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Les conditions d'accès à  l'emploi des jeunes diplômés bac plus deux et plus des zones urbaines sensibles de l'agglomération nantaise

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par Jean-Baptiste DROUET
UFR de Sociologie de Nantes - DESS 2005
  

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Entretien Hadia. Source : « Un parrain, un emploi ». 25ans. DESS enquête, expertise et diagnostic social.

On voit qu'elle a eu un parcours actif. Elle n'est jamais restée sans rien faire. Il y avait une réelle motivation de faire des études. Comme pour Malika, les deux points forts sont de nouveaux la famille et le quartier. Il semble très difficile de jongler entre deux milieux, la position d'entre deux est délicate...le décalage et le fossé se creusent inévitablement. Non seulement, le fossé se creuse avec les anciens amis qui n'ont pas fait d'étude...mais également avec la famille. Le décalage est aussi culturel, `moi, je fais des études et mon ancienne amie travaille à l'usine ou est mariée', elle insiste sur la faible alternative qu'offre le quartier pour les jeunes issus immigration si ils ne partent pas. Encore une fois, il y a un désir de partir, presque de s'évader, rencontrer d'autres personnes, et petit à petit, une envie de découvrir un milieu plus cultivé et plus intellectuel, (sans prétention)...ce qui renforce et accentue la distance avec la famille et le quartier. Mais cela lui permet aussi de se

construire, d'affiner son projet professionnel, qui là aussi, comme pour Naima, a été tardif. Il faut encore une fois construire un autre parcours, différent que celui qui est implicitement imposé par le quartier, la famille, décider de rompre et accepter que la distance se mette en place pour pouvoir enfin se construire dans le relationnel, le culturel et le professionnel. Il y a une idée forte de s'émanciper, de découvrir, de partager...

« J'ai eu mon DESS en juillet 2002. Après le lycée, j'ai fait un Bac STT : technologie tertiaire option Administration, puis j'ai poursuivi sur un BTS Secrétariat. Mon projet professionnel, c'était de devenir éducatrice spécialisée, mais j'ai pas eu le concours ; du coup, je me suis inscrite à la Fac en Sociologie, ça s'est un peu imposé comme ça. Entre temps, mon projet professionnel a évolué, j'ai eu le concours entre temps, en Deug, j'ai eu une réussite à l'entrée dans l'école du concours d'éducateur. Mais c'était une période de remise en question, je ne savais plus si c'était vraiment ce que je voulais faire, je n'étais plus vraiment sûre de vouloir faire ça toute ma vie...donc j'ai fait de la socio, le Deug, la Licence et la Maîtrise...puis le DESS où j'ai élaboré un projet professionnel, un stage, autour de l'insertion professionnelle. À l'Université, je n'avais aucune visibilité sur le monde du travail... je me suis dit... travailler sur l'emploi... pourquoi pas. Le côté RH dans le DESS, quand tu es issu de ce DESS, tu es orientée vers les Ressources Humaines, mais ça s'est pas fait comme ça. Ma situation actuelle, elle est un peu due au hasard, à des rencontres. Pour le DESS, j'avais fait un stage au conseil régional, c'était une mission d'étude ; mais la piste vers laquelle je me tournais, c'était plutôt la piste des Ressources Humaines, on avait eu des intervenants pendant le DESS. Je n'excluais pas les autres opportunités, je faisais des candidatures spontanées. Ça a payé, car en retour, j'ai eu le coup de fil d'une personne, une dame qui venait d'ouvrir son cabinet, et qui voulait me de son projet en psychologie du travail, le développement de son activité, enquêtes... je pense que l'expérience au Conseil régional a payé. Clairement, pour ce cabinet, il n'y avait pas de poste, mais c'était un partenariat, il s'agissait de développer l'activité, mais il n'y avait pas de rémunération. Une amie m'avait dit `tu es folle, c'est de l'exploitation', et je me suis dit, bon, je vais peut-être apprendre des choses... la prospection, répondre à des appels d'offre ; pendant deux trois mois, j'ai travaillé sur la méthodologie, c'était une façon pour elle de me tester, de voir si j'avais des choses à développer. Et puis elle m'a proposée de travailler avec elle, elle m'a amenée en entreprise, sur le terrain, en observation... ça a duré un moment, finalement, j'ai eu un statut de consultante indépendante, parallèlement, j'étais toujours en recherche d'emploi. Puis j'ai fait le parrainage avec l'asso en décembre 2002, janvier 2003, mon projet, c'était de travailler en cabinet RH. Mon parrain était un gérant de cabinet RH. Deux mois après, en mars, j'ai postulé pour le poste offert par l'asso, en emploi jeune. J'ai été recrutée début avril 2003. Je suis restée deux ans à l'asso. Début avril 2005, c'était le départ de l'asso. Avec l'asso, c'était la découverte de l'entreprise, j'ai appris à faire un bon CV, affiner mes méthodes de recherche, j'avais commencé mes recherches de travail deux trois mois avant de quitter l'asso... j'avais envie de rebondir sur autre chose. Ça m'a donné goût à la relation en entreprise. J'ai démissionné, et puis maintenant, je suis chargé de relation en entreprise, je m'occupe de la taxe professionnelle pour les entreprises... avec l'OCAREG, c'est une mission de collecte de la contribution et de conseil sur le plan de formation. J'ai trouvé ce poste par Internet, sur le site ANPE... une personne était en déplacement sur Nantes, je l'avais appris par quelqu'un, je suis allée la voir, j'ai eu un entretien... puis ensuite, j'ai eu un deuxième entretien à Paris.

