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L'assomption en Provence au XVIIème siècle.


par Charlotte Siat
Aix-Marseille Université - Master II Histoire de là€™Art moderne spécialité Art moderne et contemporain 2013
  

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I. L'ASSOMPTION AU XVIIe SIÈCLE

a. Les origines de la croyance

Si l'Assomption de la Vierge Marie est aujourd'hui associée à la fête du 15 Août, il est important de rappeler son officialisation tardive. C'est en 1950 que le pape Pie XII proclame le dogme3 de l'Assomption4.

Avant de tenter de reconstituer les origines de la croyance, nous pouvons nous poser la question suivante : à quelle époque la Vierge Marie est-elle devenue la Sainte Vierge ? L'homologation des saints nous amène au IIème siècle avec le culte des martyrs. Il faudra attendre le début du Vème siècle pour voir émerger à Constantinople le culte des saints non martyrs5, et donc celui de la Sainte Vierge. C'est au même moment que l'on commence à rendre hommage et à célébrer la naissance de la Vierge au ciel, sans pour autant mentionner une assomption ou même une dormition.

C'est au début du VIème siècle que la foi des fidèles en l'Assomption de Marie est attestée : il s'agit d'une tradition longue, difficile à reconstituer, car au même titre que le début de la vie de Marie, sa mort est dénuée de toute documentation, que l'on pourrait considérer comme « historique ».

Cependant plusieurs ouvrages nous en livrent la croyance la plus ancienne connue à ce jour. Les transitus apocryphes6 aussi appelés Dormitio Mariae7sont datés du VIème siècle mais pourraient être le résultat écrit d'une tradition plus ancienne, une tradition orale et vivante de l'Église. Dans ces textes la fin de la vie de Marie est décrite de plusieurs façons : la plus

3 Un dogme signifie l'acceptation d'un épisode comme vérité de la foi par l'Eglise catholique.

4 Le 1er novembre 1950 le pape Pie XII promulgue le Munificentissimus Deus, un dogme définissant l'Assomption de Marie.

5 C'est au début du Ve siècle que les ermites du désert, et d'autres fidèles du dévouement total, furent reconnus pour leur sainteté héroïque, ils sont alors vénérés dès leurs morts, et l'on célèbre leur nouvelle naissance au ciel.

6 Littéralement les apocryphes du « transfert» : certain textes sont partiellement conservés en grec, mais il existe des versions plus complètes en éthiopien. Il est attesté par plusieurs auteurs contemporains, dont René Laurentin, que ces textes n'ont aucun fondement historique, ils sont l'illustration par un récit concret de la haute idée qu'on se fait de la fin de Marie, avec des modalités plus glorieuses encore que celles des martyrs reconnus saints dès le IIe siècle. (LAURENTIN, René, Vie authentique de Marie, L'oeuvre éditions, Paris, 2008. 7Dormitio Mariae signifie « la dormition de Marie ».

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courante décrit les apôtres réunis, l'âme de la Vierge puis son corps8 rejoignent Jésus Christ au ciel, avec l'aide ou non des anges. Jamais reconnus par l'Église car dépourvus de fondements « historiques », ces écrits ont néanmoins le mérite de constituer la première attestation de la foi en l'Assomption au sein du peuple chrétien, qui l'acceptait déjà comme vérité.

Un siècle plus tard ces textes bénéficieront d'un succès important qui encourage leur diffusion. En réaction l'empereur byzantin Maurice 1er9instaure10 un jour de fête et de repos, le 15 Août, en l'honneur de la Dormition de la Vierge Marie.

Cet évènement marque le début d'une réflexion théologique plus poussée sur la place de la Vierge Marie dans le culte et la vie des croyants. L'Assomption bénéficie alors d'un climat apaisé et c'est ainsi que se développe en Orient comme en Occident les premières homélies11 qui accompagnent l'accroissement des célébrations liturgiques.

