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Effets de la hausse des prix des denrées alimentaires sur la consommation des ménages au Togo.


par Moubarak DJIGBA
Université de Lomé - Master en Economie 2012
  

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2.2- Principaux déterminants des hausses de prix des denrées alimentaires

2.2.1- Déséquilibre entre l'offre et la demande

Les fluctuations permanentes de prix des denrées alimentaires enregistrées ces dix (10) dernières années, sont le reflet d'un déséquilibre entre l'offre et la demande dû à une «crise de la production» conjuguée avec une augmentation de la demande et du pouvoir d'achat tendanciels ces dernières années, d'une part ; et à une «crise des prix» à cause du dysfonctionnement et de la manipulation des marchés, d'autre part. Parmi les facteurs décisifs plus spécifiquement mis en cause, on peut mentionner la réduction des stocks alimentaires, les changements climatiques et les sécheresses récentes dans des pays fournisseurs de premier plan, et la demande accrue pour certains produits alimentaires liée à la croissance démographique, à l'augmentation du revenu, à l'urbanisation et à la modification des habitudes alimentaires dans les centres urbains. Il est d'ailleurs observé qu'au moment même où les pressions démographiques s'accentuaient, les récoltes étaient en recul.

Du côté de la demande, les principaux facteurs de volatilité des prix alimentaires, se concentre essentiellement sur la croissance démographique, la demande sans cesse croissante des biocarburants, la croissance continue de la demande de denrées alimentaires dans les pays émergents, et sur les transactions opérées sur les marchés financiers.

S'agissant de la croissance démographique mondiale qui est d'environ 78.5 millions d'individus par an, son évolution est telle que nous passerons de 6.6 milliards d'habitants actuellement à 9.3 milliards en 2050. Et pour pouvoir satisfaire ces besoins supplémentaires, le milieu rural ou agricole devra produire un (1) milliard de tonnes de céréales de plus par an, tout en essayant de préserver et d'améliorer les ressources naturelles dont dépend le bien - être des générations présentes et futures. A cela, il faut ajouter la demande croissante dans le secteur des biocarburants. En effet, celle - ci a tout simplement détourné de la consommation alimentaire approximativement cent (100) millions de tonnes de céréales (près de 4.7% de la production mondiale de céréales), dont environ quatre - vingt (80) millions de tonnes de maïs aux Etats-Unis, rien que pour produire de l'éthanol.

Un autre élément important est la demande en denrées alimentaires des pays émergents, laquelle a augmenté en quantité et en qualité, suite aux performances économiques enregistrées (avec des taux de croissance économique du PIB de plus de 8%). Ainsi, au cours des vingt dernières années, la consommation de viande a plus que doublé en Chine ; tandis qu'elle a augmenté de 70% au Brésil, et de 20% en Inde. Et sachant qu'il faut près de sept (7)kg de céréales pour produire un (1) kg de viande, ces changements de goûtsont ainsi contribué à accroître les besoins en céréales sur les marchés ; provoquant non seulement une augmentation de leur prix, mais aussi un accroissement de la pression sur les ressources en eau de la planète. En effet, s'il faut 1 000 à 2 000 litres d'eau pour produire un (1) kg de céréales, ce sont 10 000 à 13 000 litres qui sont nécessaires pour obtenir un (1) kg de viande !

Enfin, on peut mentionner d'autres facteurs tels que les transactions effectuées sur les marchés financiers, plus particulièrement la spéculation sur les prix des denrées alimentaires de base ; l'inquiétude des marchés liée à la faiblesse des stocks de sécurité ; les fluctuations des taux de change ; et les mesures de court terme prises par certains pays pour, à la fois, limiter l'incidence de la flambée des cours mondiaux sur les marchés intérieurs, et préserver la sécurité alimentaire de leurs populations. Ces mesures, qui vont de l'interdiction à l'exportation, et au relèvement pur et simple des taxes à l'exportation, ont eu pour effet d'exacerber la volatilité à court terme des cours mondiaux de ces denrées et substituts, et d'accentuer une hausse générale des prix des denrées alimentaires.