J'ai d'abord vécu à Cholet en Maine et Loire, j'ai déménagé sur Nantes au moment de la Fac. La première année, j'étais en cité universitaire, j'avais les bourses. J'ai travaillé pendant tout le cursus, j'ai été pionne... c'était mon premier poste, ça, c'etait en début Licence, en Maîtrise, et en DESS... et après, c'était une année de recherche d'emploi. J'ai toujours été pionne. L'été, j'étais animatrice, et je faisais des petits boulots pendant les vacances... la bourse ne suffit pas. Le fait d'être à la Fac, on a plus de souplesse... mes parents n'avaient pas les moyens de m'aider financièrement, au début, ils m'aidaient à hauteur de ce qu'ils pouvaient. J'avais pas envie de les embêter avec ça...Je voulais une autonomie financière. J'ai été en cité U pendant 1an, dans 9m2 , ensuite, j'étais en résidence universitaire, j'avais un studio T1 bis. À Cholet, j'étais en appartement jusqu'en Terminal.

Par rapport à la recherche d'emploi, j'avais plutôt tendance à parler avec ceux qui étaient en recherche d'empli, ceux qui étaient dans la même situation que moi. Avec la promo du DESS, il y avait beaucoup de soutien entre nous. On échangeait les informations, on savait qu'il fallait entretenir un réseau. J'ai gardé des contacts avec des amis de la Fac, surtout du DESS. On était pas tous constant au niveau du moral ; ça peut remotiver ou à l'inverse faire baisser le moral. Parfois on était en concurrence pour les mêmes postes...On était plus sur la recherche d'emploi dans le domaine de l'insertion professionnelle, c'est plus ça ce DESS, on était plus ou moins dans cette niche là.

Pour les postes, postes, on était tous au courant, de ce qui marchait le mieux...On allait sur les sites Internet, l'ANPE. Certaines personnes du DESS faisaient de la rétention d'informations...Au bout de quelques mois de recherche d'emplois, on avait moins envie de partager. Sinon, c'était un réseau classique. Avec l'asso, j'ai travaillé avec un professionnel de la mobilité...On a commencé par recentrer le projet...Faire des CV adaptés à chaque poste. On avait déterminé trois postes : -chargé d'études -conseil recrutement -insertion professionnelle. Chaque candidature, chaque CV et lettre de motivation était approprié pour chaque poste.

Deux rencontres ont été importantes dans cette asso, des personnes qui m'ont donné des conseils, qui ont ciblé ma recherche. J'étais au centre, on a réfléchi ensemble à ma situation, ça m'a donné les armes...

