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Eglise evangélique du cameroun et coopération internationale (1957-2007)


par MOISE NKAPMENI NGAPET
UNIVERSITE DE YAOUNDE I (ENS) - DIPES II 2015
  

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B. La brève période d'autonomie (1915-1917)

Lorsque la première guerre mondiale éclata en Europe en 1914, les forces alliées (France, Grande Bretagne, Belgique), en raison des rancunes coloniales occupèrent le Cameroun en y chassant les allemands. Les anglais et les français se partageaient inégalement le Cameroun, soit environ 1/8 du pays, à l'Angleterre, et les 7/8 à l'Est à la France. Ce départ des allemands du Cameroun, entraîna de fait celui des missionnaires bâlois. C'est ainsi que s'ouvrit une courte période d'autonomie où les pasteurs et missionnaires camerounais69 prirent en charge les communautés existantes. En raison de l'occupation française du Cameroun, ces pasteurs camerounais firent appel à la Société des Missions Évangéliques de Paris, Mission française en 1917.

C. L'engagement de la Société des Missions Évangéliques Paris (1917-1957)

La guerre ayant entraîné l'expulsion des missionnaires allemands, l'avenir de l'immense oeuvre de la B.M. au Cameroun était en cause. Ainsi, elle ouvrit une correspondance tout à la fois avec la Mission Presbytérienne Ecossaise et avec la Mission Protestante Américaine. Mais, étant donné que le général Aymérich, commandant des troupes française, ne voulait avoir sur place que des missionnaires français, la question se posa au Comité de la Société des Missions Évangéliques de Paris (nous abrégerons par la suite S.M.É.P.)70, de savoir s'il fallait se charger, du moins temporairement, de l'oeuvre délaissée. En effet, c'était le 2 juin 1919 que le Comité de la S.M.É.P.71 vota à l'unanimité l'adoption du Cameroun comme huitième champ de travail72. Cela correspondait au nouveau statut du Cameroun qui était placé sous le régime du mandat de la Société des Nations (S.D.N.), confié à la France et à la Grande Bretagne, pour en être mandataires. A cet effet, le gouvernement français, consentit en décembre 1916, à envoyer quatre pasteurs au Cameroun73. Il s'agissait de : Élie Allégret, l'un des fondateurs de la Mission Protestante au Gabon, André Oechsner de Coninck du Lesotho, Etienne Bergeret de la Nouvelle Calédonie et Frank Christol du Zambèse. La S.M.É.P. n'eut pas la prétention de remplacer les missionnaires allemands.Dès le 19 février 1917, l'équipe missionnaire se mit à la recherche de trois pasteurs autochtones pour leur expliquer ce qu'ils

69 Ces pasteurs et missionnaires camerounais étaient : J. Deibol, Joseph Ekollo, Joseph Kuo Issedu et Jacob Modi Din.

70 La S.M.É.P. eut d'ailleurs pour appellation au Cameroun La Mission Protestante Française.

71 La Société des Missions Evangéliques de Paris a été fondée en 1822. A l'origine, les fondateurs de la Société n'avaient pas songé à envoyer les missionnaires dans les champs de la mission dont la Société aurait seule la responsabilité. Pourtant, elle adopta successivement comme champ de travail le Lesotho, le Zambèse, le Sénégal, Tahiti, le Gabon, Madagascar, la Nouvelle Calédonie, et après le Cameroun et le Togo.

72 E. Allégret, La Mission du Cameroun, Paris, 1924, p. 50.

73 A.N.Y., 2AC 9197, Installation de Mission Protestante Française, 1917-1919.

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devaient faire et orienter la situation de l'Église. Puis, ils commencèrent à visiter les Églises de Douala et de ses environs immédiats. Ils ouvrirent à Akwa, Bonabéri et Lobethal des écoles de français, dans le but de perfectionner les catéchistes bâlois et baptistes à l'instruction du français. C'est donc avec l'Église bâloise et l'Église Baptiste du Cameroun, constituée par l'union d'une partie de l'Église Baptiste « Native » et l'Église Baptiste Allemande que les missionnaires de France accompliront leur oeuvre au Cameroun74.La tâche qui leur était confiée se résumait en deux devoirs impérieux. Tout d'abord, ils devaient, selon les directives de la S.M.É.P., entrer en relation avec les Église s délaissées pour les rassurer, les réconforter et leur montrer des coeurs fraternels. Mais, en même temps, ils furent chargés d'un devoir patriotique. Il fallait que les frères du Cameroun fussent dûment informés « que pour le bon renom, pour l'honneur de la France », la liberté de conscience et de culte était garantie « sous les plis du drapeau tricolore »75.

