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Eglise evangélique du cameroun et coopération internationale (1957-2007)


par MOISE NKAPMENI NGAPET
UNIVERSITE DE YAOUNDE I (ENS) - DIPES II 2015
  

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CHAPITRE I :

PRÉSENTATION GÉNÉRALE DE L'ÉGLISE
ÉVANGÉLIQUE DU CAMEROUN

L'histoire d'une Église, sans se confondre avec l'histoire de la mission, est cependant un héritage de cette dernière. Ainsi, l'É.É.C est une Église Africaine autonome possédant une identité propre. Son histoire, qui remonte à plus de cent cinquante années, révèle le rôle très important joué par les chrétiens et les communautés autochtones. Cela a posé le problème de l'acculturation provoquée par la pénétration européenne dans les sociétés africaines.

Ce chapitre a pour objet de relater d'une manière non exhaustive les origines de l'É.É.C jusqu'à son autonomie en 1957, ainsi que son organisation d'une manière générale.

I- LA NAISSANCE DE L'ÉGLISE ÉVANGÉLIQUE DU CAMEROUN

La naissance de l'É.É.C. est liée à l'arrivée de l'évangile au Cameroun. Ainsi, l'installation progressive de l'É.É.C. a été précédée d'une période des missions, suivie d'une brève autonomie au début de la première guerre mondiale et qui a débouché à son autonomie proprement dite en 1957.

A- La période des missions

Trois sociétés de missions ont participé à la naissance de l'É.É.C. Il s'agit de la Mission Baptiste de Londres ou Baptist Missionnary Society que nous abrégerons (B.M.S) de la Mission de Bâle et de la Société des Missions Évangélique s de Paris (S.M.É.P.).

1) Le début du christianisme au Cameroun : la Mission Baptiste de Londres (1841-1884)

Alors que les nations commerçantes, notamment les Allemands, concentraient leurs efforts sur l'intérêt purement commercial, les Hollandais, compte tenu de leur influence évangélique plus importante en Inde qu'en Afrique, se sont abstenus de toutes influence culturelle ou religieuse au Cameroun. Tandis que les portugais portaient leurs efforts missionnaires au Congo et en Angola, ce furent les missionnaires de la Mission Baptiste de Londres (B.M.S.) qui entrèrent en contact avec les Camerounais30.

30 J. V. Slageren, Les origines de l'Église Évangélique du Cameroun, p. 17.

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La B.M.S. a travaillé au Cameroun d'entente avec les Églises Baptistes de la Jamaïque de 1841 à 1886. Son histoire est riche en faits et événements saillants. Fondée en 1792, la B.M.S. ouvrit en 1785 une station à Freetown en Sierra Léone, où s'installèrent les missionnaires Rodway et Grigg. Compte tenu des obstacles de toutes sortes que ces pionniers y rencontrèrent, ils durent renoncer assez tôt à la vision de faire lever le continent africain à partir de la Sierra Léone. Mais, cette oeuvre fut abandonnée en 1797. En 1813, la B.M.S. s'établit en Jamaïque et entreprit une oeuvre florissante parmi les esclaves d'origine africaine qui s'y trouvaient depuis plusieurs générations. En 1831, plusieurs missionnaires de la B.M.S. furent accusés d'avoir incité la masse des esclaves à la rébellion, à l'issue d'émeutes sanglants. Plusieurs immeubles de la Mission furent détruits. Cependant, la campagne contre l'esclavage se poursuit jusque dans les cercles diplomatiques d'Angleterre. Ce fut en 1834 que les esclaves de la Jamaïque furent déclarés libres par un acte de la reine Victoria. Puis, en 1838, l'émancipation complète leur fut accordée par le gouvernement de la Jamaïque31.

