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Enjeux et jeux pétroliers en Afrique: étude de l'offensive pétrolière chinoise dans le Golfe de Guinée

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par Severin Tchetchoua Tchokonte
Université de Yaoundé 2 - Master 2 science politique 2008
  

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Paragraphe 2 : Les offensives chinoises sur la scène internationale : une stratégie de diversification

Depuis 1995, le gouvernement chinois mène une politique énergétique internationale globale afin de minimiser sa dépendance excessive vis-à-vis du pétrole du Moyen Orient. En effet, depuis cette date, les importations chinoises ont sans cesse progressé pour atteindre 42,9% (Thalman P. (Dir.) ; 2006 : 9). La Chine ne néglige aucune zone susceptible de lui assurer un approvisionnement pétrolier. D'où le véritable quadrillage de la scène pétrolière internationale par cette dernière. Il sera donc question de montrer le souci de Pékin de diversifier au maximum ses sources d'approvisionnement en pétrole. Aussi, commencerons-nous tout naturellement par le Moyen Orient, centre névralgique de la scène pétrolière mondiale (A), ensuite l'Afrique et les autres régions du monde (B).

A- Le Moyen Orient18(*)

L'examen minutieux des sources d'approvisionnement pétrolier de la Chine nous permet de constater que le Moyen-Orient représente 45% des importations chinoises (Thalman P. (Dir.) ; 2006 : 9). Les principaux fournisseurs de pékin sont : L'Arabie Saoudite (14%), l'Iran (11%), Oman (13%), et d'autres pays 7%(Yémen, Iraq,...). La part du Moyen-Orient devrait même passer à 80% en 2010 (De Lestrange Cédric; Paillard Christophe Alexandre; Zélenko Pierre; 2005: 176).

Seulement, à l'analyse, on a la nette impression que la Chine n'est cliente de cette zone que pour des raisons de proximité. En effet, la Chine reconnaît elle-même la faiblesse de son influence dans la région, sa position étant précaire que la situation du moyen est instable et donc contraignante. Le pouvoir de contrôle de l'Etat chinois sur son ravitaillement en pétrole en provenance de cette zone demeure faible.

Au delà des facteurs d'ordre politique, ressortent également des contraintes techniques. En effet, une partie du pétrole en provenance du Moyen Orient est lourdement chargée en sulfure, ce qui exige certaines installations de raffinage dont la Chine ne peut indéfiniment augmenter la capacité, à moins d'investir massivement dans le renouvellement de ses raffineries. La Chine doit donc tenter de diversifier au maximum ses sources d'importations en même temps qu'elle doit continuer à rechercher les sources stables.

B- L'Afrique et les autres régions du monde

Comme les puissances occidentales plusieurs décennies avant, la Chine découvre au milieu des années 1990, l'importance du pétrole africain pour son essor industriel et économique. En effet, la Chine considère l'Afrique comme une véritable terre promise (Fogue Tedom A.; 2008 :157). La part de l'Afrique dans les importations chinoise représente environ 30%19(*)de la totalité des importations de pétrole de la Chine et ce taux ne cesse de croître. Ce qui importe le plus pour la Chine, ce sont les opportunités d'investissements directs. Celles-ci peuvent être considérées sous deux angles : il s'agit soit de réaliser des projets de prospection par le biais de joint venture, soit d'acquérir des gisements pour diminuer la dépendance vis- à -vis du marché.

Les principaux fournisseurs africains de la Chine sont : l'Angola (4e rang des pays fournisseurs de la Chine, et le premier africain), l'Egypte, le Nigeria, la Guinée Equatoriale, le Congo Brazzaville, Gabon et le Cameroun.

En ce qui concerne les autres zones pétrolières mondiales, la diplomatie pétrolière chinoise y est présente et comparable à une véritable " toile d'araignée ".

En Amérique latine, zone d'influence des Etats-Unis, la Chine est tout aussi active. Durant sa visite dans plusieurs pays sud américains en novembre 2004, le président chinois HU JIN TAO a annoncé que la Chine investirait 100milliards de dollars en Amérique Latine au cours des 10 années à venir (Miginiac Jean Philippe ; 2006 : 13); (le président Jiang Zemin avait déjà effectué un tour d'Amérique Latine en 2001). Parmi les projets, un contrat énergétique de 10milliards de dollars au Brésil et plusieurs projets énergétiques au Venezuela, au Cuba, en Equateur, en Bolivie, au Pérou, en Colombie et en Argentine.

