WOW !! MUCH LOVE ! SO WORLD PEACE !
Fond bitcoin pour l'amélioration du site: 1memzGeKS7CB3ECNkzSn2qHwxU6NZoJ8o
  Dogecoin (tips/pourboires): DCLoo9Dd4qECqpMLurdgGnaoqbftj16Nvp


Home | Publier un mémoire | Une page au hasard

 > 

Les soignants et leur téléphone portable à l'hôpital

( Télécharger le fichier original )
par Frédéric GRIPON
Université de Caen Basse- Normandie - Master 1 des sciences de l'éducation option éducation, mutations, formation 2012
  

précédent sommaire suivant

Bitcoin is a swarm of cyber hornets serving the goddess of wisdom, feeding on the fire of truth, exponentially growing ever smarter, faster, and stronger behind a wall of encrypted energy

2.4 - Une réglementation méconnue ou ignorée

A l'analyse des entretiens, il nous semble que l'entrée du téléphone portable dans l'hôpital n'a jamais occasionné de réflexivité par rapport au cadre réglementaire dans lequel cette pratique s'inscrit. Certains parlent de la règle d'interdiction au passé, comme si l'usage réel s'était imposé et l'avait finalement emporté sur la règle, qui reste pourtant en vigueur par l'intermédiaire de la circulaire de 1995.

Par exemple lorsque nous avons posé la question de savoir s'il existe une réglementation sur l'usage du portable, Samia répond : « non, il en existait une comme quoi c'est interdit mais je ne sais pas. »

Ou encore cette réponse de Flore : « Ben y'en avait une, oui, mais est-ce qu'elle est toujours d'actualité ? Ça ? C'est une très bonne question. Ça m'interpelle parce que dans les hôpitaux y'a euh, encore pas si longtemps que ça, enfin moi en tout cas c'est

157 Op. Cit. Martin C. , 2007, p.115.

158 Op. Cit. Martin C. , 2007, pp.117-121.

84

comme ça qu'on m'a appris "ouais, les portables c'est hyper dangereux, les machines, les trucs euh... interdit de téléphoner euh"... Aujourd'hui, c'est infernal hein... (L'air désabusé). »

Laurent sait qu'une règle existe encore mais il semble légitimer son usage par un discours technique disqualifiant la circulaire, celle-ci n'ayant plus pour seul objectif que de maintenir un usage modéré du téléphone dans les hôpitaux :

« Alors officiellement par rapport à des risques euh, par rapport à des risques de déréglage du matériel hospitalier, mais bon c'est pas vrai ça apparemment parce que j'en avais "causé" avec un technicien biomédical qui disait qu'avec les anciennes générations de GSM qui émettaient énormément y'avait vraiment des ondes importantes, par exemple, quand on approchait à côté d'enceintes, on entendait euh, enfin y'avait le bruit du signal, alors que maintenant, on entend plus du tout, il disait que maintenant c'est plus vraiment vrai, mais par contre je pense que officieusement c'est pour essayer de maintenir un espèce de truc dans l'hôpital pour pas qu'il y ait des gens qui téléphonent dans tous les sens quoi. »

Cette circulaire de 1995, antérieure à la diffusion généralisée du téléphone mobile dans la population française ne parait plus intégrée par les personnels et les cadres du système hospitalier. Les panneaux rappelant la consigne de maintenir les téléphones mobiles en position "arrêt" subsistent, mais personne ne semble s'attacher à la faire respecter. Il en résulte un usage du téléphone mobile basé sur le libre arbitre de chaque utilisateur.

Il est étonnant de s'apercevoir que malgré la connaissance des risques scientifiques qui ont justifié cette interdiction, les professionnels qui en ont conscience continuent malgré tout à l'utiliser. Chloé qui exerce dans un bloc opératoire avec un environnement électronique sensible reconnait ainsi :

« Je pense que c'est euh... Enfin, moi on m'a toujours dit que c'était par rapport aux "scopes" et compagnie, que les ondes pouvaient interférer avec le matériel utilisé avec le matériel au bloc, mais bon je n'en sais rien du tout en fait. »

Elle fait le lien entre l'interdiction et le risque qui l'a motivée, mais finalement dit ne pas avoir de certitude sur le sujet. Est-ce sincère ou une stratégie de défense afin de ne pas se priver de la présence du téléphone pendant le travail ? Une manière de nier

85

une réalité qui risque de la priver de son « objet transitionnel » tel qu''il est identifié par Francis Jauréguiberry159, si la règle est strictement appliquée.

Par ailleurs il est également surprenant de constater que les cadres de santé, censés faire respecter les règles institutionnelles, ne semblent pas avoir recherché l'existence d'une législation qui leur permette d'avoir un positionnement basé sur un cadre légal pour faire cesser les usages dont ils se plaignent et qu'ils jugent abusifs. Pour illustrer notre réflexion, nous relevons cet étonnement de Marie :

« Ben moi déjà, j'ai été étonnée qu'on puisse avoir aujourd'hui son portable dans sa poche, parce que au début, c'était bien marqué partout qu'on ne devait pas avoir son portable dans l'hôpital... Puis tout d'un coup, on a le droit... Mais heu j'avoue que je ne suis pas allée plus loin pour savoir pourquoi on avait le droit maintenant (rires.) »

Concernant le règlement intérieur de l'établissement, les cadres, comme le personnel soignant ignorent s'il existe un article relatif à l'usage du téléphone portable.

En pratique il en résulte une hétérogénéité des usages en fonction de la relation que chaque utilisateur entretient habituellement avec l'objet mais qui ne semble pas sans conséquences pour l'organisation du travail, la qualité, la sécurité des soins et le management de l'équipe par les cadres de santé.

précédent sommaire suivant






Bitcoin is a swarm of cyber hornets serving the goddess of wisdom, feeding on the fire of truth, exponentially growing ever smarter, faster, and stronger behind a wall of encrypted energy








"Enrichissons-nous de nos différences mutuelles "   Paul Valery