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L'héritage leibnizien dans la cosmologie d'A.N. Whitehead

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par Siham EL Fettahi
Université Paris 1 Panthéon Sorbonne - Master de Philosophie 2011
  

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1.1.4 De l'importance de l'esthétique et du principe d'harmonie

Whitehead introduit dans sa philosophie, la valeur esthétique. La beauté est une condition de la réalisation du monde : « La téléologie de l'univers est orientée vers la production de la beauté. » 20(*)

Il reproche à son époque, le manque de considération esthétique notamment dans les disciplines scientifiques.

La science dépeint un monde froid, neutre sans nuances esthétiques et préfère laisser ce genre de considérations aux arts.

« Le point sur lequel je tiens à insister est l'indifférence qu'affichèrent les plus grands hommes de ce temps à l'égard de l'importance de l'esthétique dans la vie d'une nation (...) Une cause ayant favorisé cette erreur désastreuse fut la conviction des scientifiques selon laquelle la matière en mouvement est la seule réalité concrète dans la nature, de sorte que les valeurs esthétiques forment une addition fortuite dépourvue de signification. » 21(*)

Leibniz considère également que Dieu a produit un monde beau. La beauté pour Leibniz, c'est l'unité dans la diversité, autrement dit, c'est l'harmonie qui fait la beauté du monde. L'harmonie est un concept central dans le système leibnizien, c'est ce qui permet au monde d'interagir, de s'entre-répondre en intégrant les dissonances, les dissemblances dans un tout équilibré et harmonieux.

Gilles Deleuze 22(*) qualifie l'harmonie chez Leibniz de baroque, c'est un concert dans lequel chaque vibration, chaque son se répondent et forment un tout harmonieux. Seulement ces vibrations s'accordent de manière interne, elles n'entendent que leurs propres perceptions et finissent ainsi par s'accorder. Whitehead reprend le principe d'harmonie développé par Leibniz. Il ne s'agit plus du monde baroque de Leibniz dans lequel les désaccords se résolvent en accords par conciliation mais c'est un monde chromatique, un monde dans lequel déferlent des séries divergentes avec une irruption d'incompatibilités et de tris, de mise à l'écart, un monde fait et défait, riche en polytonalités. Cela dit dans les deux doctrines, la multiplicité se fond dans le tout pour produire de la beauté.

« Savoir que le système inclut l'harmonie de la rationalité logique et de la réalisation esthétique ; savoir que, tandis que l'harmonie de la logique s'impose à l'univers comme une nécessité inébranlable, l'harmonie esthétique se tient face à elle comme un idéal vivant façonnant le flux général dans sa progression hésitante vers des questions plus fines, plus subtiles. » 23(*)

L'harmonie est centrale chez Leibniz puisque c'est un concept que l'on retrouve partout dans sa pensée : métaphysique (substance), morale, savoir, religion etc. C'est la reconnaissance de l'identité dans la variété, c'est la conciliation des contraires. Ce concept est fort chez Leibniz puisqu'il est un pilier de sa pensée. Whitehead utilise ce concept d'harmonie dans sa cosmologie pour unifier les parties dans le tout. L'harmonie a une signification différente de celle de Leibniz, elle ne repose pas sur la conciliation, la compensation des contraires mais sur le principe d'extension, l'harmonie est entendu au sens whiteheadien uniquement comme l'intégration de la multiplicité dans l'unité.

L'entité va s'étendre sur une autre entité non en se conciliant avec elle pour être compatible mais en triant dans l'autre entité ce qui est compatible afin de l'intégrer tout en rejetant ce qui ne l'est pas. Ce n'est pas la conciliation des contraires, la compensation mais c'est la sélection pour plus de perfection.

Le compossible chez Leibniz, c'est lorsque les choses se soumettent à un ensemble de lois générales, elles font en sorte de concorder pour cohabiter ensemble sous la série de lois générales. Le compossible est la coexistence dans le même monde sans contradiction. Chez Whitehead, les entités ne cohabitent pas, elles tirent parti les unes de autres jusqu'à ce que chacune s'étendent sur l'autre et forme un Tout. Dans la conception de Whitehead, il y a ordre à partir du désordre, il y a de la perte, de l'inutile, la multiplicité se fond dans l'unité de manière chaotique. Chez Leibniz, la multiplicité se fond dans l'unité de manière plus nette, plus symétrique et harmonieuse, c'est ordonné et réglé, il n y a pas de pertes, il y a ajustement des contraires de manière optimale, cela évite toute dépense, il y a utilisation du minimum pour produire le maximum (principe d'économie). Chez Leibniz, toutes les relations de coexistence possibles sont épuisées pour produire le meilleur et éviter le gâchis, chez Whitehead, les relations se font de manière hasardeuse jusqu'à ce que ce produise à force d'essais, un chemin d'unité et de cohérence. La différence repose sur le fait que chez Leibniz, Dieu sage et savant est présent pour assurer l'optimisation, ce n'est pas le cas chez Whitehead, la multiplicité se fond dans l'unité de manière plus laborieuse.

Whitehead reprend à Leibniz du concept d'harmonie uniquement l'idée de l'unité à partir de la multiplicité, le monde s'harmonise après multiples tentatives en faisant jaillir l'unité de la multiplicité. Mais ce n'est pas l'harmonie au sens leibnizien, à savoir l'unicité à partir de la multiplicité par l'équilibre des contraires.

* 20 P.339, A.N. Whitehead. Aventures d'idées, (Traduction Breuvart J.M. et Parmentier A.) Paris, Cerf, 1993.

* 21 P.235, A.N. Whitehead. La science et le monde moderne (Traduction Coururiau P.) édition du rocher, Paris, 1994.

* 22 Chap. VI, Le pli, édition de minuit, 1988, Paris

* 23 P. 36, A.N. Whitehead, la science et le monde moderne (cf réf bibliographie)

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