Ces événements avaient amené les jeunes chrétiens jamaïquains à éprouver un grand « revival » religieux qui se traduisit par un ardent désir de pouvoir envoyer des missionnaires sur leur continent d'origine32. À cet effet, en 1840, un accord de principe fut obtenu de la part de la B.M.S., leur Mission-Mère. En réalité, la B.M.S. n'était pas engagée pour une nouvelle entreprise en Afrique. Mais, considérant le réveil jamaïquain, elle ne pouvait pourtant pas accepter. C'est ainsi que deux missionnaires, le pasteur John Clark de l'Église de Jéricho (Jamaïque) et le docteur G. K. Prince, ancien esclavagiste33 furent envoyés sur la côte de l'Afrique occidentale pour prospecter les possibilités d'un travail d'évangélisation. Ils avaient précisément pour tâche d'examiner la région montagneuse du Cameroun et si possible, d'atteindre le cours supérieur du Niger34. Le premier contact avec le Cameroun eut lieu le 1er février 1841 à partir de la ville de Douala qui s'appelait alors « the Cameroon's »35. Ils furent reçus par les chefs des cantons Bell, Akwa, Joss, Hickory (Bonabéri) et de Deido.

Le 6 février 1841, ils quittent Douala pour Bimbia où le dimanche eut lieu une prédication à l'attention de trois cent personnes rassemblées en plein air. De là, ils retournèrent à Fernando-Poo. À part une visite du Dr. Prince à Bimbia, il ne semble pas que les missionnaires aient quitté l'île pour d'autres expéditions vers l'intérieur du Cameroun. En

31 F. A. Cox, History of the Baptist Missionary Society, from 1792 to 1842, London, 1842, II.

32 J. V. Slageren, Les origines de l'Église Évangélique, p. 18.

33 D. Abwa, Cameroun : histoire d'un nationalisme 1884-1961, Yaoundé, CLÉ, 2010, P. 14.

34 J. R. Brutsch, " Fernando-Poo et le Cameroun ", in Études Camerounaises, n°43-44, 1954, p. 19.

35 J. V. Slageren, Les origines de l'Église Évangélique, p. 19.

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vue de créer une tête de pont pour l'ensemble du territoire d'Afrique Centrale, ils concentrèrent leurs efforts sur Fernando-Poo.

Ces missionnaires Jamaïquains de la B.M.S. introduisirent, comme le firent plus tard leurs successeurs au Cameroun, différents arbres fruitiers comestibles36. Clarke se mit notamment à étudier les langues africaines qui étaient parlées par les nombreux esclaves de provenance diverse. D'après H. Johnson37, Clarke fut l'un des premiers spécialistes des langues africaines selon les méthodes modernes. Il avait poursuivi l'idée de rechercher l'homogénéité des langues de type Bantou.

Le 21 novembre 1841, un baptême fut administré aux premiers convertis dont quelques-uns étaient Camerounais. Le 3 février 1842, ces missionnaires retournèrent en Angleterre. Entre temps, leurs lettres avaient suscité en Angleterre un intérêt tel qu'on avait pris la décision de poursuivre cette mission. Le premier missionnaire titulaire anglais arriva à Fernando-Poo quatre jours après le départ des autres. C'était monsieur Sturgeon qui devait concentrer ses efforts sur l'évangélisation de cette île.

Le rapport que Clarke et Prince présentaient à leur retour, dans les Églises de la Jamaïque, suscita un tel enthousiasme que de nombreux chrétiens noirs présentèrent leur candidature. Parmi eux se trouvaient Alexander Fuller avec ses deux enfants, dont l'un, Joseph Jackson Fuller, devait jouer un grand rôle dans l'Église à créer sur la côte du Cameroun, et Joseph Merrick qui venait d'être consacré pasteur dans l'Église de Jéricho en Jamaïque. Tous ceux-là se rendirent en Angleterre où Clarke et Prince firent des rapports captivants au cours des « London Jubilee Meetings »38. L'enthousiasme devint alors général et total. Sous la devise « L'Ethiopie accourt vers Dieu » tiré du livre des Psaumes 68 verset 32, plusieurs équipes furent envoyées à Fernando-Poo sur des navires spécialement destinés aux buts missionnaires de la côte camerounaise39.

Certains de ces missionnaires firent oeuvre de pionniers de la B.M.S. au Cameroun :

? Joseph Merrick et son ministère.

