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Enjeux et jeux pétroliers en Afrique: étude de l'offensive pétrolière chinoise dans le Golfe de Guinée

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par Severin Tchetchoua Tchokonte
Université de Yaoundé 2 - Master 2 science politique 2008
  

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Paragraphe 2 : L'occident et la tropicalisation de la démocratie en Afrique

Il est peut être contradictoire de parler d'occident et de la tropicalisation de la démocratie. Car, la seule évocation de l'occident nous fait penser à priori à la diffusion de l'idéologie libérale. Seulement, dans leurs relations avec l'Afrique, les démocraties occidentales, considérées à tort ou à raison comme les défenseurs de la démocratie, ont très souvent fait passer leurs intérêts stratégiques avant la promotion des valeurs démocratiques. En effet, selon Fogue Tedom (2008 : 139) :

" Le débat autour de l'intérêt et de la nécessité de démocratiser le continent africain a souffert des enjeux géostratégiques des principales puissances occidentales engagées en Afrique. Dans ce débat, la résistance française ou encore le revirement américain lors de la tournée africaine de BILL CLINTON à Entebbe en Ouganda en mars 1998 ne peuvent se comprendre qu'à l'aune de ces enjeux. La démocratisation de l'Afrique implique une émancipation politique des africains et le développement de leur esprit de discernement. Dès lors, elle peut apparaitre dangereuse pour la réalisation de certains des objectifs géostratégiques de ces puissances ".

C'est donc dire que c'est dans le souci de défendre ou de promouvoir leurs intérêts stratégiques en Afrique que les démocraties occidentales (France et Etats-Unis en l'occurrence) ont soutenu l'idée d'une indigénisation de la démocratie en Afrique. Aussi, verrons-nous que le discours progressiste du président français François MITTERAND en 1990 à la Baule en France n'était en rien un coup fatal porté à l'autoritarisme en Afrique comme ont bien voulu nous le faire croire certains (A). Davantage, au regard de l'attitude américaine visant elle aussi à faire passer avant toute chose la défense de ses intérêts, les espoirs de l'opinion publique africaine vis-à-vis de l'offensive américaine50(*)ne risquent-ils pas d'être bafoués (B) ?

A. La Baule : une démocratisation en trompe oeil

Convaincue que la démocratisation, synonyme de prise de conscience de l'opinion africaine constitue une menace pour ses intérêts en Afrique, sous la pression des populations africaines et de l'ensemble de la communauté internationale, la France feint lors de la conférence de la Baule de juin 1990 d'opter pour la démocratisation du continent. En effet, la Baule est un soutien en trompe oeil à la lutte pour la démocratie que les populations africaines semblent déterminées à mener. Prisonnière des considérations géostratégiques, la France ne veut pas prendre le risque de soutenir la démocratisation du continent, démocratisation susceptible de remettre en cause ses intérêts sur le continent. Mais pour contenter l'opinion africaine, elle adopte une posture progressiste. Pour Fogue Tedom (2008 : 109) :

" Le discours de la Baule, abusivement et surtout idéologiquement considéré comme " le détonateur du processus de démocratisation en Afrique " (Michel ROUSSIN, Afrique majeure, paris, Ed. France-Empire, 1997, pp 14-15)51(*), n'est rien d'autre qu'un exercice géostratégique de transformation des contestations politiques africaines du début des années 1990 au mieux des intérêts de la France. En effet, redoutant les conséquences de la montée incontrôlée de ces contestations pour les pouvoirs qui lui garantissent un " patronage exclusif " dans ses anciennes colonies et donc pour elle-même, la France était stratégiquement dans l'obligation de donner l'impression à la rue africaine qu'elle était à ses côtés. Dans le même temps pour des raisons géostratégiques, elle ne pouvait courir le risque de voir les populations africaines devenir maitresse de leur destin politique et par conséquent, les Etats de son pré-carré s'émanciper de sa tutelle politique, stratégique et économique au moment même où, après avoir déclaré le nouvel ordre mondial, les Etats-Unis venaient de proclamer la libre concurrence politique et économique entre les anciens de la guerre froide ".

