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Eglise evangélique du cameroun et coopération internationale (1957-2007)


par MOISE NKAPMENI NGAPET
UNIVERSITE DE YAOUNDE I (ENS) - DIPES II 2015
  

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CHAPITRE II :
L'ÉGLISE ÉVANGÉLIQUE DU CAMEROUN AU SEIN DES
ORGANISATIONS INTER-ECCLÉSIASTIQUES
INTERNATIONALES ET CONTINENTALE
(1959-2007)

Les Missions protestantes étrangères ayant concouru à la naissance de l'Église Évangélique du Cameroun, la présageaient à une ouverture remarquable sur le monde. C'est ainsi qu'au lendemain de son autonomie, l'É.É.C s'est lancée vers un vaste champ de coopération aussi bien sur le territoire camerounais, qu'avec d'autres confessions religieuses au-delà des frontières du Cameroun.

Comme nous l'avons signalé plus haut, il est stipulé au préambule de la constitution évoquée 101 de l'Église Évangélique du Cameroun, paragraphe 3 que : « L'É.É.C. est en communion avec toutes les Églises ayant pour fondement Jésus-Christ et collabore fraternellement avec elles au Cameroun et dans le Monde ». Cette affirmation nous amène à justifier la collaboration ou les échanges de l'É.É.C à l'extérieur du pays.

Il s'agira dans ce chapitre, de présenter la coopération multilatérale de l'É.É.C., en décrivant et en analysant, l'entreprise de l'É.É.C. dans certaines organisations inter-ecclésiastiques internationales et régionale. En effet, l'É.É.C. est membre à part entière du Conseil OEcuménique des Églises (C.O.É.), de la Communauté Évangélique d'Action Apostolique (C.É.V.A.A.), de la Mission Évangélique Unie (M.É.U.) à Wuppertal en République Fédérale d'Allemagne. De même, sur le continent Africain, l'É.É.C. est membre fondateur de la Conférence des Églises de Toute l'Afrique (C. É.T.A.).

I- L'ÉGLISE ÉVANGÉLIQUE DU CAMEROUN, MEMBRE DU CONSEIL OECUMÉNIQUE DES ÉGLISES (C.O.É)

Le Conseil OEcuménique des Églises est une association fraternelle d'Églises qui confessent le Seigneur Jésus-Christ comme Dieu et Sauveur selon les Ecritures et s'efforcent

101 Église Évangélique du Cameroun : Constitution adoptée au Synode Général de Mbouda du 06 Mars 1998, p.

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de répondre ensemble à leur commune vocation pour la gloire du seul Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit102. Il s'agit d'un regroupement des Églises orthodoxes et de nombreuses Églises indépendantes à travers le monde. Il a été fondé en 1948 par les Églises occidentales de la Réforme protestante : anglicane, baptiste, luthérienne, méthodiste et réformée. Son siège est à Genève en Suisse. Il rassemble près de 347 Églises, dénominations et communautés d'Églises dans une centaine de pays, et représente plus de 550 millions de chrétiens. Les Églises en Afrique, en Asie, aux Caraïbes, en Amérique latine, au Moyen-Orient et dans la région du Pacifique y sont aujourd'hui en majorité103.

Les fonctions du Conseil OEcuménique des Églises sont :

- poursuivre l'oeuvre des mouvements universels Foi et Constitution, Christianisme

pratique, Conseil international des Missions ;

- faciliter l'action commune des Églises ;

- développer l'étude en commun ;

- favoriser le progrès de la conscience oecuménique et missionnaire chez les fidèles de

toutes les Églises ;

- aider les Églises dans leur tâche mondiale de mission et d'évangélisation ;

- établir et entretenir des relations avec les Conseils nationaux et régionaux, les alliances

confessionnelles mondiales et autres organisations oecuméniques ;

- convoquer sur tel sujet particulier, lorsque les circonstances le réclament, des

conférences universelles qui seront autorisées à publier leurs propres conclusions104.

L'Église Catholique n'y est qu'observatrice, mais dès 1964, fut mis en place un processus de constitution d'un « Groupe mixte de travail » entre cette Église et le C.O.É. Ce groupe a publié en 2005 une étude sur la nature et objet du dialogue oecuménique105.

Ainsi, l'adhésion de l'É.É.C. au Conseil OEcuménique des Églises a été inspirée de son esprit oecuménique originel. De ce fait, ses débuts au sein de cette organisation ont été précédés d'une série d'initiatives marquée par des échanges de correspondances.

