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Eglise evangélique du cameroun et coopération internationale (1957-2007)


par MOISE NKAPMENI NGAPET
UNIVERSITE DE YAOUNDE I (ENS) - DIPES II 2015
  

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2) L'expansion du christianisme à l'intérieur pendant la période Coloniale allemande : la Mission de Bâle (1886-1915)

La Mission de Bâle54 ou Basler Mission (B.M.) en Allemand remplaça la Mission Baptiste de Londres en 1886, après la prise de Douala par l'Allemagne à l'issue de Traité Germano-Douala du 12 juillet 1884. Du fait que la B.M.S. exerçait une grande influence sur le peuple et surtout du fait qu'elle détenait des points stratégiques dans la ville de Douala, il était devenu tout à fait évident qu'elle ne saurait se retirer au profit d'une Mission religieuse, qui était tenue en respect par l'administration coloniale.

La B.M. était inter-dénominationnelle et en particulier luthéro-réformée. Au cours de la colonisation allemande, le Cameroun reçoit des missionnaires luthériens et réformés. C'est pendant cette période qu'on peut précisément situer le début de l'émergence de l'Église qui deviendra, en 1957, par la reconnaissance officielle de sa constitution, l'Église Évangélique du Cameroun.

Ce fut à la conférence des Missions de toute l'Allemagne qui se tint à Brème du 27 au 29 octobre 1885, que l'on demanda à la B.M. de s'occuper de l'évangélisation du Cameroun. Cela en raison de son expérience acquise depuis plusieurs années en Afrique, plus précisément sur la Côte d'Or, et en raison aussi des obligations des sociétés allemandes dans d'autres parties du monde. La Côte d'Or avait déjà coûté trop de sacrifice en hommes et femmes missionnaires pour qu'elle pût se doter de bonne grâce d'un second « champ des morts ». En outre, la B.M. eut peur de sacrifier le caractère international de la Mission chrétienne aux buts nationaux. Cependant, à l'issue de longs pourparlers, tout à la fois au sein du Comité Directeur de la B.M. avec la B.M.S., les sociétés soeurs allemandes et avec le gouvernement allemand, la B.M. finit par accepter. De la part du gouvernement, elle obtint le droit d'acquisition des terrains, dont elle aurait besoin pour l'extension de l'oeuvre, le droit d'interdiction du commerce des boissons alcooliques à l'intérieur des agglomérations chrétiennes, et le droit de réglementer les modalités de vie des Églises et des écoles à fonder55.

53 I. J. Comber, "Explorations inland from Mount Cameroun", in proceedings of the Royal Geographical Society, april 1879, p. 225 ff.

54 L'Appellation française officielle de la Basler Mission est : La Société des Missions Évangéliques de Bâle.

55 W. Oettli, Gegenwärtige Missionsprobleme, Basel, 1911, p. 174.

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Du côté du public chrétien d'origine allemande, la B.M. qui était une société de la Suisse Allemande et de la région Wurtembergeoise en Allemagne du Sud-Ouest, reçut l'assurance que les allemands se sentiraient tout particulièrement responsables du nouveau champ du Cameroun. Les premiers missionnaires à destination du Cameroun furent en effet les allemands. Il s'agissait de : Christian Dilger, Johannes Bitzern Friedrich Becher et Gottlieb Munz qui arrivèrent à Douala le 26 décembre 1886. Ils furent bien accueillis par J. J. Fuller qui avait été accrédité pour régler le transfert des biens meubles et immeubles de B.M.S. à la B.M. Leurs débuts furent difficiles. L'un d'eux, Becher, mourut quatre jours après leur arrivée. Aussi, la première nouvelle à envoyer à Bâle fut-elle celle d'un décès. Mais, bien d'autres tristesses ne tardèrent pas à s'annoncer. Les contributions pour l'oeuvre du Cameroun commencèrent aussitôt à venir des cercles missionnaires du Würtemberg, Baden, Rheinpfalz et Hessen. A Stuttgart, un centre d'entraide du Cameroun fut constitué pour assurer l'acquisition des fonds allemands pour la Mission du Cameroun56. C'était donc ces adhérents qui adoptèrent ce nouveau champ et, à cet effet, la B.M. se présentait au Cameroun, en tant qu'une mission allemande qui devait fait aux Églises en place.

