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Le dessin du bonhomme chez des enfants autistes : quatre études de cas à  l'association burkinabè d'accompagnement psychologique et d'aide à  l'enfance (abape).

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par Wendpanga Daniel OUEDRAOGO
Université Ouaga 1 Professeur Joseph Ki-ZERBO - Maitrise en psychologie clinique et pathologique 2015
  

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1.1.3.2 Dessin du bonhomme

La représentation de la personne humaine a toujours occupé une place de choix parmi les autres types de dessin que sont : le dessin de la maison, le dessin de la famille, le dessin de l'arbre, etc. Plusieurs auteurs (Cox, 1993 ; Goodnow, 1977 ; cité par Scetbon, 2013) observent que ce dessin-là est probablement aujourd'hui, le plus précoce, le plus fréquent et le plus valorisé par les adultes. C'est probablement le dessin le plus étudié par les chercheurs.Son analyse peut aider à évaluer le stade de maturation de l'enfant par rapport à sa découverte des structures corporelles.

· Les étapes de la représentation de la figure humaine

L'accès à la représentation chez l'enfant est conditionné par sa capacité à sortir d'un état symbiotique et indifférencié afin de pouvoir accéder au monde qui l'entoure et se différencier de l'autre. En effet, le nourrisson ne reconnait sa mère qu'à partir des sensations visuelles, tactiles, auditives et olfactives.

Quelques semaines plus tard, les sensations visuelles seront privilégiées par rapport aux autres. C'est alors que l'enfant pourra distinguer le visage de sa mère du visage de l'étranger (angoisse du 8ème mois) : il s'agit d'une première forme de différenciation. Le visage de la mère est considéré comme le premier miroir qui renvoie à l'enfant ses émotions et lui permet de structurer sa personnalité. La différenciation progressive de l'enfant face à l'image maternelle lui permet de prendre conscience du dedans et du dehors. L'image du corps se met en place lors de cette expérience et peut être représentée à travers la projection.

Du point de vue symbolique, il existe une ressemblance entre le miroir et la feuille de dessin. Tout comme le miroir reflète l'image spéculaire de l'enfant, la feuille blanche est une surface neutre où se projette l'image du corps à travers le geste de dessiner.

- Avant 18 mois

Avant le 18ème mois de la vie, on dit généralement que l'enfant produit des traces plutôt que des dessins. On distingue alors des traces non figuratives et des traces pré-figuratives. Celles-ci apparaissent lors des contacts ou les mouvements des doigts, des mains ou des pieds tachetés sur une surface donnée.

Tisseron pense qu'il s'agit d'une forme de symbolisation sensori-affectivo-motrice par le geste. Ces traces participeraient à la mise en place de deux fonctions psychiques primordiales : la fonction d'enveloppe et la fonction de transformation. Ces grandes fonctions sont associées aux fantasmes de peau commune avec la mère et de séparation progressive. En fait, La production de telles traces favorise l'introjection du fantasme de peau commune, puis son dépassement (Tisseron, 1995 ; cité par Scetbon, 2013). Pour Haag, les premières traces se font sur les murs ou sur le sol puis progressivement sur une feuille détachable du fait d'un dédoublement de la peau commune (structure en double feuillet de l'enveloppe psychique). Les traces apparaissent dans des moments où l'enfant se trouve séparé du corps de sa mère, cela lui permet de projeter les rudiments de son image corporelle et de représenter les mouvements de va-et-vient de la mère qui aboutiront à la séparation (Haag, 1995 ; cité par Scetbon, op.cit.).

- Vers le 18ème mois

Au cours de cette période, l'oeil de l'enfant suit ses mouvements graphiques sans pouvoir les guider : il a un contrôle visuel de ses gestes. Pour Tisseron (1995), les traces qui apparaissent à cet âge sont secondaires, correspondent à la mise en scène visuelle des fantasmes que les traces primaires ont contribués à réaliser (Tisseron, 1995 ; cité par Scetbon, op.cit.).

Deux principales traces apparaissent au cours de cette période(Haag, 1995 ; cité par Scetbon, op.cit.) :

Ø les formes circulaires, arrondies ou ovoïdes souvent refermées sur elles-mêmes et contenant d'autres formes arrondies ou des points ou des fragments de traits.

Les différentes figures qui y sont issues mettent en scène le fantasme d'enveloppement réciproque mère-enfant. L'enfant peut avoir tendance à entourer le contour de la feuille par un trait comme s'il créait un cadre pour entourer ses surfaces de figuration. Les figures circulaires avec des surfaces vides correspondent à des ébauches de conteneurs (le creux maternel et les contours) plutôt que des contenants. Dans le cas où il existe un point ou plus à l'intérieur de ces ébauches de cercle on pourrait penser à des yeux ou les seins maternels.

Ces ébauches de cercles ne pourront symboliser des formes de contenances que lorsqu'elles se fermeront complètement. L'enfant à ce stade parvient à figurer trois représentations symboliques dites essentielles. La première figuration concerne le Moi psychique de l'enfant qui remplit une fonction de contenant de pensée comme en témoignent tous les traits et les points à l'intérieur du cercle. Ensuite vient la représentation symbolique de l'unité primitive mère-enfant avant la séparation et enfin la séparation avec une mère détachée avec le soi de l'enfant.

Ø Les balayages dans lesquels le crayon inscrit les va-et-vient de la main, aboutissant à la réalisation de lignes ondulées.

Les lignes mettent en scène le fantasme d'un éloignement et d'un rapprochement rythmique du corps de la mère et de son psychisme. L'enfant a dès ces moments accès à une représentation de la permanence intérieure de la mère. L'absence physique de la mère n'est plus une source d'angoisse pour l'enfant.

