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Réflexions autour du projet de vie en EHPAD


par Catherine Nedelec Lissillour
IFCS Montsouris / Créteil - Master 1 management et santé 2010
  

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6.2. Les axes de management

6.2.1. La bientraitance

Ce terme est peu connu des dictionnaires usuels. Le dictionnaire Hachette (2010) parle de traitement décent réservé à un enfant, une personne. Celui

du net (le reverso) la définit comme une attitude bienveillante à l'égard des êtres vulnérables ou dépendants. Il est très difficile d'en faire une définition, ce terme prenant des notions d'éthique.

Si l'on se réfère à l'historique du mot bientraitance, ce concept est né en France dans les années 1970. En 1968, le Docteur Hugonot Robert104 crée le centre pluridisciplinaire de gérontologie de Grenoble qui va analyser le vieillissement et la vieillesse. Deux fondements le structurent :

« -l'approche et la lecture pluridisciplinaire du vieillissement et de la vieil-

lesse.

-des postulats éthiques reconnaissant à toute personne, quelles que soient les altérations de l'âge ou de la maladie, une égale dignité jusqu'au bout de sa vie ».

A ce moment, la notion de bientraitance n'est pas évoquée, mais ni celle de maltraitance, mais on parle de violence. D'ailleurs en 1987, le Conseil de l'Europe fait appel à ce médecin, afin de travailler sur le thème des « violences au sein des familles105 ». De ce rapport final, ainsi que de son livre « Violences contre les vieux » en 1990, se crée un réseau d'écoute téléphonique au plan national. Ce dernier répond aux problèmes de maltraitance, alors considérée comme invisible et surtout tabou. Le réseau ALMA (Allo Maltraitance Personnes âgées et/ou handicapées) naît.

Le rapport Belmont106, ou rapport sur les principes, éthiques et directives concernant la protection des sujets humains dans le cadre de la recherche, en 1979 parle de bienfaisance : « Le terme bienfaisance est souvent compris

comme couvrant des actes de gentillesse ou de charité allant au-delà de ce quiest strictement obligatoire. La bienfaisance a un sens plus fort dans ce contex-

te, c'est véritablement une obligation. Deux règles générales ont été formulées en tant qu'expressions complémentaires des actes bienfaisants dans ce sens : »ne faites pas de tort`' ; et `'maximisez les avantages et minimisez les dommages possibles». La maxime d'Hippocrate `'Ne faites pas de tort» est depuis long-temps un principe fondamental de l'éthique médicale ».

La notion de bientraitance est apparue dans le domaine de l'enfance lors de l'opération « pouponnières », vers 1990, dont l'objectif était « l'humanisation de l'accueil des jeunes enfants dans les structures d'accueil de la petite enfance 107». Elle arrivera en EHPAD dans les années 2000. Une culture professionnelle de la bientraitance nait.

Les pouvoirs politiques ont beaucoup oeuvrés pour la promotion de la bientraitance depuis les années 2000. Plusieurs textes réglementaires sont sor-

tis 108:

> La reprise de la charte des droits et libertés de la personne âgée dépendante,

> La charte des droits fondamentaux, par l'union Européenne en 2000,

104 Site : www.alma-france.org/Professeur-Robert-HUGONOT.html consulté le 10/05/2011

105 Loc.cit

106 Site: http://www.fhi.org/ (family health international) consulté le 12/05/2011

107 Site: http://accompagnerlavie.net consulté le 11/05/2011

108 Site: www.legifrance.gouv.fr

> La circulaire du 30 avril 2002, qui incite les établissements à élaborer des protocoles de signalement dans le cadre de leurs obligations en matière de signalement des actes de maltraitance,

> La loi du 11 février 2005 sur l'égalité des droits et chances et participation et citoyenneté de personnes handicapées,

> Le décret du 12 mars 2007 sur la création d'un comité national de vigilance et de lutte contre la maltraitance des personnes âgées et adultes handicapés,

> La circulaire du 22 mars 2007 relative au développement de la bientrai-
tance et au renforcement de la politique de lutte contre la maltraitance.

