est essentiellement conservateur. La controverse ainsi ressortie, il importe de faire une liaison entre les théories réalistes de l'intérêt national et l'intégration régionale en Afrique.

PARAGRAPHE II- L'INTÉRÊT NATIONAL DES RÉALISTES ET L'INTÉGRATION RÉGIONALE EN AFRIQUE

Les réalistes n'abordent pas directement le débat entre la supranationalité et l'intérêt national, mais plusieurs de leurs réflexions peuvent être utiles à cet effet. Il faut noter que « les sociétés transnationales se manifestent par les échanges commerciaux, les migrations de personnes, les croyances communes, les organisations qui passent par-dessus les frontières ; enfin les cérémonies ou compétitions ouvertes aux membres de toutes ces unités59 ». C'est dire en d'autres termes que l'émergence d'entités supranationales créée une nouvelle sociabilité.

Dans un cadre de réflexion purement réaliste au sens de H. MORGENTHAU, l'existence d'un acteur supérieur à l'État est difficilement imaginable, puisque l'anarchie du système internationale est indépassable. C'est ainsi que le regard de MORGENTHAU sur les organisations internationales comme l'ONU est particulièrement intrusif60. Selon ce dernier, les Nations Unies sont la volonté des États membres, elles ne sont qu'un instrument au service de leurs intérêts nationaux. À cet effet, il affirme « the united nations is today an intrument through which its members try to protect and promote their respective national interest61 ». Le tout n'étant rien d'autre que la somme des parties, les théories réalistes ne peuvent concevoir que les intérêts des États qui structurent l'organisation. D'après d'autres réalistes, inspirés d'ailleurs par l'histoire diplomatique classique et en réaction aux illusions de l'idéalisme wilsonien, l'apparition des grandes organisations internationales au XXe siècle telles que la Société des Nations, l'Organisation des Nations Unies et l'Union Européenne ne change rien sur l'intérêt national comme motivation suprême de la politique étrangère des États. Les premiers rôles sur la

59 Paul HÉRAULT, Op. Cit. p. 18.

60 Hans MORGENTHAU, «The Yardstick of National Interest». Annals of the American Academy of political and Social Science, November 1954, vol. 296, p. 77.

61 Ibid.

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scène internationale sont encore joués par les États et par les intérêts nationaux62. L'intérêt national reste la seule motivation des États dans leur agissement sur la scène internationale, car au regard de la situation des relations internationales, un domaine anarchique, sans autorité supérieure, où le droit, inexistant cède la place à la force, celle qui est exercée avant tout par les grandes puissances. Dans cet état de nature, la guerre est un moyen de régulation de la vie internationale, des relations entre les États, lesquels ont, selon la formule de Max WEBER, le « monopole de la violence physique légitime ». Pour les réalistes, le meilleur moyen d'obtenir la paix, est de créer une situation dans laquelle les États n'ont pas d'intérêts. Dans cette vision pessimiste, l'intérêt est perçu comme le principal ressort des activités humaines.

Dans le cadre des organisations africaines d'intégration régionale telle que l'Union Africaine, en faisant une liaison avec les théories réalistes de l'intérêt national, il ressort que les États n'adhèrent à ce processus que pour rechercher leurs intérêts égoïstes, différents des intérêts des autres États et ceux de l'organisation ; les États dans ce processus selon la logique réaliste ne poursuivent que leurs intérêts personnels au détriment de ceux des autres. On peut affirmer comme Alan MILWARD parlant de la création de la Communauté européenne63 que l'intégration régionale en Afrique ne procède pas d'un idéal, mais de la volonté des États de sauver leur existence, de s'affirmer et de se restaurer individuellement. Pour lui, on peut se demander si l'intérêt national n'a pas été le principal ressort de la construction européenne. Depuis le Traité de Westphalie jusqu'aux traités qui ont assuré la réunification de l'Allemagne en 1990, en passant par le congrès de Vienne en 1815, le Traité de Versailles en 1919, les pays d'Europe ont continuellement cherché leur intérêts nationaux64.

