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Artificialisation et trame verte et bleue : de la protection de la biodiversité à  un outil d'aménagement. Le cas de Lille métropole depuis 2002.


par Daphné Lecointre
Université de Lille II - Master 2015
  

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2.2. La gestion des espaces naturels et l'écologie de la restauration

a. L'écologie de la restauration

La Trame verte et bleue s'attache à restaurer les espaces naturels, afin de permettre une amélioration de la biodiversité et de lutter contre les conséquences de la fragmentation des habitats naturels. Cette entreprise correspond à l'idéologie de l'écologie de la restauration. Il s'agit de « réhabiliter ou de rétablir des espèces, des populations et des systèmes dégradés ou condamnés par les usages sociaux multiples des ressources naturelles accumulées à travers l'histoire »346. L'écologie de la restauration apparaît comme un domaine susceptible d'être critiqué. En effet, l'application de cette idéologie ne peut pas être la traduction pure et simple de normes biologiques, « il s'agit inévitablement du produit d'une négociation sur la place à accorder aux valeurs « naturelles » dans nos sociétés contemporaines »347. De plus, il existe un débat éthique qui interroge la légitimité d'une intervention réparatrice et « la référence à l'esthétisation de la nature qui conduit à une hiérarchie des formes de spectacle qu'elle peut offrir »348.

Le fait de renaturer un espace pose donc de nombreuses questions. En effet, la restauration ne chercher pas à arrêter ou empêcher un processus d'anthropisation, mais vise à

346 Jean-Louis Fabiani, « Ethiques et politiques de la techno-nature », Revue européenne des sciences sociales, n°

118, pp. 5-18, 2000

347 Ibid.

348 Ibid.

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« remonter le cours du temps de l'anthropisation à l'aide de dispositifs anthropiques »349. Robert Elliot, dans l'article de référence Faking Nature350 s'interroge sur la légitimité du remplacement d'éléments de natures disparus ou très fortement dégradés, et défend l'idée selon laquelle la restauration « ne permet pas de retrouver la valeur naturelle ou la naturalité de la nature, dans la mesure où le processus perturbation/restauration, qui postule un certain type de réversibilité, ne permet pas de retrouver la valeur naturelle ou la naturalité de la nature existant antérieurement à la modification d'un espace »351. La renaturation est donc un processus d'anthropisation qui correspond à une représentation de la nature, et ils ont un caractère d'artefact.

L'application de cette idéologie pose problème, et Jacques Lecomte, président du programme du ministère de l'environnement « Recréer la nature, réhabilitation, restauration et création d'écosystèmes » lancé en 1996 ajoute : « ce que j'ai voulu, c'est montrer à quel point la liaison entre l'écologie fondamentale et la pratique de la restauration pouvait être délicate »352. En effet, « la re-création de la nature suppose un état de référence. Or celui-ci ne peut être que subjectif. A quel temps, à quelle histoire se reporte-t-on ? »353. La restauration fait donc intervenir une série de controverses qui s'attache à la question des représentations de la nature, et de la légitimité de la renaturation. La définition de la nature est le reflet des attentes sociales, et sa recréation peut être biaisée car en décalage avec la réalité d'un état initial. L'élaboration de la Trame verte et bleue du Poitou Charentes a voulu « réinstaurer un bocage détruit à cause du remembrement, pour un paysage plus champêtre. Mais quand on interroge les habitants, on se rend compte qu'il n'y a jamais eu de bocage ! La TVB correspond à un modèle culturel avec un paysage bucolique de haies et de bocages »354. Pour Jacques Lecomte, les politiques de renaturation sont donc dangereuse, « rien d'irréversible ne doit être réalisé dans le milieu naturel ».355

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