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Eglise evangélique du cameroun et coopération internationale (1957-2007)


par MOISE NKAPMENI NGAPET
UNIVERSITE DE YAOUNDE I (ENS) - DIPES II 2015
  

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II- L'ÉGLISE ÉVANGELIQUE DU CAMEROUN, INITIATRICE DE LA COMMUNAUTÉ ÉVANGÉLIQUE D'ACTION APOSTOLIQUE

L'une des fiertés internationales de l'É.É.C. est son initiative en faveur de la création de la Communauté Évangélique d'Action Apostolique (C.É.V.A.A.). Nous reviendrons ici sur le contexte historique de sa naissance, sur les évènements qui ont conduit à sa mise en place et sur la vie de l'É.É.C. au sein de cette Organisation.

118 Rapport officiel d'Upsal, liste des participants p. 428.

119 Henriet Marcel, Briser les barrières, Nairobi, 1975, p. 470 ; De Nairobi à Vancouver, Rapport du Comité Central à la 6ème assemblée du C.O.É., p. 244 ; J. M. Chapuis et R. Beaupère, Rassemblés pour la vie, Rapport officiel de la 6ème assemblée du C.O.É., p. 217 ; De Vancouver à Canberra 1983-1990, p. 377.

120 Henriet Marcel, p. 489 ; J.M. Chapuis, p. 236.

121 Le pasteur Emmanuel Elouti a travaillé dans la Commission Mission et Évangélisation de 1986 à 1998.

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A- Contexte historique de la création de la C.É.V.A.A

Nous sommes aux environs des années 1960, période où plusieurs pays africains accèdent à l'indépendance, mais aussi à l'autonomie de plusieurs jeunes Églises en Afrique et dans le Pacifique. Ce sont également des années où il était parallèlement beaucoup question, dans les États et dans les Églises, d'aider les uns et les autres à gérer leur autonomie. Il était donc question de les accompagner à prendre en main leurs responsabilités, à diriger leurs oeuvres et leurs institutions, à assurer leur développement. Étant donné que la principale mission d'une Église est l'évangélisation, il fallait aider les Églises d'Afrique et du pacifique à entreprendre cette oeuvre.

Ainsi, l'évolution politique des jeunes nations et des jeunes Églises, associée au mouvement oecuménique, appelaient nécessairement des changements de structures dans les missions occidentales et en particulier à la Société des Missions Évangéliques de Paris. En effet, avant 1957, la S.M.É.P. comptait huit champs de mission. De 1957 à 1964, toutes les jeunes Églises de ces huit champs de mission devinrent autonomes comme le décrit le tableau représentatif ci-après :

Tableau n°2 : Liste des Églises du Champ de mission de la S.M.É.P. et leurs années d'autonomie.

Pays

Nom de la jeune Église

Années
d'autonomie

Cameroun

- Église Évangélique du Cameroun (É.É.C.)

- Union des Églises Baptistes et Évangéliques du
Cameroun (U.É.B.C.)

1957

1957

Madagascar

Église Évangélique de Madagascar

1958

Togo

Église Évangélique du Togo

1959

Nouvelle Calédonie

Église Évangélique de Nouvelle Calédonie

1960

Tahiti

Église Évangélique de Tahiti

1960

Gabon

Église Évangélique du Gabon (E.E.G.)

1961

Zambie

Église Évangélique de Zambie

1964

Source : E. Tchuindjang, « Les expressions oecuméniques d'une Église du tiers-monde », p. 153, modifié par ordre chronologique.

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Comme nous pouvons le constater, en 1964, toutes les Églises du champ de mission de la S.M.É.P. étaient devenues autonomes. De ce fait, la question urgente qui se posait était celle

de savoir, ce qu'allait devenir cette société missionnaire, créée pour envoyer les
missionnaires dans les territoires d'Outre-Mer. Autrement dit, fallait-il la dissoudre ou l'orienter vers une nouvelle voie, en mettant en place des nouvelles structures ? Cette préoccupation de l'avenir était d'abord celle de son président Marc Boegner, et ensuite de son directeur Charles Bonzon.

Devant cette situation, les jeunes Églises font entendre leurs voix. A cette interpellation, elles répondent par le biais du pasteur Camerounais Jean Kotto alors Secrétaire Général de l'Église Évangélique du Cameroun, à travers un discours devenu célèbre, et qui est une référence pour la marche vers la création de la C.É.V.A.A.

