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L'héritage leibnizien dans la cosmologie d'A.N. Whitehead

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par Siham EL Fettahi
Université Paris 1 Panthéon Sorbonne - Master de Philosophie 2011
  

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1.2 Le modèle dynamique

1.2.1 La critique du mécanisme cartésien et de la géométrisation du monde

Le modèle dynamique se construit en opposition à une géométrisation du monde, l'univers est composé d'objets avec des qualités intrinsèques, il ne se réduit pas à la quantification des objets présents dans le monde. Whitehead comme Leibniz s'oppose à la vision mécaniste cartésienne du monde et soutient un monde régit par un modèle dynamique.

Toutefois, avant d'adhérer pleinement au dynamisme, Leibniz fut un temps mécaniste mais reconnaîtra ensuite son erreur et se rétractera :

« Il fut un temps, déclare t-il en 1690, où je croyais que tout les phénomènes des mouvements pouvaient être expliqués par des principes purement géométriques... et que les lois des concours dépendraient des seules compositions des mouvements. Mais une méditation plus profonde m'en a montré l'impossibilité... »27(*)

Effectivement, Descartes définit la matière comme une substance étendue, passive et mesurable.

Les phénomènes physiques sont décrits selon le principe de cause à effet. Le finalisme est rejeté dans le mécanisme cartésien. Il y a une véritable rupture avec la tradition grecque et la physique aristotélicienne finaliste. Le monde physique est décrit selon les lois du mouvement qui rendent compte de tous les changements dans le monde.

Le mouvement (changement de lieu) chez le philosophe français s'explique par le choc, c'est-à-dire le transfert instantané de quantité de mouvement. Il avance deux grands principes physiques : l'inertie et la conservation de la quantité de mouvement.

Avec le principe d'inertie, il rompt avec la tradition aristotélicienne qui considère le repos comme l'état naturel d'un objet, à savoir qu'un objet A se meut parce que la force qui a entrainé son délogement continue à s'exercer sur lui, si elle cesse A retourne à son état initial, le repos. Descartes considère que c'est l'inertie qui est l'état naturel d'un objet, A est en mouvement rectiligne uniforme et c'est le choc et le transfert de la quantité de mouvement de l'objet B qui va faire dévier l'objet A de sa trajectoire naturelle et ainsi de suite jusqu'à former des tourbillons. C'est la théorie des chocs et tourbillons de Descartes. Il n y a pas de mystère autour de la force, elle s'explique mathématiquement, par la mesure, la conservation et la quantité de mouvement.

Et tous les phénomènes mécaniques s'expliquent par cela, nul besoin d'introduire des concepts finalistes, d'introduire du spirituel dans la matière (Descartes considère que le monde se divise en substances matérielle et immatérielle sans relation directe). Effectivement, il n'y a pas à se préoccuper des causes finales en physique mais uniquement de la relation cause à effet puisque Descartes considère que Dieu par sa puissance fait les choses comme il le souhaite, arbitrairement, sans raisons particulières. Or, Leibniz s'oppose à Descartes, Dieu a introduit de la finalité dans le monde car il est sage et fait les choses selon le principe de raison suffisante, le finalisme est important en physique (article 19 du Discours Métaphysique), il doit être pris en compte, cela dit Leibniz n'entend pas rejeter l'explication mécanique et mathématique des phénomènes, il souhaite seulement l'accompagner de métaphysique. Il ne s'agit surtout pas de revenir à des explications finalistes obscures de type scolastiques pour décrire le monde physique.

Dès lors, la conception cartésienne du mouvement ne satisfait pas Leibniz. Il faut éviter de traduire toutes qualités et formes observables d'une manière quantitative et géométrique. Pour Leibniz, le mouvement est causé par une force antérieure à l'étendue, c'est la force vive. Cette force est une qualité, elle est dans l'objet et non à l'extérieur, cette force vive, ce conatus, cet effort qui se trouve dans l'objet est ce qui va le mouvoir. Ainsi le choc, contrairement aux dires des cartésiens, ne crée pas le mouvement, c'est une apparence. Leibniz réintègre en mécanique les formes substantielles d'Aristote.

La géométrisation du monde est due à la place prépondérante accordée à tort aux mathématiques pour décrire le monde. Leibniz explique son erreur de jeunesse par cette attitude de tout rapporter aux mathématiques, comme l'explique A.Boehm 28(*), il entend donc ramener cette discipline à son rang afin que la métaphysique puisse reprendre ses droits. C'est exactement la même critique que fait Whitehead à l'encontre de la mathématisation fallacieuse du monde, il nomme cette attitude « the fallacy of misplaced concreteness », l'illusion de la concrétisation mal placée.

