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Enjeux et jeux pétroliers en Afrique: étude de l'offensive pétrolière chinoise dans le Golfe de Guinée

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par Severin Tchetchoua Tchokonte
Université de Yaoundé 2 - Master 2 science politique 2008
  

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CHAITRE II :

LE GOLFE DE GUINEE : UNE ZONE PRIVILEGIEE DE LA SCENE PETROLIERE MONDIALE.

Comme l'écrit Alain Fogue Tedom (2008 : 133), "Au regard des attentes actuelles et surtout à venir des puissances industrielles par rapport aux ressources naturelles africaines en général et en particulier par rapport au pétrole du golfe de guinée, on est en droit de s'interroger sur la validité de l'analyse qui, au début des années 1990, soutenait l'idée qu'avec la fin de la guerre froide l'Afrique noire avait perdu tout intérêt stratégique pour les grandes puissances ". Même si économiquement l'Afrique noire n'a qu'un poids marginal dans le commerce mondial, son sous- sol demeure l'un des plus riches du monde en matières premières. Le continent africain regorge en effet de nombreux gisements de pétrole dont l'industrie occidentale reste très demandeuse. Par ailleurs, à cause de son déficit d'autonomie stratégique et politique, elle offre aux compagnies étrangères la possibilité d'acquérir des concessions et de s'offrir des marchés captifs qu'elles ne peuvent trouver nulle part ailleurs (Fogue Tedom ; 2008 : 133). Cependant, malgré la richesse de son sous-sol en ces matières premières, l'Afrique noire, traversée par la corruption politique, est incapable de rationaliser leur gestion afin d'en tirer le meilleur profit.

Du fait de la place qu'il occupe désormais dans la géopolitique pétrolière mondiale, notamment dans la politique de diversification des sources d'approvisionnement énergétique des grandes puissances industrielles, le golfe de guinée est désormais un point névralgique de la scène pétrolière internationale. Sa position géostratégique, son important potentiel énergétique et les multiples atouts de son pétrole (section1), couplés à l'incapacité politique et technologique des autorités politiques locales à contrôler et à exploiter ses ressources (section 2), font de cette sous région une zone privilégiée de la scène pétrolière mondiale et une réponse éventuelle à la dépendance énergétique de la Chine.

SECTION I : Potentiel énergétique et atouts du brut du golfe de guinée

Troisième région mondiale productrice de pétrole, l'Afrique détient 10% (Kounou Michel ; 2006 : 16) des réserves mondiales et connaît depuis quelques temps une véritable ruée de la part des grands pays industrialisés. En effet, longtemps située dans un « angle mort » de la politique extérieure des principaux pays consommateurs (Etats-Unis, Chine, Japon), elle est aujourd'hui l'objet d'un véritable assaut. Jadis écartée des enjeux géostratégiques et des jeux des grandes puissances, l'Afrique en général et le golfe de guinée en particulier est devenu l'objet de convoitises des puissances consommatrices de pétrole.

Avant de procéder à une étude des différents atouts du brut du golfe de guinée (paragraphe 2), il serait judicieux au préalable de présenter le potentiel énergétique de cette sous région (paragraphe 1).

Paragraphe 1 : Le potentiel énergétique du golfe de guinée

Doté d'un potentiel énergétique important et de sources d'énergies diverses et variées (pétrole, gaz, biomasse, etc.), le golfe de guinée, jadis réputé pour la qualité de ses produits agricoles, est devenu depuis quelques années un véritable eldorado pétrolier (Ntuda Ebode ; 2004 : 44). Dans un contexte international marqué entre autre par la dépendance énergétique des pays industrialisés (Etats-Unis, Chine, Japon, Union Européenne), le golfe de guinée regorge d'un pétrole non seulement réputé pour sa qualité, mais aussi et surtout des réserves en pleine croissance (A). Par ailleurs, le volume de la production y est particulièrement élevé (B).

