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Le symbole de la paix dans le processus de démocratisation des régimes monolithiques d'Afrique noire. Le cas du Cameroun

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par Fridolin Martial FOKOU
Ecole normale supérieure de l'Université de Yaoundé I - Diplôme de professeur de l'enseignement secondaire général 2ème grade 2012
  

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II- « Le vent d'est » au Cameroun : manifestations et réappropriations internes.

Le « vent d'est » entre officiellement au Cameroun à partir des éléments de contestations mis en place par l'affaire Yondo Black et « les premiers morts de la démocratie camerounaise » du 26 Mai 1990. Ainsi, « le cadeau de noël de Décembre 1990 des lois assouplissants la vie politique camerounaise avait eu pour conséquence la légalisation de l'opposition camerounaise »164(*). Cette opposition naissante allait user de toutes les stratégies dont elle disposait pour changer le paradigme politique au Cameroun. Mais en même temps, « sa jeunesse et son inexpérience ont plongé le pays dans une tourmente, caractérisé par l'accentuation de la dépression économique et un grand malaise politique »165(*). Ces bouleversements sociaux remettent en cause la situation d'accalmie politique au Cameroun. La tripartite de 1991 ainsi que le double scrutin de 1992 allait contribuer dans un sens ou dans un autre à soit tendre, soit détendre l'atmosphère politique au Cameroun166(*). Le comportement des acteurs politiques camerounais ont été dans cette période déterminante pour l'évolution du Pays.

A- L'épopée des bouleversements sociaux : la paix en question.

La fin de l'année 1990 marque un point important dans l'histoire du Cameroun. La « session des libertés »167(*) de l'Assemblée nationale avait balisée le champ. Le peuple souhaitant le changement politique, accueille cette décision avec joie. De nombreux partis politiques virent le jour à partir de février 1992. On peut y voir dans le tableau suivant, la sélection de quelques partis politiques dénombrés par la presse camerounaise :

Tableau n°3 : sélection de quelques partis politiques de l'opposition

Partis

Direction

Lancement

Autorisation

MDP

Samuel Eboua

24 Février 1992

13 Mars 1992

MDR

Dakolé Daissala

...

09 Octobre 1991

SDF

John Fru Ndi

26 Mai 1990

01er Mars 1991

UDC

Ndam Njoya

02 Mars 1991

26 Avril 1991

UFDC

Hameni Bieuleu

25 Septembre 1990

01er Mars 1991

UNDP

Bello Bouba Maigari

Mai 1990

25 Mars 1991

UPC (Nkongsamba)

Ndeh Ntumazah, Augustin Frédéric Kodock

10 Avril 1990

12 Février 1991

UPC (Bafoussam)

Michel Ndoh

...

Non autorisé

Source : Cameroon Tribune du 10 Janvier 1992, Messager n°206 du 22 Novembre 1990, rapports variés compilés par Andréas Mehler, « Cameroun, une transition qui n'a pas eu lieu ...», p. 116.

On peut voir à travers ce tableau que la plupart des partis politiques d'opposition lancée pour la plupart à la fin de l'année 1990 n'ont été reconnus qu'après Janvier 1991. Ceci est la preuve de ce que la démocratie libérale instaurée dans les textes ne le fut dans les faits que bien plus tard. A la fin de l'année 1992, tous les partis d'opposition sont donc mis sur pied. Ainsi, cette jeune opposition « qui n'a ni projet politique ni assise nationale va exiger le pouvoir »168(*). Ajouté à cela la montée d'une forte contestation sociale qui entraina le pays dans une grande tourmente économique.

1- Le procès Monga-Njawé : « la goutte d'eau qui déborda le vase».