B- Les événements ayant abouti à la naissance de la C.É.V.A.A.

1) L'appel du Pasteur Jean Kotto

Avant d'analyser l'appel du pasteur Jean Kotto, étudions d'abord sommairement sa biographie.

Jean Kotto est né en 1918 d'un père évangéliste. Il a vécu de 1918 à 1987. Il exerce comme instituteur à l'école des catéchistes de Ndoungué, puis comme professeur au Collège inter-missionnaire de Libamba. Après des études de théologie à Paris, il est consacré pasteur le 17 octobre 1954 et devient enseignant de Théologie à Ndoungué. En 1957, il est simultanément élu premier Secrétaire Général de l'É.É.C. autonome et du Conseil des Églises Baptistes et Évangéliques du Cameroun (C.É.B.É.C.). Il demeure Secrétaire Général de l'É.É.C. jusqu'en 1977, année où il est élu Président de cette Église. Il restera à ce poste jusqu'en 1987, année de son décès. Au sein des Organisations oecuméniques, il a occupé les postes ci-après : Président du Conseil d'Administration de la Faculté de Théologie Protestante de Yaoundé de 1967 à 1987, président de la Fédération des Églises et Missions Évangéliques du Cameroun (F.É.M.É.C.) de 1972 à 1987, membre du Conseil de la C.É.V.A.A et du Comité Central du C.O.É. Jean François Zorn qui donne cette brève biographie dans l'Encyclopédie du Protestantisme, le qualifie de « personnalité la plus marquante du protestantisme africain francophone de l'après-guerre de 1939 à 1945 »122. Bien plus, Le

122P.Gisel et L. Kaennel (dir.), Encyclopédie du protestantisme, Quadrige, P.U.F., 2ème édition, 2006 p. 731.

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pasteur Jean Kotto parvient à renouer des liens de l'É.É.C. avec l'ancien partenaire qu'était la Mission de Paris. Parmi les missionnaires français et suisses qui, suivant cet appel, ont été envoyés dans l'Église Bamiléké, il faut noter les noms des pasteurs Gérard Bach à Dschang, Jacques Roehrich et Eugène Porret à Bafoussam.

Photo n°2 : Le Pasteur Jean Kotto, premier Secrétaire Général, artisan des relations internationales de l'É.É.C.

Source : Annexes, J.P. Messina et J. V. Slageren, Histoire du christianisme au Cameroun, des origines à nos jours, Paris/ Yaoundé, Karthala/CLÉ, 2005.

Plus important encore, en 1964, à l'Assemblée Générale de la S.M.É.P., répondant à la sollicitation au sujet son avenir, Jean Kotto lance un vigoureux appel en faveur de la dissolution de cette structure missionnaire en vue de pouvoir créer une Action Apostolique

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Commune (A.A.C.) aux Africains, Océaniens et Européens. Le but fut atteint en 1971 par la création de la Communauté Évangélique d'Action Apostolique (C. É.V.A.A.)123.

Ainsi, à la question de savoir si les jeunes Églises étaient prêtes à participer par certains de leurs membres, pasteurs et laïcs, à des équipes que la S.M.É.P. constituerait en vue d'une Action missionnaire commune, la réaction de tous est positive. Mais Jean Kotto donne à cette question une portée nouvelle. Une action missionnaire commune ? C'est la question qui est posée. La réponse est donnée par l'affirmative. Pour le pasteur, il faut constituer une nouvelle société, un nouvel organisme missionnaire. Avec les Églises d'Europe qui ont soutenu jusqu'alors la Mission de Paris et les jeunes Églises qui, en relation avec elles, sont alors devenues autonomes, elles seraient appelées à concevoir, à élaborer et à mener en commun l'ensemble de leurs activités communes. C'est une communauté nouvelle, intercontinentale, supranationale et supra raciale que le pasteur Jean Kotto souhaite que l'on mette sur pied, à la place de la S.M.É.P. son Assemblée Générale accepte donc ce voeu, à la suite d'un long entretien qui fut parfois très émouvant.

Cet appel est comme un détonateur, comme une graine semée prête à germer, pousser et donner un grand arbre. Par cet acte, le pasteur Kotto oriente les esprits vers des formes nouvelles que pourraient revêtir le service de la S.M.É.P. : l'union de nouveaux labeurs des Église s qui ont soutenu, jusqu'en 1964 la S.M.É.P. et de celles qui sont nées de son action missionnaire dans les pays d'Outre-mer.

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