L'Asie centrale, qui concentre 6% (De Lestrange Cédric; Paillard Christophe Alexandre; Zélenko Pierre; 2005: 177) des réserves pétrolières mondiales, connaît également la présence de la Chine. En effet, la Chine y est active depuis 1997, quand la CNPC prit une participation de 60% dans la compagnie Casaque, Aktioubinsk oil. La Chine cherche tout particulièrement à renforcer sa présence au Kazakhstan, dans les champs pétroliers d'Aktioubinsk et d'Ouzen. Par ailleurs, Pékin et Moscou travaillent de concert à la cohésion des Etats du "Shanghai cooperation organization " (Chine, Russie, Kazakhstan, Kirghizstan, Tadjikistan, Ouzbékistan) pour leur permettre de mieux résister à l'enracinement des Etats-Unis dans la région depuis les attentats du 11septembre (Miginiac Jean Philippe ; 2006 : 13).

La diplomatie Chinoise du pétrole a même permis l'accès de Pékin aux ressources Canadiennes, directement dans " le jardin des Etats-Unis " (les ressources canadiennes sont actuellement considérées comme les deuxièmes réserves mondiales, derrière celles de l'Arabie Saoudite) (Miginiac Jean Philippe ; 2006 : 13). En 2004, à la suite de la visite en Chine du premier ministre canadien Paul Martin, les deux pays ont conclu une série d'accords énergétiques (canada-china statement on energy cooperation in the 21st Century) pour une implication de la Chine dans le développement des secteurs pétrolier, gazier et nucléaire canadiens. En avril 2005, PETROCHINA (filiale de la CNPC) et la canadienne ENBRIDGE signaient un mémorandum of understanding pour investir 2 milliards de dollars dans la construction d'un pipeline qui devrait transporter le pétrole canadien vers sa cote ouest, afin d'y être acheminé par tankers vers l'Asie. De nouveaux contrats sont par ailleurs en cours de signature entre les compagnies chinoises et canadiennes.

Ailleurs dans le monde, la Chine poursuit une politique identique de développement de ses participations. C'est ainsi qu'on retrouve la diplomatie pétrolière chinoise aux confins de la planète. Notamment en Australie, en Papouasie Nouvelle Guinée, en Indonésie, à Burma. Par ailleurs, proche de ses frontières, la diplomatie chinoise est engagée dans nombre de disputes territoriales avec ses plus proches voisins [Malaisie, Philippines, Taiwan, Vietnam, Bornéo (Iles Spratley et Paracel), Japon, etc.]. Derrière chacune de ces disputes, s'accumulent des réserves potentielles de pétrole ou de gaz.

La dépendance énergétique (pétrolière en l'occurrence) de la Chine peut en partie expliquer son offensive dans les différentes zones pétrolières mondiales, notamment dans la sous région du golfe de guinée. Seulement, à l'analyse, elle ne peut à elle seule suffire à comprendre ou à véritablement cerner les différents contours de cette offensive. Aussi, sommes-nous amenés à aller chercher ailleurs, notamment en Afrique même, les véritables raisons de cette ruée. Le golfe de guinée étant de loin un géant pétrolier, comment comprendre cette offensive quasi systématique des principales puissances industrielles, notamment de la Chine dans cette sous région ? Qu'est-ce qui dans le golfe de guinée peut aider à comprendre les réelles motivations de cet assaut pétrolier chinois ?

* 18 Avec plus de 60% des réserves mondiales prouvées, le moyen orient est sans contestations possibles, le coeur pétrolier du monde. En son sein, l'Arabie Saoudite arrive largement en tête avec quelques 264 milliards de barils de réserves prouvées sur un total mondial de 1200 milliards (chiffres AIE 2005). Elle est suivie par quatre autres Etats riverains du golfe arabo-persique : l'Iran (137 milliards de barils), l'Iraq (115), le Koweït (101) et les Emirats Arabes Unis (98). Côté production, ces Etats occupent encore le premier rang avec plus de 25 millions de barils par jour extraits en 2005. cf. LAFARGUE, François, " Chine et Inde : des stratégies offensives " in Questions Internationales, N°24, mars-avril2007.Page39.

* 19 Cf. Questions Internationales n° 20, juillet- août 2006, page 106.

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