Parmi Les missionnaires établis à Fernando-Poo, il n'y avait donc pas que les anglais, mais aussi un grand nombre de Noirs de la Jamaïque, dont une bonne partie devait y constituer une colonie chrétienne. D'autres étaient désignés pour évangéliser les régions côtières du Cameroun qui, en raison des conditions insalubres ne pouvaient pas être occupées

37 H. Johnston, George Grenfell and the Congo, Vol. I, London, 1908, p. 18.

38 Il s'agit du cinquantième anniversaire de Mission Baptiste de Londres.

39 J. R. Brutsch, " Fernando-Poo et le Cameroun ", 1954, p. 75.

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par les européens. Il était entendu que ceux-là feraient un travail itinérant portant avec eux « les Paroles de la vie éternelle ».

Joseph Merrick qui était arrivé le 6 septembre 1843 à Fernando-Poo, fit un voyage sur le continent dès le mois de novembre, accompagné de Thomas Houghton ou Horton Johnson, membre du Tribunal « for adjudication of offenses » à Fernando-Poo et catéchumène de la Mission. Joseph Merrick traversa la mer sur un petit voilier et débarqua sur le rivage de l'actuelle ville de Douala le 6 novembre 1843. Il fut ainsi le premier pasteur Jamaïquain, ancien esclave d'origine africaine, à s'installer au Cameroun. Il eut vite remarqué que les gens étaient désireux d'apprendre à lire et à écrire. La raison qu'ils évoquèrent était qu'ils deviendraient de bons commerçants et ne seraient plus si facilement dupés par les Blancs40. Merrick poussa ensuite une pointe jusque chez les Bakoko, situés plus en avant sur le Wouri. Il ne s'agissait là que d'un séjour de reconnaissance et d'une prise de contact du continent à évangéliser.

Merrick était un imprimeur professionnel et il était en outre extrêmement doué pour l'étude des langues. De retour à Clarence41, il prépara dans la langue Duala un premier livre d'école qu'il allait imprimer dans son imprimerie de Bimbia42. Dès le début de l'année 1844, Merrick s'installa avec la famille Fuller à Bimbia. C'est à lui que l'on doit la fondation de la station camerounaise de Bimbia, chez les Isubu, en 1844. Il y résida pendant plusieurs mois dans un ancien immeuble esclavagiste. Plus tard, il s'installa dans une station qui fut baptisée Jubilee. Il est le fondateur de l'école au Cameroun, et depuis Bimbia, il construisit plusieurs écoles. Il fit également des soins médicaux aux populations, et introduisit au Cameroun plusieurs plantes. Cependant, leur présence à Bimbia ne dura que peu. Certains succombèrent au climat, d'autres comme Clarke rejoignirent la Jamaïque.

Merrick eu le mérite de ne pas seulement persister dans son ministère, mais aussi de frayer le chemin de la Mission vers l'intérieur. Il tenta l'ascension du Mont Cameroun et ouvrit ses environs aux influences chrétiennes. Epuisé par ses travaux et par son ministère qui fut couronné par la naissance d'une Église à Bimbia, il partit en congé pour l'Angleterre en octobre 1848, mais il mourut en mer en décembre43.Il revenait alors au jeune J. J. Fuller de continuer seul le ministère de salut à Bimbia. Ce dernier travailla pendant plusieurs années pour évangéliser et pour faire fonctionner l'imprimerie de Merrick, dont se servait Alfred

40 J. V. Slageren, Les origines de l'Église Évangélique, p.21.

41 Clarence était le centre commercial de la West African Company situé sur l'île de Fernando-Poo.

42 J.-R. Brutsch, « Les débuts du christianisme au Cameroun », in Études Camerounaises, n°33-34, 1951, p. 5359.

43 J.V. Slageren, Les origines de l'Église Évangélique, p. 22.

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Saker pour son oeuvre de traduction. En 1858, Fuller fut affecté à Douala, et à partir de ce moment, l'Église de Bimbia fut annexée à celle de Victoria.

