WOW !! MUCH LOVE ! SO WORLD PEACE !
Fond bitcoin pour l'amélioration du site: 1memzGeKS7CB3ECNkzSn2qHwxU6NZoJ8o
  Dogecoin (tips/pourboires): DCLoo9Dd4qECqpMLurdgGnaoqbftj16Nvp


Home | Publier un mémoire | Une page au hasard

 > 

Le symbole de la paix dans le processus de démocratisation des régimes monolithiques d'Afrique noire. Le cas du Cameroun

( Télécharger le fichier original )
par Fridolin Martial FOKOU
Ecole normale supérieure de l'Université de Yaoundé I - Diplôme de professeur de l'enseignement secondaire général 2ème grade 2012
  

précédent sommaire suivant

2- L'opération «villes mortes» : malaise général ou effet domino.

L'idée des « villes mortes » est née du refus gouvernemental de convoquer une conférence nationale. En effet, la conférence nationale souveraine est devenue le point focal de la contestation politique au Cameroun au lendemain du procès Monga-Njawé. Ainsi, « illusionné par le cours des évènements dans d'autres pays d'Afrique et d'Europe de l'Est, l'opposition anticipait vraisemblablement une chute rapide du régime, omettait par là même d'élaborer de véritables stratégies de conquêtes du pouvoir à la fois cohérentes et crédibles »172(*). L'opposition est en effet immature à ses débuts. La conférence réclamée par l'opposition avait pour mission de « faire l'inventaire de ce qui s'est passé, comment le pays a fonctionné jusqu'ici et donner les directives pour l'avenir »173(*). Face à cela, la réaction gouvernementale est sans équivoque174(*). Lors de la réunion du bureau politique du RDPC, le président de la république réaffirma que « la conférence nationale est sans objet »175(*). Ajouté à cela, le marasme économique du Cameroun contraint les forces sociales à se mettre en ébullition. C'est ainsi que dans un tract publié à Douala, Mboua Massock demande

 A tous les chefs d'entreprises et d'établissement scolaires et hospitaliers de la capitale économique, d'arrêter toutes activités les 18 et 19 Avril, afin que le pouvoir soit sensibilisé à la nécessité d'accorder la conférence nationale qu'il appelle « conférence de détente nationale »176(*).

Le mois d'Avril 1991 au Cameroun est un mois symbole. Aux incendies et dégâts des institutions républicaines, le gouvernement réagit en prenant des mesures draconiennes comme le retour des commandements opérationnels. Pour l'opposition c'est un « mouvement de résistance pacifique aux agressions du gouvernement »177(*). D'ailleurs, Vianney Ombe Ndzana considère ce phénomène des villes mortes comme étant « la plus longue et la plus populaire résistance interne organisé contre l'Etat post-colonial dans ce pays depuis les indépendances »178(*).

L'obstination du pouvoir à refuser d'accorder au peuple la conférence nationale amena l'opposition à se radicaliser davantage et à impulser le mot d'ordre de désobéissance civile dès le 11 Mai 1991. Cela impliquait « la cessation de paiement des taxes et des impôts à l'Etat et le boycott des réunions convoquées par les autorités administratives. Les pertes de l'économie camerounaise ont été évalué à cinq milliards de FCFA environ par jour »179(*). Ce qui donnait un total d'environ750 milliards de perte pour l'économie camerounaise à la fin de l'opération villes-mortes180(*). Ces évènements montraient à quel point le gouvernement et l'opposition balbutiaient chacun dans les stratégies à adopter. De fait, bien qu'ayant des fondements internes, le front des « villes-mortes » au Cameroun s'appuie davantage de l'impact régional africain sur l'évolution des évènements internes. Après ce moment de désordre total, la raison reprend le dessus, et le gouvernement décide de prendre la mesure des choses, même si cela n'allait pas toujours dans le sens souhaité par l'opposition. Mais elles eurent néanmoins le mérite d'être prises.

* 172 Manga Kuoh, Cameroun. Un nouveau départ, Paris, L'Harmattan, 1996, p. 80.

* 173 Hameni Bieuleu, interview recueilli par Challenge hebdo, n°0037 du 19 au 26 Juin 1991, p. 9.

* 174 En effet, la hantise d'un jugement pareil à celui de Mathieu Kérékou n'enchante pas le gouvernement de Biya.

* 175 P. Biya, Cameroon Tribune, n°4852 du 24 au 25 Mars 1991, p. 3.

* 176 P. F. Ngayap, L'opposition au Cameroun. Les années de braise, Paris, L'Harmattan, 1999, pp. 11-12.

* 177 Ibid., p. 26.

* 178 V.O. Ndzana, « 18 Avril 1991-18 Avril 1992, villes mortes, un anniversaire symbole », Challenge Hebdo, n°067 du 22 Avril 1992, p. 15.

* 179 J.B. Placca, « le peuple cherche un vrai héros », Jeune Afrique Economie, n°149, novembre 1992, p. 94.

* 180 L. A. P. Amougou Mbida, « Les villes mortes au Cameroun. Etude historique et impact socio-économique », mémoire de maitrise en histoire, UY1, 2005, p. 53.

précédent sommaire suivant