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L'optimalité du régime de change dans la zone UEMOA.


par AYA MARIE ESTELLE AMANI epse KONAN
université Félix Houphouet Boigny de Cocody/Abidjan - DEA/MASTER NPTCI option macroéconomie appliquée 2012
  

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1.4. Les critères de la théorie des zones monétaires optimales

La théorie de la zone monétaire optimale s'étudie sous deux aspects : l'aspect statique et l'aspect dynamique. Mais quelque soit l'aspect sous lequel elle est étudiée, la théorie de la zone monétaire optimale cherche à identifier les mécanismes d'ajustements qui pourraient se substituer efficacement au processus d'ajustement que garantit la flexibilité du taux de change. Elle évalue les coûts et avantages pouvant résulter du fait d'appartenir à une union monétaire en renonçant au régime de change flexible.

Les critères de la zone monétaire optimale varient selon les modèles d'analyse. Dans le modèle statique, nous avons les critères traditionnels. Parmi ces critères traditionnels, on a d'abord le critère du degré de mobilité des facteurs de production de Mundell (1961). Selon Mundell (1961), la mobilité des facteurs de production, et plus précisément du facteur travail, constitue un mécanisme naturel permettant un retour à l'équilibre initial suite à un choc perturbateur.

En effet, si un choc asymétrique (interne ou externe) affecte deux économies liées par un processus d'intégration et en l'absence du mécanisme correcteur qu'est le taux de change, l'ajustement ne s'effectuera qu'en présence d'une forte mobilité des capitaux et de la main-d'oeuvre et/ou une forte flexibilité des prix et des salaires. Dans le cas contraire, où la mobilité des facteurs et la rigidité des salaires sont faibles, les pays auront beaucoup plus de difficultés à faire face aux chocs macroéconomiques asymétriques.

Nous avons ensuite le critère du degré d'ouverture des économies de McKinnon (1963), c'est-à-dire le degré d'intégration commerciale. Ce critère stipule que les coûts liés à l'abandon du taux de change comme instrument de politique économique diminuent en fonction du degré d'ouverture des économies et de l'importance de leurs échanges réciproques. Plus le degré d'ouverture d'un pays est important, plus la transmission d'un changement des prix mondiaux sur les prix relatifs internes est probable. Cela induit que l'illusion monétaire tend à disparaître. La baisse des revenus réels devient apparente et les agents réclament la révision de leurs revenus nominaux. Il faut donc limiter les variations des taux de change pour limiter les variations de prix.

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D'autre part, le critère de McKinnon (1963) stipule que l'efficacité de la politique de change diminue avec le degré d'ouverture de l'économie. Dans une économie très ouverte, les coûts de production sont fortement influencés par les prix des matières premières et des consommations intermédiaires importées, celles-ci étant difficilement remplaçables par une production locale. Lors d'une dévaluation, les effets d'inflation causés par la hausse des prix des importations nécessaires se répercutent immédiatement sur les prix des autres biens et salaires et limitent les effets attendus de la dévaluation. Le taux de change est par conséquent moins efficace comme instrument d'ajustement.

En plus de cela, nous avons le critère de la spécialisation de Kenen (1969). Dans sa réplique à Mundell (1961) et McKinnon (1963), Kenen (1969) se focalise sur la spécialisation des économies au sens de la diversification de la production et de la consommation. Il conclut que les économies diversifiées peuvent plus facilement adopter des changes fixes et s'intégrer à une zone monétaire que celles qui se caractérisent par une diversification modeste. Une forte diversification de la production ou de la consommation ainsi que la similarité de la production diluent l'impact possible d'un choc dans un secteur ou pour un bien spécifique. Dans ce cas, un choc n'aura que peu de conséquences sur l'agrégat et affectera les pays de manière similaire. Par conséquent, la diversification et la similarité de la production réduisent le besoin de politique de change et donc les coûts de son abandon.

Dans le cas des pays de l'UEMOA, les économies de la région sont toutes spécialisées dans l'exportation de quelques produits primaires qui, dans une majorité des cas, sont différents. La différence de spécialisation est en grande partie liée au positionnement géographique. Les économies sahéliennes (Burkina Faso, Mali et Niger) sont essentiellement agricoles et se distinguent des pays côtiers (Sénégal, Côte d'Ivoire) qui ont un tissu industriel relativement plus développé. Le Bénin et le Togo forment un troisième groupe où l'activité d'import-export est prédominante.