Suite à ce plan de développement de la bientraitance et au renforcement de la politique de lutte contre la maltraitance109, dix actions sont préconisées dont :

> «La création de l'ANESM, agence de la bientraitance,

> Une démarche qualité dynamique,

> Sensibiliser et former les personnels à la bientraitance,

> Augmenter les effectifs et valoriser les métiers,

> Humaniser le cadre de vie ».

Ces mesures renforcent le plan Solidarité Grand Age 2007-2012.

L'ANESM définit la bientraitance comme « une culture inspirant les actions individuelles et les relations collectives au sein d'un établissement ou d'un service. Elle vise à promouvoir le bien-être de l'usager en gardant présent à l'esprit le risque de maltraitance110 ». Elle est selon toujours cet organisme, « l'une des dimensions essentielles de l'amélioration de la qualité de l'accompagnement111 ».

Face à cette question de la bientraitance, le management du cadre de santé va prendre une dimension éthique. Il faut noter que l'institution en ellemême peut s'avérer maltraitante vis-à-vis de la personne âgée : règles de la collectivité qui lui donnent une impression de `'prison», animation où elle va à contre coeur pour faire plaisir à sa famille ou aux soignants, horaires des re-pas...

Le cadre de santé va se positionner. En tant que moteur de l'équipe de professionnels, il va inciter ces derniers à réfléchir sur leurs pratiques professionnelles par rapport au résident. Il va les encourager vers l'autonomie, donc la responsabilisation de leurs actes.

Pour cela, la connaissance des droits fondamentaux des résidents et leurs respects font partis des acquis des professionnels, notamment au cours de formations. Chacun doit se sentir responsable de ses actes, non seulement au sens pénal ou civil, mais au sens éthique.

109 Rapport de BAS Philippe sur le plan de développement de la bientraitance et de renforcement de la lutte contre la maltraitance, 30 p.

110 ANESM, (2008), La bientraitance : définition et repères pour la mise en oeuvre, 51 p.

111 ANESM, (2010), Analyse nationale de l'état du déploiement des pratiques professionnelles concourant à la bientraitance des résidents en EHPAD et perception de leurs effets par les conseils de vie sociale, 36 p.

Le cadre de santé, de part l'organisation, va induire une prise en charge la plus bien traitante possible :

> par l'utilisation d'outils adaptés au quotidien : supports de fiches de toilette évaluative, de sommeil, d'alimentation...,

> par l'utilisation des supports de transmissions, via l'informatique, > par une continuité de cette prise en charge de jour comme de nuit, > par la création d'un environnement propice et sécurisant,

> par une organisation qui sera la plus souple possible

> en tenant compte des conditions de travail des professionnels,

> en ayant des compétences professionnelles diverses, dont le coeur de

leur métier sera une ressource incontournable : ergothérapeutes, ortho-

phonistes...

Ce management est en fait un questionnement et une remise en question perpétuelle.

Lors de situations difficiles, face à des résidents opposants à tout soin ou acte de la vie, des philosophies du soin sont nées, dont la philosophie de soins `'Humanitude»112.

Il s'agit d'un ensemble de théories et de pratiques qui vont permettre de : « - rapprocher le soignant et le soigné dans leur Humanitude

- améliorer les soins et le prendre soin des personnes en établissement et à domicile

- accompagner ainsi les personnes âgées dans la tendresse et le respect de l'autonomie, debout, jusqu'à la fin ».

Lorsque cette conception du soin correspond aux valeurs de l'établissement, des référents sont nommés au sein de l'équipe afin de transmettre les techniques employées et d'informer chacun sur les types de relations utilisées auprès du résident.

Le cadre de santé diffuse cette notion de bientraitance auprès des professionnels et des familles. Il ne doit pas induire dans ses propos ou faits, ainsi que son équipe, de la culpabilité envers les familles.

Ce principe de la bientraitance ne peut induire que des réactions positives pour les pratiques professionnelles. Le cadre veille à ce que ce concept soit appliqué, au quotidien. Il ne le lui est pas toujours facile de le faire. Mais en cas d'actes dits de maltraitance, la sanction sera prise sur le principe de la justice. Pour ce faire, le cadre de santé sera à une distance professionnelle de l'équipe, rendant sa décision plus équitable.