A- Des réserves de plus en plus importantes

La région du golfe de guinée, où se concentre l'essentiel des réserves d'Afrique subsaharienne, est devenue depuis quelques années l'une des zones-phares de la scène pétrolière mondiale. Certes, elle n'est pas un " nouveau Moyen-Orient ", mais les réserves prouvées dans l'ensemble des pays de la région sont sans cesse revues à la hausse. Elles s'élèvent aujourd'hui à 55milliards de barils, soit 4.8% des réserves mondiales (Copinschi P. ; Noel Pierre. ; 2005 : 29).

L'Afrique subsaharienne, le golfe de guinée en particulier, compte des Etats détenteurs de pétrole ou en devenir dont les fonds terrestres et marins regorgent d'importantes réserves de pétrole brut. C'est par exemple le cas du Nigeria, de l'Angola et de la guinée Equatoriale.

Le Nigeria est de loin le pays détenteur de pétrole le plus important d'Afrique subsaharienne. Ses réserves prouvées sont passées de 31,5 milliards de tonnes en décembre 2002 à 35,2 milliards en avril 2005 (Kounou Michel ; 2006 : 33). Elles sont si importantes qu'elles représentent plus du double des réserves des autres Etats africains détenteurs (Kounou Michel ; 2006 : 33). En fin 2006, les réserves du Nigeria s'élevaient à environ 36,2 milliards de barils (Poissonnier H. ; Huissoud J. M ; 2008 : 20).

L'Angola quant à lui est un autre géant pétrolier africain, ses réserves s'élevaient en 2006 à 9 milliards de barils (Poissonnier H. ; Huissoud J. M ; 2008 : 20). Aux dernières évaluations, les réserves angolaises s'élevaient à 12 milliards de barils20(*).

Pour ce qui est de la guinée Equatoriale, ses réserves étaient estimées, en fin 2006, à 1,8 milliards de barils (Poissonnier H. ; Huissoud J. M ; 2008 : 20).

Tableau n° 3 : Productions et réserves d'hydrocarbures en Afrique (fin 2006)

Pétrole

Gaz

Pays

Réserve milliards de barils

% mondial

Réserves en années de prod.

Prod. Milliers de barils/j

% mondial

Réserves (billions de m3)

% mondial

Réserves en années

Prod. Milliards M3

% mondial

Algérie

12.3

1.00 %

16.8

2005

2.20 %

4.5

2.50 %

53.2

84.5

2.90 %

Angola

9

0.70 %

17.6

1409

1.80 %

 
 
 
 
 

Autre

0.6

0.10 %

24.6

68

0.10 %

1.21

0.70 %

100+

8.2

0.30 %

Cameroun

 
 
 

63

0.10 %

 
 
 
 
 

Egypte

3.7

0.30 %

15

678

0.80 %

1.94

1.10 %

43.3

44.8

1.60 %

Gabon

2.1

0.20 %

25.3

232

0.30 %

 
 
 
 
 

Guinée Equatoriale

1.8

0.10 %

13.8

358

0.50 %

 
 
 
 
 

Libye

41.5

3.40 %

61.9

1835

2.20 %

1.32

0.70 %

88.9

14.8

0.50 %

Nigeria

36.2

3.00 %

40.3

2460

3.00 %

5.21

2.90 %

100+

28.2

1.00 %

Rep. Du Congo (Brazzaville)

1.9

0.20 %

19.9

262

0.30 %

 
 
 
 
 

Soudan

6.4

0.50 %

44.2

397

0.50 %

 
 
 
 
 

Tchad

0.9

0.10 %

16.1

153

0.20 %

 
 
 
 
 

Tunisie

0.7

0.10 %

27.5

69

0.10 %

 
 
 
 
 

Total Afrique

117.2

9.70 %

32.1

9990

12.10%

14.18

7.80 %

78.6

180.5

6.3 %

Source : Enjeux n° 36 Juillet 2008, page 20.

