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Réflexions autour du projet de vie en EHPAD


par Catherine Nedelec Lissillour
IFCS Montsouris / Créteil - Master 1 management et santé 2010
  

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4.4. La synthèse

Je vais dans un premier temps donner la synthèse des entretiens avec les cadres de santé. Dans un deuxième temps ce sera la synthèse des questionnaires avec tout le personnel des EHPAD.

4.4.1. Les entretiens avec les cadres de santé

Comme je l'ai déjà écrit, ces entretiens au nombre de 3, se sont déroulés suite à des rendez-vous prévus. Ils allaient se passer normalement au calme. Dans deux cas, des bruits extérieurs sont venus gêner la conversation : tra-

vaux, musique. Les cadres ont été dérangés lors de l'entretien, ce qui m'a nécessité de relancer l'échange.

Chaque entretien a duré environ 30 minutes en moyenne. Leur retranscription se trouve en annexe 3. Je me suis munie d'un enregistreur, chaque cadre l'a bien accepté. Je leur ai assuré l'anonymat sur ces entretiens. J'ai nommé arbitrairement ces EHPAD A, B et C :

- A correspondant à un EHPAD public autonome

- B à un EHPAD privé lucratif

- C à un EHPAD public attaché à un hôpital

1) Le projet de vie est-il synonyme de qualité de vie pour vous ?

Pour les trois cadres de santé, un oui franc m'a été répondu en première intention.

> Pour le cadre de santé de l'EHPAD A :

Il faut « faire attention à ce que l'on nomme qualité », elle me nomme les diverses faces du projet de vie : projet de soins, projet d'animation...ainsi que l'importance de « l'environnement », d'une « meilleure connaissance du résident ».

L'EHPAD a été auto évalué en 2009 par le référentiel ANGELIQUE. Le cadre me signale que l'on peut ainsi « améliorer la vie des résidents » mais aussi « le travail des soignants ».

> Pour le cadre de santé de l'EHPAD B :

Le cadre de santé ne s'est pas occupé de la mise en place du projet, ni de son évaluation, « c'est le directeur avec le médecin coordonnateur qui s'en sont chargés ». Le même référentiel ANGELIQUE a été utilisé pour l'évaluation de la qualité.

Par contre, il utilise aussi la notion « d'améliorer le suivi des résidents », avec une « mise en place de référents ». Elle dit plusieurs fois que ce « projet est écrit sur une base papier », car l'informatique n'est pas encore présent dans les soins, et que « l'architecture des locaux peut être une difficulté à sa mise en oeuvre ».

> Pour le cadre de santé de l'EHPAD C :

Du fait de l'attachement de l'établissement à l'hôpital, le cadre de santé m'explique que « pour leur bonheur et leur malheur, l'EHPAD se calque sur l'hôpital pour son évaluation et donc rentre dans la certification». « L'ARS le leur reproche » continue elle, et « d'avoir une organisation hospitalière ».

Le projet de vie selon ce cadre « donne du sens, permet de ne pas être centré sur nos organisations ».

2) Comment l'équipe pluri professionnelle s'est-elle impliquée dans le projet de vie ?

Pour les trois cadres de santé, l'implication des équipes dans ce projet de vie est assez difficile pour des raisons multiples :

> Des absences à gérer régulièrement, ce qui fait dire au cadre de l'EHPAD C qu'il s'agit d'un « voeu pieu »,

> Un changement de cultures, des pratiques professionnelles, « elles savent ce que c'est, mais la déclinaison individualisée ne se fait pas »,

> Un manque d'outils : « on n'a pas forcément tous les outils », je n'ai pas trouvé de solutions pour le moment »,

> Il faut « donner plus d'informations » dit le cadre de l'EHPAD A, « dialoguer, des échanges »pour celui de l'EHPAD B mais « il n'y a pas de temps pour les travaux de groupe » dit celui de l'EHPAD C.

Tous les trois ont une même réponse sur le fait de bien réussir à le for-maliser.

3) Les familles des résidents se sont-elles jointes à ce projet de vie ?

> Pour un seul cadre, celui de l'EHPAD A, le mot projet de vie est prononcé lors de la visite de pré-admission : « la famille est informée des différents projets de l'établissement ».

Ce cadre me dit « pour moi, le projet de vie commence par le pro-jet d'accueil ».

Depuis qu'elle est en poste en 2009, elle a essayé de relancer le projet de vie et « les familles qui ont été sollicitées pour ce dernier y ont montré beaucoup d'intérêts ».

> Le cadre de l'EHPAD B me dit lui « les familles ne sont pas systématiquement prévenues pour le projet de vie, seules celles qui viennent régulièrement ».

De plus le nom de projet de vie n'est pas « formalisé le jour de la visite de pré-admission ». Par contre les familles sont entendues et leurs requêtes sont appliquées en ce qui concerne le résident. Mais « lors de sorties organisées, les familles sont impliquées ». Dans la conversation, elle montre un temps d'arrêt, et m'annonce qu'en fait les résidents les plus valides (GIR 5 à 6) sont peu présents lors des animations internes.

> Le cadre de l'EHPAD C me dit « je ne parle pas du projet de vie aux familles lors de la visite de pré-admission ». Plusieurs fois dans la réponse à cette question elle articule le mot projet de vie comme ne faisant pas parti du vocabulaire usité.

Par contre, son équipe a un « objectif de prise en charge » vis-à-vis du résident. « Des temps de paroles sont donnés aux familles et organisés par les professionnels : les familles voudraient qu'il y en ait plus ».

Dans ses paroles elle me fait remarquer que l'équipe se trouve « démunie face à des résidents très dépendants en matière d'accompagnement et d'animation ».

4) « Faire vivre » un projet de vie est-il mobilisateur d'une équipe ?

Dans la réponse à cette question, les trois cadres de santé interrogés sont d'accord pour dire qu'il y a un « manque de moyens » alloués, que ce soit en termes d'effectifs ou de matériel. La législation sur les EHPAD et notamment la convention tripartite demande à une mise en place effective du projet de vie, mais « il faut que les tutelles nous donnent les moyens » selon les paroles du cadre de l'EHPAD C.

Le cadre de l'EHPAD A indique que « les effectifs actuels ne permettent pas de l'optimiser selon les textes législatifs », et « qu'une gran-de pression est exercée sur les EHPAD par l'ARS ».

Celui de l'EHPAD B considère qu'il y a « une évolution à prévoir », qu'il faut « faire vivre réellement le projet de vie » selon le cadre de l'EHPAD C.

Dans ces conditions, « faire vivre » ce projet de vie est « faire des piqûres de rappel », « être en perpétuel mouvement », « faire de jolies vi-trines ».

Le cadre de l'EHPAD B parle de « changement de culture », et celui de l'EHPAD C me dit textuellement : « ce n'est pas si simple de se dire pour les soignants qu'on est dans un projet de vie ».

Sur la mobilisation d'une équipe pour faire vivre ce projet de vie, la réponse n'est pas si simple au vue des diverses difficultés qui jaillissent, et que les trois cadres de santé rapportent. Le dernier cadre m'a parlé « d'euphémisme ».

Au regard de mon questionnement et de la synthèse des entretiens, le projet de vie semble difficile à mettre en oeuvre. Les familles ne sont pas impliquées et les professionnels n'ont pas suffisamment d'informations. Des moyens et des outils semblent manquer. La qualité est pour tous une notion essentielle du projet de vie. Elle permet aux professionnels d'évaluer leurs pratiques et aux résidents d'être dans un processus de continuité satisfaisante de vie.

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