a) La Mission de Bâle contre la Native Baptist Church

Aux termes de l'accord de passation de service entre la B.M.S. et la B.M., la condition de transfert était que, les Églises baptistes « natives » seraient en droit de garder leurs chapelles, leur confession baptiste et leur indépendance vis-à-vis d'une Mission étrangère. Dans toutes les stations, sauf à Bethel, les temples étaient construits sur des terrains de biens publics, en dehors de la propriété de la B.M.S. Ces temples étaient par conséquent reconnus comme propriété légale de l'Église Baptiste « native »57. En plus, durant des années, la B.M.S. avait appris aux chrétiens autochtones à subvenir aux besoins de leur Église, à payer les ouvriers et à financer le programme d'éducation des enfants. C'est ainsi que l'évangile avait crée ipso facto des communautés, des Églises qui deviendraient d'elles-mêmes, porteuses du message évangélique. Parmi les membres des Églises de Douala et de Victoria, il y avait de bons leaders, qui savaient faire abstraction d'eux-mêmes et se donner corps et âme à l'Église qu'ils aimaient. Bref, la Native Baptist Church était en voie de s'épanouir à travers les tentacules de la vieille tradition, en une Église vraiment autochtone et chrétienne.

Il va de soi que la B.M., en vertu de ses idées occidentales, devait se heurter à la mentalité chrétienne camerounaise. Il paraît que les dirigeants de la B.M. eurent un pressentiment de ce

56 W. Schlatter, Geschichte der Basler Mission, Basel, 1916, III : 221.

57 Th. Lewis, These Seventy Years, an Autobiography, London, 1929, p. 90.

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qui devait arriver, parce que, dans l'instruction que reçurent les premiers missionnaires en partance, il est dit :

Il s'agit d'établir de bonnes relations entre la MB et les chrétiens baptistes autochtones et leurs dirigeants. La méthode à suivre est de les soumettre à la direction de la B.M. et aux principes de son organisation ecclésiastique. Si les chrétiens témoignent de leur désaffection, la B.M. préfère un développement autonome des Église s baptistes, tout en essayant d'établir des relations fraternelles avec elles58.

D'autres parts, on conseilla aux missionnaires d'user de prudence, en ce qui concerne le rite de baptême des adultes et par immersion, qui devrait être pratiqué conformément aux usages des Églises du Cameroun, du moins pendant les premiers temps. Ce ne serait que plus tard que la pratique bâloise deviendrait la forme normale.

Les difficultés ne provenaient donc pas d'une différence doctrinale entre les deux confessions, en ce qui concerne le baptême des enfants. Il semble que les deux confessions s'entrechoquèrent sur le plan de l'organisation ecclésiastique. Les chrétiens autochtones revendiquaient, d'après leur tradition, un système d'union des paroisses (églises), plus ou moins autochtone et indépendantes. Mais, les bâlois rejetèrent cette conception congrégationaliste en soulignant en outre que, les différentes communautés devaient être dirigées et surveillées par les missionnaires. Sur le plan moral, les deux confessions étaient opposées. De même, la nouvelle Mission reprochait aux chrétiens leur commerce lucratif en boissons alcooliques et désapprouva l'esprit léger dont témoignaient les pasteurs dans l'exercice de leur ministère. En effet, le pasteur Fuller fut accusé d'avoir baptisé un bigame et son collègue Dibundu un autre, marié à trois femmes. Un moniteur aurait été exclu de l'église pour adultère et réadmis après un délai de quatre mois59. Enfin, la B.M. eut le chagrin de constater que les écoles ne marchaient pas normalement à cause du fait que le système autochtone s'adaptait mal à la discipline et à la culture germanique que l'on a voulu lui inculquer.