Je suis issu de l'immigration, mais concernant ma recherche d'emploi, j'avais pas envie de me positionner en tant que victime et me dire que j'y arriverais pas. Mais au bout d'un moment, c'est ce que j'ai commencé à penser...Que j'y arriverais pas. La personne du cabinet m'avait dit quand on s'est rencontrée : « Je pense que ça doit pas être facile pour vous...Pour les missions que je vais te proposer, je vais te positionner sur des entreprises où je sais que ça va passer... » Quand elle m'a dit ça...C'était un peu drôle, mais elle me faisait confiance...On est devenue amie après.

À Cholet, j'habitais à Bonnevai, c'est un quartier qui va être réhabilité.

Par la suite, ...Il y avait des personnes qui obtenaient un entretien, et moi pas. Là, à ce moment, je me suis posé la question, est ce que le nom influence ? Est ce que ça a un impact ? J'ai failli changer mon nom sur les CV, lettre de motiv...Mais je l'ai jamais fait...Mais non...J'avais envie d'être honnête, y'en a qui le font. Je me disais, si je suis prise, c'était pour ce que j'étais...Et sinon t'en pis pour eux. Dans le secteur de l'insertion professionnelle, les gens sont peut-être plus ouverts. Moi, personnellement, je n'ai jamais eu de réflexions. Mais

c'est pas le cas de tout le monde. Dans mon ancien quartier, à Cholet...les gens qui habitent là-bas...il y a eu un gros dégraissage, plein d personnes n'habitent plus là-bas. Mes parents ont fait construire une maison. J'ai gardé deux contacts, on s'est suivi dans nos parcours, on a fait toutes les trois des études supérieures, elles ont fait des études aussi. Avec les autres, on n'a pas gardé contact, il y a un fossé et un décalage qui se créent. T'as une personne qui part pour la Fac et parallèlement une personne qui part pour l'usine ou qui va se marier.

Mon père est ouvrier retraité, il travaillait à Michelin, et ma mère est sans activité. Dans ma famille, je suis la première personne à avoir fait des études supérieures...Quand j'ai eu mon Bac, c'était quelque chose. J'étais assez douée pour les études, j'avais l'expérience de mes aînés. Mes frères et mes soeurs sont restés à Cholet, ils ont arrêté après la troisième, ils n'avaient pas l'envie...Aujourd'hui, ils le regrettent. Moi, j'avais pas envie d'arrêter, les perspectives à courts termes ne me plaisaient pas...Je me disais, si tu as envie, vas y...

Pour mes parents, pour eux, l'ambition qu'ils avaient pour moi, c'était le BEP, ma mère voulait que je fasse un BEP couture. Mes parents sont analphabètes, déjà le BEP, pour eux, c'était déjà beaucoup. Pour eux, le DESS, ça leur parle pas. Ils étaient fiers, mais il y avait un décalage entre les études et ma famille...C'est quoi la Socio ? Comment l'expliquer à des parents qui n'ont pas les clefs ? Ils me disaient :» tu fais des études, ça te plaît...Continue ».

Par rapport au cercle d'amis que j'avais au lycée, le jour où on part...Il y a un fossé qui s'est creusé...Ça diminue comme la peau de chagrin. Après, j'avais plutôt des amis de la Fac. C'est un choix que j'ai pu faire, les échanges sont plus intéressants, même si les personnes ne connaissent pas ton domaine, elles s'intéressent. J'ai un ami qui était en études d'ingénieur, j'y connais rien, mais je m'intéresse. Ce contact-là, j'en ai besoin...Car outre ma famille, c'est les seules personnes avec qui j'ai gardé contact...C'est un lien fort, essentiel.

Quand on vient d'un milieu populaire, quand on a accès aux études supérieures, on est partagé entre deux mondes : un monde où la culture intellectuelle est valorisée et un monde où cette culture n'es pas connue. On se rapproche des personnes qui viennent du même milieu et qui en sont au même point. En Sociologie, j'ai pu rencontrer des personnes qui venaient du même milieu social que le mien, et même des personnes qui étaient en école de Commerce.

J'avais envie de réussir, j'avais envie d'évoluer, après...par quel chemin... ? C'était au coup par coup.

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