Parmi les nombreuses homélies nous pouvons relever celle de Modeste de Jérusalem12, particulièrement importante de par son ancienneté mais aussi pour son rôle dans l'assimilation de cet épisode comme vérité. En 629, soit quelques décennies après la proclamation de la fête du 15 Août par l'empereur Maurice 1er, saint Modeste devient le patriarche de Jérusalem. Il consacre une homélie à la Dormition de Marie, et dans ce sens, est le premier à affirmer sans hésitation la vraisemblance de ce passage. Ce récit nous est connu par le témoignage de Photius13, qui aurait lu cette homélie dans un manuscrit où elle est attribuée à Modeste de Jérusalem. Malgré ces problèmes d'attribution, il s'agit d'un récit important, le premier parmi

8 Il est important de remarquer que dans les apocryphes, l'assomption de l'âme est suivie de l'assomption du corps. Bien plus tard les écrits décrivent que l'âme et le corps de Marie seront emportés simultanément au ciel. Mais les premiers écrits explicitent donc par l'emploi de ce terme dormition, que la Vierge est bien morte avant d'être enlevée (ou élevée) au ciel.

9 L'empereur byzantin Maurice 1er (539-602) règne de 582 à 602. L'historien byzantin Theophylactus Simocatta nous en livre les dates dans son ouvrage du VIIème siècle.

10 Entre 582 et 602.

11 Une homélie est un sermon prononcé par le prêtre.

12 Notons que l'attribution de cette homélie est aujourd'hui contestée, voir JUGIE, Martin, Deux homélies patriotiques pseudépigraphes : Saint-Athanase sur l'Annonciation ; Saint-Modeste de Jérusalem sur la Dormition, In: Échos d'Orient, tome 39, N°199-200, 1941, pp. 285-289.

13 Photius (810 env. - 895 env.) fut patriarche de Constantinople de 858 à 867 puis de 877 à 886.

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ceux des Pères grecs, à affirmer et glorifier l'Assomption de la Vierge. Cette homélie se détache aussi par son contenu doctrinal particulièrement explicite, qui sans détour aborde le mystère qui englobe la fin de la vie de Marie. Ainsi selon Modeste de Jérusalem, le corps et l'âme de la Vierge s'élèvent dans la gloire. Il affirme que Marie devait être semblable à son Fils, qui l'a lui-même ressuscitée, son corps virginal n'ayant pas connu la corruption. Cependant l'auteur ne cherche pas à combler le mystère qui englobe la mort et l'Assomption de Marie. Il se contente de la présenter comme une vérité vraisemblable. La signification du dénouement de la vie de la Vierge revêt un caractère particulier dans cette homélie : elle aurait une fois au ciel le rôle de médiatrice en faveur des hommes14.

Une autre homélie est à rapprocher de celle-ci car aussi datée du VIIème siècle. Elle est attribuée à Jean de Thessalonique15. Composée à l'occasion de l'introduction de la fête de l'Assomption en Thessalonique, elle n'est cependant pas une homélie pour la fête. Contrairement à Modeste de Jérusalem, l'auteur a largement puisé son inspiration dans le Transitus Mariae, tout en extrapolant son discours dans l'intention de le rendre vivant. Ce récit visait probablement avant tout à instruire les fidèles, puisque son historicité est remise en cause par l'emploi d'un registre merveilleux et de dialogues vraisemblablement écrits de sa main. Cependant on ne peut pas négliger la part de l'homélie de Jean de Thessalonique dans la tradition de l'Assomption.

En effet les orateurs qui lui succèdent s'en inspirent, y trouvant une source épurée, plus aisément maniable que les apocryphes.

14 « Dieu préserve vraiment de toute affliction ceux qui reconnaissent Marie Mère de Dieu : il t'a emmenée près de lui pour que tu puisses intercéder avec nous », Modeste de Jérusalem, Homélie sur l'Assomption, 10, PG 86 ,2,3301 C.

15 Jean de Thessalonique fut nommé patriarche de Thessalonique en 605.

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Parmi les grands orateurs du VIIIème siècle qui ont consacré une homélie à l'Assomption de la Vierge nous trouvons Germain de Constantinople16, que nous pouvons citer :

« Tu apparais, comme il est écrit, en splendeur ; et ton corps virginal est entièrement chaste, entièrement la demeure de Dieu ; de sorte que, de ce fait, il est ensuite exempt de tomber en poussière ; transformé dans son humanité en une sublime vie d'incorruptibilité, vivant lui-même et très glorieux, intact et participant à la vie parfaite. »17.