? Alfred Saker et l'essor de l'Église de Douala

Alors que les efforts missionnaires à Fernando-Poo et à Bimbia ne menaient qu'à un résultat intermédiaire, c'est à Douala que l'Église allait prendre une forme plus définitive, grâce à un missionnaire d'un tempérament particulier, Alfred Saker. Alors âgé de trente ans, d'origine anglaise, Saker était arrivé à Fernando-Poo le 16 février 1844 accompagné de sa femme44.Après quelques négociations avec les chefs d'Akwa et de Deido, il s'installa en 1945 au bord du Wouri. Il fut reçu par le chef de Deido qui lui offrit une case et un petit terrain. Dès lors, il se mit à tout préparer pour s'y installer d'une façon permanente. Le 22 juin 1845, Saker obtint la permission de débarquer sur le territoire d'Akwa et d'y construire une petite case. Saker et sa femme eurent immédiatement à faire face à des difficultés de toutes sortes variant de la pénurie de vivres aux hostilités des chefs autochtones et des commerçants européens qui, inondant le pays d'alcool et d'armes à feu, ne pouvaient voir d'un bon oeil l'établissement de la Mission. Cela, d'autant plus que les négriers continuaient à fréquenter ces parages longtemps encore après l'abolition officielle de l'esclavage.

À peine débarqué à Douala, Saker se mit avec ardeur à apprendre la langue Duala, et dès qu'il en posséda les rudiments, il suivit l'exemple de Merrick et entreprit la traduction de la Bible. Il fit venir dans ce but des livres exégétiques pour mieux pouvoir se préparer à cette tâche. Après des travaux astreignants, l'évangile de Matthieu sortit de presse en 1848, le Nouveau Testament en 1868 et l'Ancien Testament en 187245. Saker était efficacement aidé par Thomas Horton Johnson, qui travaillait à ses côtés à Douala. A partir de 1847, la maladie et mort causèrent des vides parmi le personnel missionnaire à Clarence. Ce qui amena Saker à aller remplacer le pasteur partant de Fernando-Poo. La responsabilité de l'oeuvre à Douala revint donc à Johnson. En 1849 son influence à Douala s'accentua grâce au premier baptême qui eut lieu dans les eaux du Wouri. Le premier baptisé qui s'appelait Bekima Bilé, eut pour nom chrétien « Smith ». il était du quartier Bonapriso. Saker vint administrer ce baptême et c'est à cette occasion qu'il dit ces paroles historiques :

Ainsi j'ai donc vu réaliser un souhait formulé depuis longtemps : le commencement d'un bon travail au Cameroun et la formation d'une Église chrétienne... qu'il me soit permis de voir des

milliers d'âmes venir se joindre à nous. La communauté chrétienne est dans toute sa petitesse
reconnue comme une force nouvelle dans ce pays46.

44Y. Schaap, L'histoire et le rôle de la Bible en Afrique, Dokkum, éd. Groupes Missionnaires, 2000, p. 61. 45J. V. Slageren, Les origines de l'Église Évangélique, p. 25.

46Ibid.

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En 1850, Saker alla passer son premier congé en Angleterre. Par ce départ, le champ de Mission était dépourvu de missionnaires proprement dits. C'était T. H. Johnson qui poursuivit l'oeuvre amorcée à Douala. Durant son séjour en Angleterre, Saker eut le chagrin de constater que le Comité Directeur de la B.M.S. était loin d'être favorable à une continuation éventuelle de la Mission sur la côte camerounaise. On devait s'en tenir à la simple constatation que l'oeuvre était vraiment trop dévorante pour le personnel missionnaire. Néanmoins, considérant les premiers résultats qui, du moins, n'étaient pas sans perspectives pour une évolution ultérieure, on n'a pourtant pas voulu empêcher le retour de Saker47.