La rupture se produisit le 18 mars 1888, après de multiples réunions tumultueuses. La tension était accentuée principalement entre le pasteur Dibundu et ses anciens Tundé, Nkwe, Collins et G. Munz, surintendant de la Mission. Le 9 mars, les anciens de l'Église de Bethel avaient déposé un mémorandum contenant les quatre points suivants : la désapprobation du baptême d'adultes par aspersion, la maintenance du droit de contribution au salaire du pasteur et aux frais généraux ecclésiastiques, la reconnaissance du droit d'autonomie de l'Église, la proposition d'introduction du baptême d'enfants suivant le rite par aspersion.

58 E. Scheve, Die Mission der deutschen Baptisen in Kamerun, 1884-1901, Berlin, 1901, p. 6.

59 W. Oettli, Gegenwärtige Missionprobleme, Basel, 1911, p. 177, in J.V. Slageren, Les origines de l'Église Evangélique, p.48.

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Munz de son côté avait formulé les recommandations suivantes : la prohibition du commerce des boissons alcooliques, l'interdiction de l'adultère, l'abolition de la coutume de s'acheter des femmes.

L'entente étant devenue impossible, la Native Baptist Church abandonna le centre de Bethel et se constitua en une Église indépendante, sous la direction du pasteur Dibundu. Ses fidèles connurent une période d'entraînement passionné. Des temples se construisirent à Bonaku, Bonanjo, Bonabela et l'oeuvre se répandit plus loin dans les environs de Douala. Mêmes les écoles se maintinrent par l'engagement d'enseignants qui ne recevaient sous forme de traitement : « qu'un peu de savon, de tabac, des allumettes, des cadeaux qui représentaient alors les dons des chrétiens »60. Cependant, à la suite des protestations de la B.M. auprès des autorités allemandes, les « natives » se virent privés du droit de pénétrer dans les zones d'influence de la B.M.61.

b) Le développement de la Mission de Bâle à Douala

Malgré la rupture avec les « natives », la B.M. réussit à organiser un programme scolaire correspondant aux idées acquises à la Côte d'Or, c'est-à-dire, la surveillance stricte des élèves et l'infusion des notions chrétiennes au moyen de la langue locale. A cet effet, les bâlois utilisaient les données linguistiques élaborées par Saker. C'est par leur contribution à l'étude de la langue Douala que celle-ci devait prendre une ampleur, telle qu'elle évolua peu à peu jusqu'à être un moyen de communication des pensées évangéliques et civilisations, dans tout le Sud-Cameroun. En 1887, l'un des professeurs de la B.M., Christaller, fut envoyé, d'entente avec la B.M., au service du gouvernement allemand pour mettre sur pied un programme d'enseignement officiel à Douala. Il prépara de nombreux livres scolaires, une grammaire de la langue Duala et fonda une école dans le quartier Bell en 1888, puis à Déido, ainsi qu'à Victoria. Christaller s'efforça aussi de donner une formation supérieure en Allemand à ceux qui étaient déjà engagés au service du gouvernement allemand. De fait, la B.M. réussit, en relativement peu de temps, à consolider sa position dans la cité de Douala d'une part, et à jeter les bases pour faire progresser l'oeuvre vers l'intérieur d'autres parts. Il est tout à fait évident que le succès bâlois résidait dans l'application de sa méthode éducative.

60Ngando Nsangué, " L'oeuvre Baptiste du Cameroun ", "Dikalo", Journal édité par la Mission Protestante Française au Cameroun, numéro spécial, 1945, pp. 87-91.

61 E.Hallden, The culture Policy of the Basel Mission in Cameroons, 1886-1905, Studia Ethnographica Upsaliensa XXXI, Lund, 1968, p. 87-91.

