WOW !! MUCH LOVE ! SO WORLD PEACE !
Fond bitcoin pour l'amélioration du site: 1memzGeKS7CB3ECNkzSn2qHwxU6NZoJ8o
  Dogecoin (tips/pourboires): DCLoo9Dd4qECqpMLurdgGnaoqbftj16Nvp


Home | Publier un mémoire | Une page au hasard

 > 

Le dessin du bonhomme chez des enfants autistes : quatre études de cas à  l'association burkinabè d'accompagnement psychologique et d'aide à  l'enfance (abape).

( Télécharger le fichier original )
par Wendpanga Daniel OUEDRAOGO
Université Ouaga 1 Professeur Joseph Ki-ZERBO - Maitrise en psychologie clinique et pathologique 2015
  

précédent sommaire suivant

Bitcoin is a swarm of cyber hornets serving the goddess of wisdom, feeding on the fire of truth, exponentially growing ever smarter, faster, and stronger behind a wall of encrypted energy

1.1.3.3 Valeurs psychologiques du contenu du dessin

· Valeur projective du dessin

La valeur projective du dessin réside dans son contenu manifeste que dans son contenu latent. Le contenu manifeste concerne le matériel qui est « induit plus ou moins consciemment» par l'individu. Le contenu latent, quant à lui, est le matériel inconscient livré par le sujet (Widlöcher, 2002 ; cité par Scetbon, 2013).Le dessin est donc un outil projectif où l'individu peut représenter sa vie intérieure par l'intermédiaire d'images et de symboles très personnels et qui ont signification particulière. De ce fait, le dessin est considéré comme un outil qualitatif qui permet de faire émerger le sens d'une expérience pour un individu.

Pour Philippe Wallon, l'enfant projette sur la feuille de papier, les sentiments qui l'occupent intérieurement. Le dessin constitue donc un médiateur qui permet de révéler les difficultés psychologiques (angoisses) de l'enfant et ses mécanismes de défense, ses intérêts, son estime de soi, etc(Wallon, P., 2012, cité par Scetbon, op.cit.).

Widlöcher (2002 ; cité par Scetbon, op.cit.)considère que les commentaires de l'enfant sont aussi importants que l'observation du dessin et des séries de dessins. Pour la lecture d'un dessin il propose plusieurs niveaux :

- 1èr niveau : identification des objets figurés et la scène représentée. L'histoire racontée à travers le dessin est révélatrice de l'activité imaginative de l'enfant.

- 2ème niveau : étude des particularités formelles (taille et forme) qui présentent également une valeur narrative.

- 3ème niveau : prendre en compte les réactions affectives liées au travail et l'impression d'ensemble.

· Dessin et quotient intellectuel : le test de dessin du bonhomme

En 1926, Florence Goodenough créa un système de cotation (test de Goodenough) à partir du dessin d'un bonhomme parce qu'elle pensait que des composantes intellectuelles existaient dans le dessin d'enfant. Son test utilise une cotation à échelle composée de 51 critères binaires «absence-présence» évaluant la quantité de détails, les proportions et la coordination motrice (Picard &Baldy, 2011).

En 1984, Royer (cité par Picard &Baldy, 2011) a également élaboré une grille d'analyse du dessin du bonhomme afin de faire ressortir le quotient intellectuel et des indices cliniques reliés à la personnalité de l'enfant. L'étalonnage de son test concerne les enfants de 3 à 12 ans 6 mois. Elle a administré le test du dessin d'un bonhomme et le WISC à un échantillon de 35 sujets d'intelligence normale, garçons et filles, âgés de 7 à 13 ans, dont le Q.I. moyen était de 105, les extrêmes atteignant 90 et 130. Elle a ensuite administré les deux mêmes tests à un échantillon de 35 déficients légers et moyens, âgés également de 7 à 13 ans, dont le Q.I s'étendait de 42 à 92 et ayant une moyenne de 73.

