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Réflexions autour du projet de vie en EHPAD


par Catherine Nedelec Lissillour
IFCS Montsouris / Créteil - Master 1 management et santé 2010
  

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5.2. Les questionnaires auprès des professionnels

5.2.1. La qualité, critère du projet de vie

Comme pour les cadres de santé, la qualité de vie est primordiale pour les autres professionnels. Depuis 1999, ils sont informés, sensibilisés et formés à la qualité : gestion des risques, maltraitance, hygiène. Le milieu sanitaire a débuté une démarche qualité que suit maintenant le milieu médico-social. Il est à noter qu'une des volontés de la politique de santé est une traçabilité et une transparence du système institutionnel.

La qualité touche toutes les catégories. Des normes sont établies :

· Normes en hygiène et en hôtellerie

· Normes en soins

· Plan d'actions en animation

· Normes de sécurité

La qualité touche aussi l'accompagnement de fin de vie. Nombreuses sont les familles qui demandent au cadre de santé et aux soignants si le résident pourra être pris en charge jusqu'à sa mort. Ce projet est alors celui d'un projet d'accompagnement, évoluant et impliquant tous les professionnels. « L'accompagnement d'une personne en fin de vie suppose que l'on puisse

93 AMYOT Jean-Jacques, MOLLIER Annie, op.cit.

94 Entretien avec le cadre de santé de l'EHPAD B

5.2.2. L'information, essence de l'implication > La dichotomie d'information

Une dichotomie existe entre les réponses données par les cadres de santé et les professionnels quant à la connaissance du projet de vie par les familles et le résident. Je me suis demandée quelles en étaient les raisons.

Pour le cadre de santé, l'accueil représente le début du projet de vie. Considère-il alors que l'information donnée à ce moment là est suffisante ? Pense-t-il aussi que les familles doivent elles-mêmes se renseigner ?

Le système actuel de santé étant de responsabiliser tous les acteurs, c'est peut être une démarche personnelle informelle. Mais ce n'est pas suffisant, puisque les professionnels donnent un autre avis. Ils sont plus proches des résidents souvent, les voyant plus quotidiennement que les cadres de santé, ainsi que les familles en EHPAD. Les familles les questionnent, s'inquiètent de l'état de santé de leur aïeul. Elles ne s'interrogent pas sur le projet de vie. Elles ne le connaissent pas.

Ce manque d'informations lors de la pré-admission est un handicap pour la future prise en charge du résident. Des conditions sont remplies certes : remise du livret d'accueil, du contrat de séjour, du règlement de fonctionnement et remise de la charte des droits et libertés de la personne accueillie. Cette rétention d'information par le cadre a deux conséquences directes :

· Les familles ne font pas de différence dans les diverses prises en charge : le projet de vie est ramené à un projet de soins. Ils s'informent plus sur les besoins de bases de tout individu, besoins classés par Virginia Henderson : respirer, boire et manger, éliminer, se mouvoir et maintenir une bonne posture, dormir et se reposer, se vêtir et se dévêtir, maintenir la température du corps, être propre soigné et protéger ses téguments, éviter les dangers, communiquer, agir selon ses croyances et ses valeurs, s'occuper en vue de se réaliser, se récréer, apprendre. Les familles ne font plus de différences entre un secteur hospitalier et l'EHPAD. La médicalisation de certains EHPAD leur donne cette impression. C'est au cadre de santé de leur expliquer qu'un EHPAD est un lieu de vie, dans lequel des soins peuvent être donnés, comme à domicile.

· Les professionnels eux aussi ne font pas la différence. Les soins ont une grande place dans les sondages. Les soignants ne sont pas en capacité de bien informer les familles sur le projet de vie.

95 AMYOT Jean-Jacques, MOLLIER Annie, op.cit.

Le conseil de vie sociale peut aider les familles et les résidents à s'informer. C'est au cadre de santé de les inciter à y participer. Elles sont parfois sollicitées lors d'animations, ce bénévolat est intégrateur mais peu développé encore dans tous les EHPAD. Il s'adresse aux enfants sexagénaires le plus souvent, les autres étant en activité.

> L'espace `'laissé» aux résidents

Les résidents, quel qu'ils soient ne sont pas informés non plus. Ils ne sont pas non plus informés du fait qu'ils gardent leurs droits civiques. Souvent leurs papiers sont pris par leur famille qui considère qu'ils n'en ont plus l'utilité dans ce lieu.

Pense-t-on qu'ils ne sont plus capables de comprendre, du fait de leur venue en EHPAD ?

Que le passage de la porte d'entrée les a rendus inaptes ?

Se sentiraient-ils plus impliqués en étant informés ?

Certes, le cadre de santé organise les soins, planifie, mais il est essentiel que le résident garde une place unique et soit le centre de cette organisation. Il arrive souvent que l'on pense pour lui, que l'on agisse pour lui. Je me demande où se trouve le respect à donner à la personne âgée. « Associer les résidents au projet de vie, c'est créer un temps et un espace de rencontre entre la parole du résident et celle du professionnel96 ».

Respecte-on vraiment ces temps en EHPAD actuellement ?

Les impératifs croissants de performance et d'efficience se ressentent dans le secteur médico-social. N'est-on pas en train de modifier le paysage de l'EHPAD, ce qui pourrait être un facteur de non information du projet de vie ?

> L'accompagnement des professionnels

Une catégorie de professionnels a répondu à plus de 50 % ne pas connaitre le projet de vie : les auxiliaires de vie. Je me suis demandé s'il s'agissait d'un problème de compétences, d'une reconnaissance de leur métier ou d'un manque d'informations reçues.

Cette méconnaissance du projet de vie est reprise lors de la question sur les acteurs du projet de vie. Certaines catégories n'incluent pas le résident, d'autres la famille dans le projet de vie. Certaines s'arrêtent aux infirmières et aux aides-soignants. Il semble y avoir une amalgame entre le projet de vie et le projet de soins au regard des réponses, par les professionnels. Je me pose cette question : Quel est le sens donné au projet de vie par les soignants ? Sans informations sur le projet de vie, les professionnels peuvent-ils s'impliquer suffisamment dans ce travail ?

Le cadre de santé est là pour « favoriser la spécificité des diverses approches professionnelles pour construire le projet de vie personnalisé. Ainsi

96 AMYOT Jean-Jacques, MOLLIER Annie, op.cit.

chaque professionnel reste bien dans son coeur de métier en apportant ses compétences spécifiques97 ».

Quel que soit son niveau de compétences, chacun apporte au résident une part du projet de vie. Il s'agit de « travailler ensemble aux niveaux les plus humbles de la prise en considération et de l'accompagnement de la personne98 ». Etablir des échanges, de la communication est vital face aux problèmes rencontrés par les professionnels pour vraiment s'impliquer dans le projet de vie.

La démotivation des professionnels est perceptible dans le rendu des questionnaires. Ce taux de 65,6 % de non réponses est significatif. Dans un premier temps, j'ai pensé que cette question était inadaptée, que la formulation était erronée. Puis, au regard de la problématique du manque de temps rencontré par ces mêmes professionnels, l'envie de répondre à cette enquête était faible. Leur implication est faible dans le projet de vie, liée à d'autres facteurs : le turn over, le manque de temps.

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