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Réintroduction de l'ours dans les Pyrénées. Discours, représentations et processus d'entrée en résistance.

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par Elise LABYE
Université de Toulouse-Le-Mirail - Master 1 Anthropologie Sociale et Historique 2009
  

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II. CONSÉQUENCES: DU NIVEAU LOCAL AU NIVEAU EUROPÉEN 75

A. Entre resserrement de liens et accentuation de différences 75

1. Une plus grande cohésion du monde agro-pastoral 75

2. Des camps qui s'affrontent 78

B. Un projet commun pour le territoire 79

CONCLUSION GÉNÉRALE 82

BIBLIOGRAPHIE 84

ANNEXES 85

Annexe 1: Un peu d'humour... 85

Annexe 2: Carte de la répartition des ours sur le massif pyrénéen 87

Annexe 3: Schéma de l'étagement montagnard 88

Annexe 4: Plaquette de présentation des Pastoralies 89

Annexe 5: Plaquette de présentation des Rencontres des Transhumants d'Europe 90

Annexe 6: Sommaire du bilan réalisé par Bruno Besche-Commenge pour l'Addip 91

Annexe 7: Le Manifeste des Pyrénées 92

Annexe 8: Tableau extrait de l'ouvrage d'Isabelle Mauz 94

Annexe 9: Le programme du Symposium Life Coex 95

Annexe 10: Extrait des résultats d'une enquête sur l'efficacité des chiens de protection 99

Annexe 11: Adresses de sites internet 101

Annexe 12: L'entretien de Laurent, éleveur 103

Remerciements

Je tiens à remercier tous ceux qui ont permis que ce mémoire voit le jour, et tout

particulièrement, les personnes qui, sur le terrain, ont accepté de me recevoir et m'ont ouvert leurs portes. Merci à Nicolas qui m'a été d'une aide précieuse et qui m'a encouragé tout au long de ce travail.

Je remercie également mes parents, notamment pour leur grand soutien « logistique ». Ainsi que Vanessa et Céline pour leur aide à la relecture du mémoire, je leur exprime ici mon amitié et ma reconnaissance. Merci aussi à Brigitte, Gaëlle, Christelle, Maël et Marc.

Je voudrais ensuite remercier les membres du jury d'avoir pris le temps de se pencher sur mon travail.

Et enfin, j'adresse un très grand merci à Marlène Albert-Llorca pour m'avoir dirigée et accompagnée dans la réalisation de ce mémoire.

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INTRODUCTION

Les réintroductions d'ours qui ont eu lieu en 2006 dans les Pyrénées Centrales dans le cadre du « Plan de restauration et de conservation de l'ours brun dans les Pyrénées françaises, ont été le théâtre de nombreuses perturbations, donnant lieu notamment au déplacement du lâcher d'un des ours importés de Slovénie pour renforcer la population ursine pyrénéenne. Des tentatives d'empêchement plutôt musclées de ces lâchers ont eu lieu ainsi que plusieurs manifestations d'opposants. Ces évènements ont été à l'époque largement médiatisés. A une époque où la protection de l'environnement est devenue, en quelque sorte, « cause nationale », il ne se passe pas un jour sans que l'on entende parler dans les médias d'émissions de gaz à effet de serre, d'énergies renouvelables, d'éco-construction ou de sauvegarde de la biodiversité. Les dernières élections européennes ont d'ailleurs montré, avec le très bon score des écologistes, que la société est de plus en plus préoccupée par les questions environnementales. Quasiment tout le monde est désormais d'accord pour dire que préserver la « santé » de notre planète est une priorité. Mais il se trouve que tout le monde n'est pas d'accord sur ce qui constitue cette priorité et comme dans toute idéologie, il y a différents courants. Dans le cas qui nous intéresse ici, que ce soit les détracteurs ou les défenseurs de cette réintroduction, tous se disent défenseurs de la biodiversité mais sans avoir la même idée de ce qui doit la constituer et de ce qui est un patrimoine naturel à préserver, à sauvegarder. Ainsi, les éleveurs opposés aux réintroductions d'ours se disent volontiers écologistes et même « les vrais écologistes ».

D'autre part, lorsque l'on aborde ce sujet avec tout un chacun, la première chose que l'on vous demande c'est bien souvent: « t'es pour ou t 'es contre ?» Ou alors, cela donne lieu à un débat, qui peut être plus ou moins passionné selon que ce thème vous touche ou pas particulièrement, mais bien souvent les gens ont un avis sur la question ou ont du moins quelque chose à dire à ce propos: « l'ours a toujours été là », « il était là avant l'homme »... ou au contraire: « l'homme a toujours cherché à se débarrasser des prédateurs, pourquoi en remettre aujourd'hui », et cela, selon que l'on approuve ou pas cette réintroduction. Isabelle Mauz (2005 p.167) a fait la même remarque à propos des loups. Ayant fait une enquête de terrain dans les Alpes au moment où le loup a fait son retour dans la région, elle écrit que pour expliquer ces phénomènes qui déchaînent les passions, de façon parfois irrationnelle, il faut faire appel à la psychanalyse et elle fait référence aux travaux de Sophie

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Bobbé1 qui a traité les thèmes de l'ours et du loup selon une approche psychanalytique dans son

« essai d'anthropologie symbolique ». Il semble qu'il en soit de même pour l'ours. Mais ce n'est pas cet aspect que je vais pouvoir développer ici.

