WOW !! MUCH LOVE ! SO WORLD PEACE !
Fond bitcoin pour l'amélioration du site: 1memzGeKS7CB3ECNkzSn2qHwxU6NZoJ8o
  Dogecoin (tips/pourboires): DCLoo9Dd4qECqpMLurdgGnaoqbftj16Nvp


Home | Publier un mémoire | Une page au hasard

 > 

Analyse socio-économique des interrelations entre aires protégées et populations locales: cas du parc w/Burkina et du terroir riverain de Kotchari

( Télécharger le fichier original )
par Abdoul Wahab ZOMBRA
Université Polytechnique de Bobo Dioulasso - Ingénieur du développement rural 2008
  

précédent sommaire suivant

Abstract

The creation of a protected area has always effects of socio-economic and institutional more or less negative. Knowledge of these impacts can lead to measures and actions aimed at achieving peaceful coexistence between these areas and riverside communities. That is why this study has set as its main objective, the socio-economic and institutional impact of W Park on its riverside communities.

The methodology adopted for this study consisted in a first time, (a) the identification of socio-economic and institutional attributable to the existence of the Park. In a second time, (b) he acted to build indicators measuring the most significant changes. (c) The assessment of the indicators followed by a discussion coming close this methodology.

The results of the study show among other things: (a) improving the cohesion and social capital, (b) a downward trend of hunting and fishing, (c) a hardening growing conditions exercises activities livestock and crop production, (d) a loss on farms agrosylvo-pastoral, (e) an amplification of the phenomena of rural exodus and emigration.

Keywords: areas, communities, impacts, institutional, Kotchari, Park W, poverty, suburb, populations, protected shoreline, socio-economic area.

INTRODUCTION GENERALE

 

. Contexte et problématique

Le Burkina, à l'instar des autres pays anciennement membres de l'Afrique occidentale française (AOF), a hérité du colonisateur d'un certain nombre d'aires protégées1 au lendemain des indépendances. Ces aires occupent environ 16 458 km2, soit 6 % du territoire national (ZAMPALIGRE, 1998). Elles se localisent en grande partie dans la région administrative est2 du pays. A l'échelle provinciale, la Tapoa, située à l'extrême est de cette région, abrite 7 240 km2 d'aires protégées. Le Parc national du W, avec une superficie de 2 349 km2, constitue la plus grande aire protégée du pays et se situe dans cette province (DRECV, 2007).

Au cours de ces dernières années, beaucoup d'études et de projets se sont intéressés à la problématique des aires protégées. Cela traduit l'intérêt que les Etats et leurs partenaires (Organisations internationales), ainsi que les collectivités locales accordent à cette question. Les objectifs assignés aux aires protégées sont nombreux, et se trouvent récapitulés dans une typologie effectuée par l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) (UICN, 1994). De cette catégorisation, il ressort que la conservation et la gestion durable de la biodiversité au profit des générations futures sont primordiales pour les acteurs que sont les Etats et les organismes internationaux. Ceci est traduit expressément dans le Code forestier du Burkina, qui stipule à son article 85 que : « un parc national est une partie du territoire national classée au nom de l'Etat en vue de la conservation de la flore, de la faune, des eaux, des sols, des paysages ou des formations géologiques ayant une valeur scientifique ou esthétique ». Cependant, l'atteinte de ces objectifs n'est pas si aisée ; en témoigne les agressions anthropiques (agriculture, élevage et braconnage) dont sont victimes les aires protégées de l'est. En effet, un rapport de 2007 de la Direction régionale de l'environnement et du cadre de vie (DRECV) de l'est montre que la durabilité des aires de la région est menacée par l'occupation illégale des aires fauniques par le bétail, les méthodes d'exploitation agricole (extensives, consommatrices d'espaces et utilisatrices de produits comme les

1Selon l'article 77 de loi n0 006/ 97/ ADP portant code forestier au Burkina, il s'agit essentiellement, des (a) parcs nationaux, (b) réserves totales ou partielles de faune, (c) réserves de biosphère, (d) sanctuaires, (e) ranchs, (f) Zone villageoise d'intérêt cynégétique (ZOVIC), (g) refuges locaux.