De ses multiples travaux, elle parvient aux conclusions suivantes :

- sur le plan de l'intelligence, les résultats obtenus au dessin du bonhomme peuvent permettre de discriminer, dans une certaine mesure, les normaux des débiles, ou encore les débiles légers des débiles profonds, mais non pas les sujets d'intelligence moyenne des sujets d'intelligence supérieure ;

- pour réussir à bien dessiner un bonhomme, il faut un minimum d'intelligence qu'on pourrait situer aux alentours d'un Q.I de 80 à 90. Passé ce cap, d'autres éléments entrent en jeu pour favoriser le dessin de la forme humaine ;

- aux niveaux les plus bas, l'influence de la perception spatiale sur le dessin est la plus forte; aux niveaux moyens, c'est l'intelligence globale; aux niveaux les plus hauts, c'est l'intelligence verbale (Royer, 1984, p. 72).

· Style graphique et traits de personnalité

Plusieurs auteurs ont identifié des indices graphiques à analyser lors de l'interprétation d'un dessin. Ces indices sont révélateurs des traits de personnalité ou encore les émotions ressenties lors de l'exécution du dessin.

En 1947, (cité par Scetbon, 2013) ont comparé le style graphique d'enfants et leur vie affective. Leurs travaux ont permis de trouver des associations entre le type de formes représentées et certains aspects de la personnalité. Ils ont découvert que :

- les enfants qui représentaient les lignes droites et les angles étaient plus réalistes, souvent agressifs et opposants. De plus, ils avaient de bonnes capacités d'organisation et d'initiative ;

- les enfants qui préféraient les lignes courbes étaient plus sensibles et avaient tendance à rechercher l'approbation des adultes. Ces enfants étaient imaginatifs mais manquaient de confiance en eux ;

- la prédominance de formes circulaires serait un signe d'immaturité et de féminité.

- l'équilibre entre formes circulaires et lignes verticales serait le reflet d'un bon équilibre et d'un contrôle de l'impulsivité ;

- les enfants qui avaient recours aux verticales avaient un tempérament viril, actif, constructeur et extraverti ;

- les lignes horizontales étaient plus rares et seraient l'indice de conflits psychologiques.

· Utilisation de l'espace

- L'emplacement du dessin sur la page

On peut considérer l'emplacement du dessin comme un aspect structural de base du dessin, riche en significations de l'image du corps. Il est étroitement lié à la hauteur du personnage dessiné, à sa position, à son expansion dans le cadre graphique.

Cette notion spatiale n'est pas géométrique mais psychologique c'est-à-dire subjective. En effet, on fait référence ici à l'espace dans lequel peut s'épanouir le moi de l'enfant, ses activités, ses projets de vie. Cet espace est en fait, le produit de synthèses, de mouvements qui intègrent des sensations kinesthésiques, visuelles, proprioceptives, tactiles, auditives. Toutes ces sensations sont vécues au cours des relations affectives des autres envers l'enfant et de l'enfant envers les autres (Scetbon, 2013).

Cette position qu'occupe le dessin sur la feuille est donc en relation avec les désirs, les conflits, les anxiétés qui marquent les processus de réalisation de soi. Ceux-ci sont gravés dans l'image du corps et c'est par son intermédiaire que le dedans et le dehors s'unissent pour déterminer « l'espace vécu » de chacun.

On considère généralement que l'axe vertical est étroitement lié au sentiment du poids du corps. En effet, dans une humeur d'optimisme, de rêverie, d'aspiration, le corps s'élève comme dégagé de son poids réel alors que dans une humeur dépressive, le corps devient lourd et est dans un mouvement de chute en bas. L'image symbolique de « en haut » et « en bas » dans les traditions et dans les religions est liée à la survie et à la mort.

L'emplacement horizontal renvoie à la relation du sujet envers soi-même et vers les autres. Machover (1949) interprète le choix de la partie droite de la feuille comme témoignage d'une personnalité tournée vers les autres, tandis que l'usage de la partie gauche indique une personnalité tournée vers elle-même. Buck (1948) a, pour sa part, introduit la dimension temporelle dans le dessin. La partie droite concerne une orientation vers l'avenir et la partie gauche indique l'impulsivité ou la satisfaction émotionnelle. Un personnage bien centré dans la feuille correspond à une maturité. Cette interprétation s'accorde avec le symbolisme de la droite et de la gauche. La main droite est la main éduquée, socialisée. La main gauche est plus sous l'emprise de la spontanéité, du naturel, de la personnalité.