La construction du « désordre social »169(*) au Cameroun à partir de 1990 s'est manifesté à travers des actions et des comportements éparses conjugué à la « grotesque bavure [...] d'un régime encore gauche actions de liberté »170(*). De fait, le procès Monga-Njawé apparait comme la première manifestation de cet état de chose. En effet, prenant la parole à la clôture des travaux de l'AN marquant la fin de la « session des libertés » le 03 Décembre 1990, le chef de l'Etat pouvait se fendre d'avoir « apporté la liberté et la démocratie au Cameroun » et de demander au peuple camerounais « d'en faire bon usage ». Cette posture gouvernementale dans un contexte africain où l'heure est à la contestation des régimes des « pères de la nation » et de « présidentialisme accru » irrita quelques camerounais. C'est ainsi que Célestin Monga, jeune cadre à la Banque International pour le Commerce et l'Industrie du Cameroun (BICIC) monte au créneau à travers ce que l'on a appelé « la lettre ouverte au président de la république » sous le titre de « démocratie truquée ».

Cette lettre est publiée dans le Numéro 209 du journal le messager dont le Directeur de publication est Pius Njawé. Dans cette lettre, Monga reproche au chef de l'Etat le ton employé pour défendre les idéaux dont il est porteur. Au lendemain du nouvel an, Monga et Njawé sont arrêtés pour « outrage au président de la république, à la cour, aux tribunaux et aux membres de l'AN ». Le procès qui s'ouvre au Cameroun le 10 Janvier 1991 est lourd de conséquences. Il est baptisé « procès des libertés » car c'est le premier procès qui se tient après les lois de l'AN votées en Décembre 1990. Ceci est d'autant plus symbolique que le chef de l'Etat dans son message à la nation du 31 Décembre 1990 avait déclaré qu' « au Cameroun, nul ne peut désormais être inquiété de ses idées et de ses opinions ».

L'arrestation de Monga allait donc en contradiction avec les propos du Chef de l'Etat. Ainsi, comme l'écrira Njawé, « décidément, l'histoire bégaie au Cameroun du renouveau et les actes y prennent le contre pied des discours officiels »171(*). Le procès mobilisa tout le barreau camerounais qui constitua un peu plus de vingt avocats pour défendre les accusés. Ceci permit à ces derniers de s'en sortir avec six mois de condamnation et trois cents milles francs d'amendes.

Toutefois, les enseignements du procès sont lourds de conséquence pour l'avenir du Cameroun. En effet, non seulement ce procès constitue le premier de l'ère du multipartisme, mais c'est aussi pendant ce procès que surgit pour la première fois des pancartes et banderoles portant les expressions de « conférence nationale ». On y voit là l'influence du contexte africain sur l'évolution du combat politique au Cameroun. C'est aussi pendant ce procès qu'on a vu la mobilisation quasi-unanime entre toutes les forces sociales que sont les avocats, les journalistes et l'opposition naissante. Cette conjonction de forces entraine une radicalisation entre le champ social et le gouvernement. Cela entraina des dérives dont les viles mortes ont constituées le pic de l'affrontement.

* 164 T. Bodo Messina, « De «la conférence de la table ronde (1959)» à la « conférence nationale souveraine (1991)» : permanence de l'attitude des acteurs politiques camerounais », mémoire de maitrise en histoire, UY1, 2008, p. 28.

* 165 C. Gueguim Zébazé, « les scrutins pluralistes de 1992... », p. 22.

* 166 H. Kamgang, environ 65 ans, politicien, le 12 Mars 2012 à Yaoundé.

* 167 La session des libertés de l'AN se tient en Novembre 1990 sous la présidence de Fonka Shang Lawrence. Elle adopta plusieurs lois réhabilitant les libertés dans tous les domaines de la vie publique

* 168 O. J. Tobie, La Décennie Biya : de la grâce à la disgrâce, Paris, L'Harmattan, 1996, p. 171.

* 169 L. Sindjoun (Dir.), La révolution passive au Cameroun. Politique parlementaire et politique autoritaire, Dakar, CODESRIA, 2002, p. 12.

* 170 V. Ndi Mbarga, Rupture et continuité au Cameroun...p. 146.

* 171 P. Njawé, « la démocratie bégaie », le Messager, n°210-211 du 24 Janvier 1991, p. 8.

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