2 Constituée par les provinces de la Gnagna, du Gourma, de la Komandjoari, de la Kompienga, et de la Tapoa.

insecticides ou pesticides nuisibles à la faune), le braconnage entre Etat et le braconnage intérieur qui est perçu par les populations locales comme un acte de survie (UICN, 2004). Ces agressions peuvent s'expliquer par le caractère descendant3 des textes régissant l'exploitation des aires protégées (DRECV, 2007), la méconnaissance de ces textes (SAWADOGO, 2004), l'accroissement des populations riveraines généralement pauvres (SOMDA et al., 2005), l'essor de la culture cotonnière (GUIBERT et PRUDENT, 2005), etc. Pour faire l'économie de tous ces déterminants, on dira que les politiques de gestion des aires protégées ne prennent pas suffisamment en compte les réalités socio-économiques des populations locales.

Au Burkina, plus de 79.7 % de la population sont des ruraux (INSD, 2006) et sont principalement occupés par les activités socio-économiques primaires que sont l'agriculture et l'élevage. Ces activités y sont conduites généralement selon un système extensif, consommateur d'espace et peu productif, si bien que, les populations rurales et plus particulièrement celles de la Tapoa, sont confrontées à la pauvreté. Par conséquent, les populations de la zone périphérique du Parc W ont généralement recours à la forêt, pour subvenir à leurs besoins. En réalité, « les forêts et les parties communes constituent une réserve disponible pour les plus démunis chaque année pendant les périodes de soudure, disette ou famine. Cueillir des fruits, des feuilles, ramasser des cailloux, du sable, ou collecter du bois sec pour aller en vendre quelques morceaux, est une possibilité qui reste aux plus démunis » (PRONAGEN, 2001). OUEDRAOGO (2003) estime, par exemple, la part des produits forestiers non ligneux autoconsommés par les populations locales de Pampali à 96 % des récoltes effectuées essentiellement dans le Parc W et dans la concession de chasse de Tapoa-djerma.

Par ailleurs, l'augmentation des densités de populations sous l'effet combiné du taux élevé de natalité et des migrations engendre une demande accrue en terres cultivables (UICN, 2004).

Dans un tel contexte de dépendance et de croissance du besoin en terre, il apparaît évident qu'une politique de création d'aires protégées - donc de réduction du principal facteur de production des populations locales - qui ne prend pas suffisamment en compte les facteurs socio-économiques et culturels des riverains, serait incapable

3 Elaboration et adoption des textes par le gouvernement.

d'assurer une gestion durable des ressources naturelles. Cette gestion durable pourrait toutefois être assurée, si les populations riveraines tiraient profit des aires protégées sans pour autant constituer une menace vis-à-vis de la biodiversité.

L'histoire de la gestion des aires protégées au Burkina a connu plusieurs périodes, marquées par une capitalisation d'expériences. Ainsi, le pays est passé, de la période coloniale à nos jours, d'une gestion répressive et barbare à une gestion participative basée sur le développement socio-économique des populations locales (ZAMPALIGRE, 1998). Cette dernière est traduite expressément dans le Code forestier du Burkina. Ainsi, elle garantit la préservation du milieu naturel au profit des générations futures, tout en assurant la satisfaction des besoins socio-économiques et culturels des générations présentes. La mise en application du Code forestier a amené les décideurs à mettre en place des outils d'atténuation des effets pervers des aires protégées sur les riverains4. Nonobstant ces efforts fournis, la durabilité des aires protégées reste menacée (DRECV, 2007).