Plusieurs études ont établi un lien entre l'emplacement du dessin à gauche et l'anxiété. Par exemple, Handler et Reyher ont constaté dans leurs recherches que l'emplacement à gauche va de pair avec l'anxiété. Johnson lui aussi a trouvé que les étudiants qui sont bien notés dans leurs études, révèlent une anxiété, et préfèrent placer leur personnage dans la partie gauche en haut de la page. Les personnes inhibées, ayant des difficultés sociales ont tendance à choisir le déplacement du personnage dans une extrémité de la page (Handler &Reyher, 1964 ; cité par Anusaksathien, 2011).

Lorsqu'un dessin occupe une très petite dimension, cela est associé à une perception négative de soi, à la dévalorisation et à la timidité. Cependant, il sera signe de confiance en soi, d'extraversion s'il occupe plus de la moitié d'une feuille. Dans ce dernier cas, il peut aussi indiquer une difficulté à se contrôler ou une tendance à passer à l'acte (Crotti&Magni, 1996; Urban, 1963 ; cités par Scetbon, op.cit.).

Pour Alschuler et Hattwick (1947 ; cité par Scetbon, op.cit.), la tendance de l'enfant à dépasser le cadre lors du dessin est associée à un manque de contrôle et serait un signe d'immaturité ou une attitude d'opposition.

Les enfants qui n'acceptent pas les limites réalisent de grands dessins jusqu'au bord de la feuille. Si le dessin est excentrique ou de très petite taille, cela serait un indice de déséquilibre.

Les enfants inhibés n'osant pas explorer le monde, réalisent souvent de petits dessins. Si l'enfant à une préférence pour la partie supérieure de la feuille, cela marquerait l'orgueil, alors que la préférence de la partie basse serait liée à la stabilité. Pour ces deux auteurs, l'usage du côté droit ou gauche de la feuille ne serait pas significatif d'un trait de personnalité.

Quant à Max Pulver (cité par Scetbon, 2013) a tenté de diviser la feuille de papier en plusieurs zones symboliques. Pour lui, le haut de la feuille correspond à la zone de l'esprit et de l'épanouissement dans le monde ambiant, le bas exprimerait la zone des tendances érotiques, des pulsions biologiques et notre appartenance au monde collectif, la gauche figurerait le passé, l'introversion, les fixations infantiles et la droite symboliserait l'avenir, l'extraversion, l'autorité. Le centre serait la zone où se projette le Moi du sujet et les diagonales représenteraient des combinaisons des quadrants décrits. Ces zones symboliques sont illustrées par Royer dans le tableau 3 ci-après.

Tableau 3: Zones symboliques de la feuille du dessin (Royer 1995 ; cité par Couillard), 2011.

· Utilisation de la couleur

Pour Buck (cité dans Royer, 1995), la couleur révèle le noyau affectif le plus profond de la psyché. Pour Royer (op.cit.), un dessin sans couleur peut être comparé à une phrase sans qualificatif ni tonalités affectives. Les enfants bien adaptés font des dessins avec une variété de couleurs alors que les enfants émotionnellement instables n'utilisent que quelques couleurs.

Selon Greig (2000), les plus jeunes enfants choisissent les couleurs qu'ils préfèrent (le rouge en particulier) sans se préoccuper des teintes naturelles. Pendant la période de latence, le choix des couleurs devient de plus en plus réaliste. Au début de l'adolescence, la couleur est généralement abandonnée.

Widlöcher (2002), après une étude sur l'utilisation des couleurs chez des enfants révèle que :

- les enfants ouverts, bien adaptés au groupe ont tendance à utiliser les couleurs chaudes ;

- les couleurs neutres sont retrouvées chez des enfants renfermés, indépendants et le plus souvent agressifs ;

- le rouge est la couleur préférée des jeunes enfants, mais chez les enfants plus grands, elle exprimerait des mouvements d'hostilité et des dispositions agressives ;

- les enfants qui utilisent le bleu se conformeraient aux règles extérieures et se répartissent en groupes : ceux qui n'acceptent pas ces règles en profondeur et ceux qui les acceptent ;

- l'utilisation du noir serait liée à la peur, l'anxiété et des comportements dépressifs ;

- l'orange refléterait un état d'esprit heureux, détendu et le brun, le besoin de salir ;

- le vert serait utilisé en lien avec une réaction contre la discipline trop rigoureuse ;

- le violet serait témoin de tensions conflictuelles.