Saker revint alors en 1851 et se réinstalla à Clarence, mais cette fois plutôt provisoirement. C'est ainsi que commença la période la plus fructueuse de la B.M.S. au Cameroun. Elle allait durer jusqu'en 1864 et se déclinait en quatre étapes :

En premier lieu, la Mission à Douala commençait à prospérer grâce au grand nombre d'auditeurs aux cultes et aux nombreux enfants qui fréquentaient l'école. L'orientation des Douala vers l'évangile prit un tournant décisif par le baptême de cinq néophytes en 1851. Parmi eux, se trouvaient un prince Douala qui eut pout nom Thomas Horton et l'esclave George Nkwe. Ce dernier eut la chance d'être parmi les premiers élèves de l'école immédiatement ouverte en 1845 et il devait dorénavant se distinguer par son application et son zèle. En 1855, Johnson fut consacré pasteur par Saker pour l'Église de Bethel qui comptait déjà cinquante membres. Par cet acte, l'Église de Douala passa du statut missionnaire à celui d'Église autochtone : la « Native Baptist Church ».

En second lieu, du moment où les membres de l'Église se multipliaient commençaient à s'imposer au gros de la population par des nouvelles notions de moralité, les chefs, les notables autochtones et la collectivité chrétienne s'entrechoquèrent. Il s'en suivit une véritable persécution parfois violente, dont souffraient surtout les femmes chrétiennes. Les hommes de leur côté se voyaient raillés et calomniés, mis à l'écart de la vie de la tribu, et lésés dans leurs biens ou leurs transactions commerciales. C'est dans ces conditions que Saker eut l'idée de créer une école industrielle au profit des jeunes chrétiens et c'est cette école qui allait contribuer à saper les fondements de l'esclavage dans la société Douala. Il est vrai que Saker entreprit d'abord avec ses fidèles de faire des briques pour remplacer les constructions provisoires et insalubres par des bâtiments définitifs. Puis, il leur apprit à cultiver la terre tout en introduisant de nouvelles denrées alimentaires, dont les chrétiens de Douala furent alors les premiers fournisseurs. Peu à peu, l'activité industrielle prit une nouvelle envergure que la ville

47E. B. Underhill, Alfred Saker, Missionary to Africa, a Biography, London, 1884, p.57

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se distingua d'autres villes de la côte africaine par le grand nombre de ses artisans très qualifiés et par son application da la civilisation moderne48. C'est pour dire que dans ce cas précis, la conversion entraîna des conséquences qui allèrent jusqu'à bouleverser tout l'édifice social de Douala et à créer un monde nouveau. De plus, Saker a pu réaliser son activité civilisatrice grâce au dévouement des premiers chrétiens et notamment aussi grâce à l'assistance de Fuller qui était un bon maçon formé à la Jamaïque.

En troisième lieu, en 1858, Saker dut s'absenter de Douala pour se rendre à Fernando-Poo, où la B.M.S. avait à faire face à de grandes difficultés. Les autorités espagnoles avaient effectivement repris possession de leur colonie. Cette fois, la religion de cette colonie devint, d'après la déclaration du gouverneur Don Carlos Chacon, la religion catholique romaine, à l'exclusion de tout autre. Après de laborieuses négociations, le gouvernement espagnol versa une somme de mille cinq cent livres sterling pour indemniser la B.M.S. Cette somme suffisait à peu près pour acquérir un terrain du King William dans la baie d'Ambas à laquelle Saker donna le nom Victoria, en hommage à la reine Victoria sur le trône d'Angleterre49.

En fin de compte, il n'eut qu'un petit nombre de fidèles qui émigrèrent, quatre vingt dix en tout. La petite colonie devint importante comme centre de culture chrétienne, s'ouvrant sur le peuple Bakweri, qui se situe à l'intérieur du pays aux environs du Mont Cameroun. Victoria fut gouvernée par un conseil de notables avec un gouverneur à sa tête. Saker ne s'attarda pas à cette nouvelle fondation et reprit le chemin de Bethel. Plus tard, il s'efforça en vain d'intéresser le gouvernement britannique à l'installation d'une base navale à Victoria50.

En quatrième lieu, l'intérêt de la B.M.S. pour le champ de travail au Cameroun s'accentua de nouveau. C'était Fuller qui avait, en 1851 insisté auprès de B.M.S. sur la nécessité de l'envoi d'une nouvelle équipe de missionnaire en écrivant en ces termes : « Certes, l'Angleterre se fiche de l'abomination de l'esclavage et j'ai constaté que c'est la tâche d'évangélisation qui vous effraie, mais je suis convaincu que le sang d'Afrique sera réclamé de vos mains ».