André de Crète18 et Jean de Damas19, pour ne citer que les plus connus, ont aussi consacré une homélie à la Vierge. Ces auteurs dédieront une plus grande part aux influences apportées par les récits apocryphes, rendant leurs homélies contestables sur le plan historique.

C'est également au VIIème siècle que l'Assomption, d'abord appelée Dormition de Marie, se répand en Occident. Le pape Théodore20, originaire de Constantinople, apporte avec lui cette fête à Rome. Le siècle suivant voit cette commémoration se répandre un peu partout en Occident, et c'est au IXème siècle que l'Assomption est ordonnée à la totalité de l'Empire Franc.

En effet le Concile de Mayence21, qui eut lieu le huit juin de l'an 813 dans le Cloître de l'Eglise de Saint-Alban, affirma cinquante-cinq Canons22dont une liste de fêtes imposant le repos des fidèles. Parmi celles-ci nous trouvons l'Assomption de Sainte Marie, ce qui officialise la place de cette fête dans le culte catholique.

16 Il fut patriarche de Constantinople de 715 à 730.

17 Extrait tiré de St GERMAIN DE CONSTANTINOPLE, Sermon I In Dormitionem Deiparae ; Patrologie grecque 98, col, 345-348, In BUR, Jacques, Pour comprendre la Vierge Marie, les éditions du Cerf, Paris, 1992.

18 André de Crète fut engagé contre l'iconoclasme, il quitta sa ville d'origine, Damas, pour Constantinople, et fut donc contemporain de Germain de Constantinople.

19 Jean de Damas ou Jean Damascène (676-749) fut un théologien de l'Eglise catholique, il est l'auteur de trois homélies sur la Dormition de la Vierge. Voir JUGIE, Martin, Analyse du discours de Jean de Thessalonique sur la Dormition de la Sainte Vierge, In: Échos d'Orient, tome 22, N°132, 1923. pp. 385-397.

20Le pape Théodore est élu en 642 et siègera jusqu'à sa mort en 649.

21 Voir LONGUEVAL, Père Jacques, Histoire de l'Eglise Gallicane, Tome IV, Paris, 1733.

22 Les Canons de l'église catholique constituent l'ensemble des lois ecclésiastiques concernant la foi ou la discipline religieuse. Ces textes juridiques font obligation aux chrétiens d'adhérer, dans la foi, aux vérités proposées par le Magistère de l'Eglise.

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Il semblerait que durant tout le Moyen-âge la tradition de l'Assomption persiste sans réels heurts, puisqu'aucun évènement ne vient perturber cette croyance. Néanmoins il est important de rappeler la différence entre le culte catholique et le culte protestant concernant cet épisode. Dans les premiers temps la nuance réside dans l'utilisation des termes Assomption et Dormition. Comme nous l'avons vu, le culte catholique reconnut très tôt l'idée du corps incorruptible de la Vierge, et donc de ce fait son élévation au ciel, corps et âme, d'où le terme « Assomption », du latin assumptio qui signifie l'action de prendre.

Chez les protestants, la Dormition vient de dormitio, l'action de dormir, le sommeil. L'accent est avant tout porté sur la mort de la Vierge Marie, une mort douce comparable à un endormissement.

Cependant les deux visions se rejoignent dans la croyance en un dénouement glorieux de la vie terrestre de Marie.

Les protestants croient également en l'élévation de la Vierge. Son fils le Christ serait lui-même venu chercher l'âme de sa mère. C'est une différence qui se retrouve avant tout dans les premières représentations de cet évènement23.

Au-delà de l'étymologie de ces deux termes, la principale dissonance entre les deux cultes se retrouve dans l'acceptation de l'Immaculée Conception. Les protestants la réfutent, tandis que les catholiques s'y appuient en partie pour expliquer l'Assomption de Marie. En effet, comme nous l'avons déjà vu, le culte chrétien considère que son corps est resté intact, qu'il n'a pas connu la corruption ni le péché. C'est pourquoi la Vierge ressuscite corps et âme. Les fidèles de confession protestante, même s'ils ne rejettent pas l'idée de l'Assomption de la Vierge, ne la fêtent pas, car pour eux, le problème réside dans l'absence de textes bibliques sur le sujet. Durant les siècles suivants le terme « Dormition » est moins utilisé, pour presque disparaitre au profit de celui de l'Assomption.

23 Voir I.) c. de mémoire.

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