La répartition des couleurs est également à prendre en compte. La superposition serait le reflet d'un conflit des tendances. L'isolement des couleurs refléterait rigidité et crainte. Le mélange sans discrimination serait lié à une immaturité et de l'impulsivité.

Selon Barbey, les dessins monochromes, de couleur sombre marquent, des affects dépressifs, abandonniques. Les dessins multicolores, aux couleurs exubérantes sont un signe de défenses maniaques tandis qu'un dessin où la couleur est bien tempérée est signe d'une affectivité moins secouée de conflits. Les couleurs rouges et noires ont principalement été utilisées pour représenter la douleur. Les enfants en souffrance par rapport à leur image corporelle, proposeront des dessins souillés ou raturés de couleurs sombres et froides (Barbey, 2002 ; cité par Scetbon, 2013). Toutefois, le symbolisme des couleurs peut varier d'une culture à l'autre.

· Caractéristiques du trait

Le type de traits utilisé par l'enfant dans ses dessins est également riche de sens.Fernandez (2005) propose huit caractéristiques physiologiques du trait. Les quatre premières qui concernent l'appui et l'épaisseur du trait, la netteté, la droiture et la rapidité sont des éléments actifs. Les quatre autres éléments sont passifs : la légèreté, le caractère pâteux, le caractèrecourbé et la lenteur du trait.

Un tracé appuyé sans hésitation renvoie à la vitalité et à l'affirmation de soi tandis que des traits trop marqués, au point de trouer le papier trahissent l'agressivité. Le tracé léger peut refléter une timidité, de la difficulté à s'affirmer, de l'inhibition, ainsi qu'un manque de confiance. Les courbes sont davantage associées à la féminité alors que les angles et les lignes droites évoquent la virilité, l'agressivité (Chermet-Carroy, 1988).

Kim-Chi (1989) mentionne que des traits trop appuyés peuvent trahir une importante tension nerveuse tandis que des traits faibles peuvent refléter un manque d'assurance et même un sentiment dépressif. Les individus équilibrés auront donc tendance à utiliser des traits d'une intensité contrôlée.

Les traits réguliers (fluides, sûrs) pourraient refléter de bonnes capacités d'adaptation ainsi que de la confiance en soi alors que des traits hésitants, morcelés ou repris peuvent être présents chez des individus éprouvant des difficultés d'adaptation. La circularité et l'arrondi du trait seraient liés à un désir de protection. (Crotti&Magni, 1996, 2001 ; cité par Scetbon, 2013).

Selon Royer (1984), le carré fait référence à la rationalité, à l'abstraction et à la dureté alors que le cercle évoque l'unité, la cohérence, l'harmonie. En ce qui a trait au triangle, si la pointe est en haut, il reflète la stabilité alors qu'une pointe en bas peut évoquer le manque de stabilité. Quant à la spirale, Royer considère qu'il s'agit d'un cercle vivant qui va en s'agrandissant ou en se refermant sur lui-même.

Pour Aubin (1970), un trait léger allant jusqu'au pointillé serait le signe d'une inhibition et un estompage flou pourrait refléter une difficulté à se vivre comme une personne, voire un sentiment de dépersonnalisation. Philippe Wallon (2012) considère les traits repassés comme des révélateurs d'angoisse tandis que pour Vinay, un trait net témoignerait d'une grande capacité d'indépendance, d'un équilibre psychique et une solidité. Par ailleurs, ce type de trait serait aussi associé à une froideur dans les échanges sociaux. Le trait droit serait caractéristique de la capacité à prendre des décisions. La rapidité d'exécution du trait serait un signe de l'énergie motrice. Un trait léger évoquerait la timidité, la fragilité, le manque de confiance en soi. Un trait pâteux serait lié à une charge affective importante. La lenteur du trait témoignerait d'obstacles psychiques (Vinay, 2007).

D'après Alschuler et Hattwick (cité par Scetbon, 2013), la représentation de lignes avec des directions cohérentes est associée à l'esprit de décision, alors que la représentation de traits qui vont dans toutes les directions est le reflet d'une impulsivité. Les formes angulaires reflètent un maniérisme agressif tandis que la disposition en zigzag ou la représentation de lignes brisées seraient des signes d'instabilité. L'absence de trace a été particulièrement observée chez des enfants autistes parHaag(1995).

précédent sommaire suivant






La Quadrature du Net