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Les Douala, déjà conscients de l'importance de la culture européennes, s'arrangèrent à en tirer profit.

c) La pénétration de la Mission de Bâle à l'intérieur

La B.M. avait d'abord consolidé sa base à Douala. Ensuite, son oeuvre se propagea rapidement. Les bâlois devaient bénéficier de la colonisation allemande : voies de communication permettant le contact avec l'intérieur, la pacification des tribus en guerre, la protection des vies et des biens missionnaires et la destruction des puissances hostiles à la pénétration européenne se nommant : « Die Losangoleute »62. La première station s'ouvrit à Mangamba, dans le pays Abo en 1889. Les bâlois parvinrent cependant à y établir leur prédominance et le travail y prit un grand essor sous l'impulsion du chef chrétien Joseph Kotto. Mangamba devint également une base expéditionnaire vers les tribus situées à l'intérieur. En mars 1893, une caravane missionnaire atteignit le village de Nkossi, et en 1906, Autenrieth installa la station de Nyasosso. Les débuts du christianisme s'y révélèrent plus pénibles à cause de l'absence de préparation de B.M.S. d'une part, et des hostilités entre les troupes allemandes et les autochtones d'autres parts.

Entretemps, un nouveau champ d'opération s'était ouvert vers l'est de la région de la Sanaga Maritime, notamment dans les villages Bakoko et Malimba. Le centre d'expansion cette fois était la station de Bonaku à Douala. Cependant, la progression était dictée par une nouvelle circonstance : l'installation de la Mission Catholique Romaine à Mariemberg, situé en amont du fleuve Sanaga, en 1890. Les catholiques y enregistraient deux ans plus tard près de deux mille chrétiens. De peur que le catholicisme puisse se répandre dans le grand peuple Bassa de la Haute Sanaga aux dépens de l'influence bâloise, les missionnaires Schuler et Schkölziger fondèrent en 1892 la station de Lobethal63. Les débuts ici furent difficiles à cause du soulèvement du peuple contre l'armée allemande et d'une concurrence parfois navrante des catholiques. En 1896, l'oeuvre s'étendit jusqu'à Edéa.

Bien de facteurs ont commandé l'histoire de la pénétration de la B.M. La conquête coloniale était pour la Mission une circonstance matériellement favorable. Le missionnaire apparut dans le sillage du colonisateur, du commerçant et du soldat. Les terrains des stations missionnaires lui furent accordés par les administrateurs ou les commerçants et non par les

62« Losangoleute » ou « Losangowesen » était un terme désignant les sociétés secrètes des tribus de l'intérieur. Ce terme, dérivé du dieu supérieur Isango abonde tous les récits missionnaires.

63Ce nom est dérivé du texte de 2 Chronique20: 26 version Martin Luther: « Am vierten Tage aber kamen sie zusammen im Lobethal ». Ce nom fut donné à ce centre d'après la volonté d'une famille allemande qui avait contribué au budget de construction.

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autorités locales64. Ainsi s'établit inévitablement une solidarité de fait entre la colonisation et

la mission.

d) La Mission de Bâle dans les Grassfields

L'effort de pénétration de la B.M. aux Grassfields était en partie dicté par des circonstances matérielles favorables à la Mission. Les conditions géographiques (climat, relief, etc.) étaient favorables à des séjours de longue durée. Étant donné la concentration de la population dans de grandes agglomérations, il était possible d'exercer une action sur la masse.

À Bali dans le Nord-Ouest, la B.M. interprétait le processus des bouleversements sociaux comme signe favorisant l'éclosion des besoins religieux. Dans un rapport de 1903, il est dit : « la chose principale, c'est que le roi et le peuple de Bali manifestent un désir sérieux de l'oeuvre de la Mission. Même s'il est difficile de dire s'ils éprouvent le besoin du message du salut, du moins, l'aspiration des bénédictions évidentes de la culture chrétienne est là »65. À cela s'ajoute l'attitude favorable de Fonyonga envers la Mission. Son offre d'un bon terrain au sein de la chefferie et sa promesse ferme d'épauler l'action missionnaire avec toute son autorité furent interprétées comme un acte providentiel66. L'occupation du nouveau poste était due à la volonté formelle du Comité Directeur de B.M. En 1902, ce Comité déléguait une équipe de trois missionnaires à Bali pour y prospecter les possibilités d'une oeuvre à fonder. A partir de ce moment commença une nouvelle phase dans l'histoire de la pénétration évangélique vers l'intérieur.