102, Nouvelle Dehli 1961, Conseil OEcuménique des Eglises, Delachaux et Niestlé, Neuchâtel, 1962, p. 391. U.P.A.C., Yaoundé.

103 Questions Internationales n°29, janvier-février 2008, p. 27.

104 Nouvelle Dehli 1961, p. 392.

105 fr.wikipédia.org./wiki/COE, consulté le 10 février 2015.

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A- Les initiatives de l'É.É.C. pour l'adhésion au Conseil OEcuménique des Églises

En même temps qu'elle sollicitait sa pleine autonomie vis-à-vis de la S.M.É.P., l'É.É.C. émettait le voeu de devenir, après son indépendance, membre du Conseil OEcuménique des Églises. C'est ainsi que dans la lettre d'autonomie adressée, après la réunion du 20 au 25 septembre 1956, par les délégués de la Commission du Synode Général de l'É.É.C. et les membres de la Commission Exécutive de la conférence des missionnaires du Comité Directeur de la S.M.É.P., il est mentionné que : « Elle (É.É.C.) désire être admise au C.O.É. afin de manifester visiblement sa volonté de travailler à l'unité de l'Église »106.

De ce fait, après avoir obtenu son autonomie, un assez long échange épistolaire commença entre le pasteur Jean Kotto, le tout premier Secrétaire Général de l'É.É.C. et le Dr. W. A. Visser't Hooft, alors Secrétaire Général du C.O.É. Cet échange dura près d'une année et demie107. L'esprit oecuménique de l'É.É.C. est dégagée à travers la troisième lettre où l'É.É.C. demanda son affiliation au C.O.É. Cette lettre se termine par une insistance sur son désir d'y être admise comme membre. En effet, c'est par la lettre datée du 05 novembre 1957 adressée à l'É.É.C., sous le couvert du pasteur Jean Kotto, par le Secrétaire Général du C.O.É., qu'est présentée son admission possible comme membre de ce regroupement. W.A. Visser't y écrit donc :

Je dois toutefois dire que le seul organe du Conseil OEcuménique qui pourra prendre l'action officielle d'admettre votre Église est notre Comité Central. Ce Comité a eu sa dernière séance au début du mois d'août à New Haven aux États-Unis et il se réunira de nouveau en août 1958 au Danemark. Je puis toutefois vous dire sur la base de tout de ce que vous dites dans votre lettre, qu'il n y a pas de doute que le Comité prendra une décision positive à ce moment108.

C'est donc une note d'espoir, quant à la future admission possible de l'É.É.C. au sein de cette grande famille des Églises de toutes les traditions, exception faite de l'Église Catholique Romaine, qui se dégage de cette lettre.

En outre, le 02 juillet 1958, une lettre de W.A.Visser't Hooft, au pasteur Jean Kotto relevait en rappel, que la demande d'admission de l'É.É.C. sera soumise au Comité Central du C.O.É. dans sa séance d'août 1958 au Danemark et y trouvera sans doute un très bon accueil. De même, cette lettre exhortait l'É.É.C. à y envoyer un représentant pasteur. Et, prévoyant les

106 Lettre adressée au Comité Directeur de la S.M.É.P. par les délégués de la Commission Synodale Régionale de l'É.É.C. et les membres de la Commission Exécutive de la Conférence des Missionnaires après la réunion du 20 au 25 septembre 1956, p. 1, in 10 mars 1957, comme vous y étiez, Recueil des textes rassemblés et présentés par le Rév. Dr. Isaac Makarios Kamta, Douala, J.M.C., 2007, p.5.

107 La première lettre date du 16 mai 1957 et est écrite par W.A. Visser't et la dernière le 25 mai 1959 adressée par Jean Kotto à W. A. Visser't Hooft.

108 Lettre du 05 novembre 1957 adressée à l'É.É.C. par le Secrétaire Général du C.O.É., le Dr. W.A. Visser't Hooft, in E. Tchuindjang, « Les expressions oecuméniques d'une jeune Église », p.145.