De la sorte, l'intérêt national est à l'origine de la construction régionale africaine ; il existe une interaction, un continuum entre l'intérêt national et l'intégration régionale, car depuis les indépendances, les États africains perçoivent l'intégration régionale comme une voie pour s'affranchir de la colonisation, pour leur développement, pour réduire les conflits entre eux et pour assurer surtout leur survie purement personnelle. L'importance de l'intégration

62 Kenneth N. WALTZ, Theory of International Politics, Reading, Addison Wesley, 1979. Cite par Robert FRANK, « Penser historiquement les relations internationales », Annuaire Française de Relations Internationales, p. 50.

63 Alan MILWARD, The European rescue of Nation State, University of California Press, Berkeley, 1995(2e éd) et Rutledge, London, 2000. Cite par Robert FRANK, « Penser historiquement les Relations Internationales », Annuaire Française de Relations Internationales, p. 51.

64 Ibid.

65 CNUCED, Le développement économique en Afrique. Renforcer l'intégration économique régionale pour le développement de l'Afrique. New York et Genève, Rapport 2009, p.8.

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économique régionale pour accélérer et renforcer le développement économique et social est reconnue depuis longtemps par les décideurs africains. L'unité, la coopération et l'intégration de l'Afrique ont été de tout temps des objectifs pour de nombreux responsables africains comme George PATMORE, W. E. B. DUBOIS ou Marcus GARVEY, ainsi que pour des nationalistes africains comme Kwame NKRUMAH qui, dans son livre Africa Must Unite, préconisait déjà l'unité africaine. Cet objectif d'intégration est donc profondément ancré dans l'histoire de l'Afrique, même si, comme dans d'autres régions, la priorité a été initialement de s'assurer un poids et une autorité politiques accrus sur la scène internationale. Mais au fur et à mesure que les défis de la mondialisation et de l'interdépendance se sont imposés aux pays de la région, avec le risque d'une marginalisation du continent africain, cet objectif d'intégration est redevenu prioritaire. L'Organisation de l'Unité africaine (OUA) a été établie en 1963 pour intégrer économiquement les pays d'Afrique, régler les conflits dans les pays africains et entre ces pays, promouvoir le développement et améliorer le niveau de vie des populations65. Plusieurs groupements sous-régionaux africains ont été formés par la suite.

En juin 1991, le Traité d'Abuja, qui prévoit la création d'une communauté économique africaine à l'échelle du continent d'ici à 2028, a été signé. La formation d'arrangements régionaux de coopération économique permet de jeter les bases de la communauté économique africaine envisagée. Le régionalisme en Afrique répond à deux nécessités. La première était de renforcer l'unité politique au niveau panafricain. La seconde consistait à promouvoir la croissance économique et le développement. Le régionalisme, en particulier pour une intégration des marchés au niveau régional, est un moyen d'aider les pays africains à surmonter les problèmes structurels auxquels ils sont confrontés. Au regard de la théorie réaliste de l'intérêt national, les Etats africains ne participeraient au processus d'intégration que pour consolider leur intérêt égoïste, la volonté réelle de bâtir une région intégrée étant reléguée au second rang ; car la confrontation entre les groupes de Casablanca et de Monrovia, qui s'est soldée par la victoire des modérés de Monrovia n'est que la manifestation de l'intérêt national des Etats naissants au détriment de l'unité complète de l'Afrique, revendiquée par les panafricanistes radicaux.

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Nous pouvons également faire un rapprochement entre le projet constructiviste de l'intérêt national et l'intégration régionale en Afrique.

SECTION II : LA THÉORIE CONSTRUCTIVISTE DE L'INTÉRÊT NATIONAL ET L'INTÉGRATION RÉGIONALE EN AFRIQUE

Nous clarifierons d'une part la théorie constructiviste de l'intérêt national (PARAGRAPHE I) avant d'établir la relation avec l'intégration régionale en Afrique (PARAGRAPHE II).

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"Il faudrait pour le bonheur des états que les philosophes fussent roi ou que les rois fussent philosophes"   Platon