En novembre 1903, Ernst accomplit son premier voyage à Bagam et à Foumban, accompagné de M. Habisch. La présence devant le palais de Njoya d'une petite mosquée édifiée par les Haoussa lui montra comment la situation était critique.

Les missionnaires bâlois se dirigèrent également vers le plateau central et Sud Bamiléké. En effet, en avril 1904, Ernst et Keller traversaient le plateau de Bali à Bangangté et retour. Ils furent impressionnés par la vaste étendue du village Bandjoun et le roi Fotso leur fit une bonne réception. Durant leurs multiples voyages, les missionnaires firent un premier effort d'évangélisation par des conversations qu'ils eurent avec les différents chefs et par les chants des élèves, qui se recrutaient parmi les fils des chefs ou dans les milieux nobles du pays. C'est

64E. Hallden, The Culture Policy of the Basel Mission, p. 100.

65 E. Schule, " Im Lander der Bali ", in E. M. M., p. 196.

66 Fr. Lutz, " Im Hinterland von Kamerun ", p. 380.

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ainsi qu'en 1904, Ngankou Abraham, premier pasteur Bamiléké, fut envoyé à Bali en tant que prince Bansoa, bien qu'en réalité, il ne fût qu'un petit serviteur à la chefferie.

e) La naissance de l'Église de Foumban

La décision de Njoya de permettre à la B.M. de s'installer à Foumban fut prise en 1905 lors de la visite aux Grassfields du missionnaire Lutz, nouveau surintendant de la Mission au Cameroun. En 1906, la B.M. ouvrit à Foumban, le premier centre et qui allait devenir le plus important dans les Grassfields. La fondation de la communauté y coïncida avec l'installation de l'islam. Par ces excellentes relations avec la Mission, Njoya aidait effectivement à la diffusion de la culture européenne dans le pays Bamoun. L'accent fut surtout porté sur l'école et sur la formation professionnelle.

f) La fondation de la station de Bagam

En novembre 1908, s'ouvrit à Bamendjing le premier poste missionnaire dans la région Bamiléké. Les missionnaires qui l'occupèrent furent Vielhauer et Geprägs. Cet emplacement fut choisi en vertu des bonnes relations qui existaient entre son chef et les missionnaires de Bali et aussi, parce qu'il pouvait servir de tête de pont pour les villages plus populeux du Sud-Bamiléké 67 . Bien que l'oeuvre de la B.M. débutât à Bamendjing, les missionnaires s'installèrent pourtant dans la chefferie centrale de Bagam. Malgré la prospérité de l'oeuvre à Bagam, les résultats n'y furent pas pour autant très concluants. Si la prédication de l'évangile avait pu continuer à la cour royale de Bagam, sans jamais être interrompue, le roi Pufong se soustrayait de plus en plus à l'influence directe de la Mission. L'oeuvre de B.M. à Bagam a donné un grand nombre d'ouvriers que l'on allait retrouver un peu partout à la tête d'Églises importantes telles que : Bangwa, Nkongsamba, Victoria, New-Bell Douala. Bref, de tous les villages Bamiléké, Bagam est, en effet, celui qui a fourni à la Mission le plus de catéchistes68.

Au demeurant, nous constatons que l'oeuvre de la B.M. aux Grassfields était loin de mener à des résultats concluants. Les classes dominantes avaient su profiter de la culture occidentale à travers l'éducation fournie à leurs enfants et à leurs subordonnés. Après une période de consolidation des stations existantes sur la côte, c'est-à-dire, dans les environs de Douala, la B.M. étendit ses activités vers l'intérieur du pays. Aussi, les événements de la guerre, qui occasionnèrent un brusque départ de tout le corps missionnaire, à la fin de 1915, furent-ils interprétés comme une catastrophe, anéantissant toute oeuvre amorcée.

67 A. Vielhauer, " Missionanfänge in Bagam ", in E.M.M., p. 151.

68 Ed. Oeschner de Conick, " L'oeuvre au Grassfields ", in J. M. É., 1935, p. 633.

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