Lors de cette même conférence, le président MITTERAND appelle à l'indigénisation ou à la tropicalisation de la démocratie en affirmant, " Si la démocratie est un principe universel, il ne faut pas oublier les différences de structures, de civilisations, de traditions, de moeurs. Impossible de présenter un système tout fait...La France n'a pas à décider je ne sais quelle loi constitutionnelle qui s'imposerait de facto à l'ensemble des peuples qui ont leur propre conscience et leur propre histoire "52(*).

Soulignant cette duplicité française, Jean Pierre COT, ancien ministre français de la coopération affirmait : "c'est très caractéristique de la politique française (en Afrique) - et notamment celle de François MITTERAND - que de tenir, d'un côté, un discours généreux, d'entretenir des espoirs, et d'autre part, de pérenniser une pratique qui vise exactement le contraire "53(*). En clair, malgré ses prises de position en faveur de la démocratisation du continent, la France devait garantir la survie de ses " amis fidèles ", même au prix du maintien des Etats africains dans l'immobilisme et l'archaïsme politique. De la survie politique des régimes africains dépendait la survie des intérêts français en Afrique.

C'est ce que confirme d'ailleurs l'étude des relations qu'elle entretien avec ses partenaires africains depuis la décennie 1990. En effet, l'analyse des relations franco-africaine depuis cette période laisse paraitre un soutien multiforme et quasi permanent de la France aux régimes africains. Cela se vérifie par exemple à travers l'élection présidentielle de 1992 au Cameroun. A l'issue de cette première élection présidentielle pluraliste, qui mettait aux prises Paul BIYA soutenu par la France et John FRU NDI soutenu par la diplomatie américaine, élection favorable au candidat Paul Biya. Le Floch Prigent, président d'ELF de l'époque fait des déclarations selon lesquelles c'est avec l'appui de sa compagnie que le président BIYA a pu s'imposer (Le Floch Prigent, l'express du 12/12/1996, p.66)54(*).

Pareillement, au Congo, après la décision du nouveau président élu, Pascal LISSOUBA, de vendre la part de l'Etat congolais dans l'exploitation du principal gisement du pays à la compagnie américaine OXY, Jusqu'à lors tenue à l'écart de l'exploitation congolaise par l'ancien pouvoir au profit exclusif de la compagnie française ELF, la France réussit après de nombreuses tractations diplomatiques et économiques à obtenir le rachat de la dette d'OXY. Mais, désormais, il est clair que le nouveau président représente une menace pour la sauvegarde des intérêts français au Congo. De ce fait, la France s'arrangera à le faire partir. C'est ainsi qu'après une première guerre civile en 1992, une seconde en 1998 aboutira au renversement de LISSOUBA. Le rôle actif de la France dans ce renversement semble se confirmer par les déclarations de Le Floch Prigent, lorsqu'il affirmait que parmi ses missions diplomatiques en Afrique figurait le "maintien du Congo dans ses liens avec la France (...) " (Cf. l'express 12/12/1996, pp 68-69).

Au regard de cette politique de deux poids deux mesures menée par la France en Afrique, qui consistait à soutenir d'une part, l'idée de la nécessité de la démocratisation du continent, mais continuant paradoxalement à soutenir les régimes africains d'autre part, on comprend très vite que Paris est inscrit dans la dialectique des intelligences. En effet, la France n'est pas prête à sacrifier ses intérêts stratégiques en Afrique sur l'autel de la Démocratie. D'ailleurs, sa maturité stratégique ne lui interdit-elle pas de faire passer la promotion des valeurs démocratiques avant la recherche et la sauvegarde de ses intérêts ? Qu'en est-il de l'offensive américaine aux allures progressistes ?

* 50 Pour l'opinion publique africaine toujours engluée dans sa cécité stratégique, l'offensive américaine est synonyme de défense des libertés, de la démocratie et de promotion de l'Etat de droit. C'est exactement ce que les américains veulent que les africains retiennent de leur offensive.

* 51 Cité par FOGUE TEDOM (2008 : 109).

* 52 Cf. Le Monde du 22 juin 1990. Cité par Michel ROUSSIN (1997 : 123).

* 53 Cf. "Les erreurs de la France en Afrique ", in l'Autre Afrique N°77 du 27 janvier au 2 février1999, p.9. Cité par FOGUE TEDOM (2008 : 109).

* 54 Cité par FOGUE TEDOM (2008 : 82).

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9Impact, le film from Onalukusu Luambo on Vimeo.