Enfin, Ingram (1969) apporte sa contribution avec le critère de l'intégration financière. Son approche est basée sur l'idée que les capitaux ont tendance à se déplacer plus rapidement que la main d'oeuvre et qu'ils peuvent ainsi la remplacer dans le rôle d'un mécanisme correcteur des déséquilibres de la balance des paiements. Lors d'une forte intégration financière, et même en

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l'absence de l'instrument du taux de change, des changements modestes des taux d'intérêt peuvent ainsi causer des mouvements de capitaux équilibrant. Une zone monétaire ne peut donc fonctionner, et à plus forte raison être optimale, sans une mobilité totale des capitaux et une libéralisation accrue des services financiers.

Au delà de ces critères traditionnels des zones monétaires optimales, il existe aussi des critères modernes. On peut citer en autre le critère de parallélisme des taux d'inflation de Fleming (1971). Fleming (1971) constate que la similarité des taux d'inflation sur une certaine période de temps entre différents pays induit des conditions d'échanges stables et donc réduit le besoin d'ajustement du taux de change. Des taux d'inflation divergents pourraient causer des pouvoirs d'achat divergents et donc entraîner le recours à l'instrument de change pour corriger ces écarts. Ce nouveau critère induit que la cause sous-jacente du mécanisme de change reflète un phénomène macro-économique et non un changement microéconomique comme cela était le cas dans les théories précédentes.

En effet, les différences de taux d'inflation résultent de différents facteurs comme les disparités dans le développement structurel entre pays, la diversité d'institutions du marché de travail, les différences dans les politiques économiques ou la diversité de préférences sociales comme l'aversion à l'inflation.

En outre, nous pouvons aussi citer, le critère d'homogénéité des préférences et des objectifs de Kindleberger (1986) comme un déterminant majeur de l'adhésion à une union monétaire. Cet auteur souligne que les pays de la zone monétaire doivent impérativement communiquer entre eux et adopter un consensus sur les objectifs de politique économique visés, par exemple par l'acceptation d'un même compromis entre inflation et chômage. Ainsi, pour qu'elle soit optimale une union monétaire faisant face à de chocs asymétriques affectant la demande ou l'offre des biens d'un pays de l'union, doit pouvoir mettre en oeuvre une procédure d'ajustements automatiques évitant ainsi des modifications dans les taux de change nominaux entre les pays adhérents.

Par ailleurs, parmi les critères modernes, on note aussi les critères de convergence, comprenant quatre critères de premier rang à savoir, le ratio du solde budgétaire de base au PIB nominal doit être supérieur ou égal à 0 (critère clé), le taux d'inflation annuel moyen doit être inférieur ou égal

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à 3%, le ratio de l'encours de la dette intérieure et extérieure au PIB nominal doit être inférieur ou égal à 70%, l'interdiction d'accumulation d'arriérés de paiement (intérieurs et extérieurs) sur la gestion de la période courante ; et quatre critères de second rang pour les pays de l'UEMOA à savoir, la masse salariale ne doit pas excéder 35% des recettes fiscales, les investissements publics financés sur ressources internes devront représenter au moins 20% des recettes fiscales, le déficit extérieur courant hors dons ne doit pas excéder 5% du P11B nominal, le taux de pression fiscal, c'est-à-dire les recettes fiscales rapportées au P11B nominal supérieures ou égales à 17%.

Concernant le modèle dynamique de la théorie des zones monétaires optimales, on distingue deux principales théories : « le cercle vicieux » des unions monétaires de Krugman (1993) et « le cercle vertueux » des unions monétaires de Frankel et Rose (1998) et Rose (2000).

S'agissant de la théorie du « cercle vicieux » de Krugman (1993), il stipule que lorsque des pays sont dans une union monétaire et qu'ils se spécialisent en fonction des avantages comparatifs et de leur position géographique, l'échange entre ces pays est faible, on a des cycles divergents et ces pays sont touchés par des chocs asymétriques. Krugman (1993) illustre cela par le cas des Etats-Unis où les zones économiquement intégrées se caractérisent par une forte spécialisation régionale génératrice d'asymétries.

Tandis que dans leur théorie du « cercle vertueux », Frankel et Rose (1998) stipulent que lorsque des pays sont dans une union monétaire, le commerce bilatéral augmente trois fois, ce qui signifie que ces pays échangent beaucoup entre eux, on a une synchronisation des cycles et les chocs affectant ces pays sont des chocs essentiellement symétriques.

Nous pouvons donc dire, comme Frankel (1999), qu'il n'y a pas de régime de change optimal mais chaque pays ou union monétaire a un régime de change qui lui convient à un moment donné, en fonction des caractéristiques du pays ou des pays composant l'union monétaire.

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