- Entre 18 mois et 3 ans

C'est la période où l'usage de la main est primordial, celle-ci relayant peu à peu la bouche dans l'exploration des objets. La tenue et l'utilisation du crayon s'améliore. Du point de vue du développement psychologique, la sphinctérisation anale est entamée, le moi-corps est bien structuré, l'enveloppe-peau est suffisamment introjectée et dédoublée pour être projetée sur la feuille de dessin.Les productions graphiques de ce stade sont :

Ø le balayage simple à travers les gestes de coloriages rythmés et les traces en dents de scies ;

Ø le pointillage : dans les premières figurations, les points vont servir à représenter les éléments des premiers visages que l'enfant reconnait ainsi que les orifices de communication. Les points à l'intérieur du corps peuvent figurer des boutons ou symboliser le squelette interne de l'enfant. Les points de dehors (soleil, étoile, pluie, etc.) représentent des éléments de nature affective ;

Ø les spirales qui sont les tracés privilégiés des enfants d'âges compris entre 2 ans et 2 ans 6 mois. Dans le développement normal de l'enfant, les spirales se font dans le sens antihoraire à partir du centre. Lorsque l'enfant grandit, ce sens à tendance à s'inverser. Pour Haag, la spirale correspond à une image qui représente l'enroulement du corps de la droite sur la gauche (Haag, 1995 ; cité par Scetbon, 2013).

- Entre 3 et 4 ans

Les formes se complexifient avec l'apparition de plusieurs inclusions, l'enfant représente une individuation sous la forme d'une enveloppe individuelle séparée de la mère. Nous avons les formes solairesqui constituentdes formes rondes auxquelles viennent se rattacher des traits. Ces formes représentent le visage, les yeux, les mains, et des objets d'amour (« papa », « maman ») et soi en miroir. Ces formes solaires sont bisexuées.

Pour Baldy (2009), c'est vers l'âge de trois ans que les premiers bonshommes émergent du gribouillage. Il distingue d'abordle bonhomme rond quiest composé d'une figure fermée dans laquelle quelques traits s'entrecroisent. Ce type de bonhomme traduit la vision syncrétique du corps humain par l'enfant.

Ensuite, on a lebonhomme énuméré qui se compose des parties du corps que l'enfant connaît et qu'il nomme. Ici, l'enfant a une vision discontinue du corps humain. Ces premiers bonshommes rendent compte de l'impossibilité pour l'enfant de coordonner les parties et le tout.

C'est vers 3 ans et 6 mois qu'on verra apparaitre lebonhomme têtard ou figure-têtard apparait en moyenne à 3ans et demi. Les formes solaires sont orientées, les traits dans la partie supérieure deviennent des cheveux et les traits dans la partie inférieure figurent les membres (bras et jambes). Il s'agit dès ces instants d'une projection du schéma corporel du fait de la spécificité de la figure fermée et à la présence du regard. En effet, les yeux permettent au visage de s'animer et entre en jeu dans la reconnaissance des personnes et des choses. Les bonshommes-têtards des enfants ont généralement deux jambes, deux bras ou des cheveux. Ils sont caractérisés par leur aspect rayonnant, leur contenance et la présence des yeux.

Le bonhomme-têtard est la structure de base de la représentation des êtres, cette figure apparaît comme le support de l'identité à un âge où l'enfant devient capable d'utiliser le " je " dans la communication. Le bonhomme-têtard n'est pas un bonhomme sans ventre, mais un bonhomme dans lequel la tête et le ventre seraient confondus.

- A partir de la 5ème année

Le bonhomme se structure peu à peu au cours de la cinquième année en se rapprochant de la réalité (stade du bonhomme complet ou conventionnel). Pour dessiner le bonhomme conventionnel, l'enfant doit interrompre son travail après le dessin du rond figurant la tête, puis faire un rond pour le tronc et reprendre pour ajouter les membres. Les détails du visage sont de plus en plus nombreux.

On peut distinguer un tronc auquel viennent se rattacher des membres de plus en plus épais. En règle générale, le tronc apparait soit en rattachant les bras aux traits figurant les jambes, soit en comblant le vide situé entre les jambes (espace noirci, trait horizontal, nombril, boutons, etc.), soit en surajoutant un ventre une fois fini le bonhomme têtard. Le tronc du bonhomme prend une allure géométrique, il est debout, de face, nu, souvent avec le nombril et souriant. Les vêtements apparaissent avec leurs accessoires et les proportions sont progressivement contrôlées.

La différence des sexes est reconnue vers la 7ème année (stade de la différenciationdes sexes) et affirmée à travers l'ornementation (bijoux, jupes, moustaches, cheveux) et les scènes. Katzaroff, a remarqué que les garçons ne dessinaient que 1 % de filles et que, réciproquement, les filles avaient tendance à dessiner des personnages féminins (Katzaroff, 1909 ; cité par Baldy, 2009).

Entre 6-10 ans, l'enfant devient capable de faire une représentation en profil du bonhomme (stade du profil). On aboutit à la représentation d'un bonhomme contour, qui intègre l'ensemble du corps dans un tout cohérent. Ce bonhomme en plus du profil, peut désormais se baisser et éprouver une émotion. Cela montre qu'il est capable d'une aptitude à la décentration, au regard extérieur et sur lui-même. Les différentes étapes du développement du graphisme et du bonhomme sont répertoriées dans les deux tableaux ci-après.

Tableau 1: Les étapes de représentation de la figure humaine d'après Baldy (op.cit., p.134).

Tableau 2: Principaux stades du graphisme et de la représentation de la forme humaine (Marcilhacy C et coll., 2011).

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