L'ANESM, dans ses recommandations sur la « mission du responsable d'établissement et rôle de l'encadrement dans la prévention et le traitement de la maltraitance » parle dans le positionnement du manager d'engagement, de responsabilité et de justice.

112GINEST YVES, PELLISSIER Jérôme, (2007), Humanitude: Comprendre la vieillesse, prendre soin des hommes vieux, Editions Armand, paris, 319 p.

6.2.2. La communication

D'après le dictionnaire Hachette (2010), en sociologie, la communication est l'ensemble des phénomènes concernant la possibilité, pour un sujet, de transmettre une information à un autre sujet, par le langage articulé ou par d'autres codes.

La communication peut paraitre évidente dans les métiers de la santé et du social et pourtant, ce n'est pas si simple. Le cadre de santé va établir avec tous des relations de travail, basées sur la communication. Cette dernière pourra être orale, écrite, informatique ou informelle. Chez les personnes très dépendantes, cette communication pourra se faire par le toucher, le regard, comme la méthode `'Humanitude» le préconise. Chaque personne s'exprime à sa manière, avec ses valeurs et doit être écoutée.

Le cadre va construire des réunions de travail. Chacun apprendra à connaitre les valeurs, les compétences de l'autre. Il décèle ainsi les personnes ressources pour le projet de vie : « [...] favoriser le tissage des liens entre professionnels, imaginer et mettre en place les modalités de travail qui favoriseront ces échanges deviennent les rôles clés du manager d'aujourd'hui113 ». De ce fait, chacun va être identifié professionnellement, ses rôles aussi.

Différents types de communication existent114 :

> « communication interpersonnelle :

> communication de masse

> et communication de groupe ».

Dans un contexte multiculturel, la relation d'emploi va prendre son importance. Chaque contribution du professionnel pourra bénéficier d'une rétribution, à sa hauteur. « Donner, c'est vivre l'expérience d'une appartenance communautaire qui loin de limiter la personnalité de chacun, au contraire l'amplifie115 ».Ce don de certains, ce volontariat instaure un autre don, celui du retour : « donner sans se sacrifier » selon Marcel Mauss.

Cela permet de comprendre ce qui se passe pendant des échanges : donner mais avec un contre don. Le cadre de santé inclut cette dimension lors des échanges avec les professionnels. Une diffusion de l'information se fera par des échanges bidirectionnels, voir circulaires.

Par cette communication, le cadre de santé va mieux accompagner les professionnels durant ce projet de vie. Il va les intégrer et développer un réseau de communications. Cette recherche des échanges se fera aussi avec le médecin coordonnateur et l'aval du directeur d'établissement.

Le cadre de santé est à l'interface de ces échanges : il reçoit de sa hiérarchie, transmet, reçoit à nouveau de son équipe et retransmet. Dans un climat

113 LAMBERT Jacques, op.cit.

114 http://fr.wikipedia.org/wiki/Communication#Principaux_types_de_communication consulté le 08/05/2011

115 GODBOUT Jacques T, (2000) Le don, la dette et l'identité Montréal, Edition de Boréal (Edition électronique) p108

de travail serein, ce type de communication est fluide. Des facteurs externes dégradent cette dernière : mauvais climat social par exemple. Le cadre de santé, selon Mintzberg est défini selon dix rôles116 dont trois sont liés à la communication : « diffuseur, porte-paroles, observateur actif ».

Le cadre est cohérent, clair dans ses propos. Ce positionnement lui per-met d'obtenir la confiance de professionnels, professionnels qui ont besoin de donner un sens à leur travail.

Ces échanges sont aussi transversaux. Il est nécessaire que chaque professionnel échange avec un autre sur le projet de vie du résident. Parfois programmés, parfois non, ces temps permettent un ajustement de ce projet de vie. Les familles et le résident sont invités aussi à communiquer et donner leur avis sur le projet de vie.

Echanger va impliquer chaque acteur et le responsabiliser sur le projet de vie. C'est un changement de pratiques que le cadre de santé va accompagner.

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