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Les collections "femmes" de Jeanne Lanvin 1909 -1946 et leurs inspirations artistiques.

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par Clémentine BROSSEAU
Paris 1 Panthéon Sorbonne - Master 1 recherche dà¢â‚¬â„¢histoire de là¢â‚¬â„¢art 2014
  

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A.3 -- L'art déco, une source d'inspiration pour la Haute Couture des années 1920.

Jeanne Lanvin côtoie des artistes du style Art déco, l'influence de ce mouvement sur ses modèles est spontanée. Tout d'abord, la couturière s'associe avec le décorateur Armand-Albert Rateau, artiste important de ce mouvement même s'il garde son propre style inspiré d'oeuvres antiquisantes. Surtout, la couturière souhaite un logo pour sa maison de haute couture. C'est un fait novateur pour cette époque, où la plupart des couturiers signent seulement de leur nom195. C'est l'illustrateur et le décorateur Paul Iribe, né en 1883 et mort en 1935, qui s'en chargent. L'artiste est souvent considéré comme l'un des précurseurs du style Art déco en France196. Il travaille aussi comme illustrateur de mode collaborant avec Paul Poiret, Jacques Doucet et Coco Chanel. Pour la couturière Jeanne Lanvin, il réalise le logo de la maison en 1923 en reprenant une photographie personnelle de Jeanne Lanvin et de sa fille lors d'un bal costumé donné en 1907197. Il retravaille la photographie en stylisant les tenues enflées, suggérant une ronde entre les tenues et les mains jointes de la fille et de la mère. Aujourd'hui le logo est toujours celui de la maison Lanvin.

194 GROSSIORD, Sophie (dir.), Op. Cit., p. 109-112.

195 Ibid., p. 19.

196 Ibid.

197 Ibid.

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L'Art déco est un style artistique présent entre les années 1920 et 1930, en place aussi bien dans les arts appliqués que l'architecture et l'art graphique. Il se pose en héritier de l'Art Nouveau mais rejette tout surcharge ornementale ou motifs floraux. L'Art déco se caractérise davantage par des figures animales ou féminines. Les lignes sont plus épurées, les couleurs plus vives, les lignes sobres et surtout géométriques. L'Art déco est à son apogée lors de l'Exposition Universelle des Arts décoratifs de 1925198. Lors de cette exposition, des ponts importants sont faits entre les arts décoratifs et la mode. L'objectif étant d'abolir les frontières entre ces deux domaines artistiques199. L'artiste Sonia Delaunay (1885-1979) le prouve avec la création de tissus simultanés en 1923, puis en 1924 avec des robes illustrant un poème de Joseph Delteil200. Elle ira jusqu'à ouvrir une boutique de vêtements lors de l'Exposition internationale des Arts décoratifs de 1925201. Les liens entre les deux domaines artistiques sont aussi présents chez la couturière Elsa Schiaparelli. Cette dernière collabore souvent avec des artistes surréalistes comme Salvador Dalí (1904-1989) et aime particulièrement détourner la fonction des vêtements pour leur donner une dimension symbolique, comme en détournant un escarpin en chapeau en 1937202. La mode ne s'est certainement jamais autant inspirée de l'art plastique que dans les années 1920, en utilisant des créations qui leur sont contemporaines. Avant 1925, il s'agit d'un style reprenant des motifs géométriques, alors qu'à partir des années 1920 ce sont des motifs se tournant vers l'abstraction. De manière générale, l'Art déco est une source d'inspiration pour de nombreuses maisons de couture de l'époque comme Paul Poiret ou Jacques Doucet, notamment pour les accessoires203. Jeanne Lanvin puise dans l'Art déco et s'inspire de motifs géométriques comme le décrit Dean Merceron :

« Jeanne Lanvin, et avec elle toute la communauté de la mode, fit de l'association noir-blanc-argenté le comble du chic. Au plus fort de l'ère Arts-déco, ce furent les couleurs de prédilection de la haute couture. Le noir, en particulier, rappelait la couleur des laques tant prisées par les arts décoratifs et l'ébénisterie du temps »204.

La couturière reprend principalement ce style pour l'ornementation de ces tenues. Certains modèles sont explicitement de style Art déco par leurs motifs géométriques répétés qui imposent un rythme. Deux modèles de Jeanne Lanvin montrent cette influence de l'Art

