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Comprendre le concept de conscience en classe de philosophie au lycée : approche phénoménologique.

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par Sylvère Gildas NGOMO
École Normale Supérieure de Libreville - Master 2 2016
  

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PARTIE III

APPROCHE PHENOMENOLOGIQUE DU CONCEPT DE CONSCIENCE

I-Qu'est ce que la phénoménologie ?

La phénoménologie vient étymologiquement du grec « phainomenon » désignant « se qui apparait » et de « logos », c'est-à-dire « étude ». En clair, elle signifie l'étude des phénomènes.

1-Phénoménologie comme science

Edmund Husserl (1859-1938), philosophe allemand, considéré comme le père fondateur de la phénoménologie, a consacré toute sa vie à fonder une nouvelle philosophie, ou plutôt de fonder la philosophie comme science, et c'est cette philosophie qu'il appellera en fin de compte « phénoménologie ». En clair, la phénoménologie est donc une science en ce sens que l'ambition de Husserl était de constituer une philosophie qui soit une science, précisément en la fondant sur des principes absolument indubitables. C'est à juste titre que Husserl le pense, puisque la philosophie à toujours depuis ses origines prétendu être une science. Mais, malheureusement elle n'a jamais pu satisfaire cette prétention. La preuve en est, aujourd'hui cette dernière s'est éparpillée en plusieurs points de vue distincts les uns des autres. Or, l'idéal de la science, c'est la possession de vérités absolues. En clair, la science veut des vérités valables une fois pour toutes et pour tous. En d'autres termes, la science exige des vérités absolument indubitables, c'est-à-dire, des vérités qui excluent tout doute concevable. Mais, si la phénoménologie se veut être une science, et atteindre les vérités indubitables, elle doit donc respecter les exigences de la scientificité d'une science classique. En termes clairs, elle doit avoir une problématique, un objet d'étude et la méthode à travers laquelle on doit étudier cet objet.

Concernant la problématique, la phénoménologie tente de répondre à ces différentes questions, à savoir : comment se fait-il que nous puissions, en général, être certains ? Comment la vérité nous est-elle donnée ? Quelle relation il y a-t-il entre la conscience et le monde ?

La phénoménologie a pour objet le phénomène. C'est d'ailleurs en ce sens qu'on voulant fonder la philosophie comme science, Husserl choisit, pour designer sa philosophie, le terme de phénoménologie. C'est donc à juste titre que Husserl écrit dès les premières lignes d'Idées directrices pour une phénoménologie et une philosophie phénoménologiques pures :

« La phénoménologie pure à laquelle nous voulons ici préparer l'accès, en caractérisant sa situation exceptionnelle par rapport aux autres sciences, et dont nous voulons établir qu'elle est la science essentiellement nouvelle ; (...) elle se nomme une science des phénomènes27(*) »

En clair, le phénoménologue ne devrait pas viser les choses dans le monde, mais plutôt la manière dont ces choses là se donnent elles-mêmes à nous, c'est-à-dire les choses en tant phénomènes. Mais, il ne faut pas comprendre les phénomènes ici au sens de ce qui apparait comme chez Kant, les phénomènes chez Husserl désignent plutôt l'apparait lui-même. Les phénomènes sont de véritables corrélats de la conscience, c'est-à-dire les données de la conscience, données à travers lesquelles la conscience donne sens aux choses et au monde. En clair, la phénoménologie vise l'analyse immédiate, intuitive et sans intermédiaire du phénomène en tant que vécu dans l'expérience.

Mais, si les phénomènes sont les données de la conscience, cela revient à dire que le phénoménologue pour avoir accès aux phénomènes doit nécessairement faire un retour à la conscience, du moins, à l'essence de la conscience. C'est à la conscience seule que les phénomènes sont donnés, et elle à son tour leur donner un sens. De ce fait, il ne peut pas y avoir saisi des phénomènes en dehors de la conscience car seule la conscience est porteuse et donatrice de sens. A bien comprendre, la phénoménologie tient exclusivement à l'expérience immédiate de la conscience, à analyser l'acte de conscience où le phénomène nous est donné. De ce fait, le « retour aux choses mêmes » dont Husserl en fait le chemin du phénoménologue ne pourrait être compris que comme le retour à l'essence de la conscience afin de comprendre comment un phénomène peut nous être accessible en tant qu'apparait. En termes clairs, la phénoménologie est la science de la conscience en ce sens qu'elle s'intéresse à la conscience afin de saisir l'apparait des phénomènes. C'est donc à juste titre que Husserl écrit ceci : «(...) la phénoménologie s'occupe de `'la conscience'', en y comprenant tous les modes de vécu, les actes et les corrélats de ces actes -phénomènes-(...)28(*) ». Mais la phénoménologie ne s'occupe pas de la conscience en tant que fait, mais plutôt du point de vue de son essence, c'est d'ailleurs en ce sens qu'elle est une science eidétique, c'est-à-dire une science des essences. C'est en ce sens que Husserl écrit : « Au contraire, la phénoménologie pure ou transcendantale ne sera pas érigée en science portant sur des faits, mais portant sur des essences ; une telle science vise à établir uniquement des `'connaissances d'essence'' et nullement de `'fait''29(*) ». Ce n'est d'ailleurs pas Merleau-Ponty qui nous dira le contraire, puisqu'il écrit dans l'avant propos de phénoménologie de la perception : « La phénoménologie, c'est l'étude des essences, et tous les problèmes, selon elle, reviennent à définir des essences : l'essence de la perception, l'essence de la conscience, par exemple 30(*)»

Après avoir disserté sur la problématique et l'objet de la conscience, finalement, qu'en est-il de sa méthode ? C'est cette interrogation qui va nous conduire à notre deuxième sous titre intitulé la réduction phénoménologique.