En 1854, la mission du Cameroun obtint finalement du renfort en la personne de Joseph Diboll, un Anglais qui fut chargé du poste pastoral de Clarence et devint plus tard gouverneur de la colonie de Victoria. Puis arrivèrent successivement la famille Pinnock de la Jamaïque et

48 H. Johnston, George Grenfell and the Congo, p. 35.

49 D. Abwa, Cameroun : histoire d'un nationalisme, p. 41.

50 Notons que, dans un rapport envoyé au consul anglais, Saker avait énuméré tous les avantages d'une installation britannique dans la baie d'Ambas : pas de marécages, pas de moustiques, beaucoup de poissons, une eau profonde.

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Alexandre Innes, John Peacock, Robert Smith et Quintin Thomson d'Angleterre. Leur arrivée eut des répercussions sur l'extension de l'oeuvre vers l'intérieur.

En 1872, après avoir terminé la traduction de l'Ancien Testament, Saker prit soin de s'occuper plus profondément des Églises déjà existantes. Dans ses tournées dans les Églises primitives de Lungasi et de Malimba, il observa malheureusement des villages ruinés par la guerre et les épidémies de variole. Ces fléaux anéantissaient l'expansion plus rapide de l'évangile vers les peuples de l'intérieur.

En 1876, Saker quitte le champ de travail et rentre définitivement en Angleterre. Il a dû enterrer quatre de ses enfants à Douala. Homme têtu et plein de feu, Saker n'a pas rendu la vie facile à ses collègues. Il a construit des Églises, des écoles et une école professionnelle ; il a fondé une Église baptiste et consacré des pasteurs. Il a traduit toute la Bible en Douala. Il a lutté contre les abus des Européens et des chefs Douala. Ce faisant, il a donné aux Douala une vue nouvelle sur l'avenir51, en déléguant les responsabilités de l'Église et de son centre d'apprentissage à ses assistants camerounais. En 1877, Fuller organisa des campagnes de vaccination contre la variole à Douala52.

Il est à noter qu'en quittant le Cameroun, Saker laissa une Église toute vivante, avec deux pasteurs Noirs consacrés : J. J. Fuller consacré en 1859 et George Nkwe en 1866. Ce dernier succéda à T. H. Johnson à l'Église de Bethel.

? Grenfell, explorateur et missionnaire

Au départ du Cameroun, Saker fut remplacé comme chef de champ par Quintin Thomson. Mais, virtuellement, c'était George Grenfell qui reprit la responsabilité de l'oeuvre. Il devrait acquérir plus tard une certaine notoriété comme explorateur de l'Afrique Centrale. Arrivé au Cameroun en 1874, il se mit à explorer les environs de Douala de façon méthodique et scientifique. Il remonta le Wouri jusqu'à Yabassi, et là, il rencontra les tribus de l'intérieur, qui, dans leurs expéditions commerciales, avaient pénétré assez loin vers le Nord pour entrer en contact avec les Bamiléké et les marchands Haoussa et Foulbé du Nord-Cameroun. Il était, cependant, sceptique à l'égard d'une pénétration évangélique vers l'intérieur à cause du fait que les Douala sauvegardaient leurs bénéfices d'intermédiaires avec les Européens. Il était d'autres parts impressionné par le niveau de vie du peuple Abo (Bakoko), qu'il trouvait plus intelligent et plus travailleur que la tribu Douala. Alors que Grenfell prospectait les régions Abo et Bassa, où il découvrit les chutes de la Sanaga à Edéa, son ami, le missionnaire Comber, prospectait les régions du Nord-Est. Parti en 1877 de Victoria, il arriva à Bakundu,

51 Y. Schaap, L'histoire et le rôle de la Bible, p. 63.

52 J. J. Fuller, Autobiography, p. 70, Archives Isaac Kamta.

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en passant par Bomono, une agglomération ne comptant pas moins de mille cinq cent habitants53.

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