Dans ce tableau, nous notons que dans la plupart de pays africains, les réserves et la production d'hydrocarbures (pétrole et gaz naturel) sont loin d'être négligeables. En effet, 2006, l'Afrique produisait un peu plus de 12% du pétrole mondiale et 6.3% de gaz. Les réserves de pétrolé s'élevaient quant à elles à 117.2 milliards de barils, soit 9.70 % des réserves mondiales. Pour ce qui est du gaz, en cette date, les réserves africaines s'élevaient à 14.18 millions de m3, soit 7.80 % des réserves mondiales.

B- Une production massive

Le développement rapide de la production pétrolière en Afrique (plus 40% entre 1990 et 2004) permet au continent africain d'assurer aujourd'hui 12% de la production pétrolière mondiale (Poissonnier H. ; Huissoud J. M ; 2008 : 20) en augmentation constante depuis quelques années. La production africaine est en effet un élément clé de l'approvisionnement du marché mondial. Non pas que sa part dans la production totale soit très importante, mais l'homogénéité des produits pétroliers est telle que l'équilibre du marché, et donc le prix, sont déterminés par les « barils marginaux » (Charnoz Olivier ; 2003 :21).

Le secteur pétrolier africain, en pleine croissance, acquiert donc un poids stratégique supérieur au simple volume de sa production. A travers son pétrole, l'Afrique acquiert une nouvelle stature internationale, et suscite un regain d'intérêt stratégique. En effet, avec une production de 4 millions de barils par jour, dont l'essentiel provient du golfe de guinée, l'Afrique subsaharienne affiche une capacité de production s'élevant à 6 % des extractions mondiales. Davantage, dans 10 ans cette production aura augmenté de 30 % contre 16 % seulement pour les autres continents (P. Bernard ; 2004 :4)21(*).

Dans le cadre de ce travail, nous présenterons la production du golfe de guinée à travers l'exemple des producteurs majeurs de la sous région, que sont : le Nigeria (1), l'Angola (2) et la Guinée Equatoriale (3).

1- Le NIGERIA

Récemment déclassé par l'Angola, le Nigeria est aujourd'hui le deuxième producteur africain de pétrole. La production pétrolière nigériane est restée jusque là concentrée dans les marécages du Delta du Niger au Sud, mais également en off shore, en 2006, elle s'élevait à 2460 millions de barils par jour (Poissonnier H. ; Huissoud J. M ; 2008 : 20), et pourrait avoisiner 4.4 millions de barils par jour en 2020 (Kounou Michel ; 2006 : 40). Seulement ces dernières années, eu égard aux attaques à répétition que subissent les installations pétrolières, la production connaît une certaine baisse22(*). En effet, loin d'être sécurisée, la production nationale, après avoir fortement progressée entre 2002 et 2004, régresse à nouveau. Elle a chutée de 5 à 7 % selon les sources en 2006 et d'environ 4 % sur les huit premiers mois de 2007 (Maury Fréderic ; 2008 : 134).

Toutefois, pour certains analystes, avec la mise en service de nouveaux puits, la production connaîtra à nouveau une croissance régulière.

2- L'ANGOLA

Eternel deuxième producteur de brut d'Afrique subsaharienne, en juin 2008, l'Angola a raflé la première place du palmarès au Nigeria (Meunier Marianne ; 2008 : 72). Une victoire symbolique, conséquence de la montée en flèche de sa production : multipliée par deux entre 2003 et 2007, elle a atteint 1,9 millions de barils par jour au premier semestre 2008 (Meunier Marianne ; 2008 : 72). L'avenir pétrolier de l'Angola parait radieux, le pays a rejoint l'organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) en janvier 2007 (Maury Fréderic ; 2008 : 138).