Les mathématiques fournissent une capacité d'abstraction qui permet d'offrir un fond imaginatif sur lequel repose les progrès scientifiques mais attention à ne pas prendre ces abstractions pour la réalité. Une telle concrétisation mal placée mène vers une description du monde froide et neutre, dépourvue de valeurs et de vie.

« La nature est inodore, incolore, insipide, un va-et-vient de matière, incessant et insignifiant. »29(*)

Whitehead comme Leibniz reproche à Descartes et aux modernes cette idée de localisation simple, c'est à dire la localisation de matière dans l'espace-temps autrement dit la simple succession de configurations instantanées de matière. C'est ce concept qui impulsa l'avènement du mécanisme-matérialiste et que critique vivement Whitehead.

« Le subjectivisme cartésien dans son application à la science physique est devenu l'hypothèse newtonienne de l'existence individuelle de corps physiques, n'entretenant entre eux que des relations externes. Nous divergeons de Descartes en soutenant que ce qu'il a décrit comme attributs premiers des corps physiques, ce sont en réalité les formes de relations internes entre occasions actuelles et à l'intérieur de celles-ci. Un tel changement dans la pensée marque le passage du matérialisme à l'organisme comme idée de base de la science physique. »30(*)

La conception cartésienne mène vers le désenchantement du monde. Or, la métaphysique doit réintroduire de la vie, un souffle vital dans la description du monde.

Whitehead avec le concept de « feelings », de « sentirs », « d'énergies » dans les entités actuelles ou événements atomiques (nous expliciterons plus amplement ces concepts plus tard dans le mémoire) renoue avec l'idée de conatus, de force vive présente chez Leibniz et le rejoint dans une vision dynamique de l'univers. Effectivement, Whitehead s'inscrit dans un contexte physique postmoderne dans lequel la physique mécaniste newtonienne décrit efficacement le monde macroscopique mais au niveau microscopique, c'est une mécanique nouvelle, une mécanique quantique qui bouleverse la conception classique, la matière est synonyme d'énergie et on parle de transferts énergétiques, de sauts quantiques, de trajectoires des particules, on ne décrit plus les phénomènes microscopiques de manière géométrique, on parle de probabilité, de décision, d'indétermination etc. C'est le retour à une conception dynamique de la matière, conçue comme processus d'organisation qui repose sur un principe actif. Whitehead va donc réhabiliter le dynamisme leibnizien qui se conforme davantage avec les données expérimentales modernes et rejeter le mécanisme cartésien. Whitehead conçoit l'énergie qui sous tend la matière de manière mentaliste (nous développerons ce point dans la partie qui traite de Whitehead, Leibniz et la physique quantique).

De plus, Leibniz critique l'atomisme des modernes, la notion d'atome matériel divisible à l'infini est contradictoire et finit par s'évanouir pour ne représenter rien de substantiel, c'est pour cela qu'il inventa les atomes formels, des monades conçues comme des unités indivisibles et immatérielles qui composent l'univers et sont douées d'appétitions (mouvement ou force interne).

Whitehead, quant à lui, au vu des connaissances de la physique contemporaine, considère qu'il est temps d'adapter nos concepts théoriques à ces nouvelles données.

Il faut clarifier les concepts, les particules atomiques ne sont pas des substances passives, ce sont des « événements atomiques », des « occasions d'expériences », c'est à dire que les corpuscules tels que les photons, les électrons... sont des gouttes d'expériences, il y a un pôle mental qui accompagne le pôle physique.

« Chaque occasion implique une succession physique et une réaction mentale qui la conduit à son achèvement. Le monde n'est pas purement physique mais il n'est pas non plus purement mental (...) A travers tout l'univers règne l'union des opposés qui est le fondement du dualisme. » 31(*)

Nous discuterons cette thèse plus loin dans le mémoire dans la partie consacrée à la physique quantique afin de voir si cette doctrine peut rendre compte par exemple de la dualité onde-corpuscule ou s'il vaudrait mieux finalement rebâtir la physique quantique sur de nouvelles bases moins extravagantes.

Whitehead et Leibniz se rejoignent donc sur la description organique, dynamique des entités qui composent et font avancer l'univers. Cela dit, Leibniz verse dans l'idéalisme par souci de cohérence tandis que Whitehead s'attache au réalisme et à l'applicabilité au détriment de la cohérence et soutient l'existence d'un pôle physique à coté du pôle mental.

* 27 P. 17, A.boehm Vinculum substancielle chez Leibniz (cf bibliographie)

* 28 Ibidem

* 29 P.74, Whitehead, la science et le monde moderne (cf réf bibliographie).

* 30 P.479, Procés et Réalité de Whitehead (cf bibliographie)

* 31 P.248, Whitehead, Aventure d'idées (cf réf bibliographie).

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