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Christiania : micro-société subversive ou "hippieland" ?

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par Félix Rainaud
Université de Poitiers - Master 1 Sociologie 2012
  

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2.3 Des relations avec les autorités danoises

Si Christiania a connu de nombreuses barricades au cours de son histoire, les relations entre le freetown et les autorités n'ont pas été les mêmes que celles entretenues avec les autres squats de Copenhague. Malgré sa stigmatisation par les autorités, les Christianites semblent avoir été considérés comme des interlocuteurs légitimes aux yeux du pouvoir. Cette impression ressort particulièrement de l'étude des débats autour de Christiania au parlement réalisée par Håkan Thörn.

2.3.1 Mise en place de l'action publique : problématisation de Christiania

Le squat est en règle générale constitué en problème public avant d'être la cible de l'action publique. Malgré le caractère social-démocrate dont la société danoise est imprégnée (avec tous les principes de négociation, de consensus développés plus tôt), et le contexte politique difficile lors des élections, les institutions publiques ne tardent pas à s'inquiéter du freetown et le problématiser. La mise en problème de Christiania a suivi les mêmes occurrences que n'importe quel autre squat. On peut établir une typologie de la mise en problème de Christiania en suivant le travail d'Håkan Thörn dans « Space for urban alternative ». Ce dernier y recense les problèmes que Christiania a constitué pour les différents partis politiques à travers leurs déclarations au parlement et en propose une classification en s'appuyant sur les travaux de Michel Foucault sur le pouvoir.

Dans un premier temps, Christiania a été problématisé face à la souveraineté de l'Etat. Cette problématisation s'est exprimée à travers le discours de l'ancien premier ministre, M. Rasmussen, qui en 2003 voulait « refaire régner la loi à Christiania » ou dans les débats qui ont amené à la loi de 1989. Les théories de Michel Foucault sur le pouvoir développées plus haut permettent de comprendre en quoi Christiania pouvait représenter un problème pour le pouvoir (sans en être nécessairement une menace). Ainsi, Christiania a pu constituer un problème en s'autoproclamant « ville libre » et en développant un modèle de micro Etat indépendant et autonome, au coeur de la capitale danoise, en étant ainsi un danger pour la souveraineté de l'Etat danois. Christiania fut aussi perçu comme un problème disciplinaire : la loi de l'Etat n'étant pas respectée, ce problème se solutionnera au travers des mesures « soft » comme l'accord de 1972, et au travers des mesures « coercitives » comme les patrouilles de police anti-émeutes dans Christiania dans les années 90.

Enfin, Christiania pouvait représenter un problème face au bio-pouvoir : la population de Christiania n'étant pas recensée et les autorités n'ayant pas les données permettant de contrôler les risques et les dangers par anticipation. La mesure bio-politique par essence qui a cherché à introduire ce bio-pouvoir à Christiania fut le « plan de normalisation ». Par définition, en cherchant à « normaliser » l'espace, les autorités ont cherché à introduire la bio-politique à Christiania.

Les mouvements sociaux occupent très souvent une place importante dans la construction des problèmes publics. Dire qu'une cause devient un problème public c'est dire qu'une cause peut devenir une question susceptible d'être posée dans le système public, c'est-à-dire susciter l'attention des autorités, et nécessiter une solution. Un mouvement social peut ainsi devenir un acteur majeur qui transforme une cause en problème public. Il y a alors une mise sur agenda du problème public dû au mouvement social, qui par son action oblige les différents acteurs à trouver des solutions. En tant que mouvement social, Christiania vérifie cette règle en confrontant les autorités à une réaction face à plusieurs sujets de société : la consommation et la vente de drogues, le logement, etc... Ainsi par exemple dans le débat sur la drogue qui éclot dans la société danoise à la fin des années 60, principalement autour de la question du cannabis, Christiania, enclave hippie où la drogue occupe une place importante, sera à la fois stigmatisé par l'image de havre de la drogue qui lui sera accolée, mais le freetown sera aussi un acteur majeur dans le débat qui occupe les autorités entre légalisation, dépénalisation ou répression du cannabis, au point d'aller jusqu'à organiser eux-mêmes les traitements de désintoxication pour les consommateurs de drogues dures.

Sur le cas particulier de la drogue, l'action publique n'a évidemment pas attendu la naissance de Christiania pour se mettre en marche. L'article de Lau Laursen sur la drogue dans la société danoise et les solutions qu'ont voulu y apporter les autorités permet très bien de re-contextualiser ce débat, et de voir comment Christiania fut à la fois porteur d'un stigmate (« havre de la drogue et de drogués »), et dans le même temps un acteur du débat contre la criminalisation des « drogues douces », en particulier le cannabis.

Lau Laursen nous apprend dans cet article que dès les années 60, des politiques publiques sur la drogue sont lancées : « l'usage de drogues illicites en tant que phénomène social dans la société danoise moderne du welfare industrialisé s'est développé au cours des années 1960. Cela fut d'abord visible par la culture du cannabis, qui était liée avec les éléments de la rébellion de la jeunesse comme une protestation contre le mode de vie bourgeois, mais bientôt le problème du cannabis fut institutionnalisé comme un problème social dans la société danoise. Au début, les autorités et le public regardaient le problème du cannabis comme une question de contrôle social, et le développement du contrôle des drogues et de l'action de la police étaient les mesures que la société choisit d'utiliser. En 1969, la peine maximale pour détention illégale de drogue a été élevée de deux ans d'emprisonnement pour passer à six ans, alors que dans le même temps, les ressources pour les activités antidrogues de la police ont été fortement augmentées. [...] En 1975, la peine maximale fut de nouveau relevée, cette fois à un emprisonnement maximal de dix ans ». (LAURSEN 27)

Néanmoins, Christiania va avoir son rôle à jouer dans la mise en place de l'action publique de lutte contre la drogue au Danemark en soutenant par exemple une ligne radicalement libérale qui fut reprise dans le débat politique. On peut ainsi voir en cela une sorte de légitimation de Christiania. En reprenant à leur compte le discours porté par les Christianites, les parlementaires reconnaissent dans un sens non seulement une légitimité à Christiania, mais aussi un pouvoir de proposition pour la société : « Il y a eu plusieurs tentatives [parlementaires] pour obtenir un soutien pour des mesures radicalement plus libérales : les propositions pour des expériences portant sur l'héroïne sur la ligne du modèle suisse, l'installation de salles de santé permettant aux toxicomanes de se faire des injections dans des conditions plus hygiéniques et moins stressantes que dans les rues, la libéralisation possible de la réglementation du cannabis (comités parlementaires sur la santé et des affaires sociales 1998), et la décriminalisation de la possession de drogues pour sa propre consommation. » (Ibid. 21).

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