Entre 2004 et 2006, l'extraction pétrolière angolaise avait déjà progressé de 44% (Maury Fréderic ; 2008 : 138). Cette performance s'explique en partie, par la mise en production de nombreux champs en eaux profondes dont les perspectives ne cessent d'être révisées à la hausse. Selon les analystes, la production angolaise pourrait atteindre un pic à plus de 2.5 millions de barils par jour entre 2010 et 2012, avant de retomber à son niveau actuel en 2020 (Maury Fréderic ; 2008 : 136).

A partir de 2002, la stabilisation politique explique le « boom pétrolier » angolais. EXXON MOBIL, TOTAL, CHEVRON : les trois majors constituent le trio de têtes des opérateurs dans le pays. Derrière elles, le chinois SINOPEC exploite lui aussi sa part du brut, pour le plus grand bonheur de Pékin, premier acheteur du pétrole angolais. La société nationale d'hydrocarbures (SONANGOL, concessionnaire) dispose également d'une filiale active dans la production.

3- LA GUINEE EQUATORIALE

La Guinée Equatoriale a été pendant longtemps considérée comme un « désert en hydrocarbures » (Ewangue Lucien ; 2006 : 20). Cependant, avec la découverte dans les eaux territoriales équato-guinéennes d'importantes réserves de pétrole, cette perception a radicalement évolué. C'est avec la découverte du gisement de ZAFIRO par MOBIL en 1995, que le pays arbore véritablement la stature de pays producteur de pétrole, alors qu'il importait encore la totalité de son pétrole une décennie auparavant. Plusieurs champs importants sont exploités en permanence : ceux situés dans l'île de BIOKO (ALBA, ZAFIRO, et JADE) et ceux situés sur le continent (CIBA, etc.). En 1996, la production de brut s'élevait à 40.600 barils par jour (Kounou Michel ; 2006 : 4). Elle a augmenté lors des deux derniers exercices de l'ordre de 40%. C'est avec l'exploitation du gisement de Mbini, à 40km au sud de Bata que la capacité de production s'est vue renforcée.

Ce gisement serait actuellement le plus important du golfe de guinée, selon les premières estimations. Avec une augmentation de 20 %, la production de pétrole, favorisée par la découverte de nouvelles réserves, a presque triplé, passant d'environ 125 milles barils par jour en 2002 à 350 milles barils par jour en 2005. Le petit ruisseau pétrolier équato-guinéen s'est transformé en véritable torrent et on pourrait dépasser les 500 milles barils par jour à l'horizon 2010 (Kounou Michel ; 2006 : 44). MALABO se positionne aujourd'hui comme le troisième producteur au sud du Sahara et est devenu le premier producteur pétrolier de la zone CEMAC. Selon toutes les projections, les eaux profondes équato-guinéennes feraient de cet Etat, un des plus grands producteurs de pétrole de l'heure et des années à venir.

Au-delà de son potentiel énergétique important, le brut du golfe de guinée présente de nombreux atouts qui attisent les convoitises des principaux pays industrialisés, notamment la Chine dont la demande énergétique semble insatiable.

* 20 www.france 24.com (20 novembre 2008).

* 21 Cité par MVOMO ELA W. " Pétro stratégie et appels d'Empire dans le Golfe de Guinée " in Enjeux N°22, janvier-mars 2005, p.7.

* 22 Les rebelles du MEND (Mouvement pour l'Emancipation du Delta du Niger) accusent les compagnies pétrolières de collusion avec l'Etat fédéral, ceci au détriment des populations riveraines des zones d'exploitation, qui subissent les méfaits de l'exploitation pétrolière. Ces populations vivent dans une paupérisation accrue. Par ailleurs, la prospection et l'exploitation du pétrole ont rendu incultivable les régions entières du Delta du Niger, sous l'effet des gaz brûlés et en raison de fréquents déversements et de fuites de pétrole. Le ressentiment à l'égard des compagnies pétrolières est de plus en plus marqué au sein de la population et s'est quelques fois traduit par des actes de violence. La situation est d'autant plus alarmante qu'il est facile de se procurer une arme légère dans la région. Ces dernières années ont en effet été marquées par une escalade de la violence.

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