Du côté de l'offre, on l'explique souvent par les déficits de production résultant de l'impact négatif des sécheresses et inondations liées aux changements climatiques sur les récoltes. Mais, est - ce la seule explication ? Non sans doute, car il y a également la réduction progressive, depuis le milieu des années 1990, du niveau des réserves mondiales de céréales, lequel a fortement influencé les marchés, et accentué davantage l'impact du déficit actuel de production. Enfin, pour bien cerner la question, il faut tenir compte du déclin progressif des prix réels des denrées agricoles depuis les années 1980 ; notamment suite aux subventions à l'exportation accordées par les pays industrialisés à leurs producteurs. Celui - cia constitué un frein à la production et à l'investissement agricoles dans les PED, et n'a pas permis aux petits agriculteurs d'améliorer leur productivité. C'est également la raison pour laquelle en Afrique, il y a un dumping agricole incroyable, qui a amené de nombreux pays à revenus faibles à devenir de plus en plus tributaires des importations pour satisfaire efficacement leurs besoins alimentaires.

Une étude de 2009 de la commission de l'UE sur les causes des flambées des prix des produits agricoles de base de 2007/2008, a montré que l'augmentation des prix alimentaires découlait de divers facteurs structurels et temporaires. Ces facteurs portent essentiellement sur la croissance de la population mondiale, l'augmentation des revenus dans les économies émergentes (Jeffery Frankel, 2008), l'apparition de nouveaux débouchés sur les marchés, le renchérissement des coûts de production, les conditions météorologiques, et les restrictions à l'exportation imposées par certains pays exportateurs. L'évolution des taux de change, le développement de l'activité spéculative sur les marchés dérivés des produits agricoles de base, et la relation étroite entre les marchés agricoles et les autres marchés des produits de base tels que le marché pétrolier, ont également porté un coup dur à l'évolution des prix des produits agricoles de base. Toutefois, l'incidence de ces différents facteurs varie selon les secteurs. De même, un rapport de la FAO (2011), l'attribue à une demande en hausse ainsi qu'aux inquiétudes à propos des stocks. L'organisme humanitaireOxfam l'attribue à une production réduite en raison des aléas climatiques, à la hausse des prix du pétrole renchérissant les fertilisants et les transports ; ainsi qu'à une demande croissante pour les biocarburants, aux restrictions à l'exportation, et à la spéculation financière.

Chen Qiu et al (2011) dans une étude sur les indicateurs macroéconomiques relative aux flambées de prix de 2007 - 2008 en considérant les produits alimentaires et le fuel essayèrent de montrer l'impact des chocs d'offre et de demande sur les prix des alimentaires et du fuel. Aux termes des travaux en se basant sur le modèle SVAR, les résultats indiquent que les deux chocs agissent de manière différente dans la variation des prix des céréales en particulier. De plus, l'hypothèse selon laquelle la hausse des prix des céréales est une conséquence logique d'un choc de demande a été confirmée uniquement dans le court terme. En outre dans le long terme, l'ajustement de l'offre par rapport à la demande, restore le niveau de prix d'équilibre.Kappel et al (2010) quant à eux, estiment fondamentalement que les actions de l'offre et de la demande sur le marché des produits, ont été les vrais précurseurs de la crise alimentaire de 2008, car la baisse de l'offre globale des produits alimentaires laissaient présager un déséquilibre du système. Dans leur analyse, ils pensent que tout accroissement de la production des denrées agricoles, est tributaire soit d'une hausse de la demande des biocarburants, ou soit d'une hausse de la demande globale des denrées alimentaires (Jeffery Frankel, 2008). Par conséquent, dans le court terme le prix augmente ; et le niveau de cette variation de prix dépendra de la nature de l'offre et de la demande. Mais dans le long terme, l'entrée de nouveaux producteurs (accroissement de l'offre) potentiels restaurera le prix du marché à son niveau initial ou bas (ceteris paribus).

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