2- La réduction phénoménologique

Nous avons vu que la tache principale de Husserl était celle de fonder la philosophie comme science. Un pré requis nécessaire à l'amorce de ce projet était la suspension de notre croyance naïve et dogmatique en l'existence du monde. La réduction phénoménologique est donc cette méthode husserlienne, qui se veut être un procédé intellectuel consistant à mettre entre parenthèses, à mettre hors jeu, à suspendre certains jugements et certaines connaissances. De manière précise, la réduction phénoménologique consiste donc à suspendre la croyance au monde réel afin de mettre l'esprit en présence de purs phénomènes. Comme se veut toute science, la phénoménologie à travers sa réduction a pour but principal d'aboutir à une vérité absolument indubitable, vérité valable une fois pour toutes et pour tous. A cet effet, la réduction phénoménologique de Husserl est clairement toute proche du doute méthodique de Descartes, car elle suspend toute connaissance en quoi on pourrait imaginer le moindre doute. Mais elle s'en distingue cependant en ce qu'elle ne fait pas disparaitre de la conscience ce qu'elle met entre parenthèses. C'est donc à juste titre que Husserl s'évertua d'expliquer clairement cela dans Idées directrices pour une phénoménologie en ces termes :

« C'est plutôt quelque chose d'absolument original. Nous n'abandonnons pas la thèse que nous avons opérée ; nous ne changeons rien à notre conviction qui en soi-même demeure ce qu'elle est, tant que nous ne faisons pas intervenir de nouveaux motifs de jugement : ce que précisément nous ne faisons pas. (...) nous la mettons pour ainsi dire « hors jeu », « hors circuit », « entre parenthèses ». Elle est encore là, comme est encore là dans la parenthèse ce que nous y enfermons, et comme est là, hors des connexions du circuit, ce que nous en excluons.31(*) »

De plus, retenons que la réduction phénoménologique s'applique principalement au monde, l'existence du monde ne jouit pas d'une certaine évidence selon Husserl, car on peut concevoir qu'il n'existe pas, et que l'ensemble des expériences sensibles qui nous le donnent pourrait n'être qu'un rêve cohérent. Mais en même temps, cette mise entre parenthèses du monde se signifie pas que le phénoménologue nie l'existence de ce dernier. C'est d'ailleurs ce que Husserl exprime clairement en ces mots :

« Ce que nous mettons hors de jeu, c'est la thèse générale qui tient à l'essence de l'attitude naturelle ; nous mettons entre parenthèses absolument tout ce qu'elle embrasse dans l'ordre ontique : par conséquent tout ce monde naturel qui est constamment « là pour nous », « présent », et ne cesse de rester là à titre de « réalité » pour la conscience, lors même qu'il nous plait de le mettre entre parenthèses. Quand je procède ainsi, comme il est pleinement au pouvoir de ma liberté, je ne nie donc pas ce « monde », comme si j'étais sophiste ; mais j'opère la réduction phénoménologique qui m'interdit absolument tout jugement portant sur l'existence spatio-temporelle.32(*) »

La réduction phénoménologique est donc une sorte de conversion intellectuelle, le phénoménologue passant de l'attitude naturelle, mondaine, naïve, ou dogmatique, à l'attitude phénoménologique. Dans la première, il croit à l'existence réelle du monde. Dans la seconde, il suspend sa croyance et considère toutes choses strictement comme des phénomènes. C'est donc finalement qu'à travers la réduction phénoménologique que la philosophie se trouve finalement fondée comme science rigoureuse. Elle n'est pas une science exacte au sens des mathématiques, car les phénomènes ne sont pas mesurables. Mais elle reste science rigoureuse en ce sens que qu'avec le phénomène elle tient l'absolu. En effet, ce que Husserl entend par absolu, ce n'est pas un être qui existe par soi sans dépendre d'aucune cause au sens de la substance chez Descartes, mais seulement l'être connu d'une manière immédiate et indubitable, l'être absolument donné.

 Que peut-il donc bien subsister quand on met hors circuit le monde entier, y compris nous-mêmes ?

La réduction phénoménologique permet donc d'atteindre l'absolu, et le seul absolu qu'elle permet d'atteindre, c'est la conscience phénoménologique elle-même. Car, avec la réduction, nous découvrons en somme ceci : nous pouvons, certes, mettre entre parenthèses la thèse de la réalité du monde, mais il ne nous est jamais possible de mettre entre parenthèses la réalité de la conscience intentionnelle. Ainsi donc, ce qui apparait dans l'intuition reste toujours contingent, alors que la conscience intentionnelle est absolue. Cette conscience n'a jamais été constituée, au contraire : c'est elle qui se constitue les phénomènes en leur donnant un sens. Ce n'est pas Husserl lui-même qui nous dira le contraire puisqu'il affirme : « Nous venons de mettre la nature hors circuit : ce procédé de méthode nous a permis de manière générale de tourner le regard vers la conscience transcendentalement pure33(*) ». La phénoménologie a donc pour domaine la conscience phénoménologique, la conscience pure, la conscience transcendentalement pure ou encore la conscience intentionnelle. Ce qui nous conduit à notre deuxième chapitre intitulé la conscience phénoménologique.

* 27 HUSSERL E., idées directrices pour une phénoménologie et philosophie phénoménologique pures, Paris, Gallimard, 2013, p.3.

* 28 Ibid., p.5.

* 29 Ibid., p.7.

* 30 MERLEAU-PONTY M., Phénoménologie de la perception, Paris, La librairie Gallimard, 1945, p.9.

* 31 HUSSERL E., op. cit., pp.98-99

* 32 Ibid., p.102

* 33 Ibid., p.187

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