1) L'organisation de l'oeuvre de la Société des Missions Évangéliques de Paris au Cameroun

La S.M.É.P. fut obligée de réorganiser l'oeuvre. Cependant, elle était loin de laisser les Églises se développer librement. L'on procéda à cet effet à la création des unités consistoriales et régionales. La Commission Synodale allait fonctionner comme point de contact entre pasteurs et missionnaires. La création des consistoires au sein d'une région synodale fut un autre grand pas dans l'organisation de l'Église. Elle se trouva alors organisée d'après une structure ecclésiastique du type presbytérien synodal, qui est propre à l'Église Réformée de France. Le type presbytérien synodal est caractérisé par le fait que l'organisation est constituée par une hiérarchie des assemblées consistoriales, régionales, nationales et des conseils exécutifs, et qui reposent sur une base, la paroisse. Ce régime démocratique tend cependant à faire un pas vers le régime épiscopal par l'intervention des assemblées donnant aux présidents une autorité propre76. Au cours des consistoires réunissant les catéchistes d'un district, les missionnaires donnaient des cours bibliques et organisaient des exercices de prédication. L'institution du consistoire était une méthode effective du contrôle missionnaire sur cette catégorie d'ouvriers de l'Église et, à travers eux, sur l'Église

74 J. V. Slageren, Les origines de l'Église Évangélique, p. 147.

75 M. Leenhardt, "La conquête de la Liberté Religieuse dans les Colonies Françaises ", in "Le Monde non Chrétien", ancienne série, n°6, décembre, 1934, p.26.

76 R. Melh, Traité de Sociologie du Protestantisme, Neuchâtel, 1965, p. 142.

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toute entière77. Les fêtes missionnaires, groupant annuellement tous les chrétiens d'une région offraient même aux missionnaires la possibilité de s'adresser aux collectivités chrétiennes toutes entières. La base de toute l'organisation ecclésiastique était le Synode Général. Il était d'ailleurs la voix supérieure. La Commission Synodale Générale, composée de missionnaires et de pasteurs, et dont un missionnaire était toujours président, ne pouvait pas décider des questions religieuses en dehors du Synode. La Commission Synodale était assistée par une Commission Financière. Elle était composée uniquement de laïcs et assurait la gestion des fonds ecclésiastique.

Au fond, toute cette nouvelle réglementation de l'organisation de l'Église était proposée par Élie Allégret. Il voulait certainement établir un programme d'autonomie de l'Église. Mais, sa mise oeuvre fut toute autre chose. En effet, la nature des relations entre missionnaires et pasteurs autochtones fut bouleversée par la création de la Conférence des Missionnaires, dont seuls ces derniers étaient membres. Cette conférence était chargée de donner l'impulsion et l'orientation générale à toute l'oeuvre et à son contrôle. D'après Allégret, une telle organisation était nécessaire afin de permettre aux missionnaires de stimuler les efforts vers l'oeuvre de conquête de l'intérieur78. La direction de l'Église appartenait à la Mission. L'organe exécutif de l'Église, même dans le Sud où il existait une organisation synodale79, était la Conférence des Missionnaires. D'ailleurs, le pasteur Modi Din s'était opposé à cette évolution à travers cette mise en garde : « Faites attention de ne pas faire une séparation de notre Église, faites des réunions mais pas des synodes distincts »80. A ceci s'ajoute le fait que les pasteurs, les évangélistes et les catéchistes étaient nommés « agents au service de la Mission Protestante Française ». Cette situation provoquait leur désapprobation, dans la mesure où ils étaient considérés comme les subordonnés de leurs collègues blancs. A la conférence mixte de 1920, ils s'étaient plaints de ce sort81. Il s'agit là d'une situation classique propre aux Églises nées des Missions protestantes. L'organisation paternaliste était légitimée, pensait-on, par la faiblesse numérique de l'Église, l'absence des cadres, l'inaptitude

77 A ce propos, il est intéressant de citer la remarque de P. Dieterle à la Conférence des Missionnaires de 1922 : « Au point de vue général, ces consistoires sont un moyen de contrôle décisif sur les pasteurs et les catéchistes, qui est donné au missionnaire ».

78 R.C.M., 1922.

79 Au départ, il n y avait qu'un seul Synode et une seule Commission Synodale. Au fur et à mesure que le travail se développait, on procéda à la création d'un nouveau synode et d'une nouvelle Commission Synodale pour le Bamiléké-Bamoun. Un Synode National allait se tenir tous les quatre ans.

80 Rapport de la Commission Synodale du 28 janvier 1925.

81 R.C. M., 1922.

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des autochtones à manier les deniers de la collectivité, l'incertitude spirituelle et le manque d'autochtones pour entreprendre à leur tour une action missionnaire82.

L'organisation des écoles était autorisée par l'administration coloniale à condition d'enseigner la langue française et d'appliquer le programme. De ce fait, les efforts des missionnaires dans ce sens, ont permis de fournir à la nation, une importante élite future du peuple. L'oeuvre médicale ne fut pas en reste.

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