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Artificialisation et trame verte et bleue : de la protection de la biodiversité à  un outil d'aménagement. Le cas de Lille métropole depuis 2002.

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par Daphné Lecointre
Université de Lille II - Master 2015
  

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3.3.La convergence des enjeux économiques et des aspirations pour le paysage

a. Produire de la « campagne »

D'après le paysagiste Pierre Donadieu, « la campagne se décline autour d'archétypes paysagers esthétiques et bucoliques »121. L'agriculture périurbaine, pour résister aux assauts de l'étalement urbain, doit être « reconnue comme activité économique, composante de l'armature spatiale et paysagère du territoire. »122

Cette idée de produire du paysage a été reprise par Pierre Dhenin, directeur d'Espace Naturel Lille Métropole, en 2002, au moment des négociations avec la Chambre d'Agriculture pour établir un partenariat. Afin de sécuriser le foncier agricole dans une métropole qui s'urbanisait à un rythme très soutenu, Pierre Dhenin avait pour ambition de « produire une campagne »123, permettant ainsi d'associer les aspirations citadines pour un paysage plus agréable et les fonctions économiques de l'agriculture périurbaine. D'après Nicolas Rouget, le partenariat entre le syndicat mixte ENLM et la Chambre d'Agriculture visait le développement d'une « vision esthétique, de loisir, et aussi de protection des écosystèmes »124. L'agriculture périurbaine avait donc pour mission de développer une offre paysagère. Nicolas Rouget parle de « l'attitude constructive de la Chambre d'agriculture (...) qui contribue à une mise en convergence des représentations du territoire. » 125 Le partenariat ENLM-profession agricole est entrepris dans l'idée de promouvoir une campagne, à la fois cadre paysager et espace de production de l'activité agricole. Il s'agissait d'ouvrir les espaces agricoles à la promenade, tandis qu'ENLM assurait la bonne gestion des chemins et encourageait financièrement les agriculteurs à respecter une « charte paysagère » pour leurs exploitations.

121 Pierre Donadieu, « Le paysage, un paradigme de médiation entre l'espace et la société », Economie rurale, n°297, janvier-avril 2007, p. 5-9

122 Monique Poulot, « Les territoires périurbains : « fin de partie » pour la géographie rurale ou nouvelles perspectives ? », Géocarrefour, vol. 83/4, 2008

123 Entretien avec Nicolas Rouget, géographe, 10 février 2015 à Lille

124 Entretien avec Nicolas Rouget, géographe, 10 février 2015 à Lille

125 Nicolas Rouget, compte-rendu du Café géo de Montpellier le 13 janvier 2015 intitulé « La ville et son agriculture : retour vers le futur »

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b. Une agriculture qui répond aux attentes des citadins

Si l'agriculture veut survivre à l'artificialisation des espaces, elle doit assurer des fonctions socio-économiques précises. Monique Six, ancienne présidente de la Chambre d'Agriculture, souligne que « l'agriculture devait se mettre en conformité avec les attentes sociales citadines, être attentive aux externalités, c'est-à-dire au paysager »126. Un enjeu majeur était également celui de l'environnement, il fallait produire propre et surtout pour le marché local, pour répondre à l'émergence au souhait de certains citadins de développer une habitude de « locavore ».

D'après Nicolas Rouget, le dialogue qui avait été rendu possible grâce à Pierre Dhenin, directeur d'Espace Naturel Lille Métropole, « est peut-être en train de se rompre car les représentations sont exclusivement urbaines, l'agriculture périurbaine est forcément bio »127. L'agriculture doit répondre aux demandes des citadins, et ces attentes sont extrêmement précises concernant l'offre alimentaire. « L'agriculture périurbaine serait forcément une culture alternative »128. Pour le géographe, il s'agit d'une réflexion conditionnée par une « forme d'idéologie (...), certaines lectures des problématiques agricoles ne sont pas forcément en adéquation avec la réalité »129. Ainsi, dans le cas de la métropole lilloise, si l'agriculture veut survivre, elle doit s'assurer qu'elle plaît au citadin, d'un point de vue esthétique, et d'un point de vue alimentaire. Or, les représentations citadines de ce que serait l'agriculture apparaissent parfois comme idéalistes. Pour Roland Vidal et André Fleury, « l'agriculture est tiraillée entre une réalité économique qui l'accuse d'être productiviste, et une image champêtre et protectrice de la nature qu'on aimerait la voir porter mais qu'elle a du mal à assumer »130. Pour eux, l'agriculture doit devenir une offre « agriculturelle »131 pour survivre à l'étalement urbain.

Il apparaît donc que l'agriculture périurbaine est la première menacée par le mouvement de l'artificialisation. L'enjeu, si elle veut ne pas être grignotée jusqu'à sa perte par l'urbanisation, est qu'elle devienne un paysage à part entière, accessible pour le citadin. Le partenariat entre la Chambre d'Agriculture et le syndicat mixte Espace Naturel Lille

126 Entretien avec Nicolas Rouget, géographe, 10 février 2015 à Lille

127 Ibid.

128 Ibid.

129 Ibid.

130 Roland Vidal et André Fleury, « La place de l'agriculture dans la métropole verte ; Nostalgies, utopies et réalités dans l'aménagement des territoires aux franges urbains », Projets de paysage, n°1, 09/02/2009

131 Ibid.

Métropole permet de produire de la « campagne » et de répondre ainsi aux représentations des habitants, faisant de l'espace rural un paysage ouvert. Elle devient donc peu à peu un espace naturel périurbain, ouvert à la promenade, tout en devant répondre à sa mission première de production agricole. Ainsi, alors que l'artificialisation oppose de manière binaire les espaces agricoles et les espaces verts urbains, en faisant du premier la première victime de l'artificialisation et du second une facette même de l'artificialisation, elle rencontre des limites quand les acteurs font converger leurs intérêts. En cherchant à limiter cette même artificialisation, les acteurs du territoire doivent rendre conforme l'espace rural aux attentes citadines, et, de ce fait, l'artificialisent, si on comprend le phénomène comme une diffusion du modèle de compréhension citadin.

De plus, le territoire, s'il rencontre les dimensions matérielle et immatérielle en conciliant offre paysagère et offre alimentaire, il est également le reflet de la « dimension organisationnelle »132, « le territoire est défini comme une entité dotée d'une organisation des acteurs sociaux et institutionnels »133.

Les dimensions du territoire se confrontent et se confortent, l'identité de l'espace est la traduction des fonctions économiques attribuées au sol, des représentations imaginaires du paysage, et le résultat du jeu entre les acteurs du territoire. Ceux-ci réinventent le territoire à travers des partenariats comme l'illustre l'accord entre la Chambre d'Agriculture et Espace Naturel Lille Métropole, et à travers la politique d'aménagement au nom de la biodiversité qu'est le concept de Trame verte et bleue.

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132 Richard Laganier, Bruno Villalba et Bertrand Zuindeau, « Le développement durable face au territoire :

éléments pour une recherche pluridisciplinaire », Développement durable & territoires, Dossier 1, 2002

133 Ibid.

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