La question centrale de ma recherche est: pour quelles raisons peut-on rencontrer une telle résistance au projet de restauration d'une population viable d'ours dans les Pyrénées ? Et cela, plus précisément dans le département de l'Ariège, où l'on rencontre une forte opposition au projet et qui a constitué l'essentiel de mon terrain d'étude. Afin de tenter de répondre à cette question, je vais en poser plusieurs autres. Tout d'abord, qui sont les gens qui s'opposent à ce projet ? Est-ce que ce sont uniquement des éleveurs? Si ce sont des éleveurs, quels éleveurs ? Est-ce que ce sont uniquement des éleveurs transhumants? Habitent-ils tous en montagne, ou sont-ils aussi des piémonts et de la plaine? Sont-ils originaires de la région ou est-ce que ce sont aussi des néo-ruraux ? Quelles sont leurs conditions de vie, de travail ?

Ensuite, quel sens donnent-ils à leur action ? Et par quel discours argumentatif justifient-ils leur opposition ? Quel est leur discours sur la situation qu'ils sont en train de vivre ? Quelles perceptions ont-ils de l'ours ? (un danger physique ? Un danger symbolique ?) Il semble que le sentiment dominant soit que leur mode de vie, lié à leur activité de transhumance, est mis en danger de disparition par la volonté de l'État et des associations écologistes « d'ensauvager leurs

montagnes » en y réintroduisant des ours. Leur vision est exclusive: c'est eux ou les ours, mais la cohabitation est impossible.

En réaction, ils ont décidé de « rentrer en résistance » et se sont fédérés au sein d'une association. Par quels processus en sont-ils arrivés à rentrer dans cette logique de lutte, de résistance? Quelles sont leurs intentions, et par quels processus cherchent-ils à les mettre en oeuvre ? Quel est leur but, et quelles sont les actions entreprises pour l'atteindre ?

Pour tenter de répondre à certaines de ces questions, je formule l'hypothèse que, dans le but de se défendre face à ceux qu'ils voient comme mettant en danger leur mode de vie (l'État français, et ceux qu'ils qualifient « d'écologistes intégristes », termes employés très souvent employés par les opposants au programme de réintroduction) pour des raisons qui ne leur semblent pas valables. Ils sont entrés en résistance par le biais de structures associatives au niveau départemental et au niveau pyrénéen. Ces associations ont eu un rôle fédérateur en produisant un discours dans lequel tous semblent se retrouver, «nivelant» ainsi les disparités individuelles et permettant la diffusion d'une conception commune de l'idée de nature (une nature humanisée, culturelle) et de ce qui constitue un

1 Dans son ouvrage: L'ours et le loup, essai d'anthropologie symbolique publié en 2002

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patrimoine commun à préserver: leurs savoir- faire, les races domestiques autochtones, la culture montagnarde... Et comme il est plus facile de se défendre quand on a le sentiment d'appartenir à un même groupe, avec des valeurs communes, l'identité d'éleveur transhumants et l'identité

pyrénéenne sont mises en valeur (par exemple, dans le manifeste des Pyrénées qui commence ainsi: «Nous, qui vivons dans les Pyrénées... » aussi bien du côté espagnol que français) ainsi, des personnes qui ne sont pas des éleveurs et ne sont donc pas directement concernées par les prédations d'ours rejoignent « les rangs de la lutte » par « solidarité pyrénéenne ». Les dénominations des structures associatives me semblent assez significatives en ce sens: Association pour la Sauvegarde du Patrimoine Ariège Pyrénées (ASPAP) et Association pour le Développement Durable de l'Identité Pyrénéenne (ADDIP).

On peut remarquer également que l'Ariège bénéficie d'une image de pays de résistance, qui s'est plusieurs fois opposé à l'État dans son histoire, et les habitants du département revendiquent volontiers cette image un peu rebelle. Sur la page d'accueil du site internet à vocation touristique « Ariège.com », il y a une sorte de devise: « nature, tradition, courage, refuge, résistance ».En dessous il y a un petit texte qui explique chaque point de la devise2, pour le mot résistance, il est fait référence entre autres aux Cathares, et à la Guerre des Demoiselles. C'est au 19ème siècle, principalement dans le Couserans, qu'eut lieu cette révolte, en réaction à la mise en application d'un nouveau code forestier qui interdisait l'usage des forêts notamment pour le pâturage. Les paysans s'attaquaient aux gardes forestiers et aux gendarmes vêtus de longues chemises blanches de femmes et le visage noirci ou caché. Lors des manifestations d'opposition au plan ours, des opposants ariègeois ont défilé le visage noirci et vêtus de longues chemises blanches en référence à cet épisode de l'histoire locale. Jean, éleveur en Haute-Ariège, y fait également allusion dans ses propos: « ...tout le temps être en rébellion...c'est pas nouveau...y'a eu la guerre des demoiselles avant nous...si les montagnes elles sont restées ce qu'elles sont c'est parce que les gens s'y sont accrochés et faut continuer à s'y accrocher... ».

Je vais tout d'abord décrire quel a été mon terrain, comment j'ai collecté les données à partir desquelles j'ai pu réaliser ce mémoire. Ensuite, je présenterai quels sont les discours tenus par les acteurs que j'ai rencontrés sur le terrain à propos du programme de réintroduction, des ours et du territoire sur lequel ils vivent; puis quelles représentations de la nature ils impliquent. Dans une troisième partie j'aborderai certaines des conséquences de ce projet dans le département, dont fait

2 Depuis, la page de présentation du site a été modifiée, cette devise et les explications qui allaient avec ont été supprimées.

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partie le processus mis en oeuvre par les acteurs locaux pour structurer leur résistance, et notamment un processus de mise en valeur, de réactivation d'une identité collective pyrénéenne, de gens de montagne, et d'éleveurs transhumants; et ce par le biais de structures associatives.

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