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difficultés financières auxquelles pouvaient faire face une jeune Église fraîchement autonome, Visser't Hooft, faisait lui-même la suggestion que ce représentant éventuel soit le pasteur Eugène Mallo, qui résidait en Europe à cette époque. Il devait donc être invité au Danemark à la même période pour une réunion du Département des affaires sociales du C.O.É. Ainsi, le 09 juillet 1958, un télégramme envoyé de Douala confirmait la suggestion du Secrétaire Général du C.O.É., que le pasteur Eugène Mallo représentera l'É.É.C. à la réunion du Comité central au C.O.É à Nyborg au Danemark. Deux jours après, le pasteur Mallo fut notifié par Frank Northan, en l'absence de Visser't Hooft. Mais, Mallo ne reçut pas la lettre. Cependant, lorsqu'il fut informé, il refusa au départ cette représentation. À cet effet, il adressa au Dr. Visser't Hooft une correspondance le 06 juin 1958. Finalement, il s'y rendit, puisqu'il déclara ceci dans la Revue Les Flambeaux :

En août dernier, j'ai eu le privilège d'assister aux séances du C.O.É. au Danemark, à la fois pour l'admission comme membre au Conseil de l'É.É.C. d'où je ressors, et pour prendre part à l'étude lancée depuis deux ans et qui se poursuit sur la responsabilité commune des chrétiens dans les pays de rapide évolution sociale109.

À la réunion du Comité central, les débats furent favorables pour l'admission de l'É.É.C. comme membre du C.O.É. C'est ce qu'on peut relever dans une lettre de W. A. Visser't Hooft, datée du 5 novembre 1958 et adressée à l'É.É.C., sous le couvert du pasteur Jean Kotto. Il y déclare :

Je suis heureux de pouvoir vous dire que le Comité Central du C.O.É., dans sa séance d'août au Danemark, a décidé d'accepter la demande d'admission de votre Église. Nous avons informé les Églises membres de cette acceptation de principe et votre appartenance au Conseil OEcuménique deviendra définitive dans six mois, à moins que plus d'un tiers des Église s membres soulèvent des objections. J'espère donc que dans six mois, je pourrai vous écrire de nouveau pour vous dire que votre Église est devenue membre du Conseil110.

De ce fait, le pasteur Jean Kotto adressa une lettre de remerciement au Dr. Visser't Hooft le 12 novembre 1958. Dans cette lettre, il se dégagea un sentiment de joie, de satisfaction, quoique cette décision d'admission de l'É.É.C. ne soit pas définitive. Toujours dans cette même lettre, et dans un style qui frôle la propagande, le pasteur Jean Kotto parle de la visite du pasteur François Akoa dans la zone d'action de l'É.É.C., de l'invitation qu'il a reçue de celui-ci de visiter, au début de l'année 1959, la zone d'action de l' Église Presbytérienne Camerounaise (É.P.C.), d'une possible union de l'É.É.C. et de l' É.P.C., deux grandes Églises protestantes du Cameroun, des prochains pourparlers pour constituer un Conseil entre

109 E. Mallo, Questions actuelles. "L'oecuménisme", Flambeaux. Revue bimestrielle destinée aux pasteurs, n° 32, septembre-octobre 1958, pp. 141-142.

110 Lettre de Visser't Hooft adressée au pasteur Jean Kotto le 05 novembre 1958, p. 1, in E. TChuindjang, « Les expressions oecuméniques d'une jeune Église », p. 146.

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l'É.É.C., l'É.P.C. et l'Union des Églises Baptistes et Évangéliques du Cameroun (U.É.B.C.)111.

En conséquence, le 22 avril 1959, c'est l'annonce définitive de l'admission définitive de l'É.É.C. comme membre du C.O.É. et qui constitue une heureuse fin. Cette adhésion fut annoncée par le Secrétaire Général du Conseil, le Dr. W. A. Visser't Hooft comme suit :

Comme je vous ai écrit après la séance du Comité Central du C.O.É. tenue à Nyborg (Danemark), ce Comité avait décidé d'accepter la demande d'admission de votre Église, mais je devais ajouter que cette décision ne deviendrait définitive qu'après six mois, si plus d'un tiers des Églises ne s'y opposent. Maintenant, cette période est passée. J'ai le plaisir de vous informer que nous n'avons reçu aucune objection et que nous pouvons considérer votre Église comme membre définitif du Conseil OEcuménique. À cette occasion, je tiens à vous dire de la part de Conseil OEcuménique que nous sommes très heureux de souhaiter la bienvenue à l'É.É.C112.

L'ingratitude n'étant pas une vertu chrétienne, le pasteur Jean Kotto adressa un mois après, au nom de l'Église Évangélique du Cameroun, une lettre de remerciement aux Église s membres de C.O.É., sous le couvert de son Secrétaire Général, W.A. Visser't Hooft. Ce même 22 avril, Visser't Hooft notifia à l'É.É.C. qu'elle était définitivement reconnue comme une de ses Église s membres. À partir de ce moment, le nombre de membres du C.O.É augmenta. Cette admission apparaissait donc comme l'un des premiers actes de l'É.É.C. autonome vers le monde.

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