Comme toute activité humaine, la réussite du processus de conservation par le biais des aires protégées est conditionnée par sa rentabilité socio-économique au profit des différents acteurs et plus particulièrement au profit des populations locales. C'est dans ce sens que s'inscrit la présente étude intitulée analyse socio-économique des interrelations entre aires protégées et populations locales : cas du Parc W/Burkina Faso et du terroir riverain de Kotchari. Financée par le programme CORUS, ce travail constitue l'un des objectifs spécifiques d'un projet de recherche intitulé gestion des activités d'élevage et des feux de végétation et conservation de la biodiversité au Burkina Faso. L'objectif de ce projet est d'évaluer la possibilité et les limites de l'utilisation de l'activité pastorale comme moyen de gestion des aires protégées en accordant une importance particulière à la gestion conjointe des feux de végétation.

Ainsi, l'intérêt de la prise en compte des considérations socio-économiques dans le succès de la conservation n'est plus à démontrer. Il apparaît par exemple clair que si les populations riveraines n'ont pas la même perception des aires protégées que les conservateurs de la biodiversité, tout effort de protection des ressources naturelles serait voué à l'échec. En d'autres termes, si les aires protégées sont perçues par les

4 Cf. généralités

populations riveraines comme des contraintes au développement des activités de production agro-sylvo-pastorales, ces dernières seront moins enclines à entreprendre des actions favorables à la conservation de la biodiversité.

Quelques recherches ont tenté d'analyser les perceptions des populations sur le Parc W. Ainsi, une première tentative a été faite par l'UICN au cours d'une mission en 1997. Le rapport de la même mission effectuée dans le village de Kondjo5 note une perception négative du Parc W et de la zone de chasse de la même localité par la population locale. Cette perception est due à la contrainte que représentent ces aires quant à la satisfaction des besoins de la population en terres cultivables, en gibier ou en ressources halieutiques.

Ensuite, SAWADOGO (2004) à travers son étude sur la transhumance et les pratiques pastorales dans le terroir de Kotchari s'est intéressé à la vision du Parc par les éleveurs de la zone. Des propos révélateurs comme « le Parc est une «chose des blancs» » retenus sur le terrain par l'auteur montre le déphasage entre les perceptions que les différents acteurs se font du Parc. Le même auteur signale aussi la méconnaissance des textes relatifs à la gestion des ressources naturelles (Code Forestier, Code pastoral, RAF.).

Plus récemment, PALM (2005) a consacré une partie de son étude à la perception du Parc W par les habitants des villages de Kaabougou et de Toptiagou6. Il ressort de cette étude que les quartiers les plus éloignés ont une vision positive du Parc. En revanche, les populations plus proches en ont une mauvaise perception. Ces résultats suggèrent que les effets et changements socio-économiques négatifs du Parc seraient fonction de la distance des communautés par rapport au Parc. Les communautés les plus proches ressentiraient donc les externalités négatives7 du Parc avec plus de sévérité que leurs homologues localisées plus loin. Les communautés les plus concernées par la

5 Kondjo est une enclave villageoise située entre le Parc W et la zone de chasse du même nom (on l'appelle aussi zone de chasse de la Kourtiagou).

6 Kaabougou et Toptiagou sont des localités également contiguës au Parc W, donc présentant à peu près les mêmes caractéristiques que notre zone d'étude.

7 Effets indésirés liés à l'existence du Par cet pouvant être négatifs ou positifs.

création d'un Parc sont évidement les riveraines dont les ressources foncières ont été extraites de leur emprise.

Dans ces tentatives d'élucidation des relations parc-communautés, une des faiblesses des approches méthodologiques utilisées est le fait d'avoir considéré le Parc comme un bien économique homogène. Ce faisant, la perception négative signifierait en termes de politique, un déclassement du Parc avec pour conséquence une dégradation accélérée de ses ressources. Ce cadre d'analyse a réduit au strict minimum le rôle ou la fonction du Parc. Dans la réalité, un parc fournit un ensemble de biens et services de valeurs différentes du point de vue économique, social et culturel. Le Parc W n'est pas une exception. Ainsi, il fournit aux communautés riveraines des biens et services dont le degré de convoitise par les populations est certainement différent. Ce qui nécessairement influencerait leur perception du Parc. Il est donc important de prendre en compte l'aspect systémique8 du Parc en termes de biens et services fournis, pour une analyse conséquente de la perception des communautés riveraines sur le Parc.

Pour ce qui est de l'évaluation des impacts du Parc national du W sur les populations locales, quelques effets et changements qualitatifs ont été identifiés par certains auteurs au cours de leurs travaux de recherche (cf. Annexe 6, p XIX).

L'impact d'un projet sur un phénomène peut être considéré comme la situation nouvelle résultante de l'ensemble des effets du phénomène imputables au projet (FPEPETE, 1999). L'évaluation de cet impact consiste en la matérialisation de la nouvelle situation par le biais d'indicateurs. L'indicateur est une grandeur qui évalue et simplifie un phénomène afin d'en faciliter la compréhension.

Les tentatives d'évaluation d'impact socio-économique montrent l'existence de plusieurs catégories d'indicateurs (GIULIANI, 2007). Ainsi, WOODHOUSE et al. (2000) cité par GIULIANI (2007) distinguent entre autres, les indicateurs conventionnels (exemple : Pourcentage de la population vivant en dessous du seuil de pauvreté ; taux de prévalence de la malnutrition ; etc.) et les indicateurs spécifiques définis selon le contexte. Ces deux catégories d'indicateurs alternent en avantages et en

8 Il s'agit de considérer le Parc comme un assemblage de biens et services qui entretiennent entre eux des relations.

inconvénients. En effet, les premiers ont, contrairement aux seconds, l'avantage d'êtres connus internationalement et, par conséquent, peuvent permettre des comparaisons entre des sites différents, alors que les seconds contrairement aux premiers ont l'avantage de mieux refléter les réalités propres à chaque site. Ainsi, NUNAN et al. (2002) affirment que les indicateurs peuvent être développés en fonction des buts et objectifs spécifiques en présence. C'est dans ce sens que le Fonds pour la promotion des études préalables, des études transversales et des évaluations (FPEPETE) préconise une construction des indicateurs d'impact au cas par cas à travers une démarche précise. Cette dernière consiste à : (a) repérer et inventorier les changements : résultats et effets, (b) sélectionner les effets produisant des changements significatifs et durables, (c) établir une grille de lecture commune pour tous les effets retenus, (d) établir des indicateurs qui permettront de donner une valeur à chaque élément de la grille de lecture, et (e) analyser de façon systématique, les relations entre ces divers éléments et leur importance relative.

2. Objectifs et hypotheses
2. 1. Objectifs

Le principal objectif de cette étude est de faire une analyse socio-économique et institutionnelle de l'impact de l'existence du Parc national W sur les communautés villageoises du terroir riverain de Kotchari.

De façon plus spécifique, il s'agit :

- de connaître la perception que les populations riveraines se font du Parc W ;

- d'évaluer les impacts socio-économique et institutionnel imputables à l'existence du Parc.

2.2. Hypotheses

Les objectifs spécifiques énoncés, conduisent à la formulation des hypothèses suivantes :

- le Parc constituerait pour les populations locales une contrainte pour la réalisation de leurs activités de production ;

- l'existence du Parc provoquerait des changements socio-économiques et institutionnels au sein des populations.

3. Matériel et méthode

3. 1 Choix de la zone d'étude

Le terroir de Kotchari est limité au nord et à l'ouest par la chaîne des falaises du Gobnangou, au sud par la concession de chasse de Kondjo et à l'est par le Parc W. Avec ce dernier le terroir a en commun une frontière d'environ 50 Km. Par ailleurs, il n'existe pas de zone tampon le long de cette frontière, si bien que la satisfaction des populations en produits forestiers est compromise par l'existence du Parc. Ces deux situations (géographique et de dépendance) font de Kotchari un excellent champ pour une étude d'impacts socio-économique et institutionnel de la création d'une aire protégée sur ses populations riveraines.

précédent sommaire suivant











9Impact, le film from Onalukusu Luambo on Vimeo.