198 CARL, Klaus H. ; CHARLES, Victoria, Art Déco, New-York, Parkstone Press International, 2013.

199 PICON, Jérôme, Op. Cit., p. 192-195.

200 DELTEIL, Joseph, La mode qui vient, illustrée par des modèles de Sonia Delaunay le 24 mai 1924.

201 GROSSIORD, Sophie (dir.), Op. Cit., p. 257-258.

202 DESLANDRES, Yvonne ; M†LLER, Florence, Histoire de la mode au XXème siècle, Paris, Somogy, 1986, p. 168.

203 GROSSIORD, Sophie (dir.), Op. Cit., p. 257-258.

204 MERCERON, Dean L., Op. Cit., p. 278.

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déco : les modèles Boulogne et Guilheim (ill. 15). La robe Boulogne de la collection hiver de 1920 est en crêpe de couleur beige avec des surpiqures rouges. Les motifs géométriques sont des applications de velours bleu marine. La tenue est aussi composée de broderies de perles blanches. Le second modèle, nommé Guilhem ou Ali Baba date aussi de la collection hiver de l'année 1920. C'est une robe en crêpe georgette de couleur beige clair avec des surpiqures rouges. Les motifs géométriques sont ici noirs et posés en application. La tenue est aussi composée de perles blanches brodées. Cette tenue propose un fond de robe en crêpe et pongé noir avec un plastron brodé de corail, d'or et de perles blanches. Les deux modèles ont le point commun d'être de couleur crème pour le fond et de créer un contraste avec les couleurs rouge ou bleu marine. Les motifs sont en formes de triangle et se répètent. La série des sweaters de 1929, cité au-dessus est aussi un rappel de l'Art déco par ses motifs d'art géométrique, voir même abstrait avec des couleurs fortes. Ces pulls sont de couleurs neutres : bleu marine, beige ou blanc et décorés de motifs géométriques sur le devant. Ce sont des motifs de couleurs rouges, bleus, noirs créant un contraste avec le reste du pull. Ces pulls sont d'une modernité remarquable pour l'époque, et, même, encore de nos jours. L'inspiration géométrique est aussi présente dans le modèle Pénombre de 1929 (ill. 16). C'est une robe faite en mousseline de soie blanc et noir. La coupe et le perlage sont asymétriques. Le décor de la tenue est réalisé par une juxtaposition de triangles de perles tubulaires noires en jais et blanc satiné. Ce mélange crée un contraste avec le noir scintillant et le blanc mat. Le décor par ses triangles est géométrique sur tout le long de la robe.

Jeanne Lanvin s'inspire du style Art déco dans ses modèles par différents biais, cela passe aussi par l'harmonie bicolore et surtout de noir et blanc qu'on observe dans ses chapeaux dès 1909205. L'un des modèles les plus représentatifs de cette combinaison de noir et de blanc est le modèle : les Éclairs de la collection été de 1933 (ill. 17). Cette robe est en mousseline de soie blanche imprimée noire. Le modèle reprend les caractéristiques des robes du soir. Elle est près du corps, les manches sont de dimensions et de formes conséquentes, l'addition de volumes est judicieusement placée. Les rayures obliques permettent d'affiner la silhouette au niveau de la taille. Les manches en mousseline effeuillées donnent l'impression d'un modèle léger. La couturière cherche avant tout à magnifier les femmes qui portent ses tenues. Deux autres modèles correspondent à cette combinaison de blanc et de noir, mais aussi à cette idée de géométrie et de symétrie. Il s'agit des robes Concerto et Sèvres réalisées entre 1934-1936. (ill. 18). Le modèle Concerto, est une robe en crêpe de couleur ivoire, dont le col cabochon

205 PICON, Jérôme, Op. Cit., p. 43.

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est en rhodoïd, fait en pointes-de-diamant cousues sur du tulle ivoire. La robe Sèvres en est le parfait opposé. La robe est en crêpe de couleur noire, et agrémentée au col du même plastron mais couleurs ivoires. Cependant, des manchettes ivoire dans la même matière sont rajoutées sur ce modèle. Deux modèles présentent aussi cette même opposition. Les modèles Orphée et Passionnata de la collection hiver de 1928 (ill. 19). La robe Orphée est une robe blanche avec un détail noir à la ceinture et un pan de la jupe noire. La robe Passionnata offre le parfait opposé. C'est une robe noire avec les détails blancs. Ces modèles reprennent l'harmonie bicolore présente dans l'Art déco au début du XXème siècle. Le contraste entre les deux couleurs est parfois associé à des couleurs acidulées, couleurs dites « fauves » ou au « bleu Lanvin »206. Mais le noir et le blanc s'accordent avec des lignes claires qui soulignent leur tracé ou suscitent une illusion de mouvement et d'espace dans le vêtement. Cette association de couleurs est réellement appréciée par la créatrice, qui l'utilise parfois dans son décor privé, mais aussi dans ses vêtements. Le sol de sa salle de bain au seize rue Barbet-de-Jouy, est fait d'un motif géométrique à bases de triangles composées de marbre de couleurs noir, blanc et ocre207 (ill. 2). La créatrice utilise aussi cette opposition binaire dans ses tenues personnelles. Elle est généralement habillée en tailleur noir et blanc208.

L'inspiration pour l'Art déco est aussi présente dans l'utilisation de la couleur argentée. Celle-ci rappelle celles des laques prisées par les arts décoratifs et l'ébénisterie au début du XXème siècle209. On la retrouve dans la plupart des collections de l'époque comme le démontre cette citation :

« La folie actuelle pour l'argenté, qui a déjà balayé tous les aspects de la décoration d'intérieur, se porte aussi sur la mode et les accessoires. Apparue en 1922, elle a duré quelques années. Inexplicable, comme la plupart des engouements. Cet enthousiasme pour l'argent de préférence à l'or s'est manifesté par la multiplication des brocarts lamés, des

gazes argentées, des broderies de fil argenté, du lamé argent, des franges argentées, souvent associés à des fonds noirs, corail ou vert jade »210.

L'argenté est souvent combiné avec le noir, ou une palette de couleurs qui comprend des roses tendres, du vert, des bleus, dont le fameux « bleu Lanvin ». Un modèle de 1936 non nommé et composé d'une veste de soirée en lamé argent en est un parfait exemple. La silhouette reprend une coupe de type chinoise, mais la veste en argent ressort sur le reste de l'ensemble en noir. Jeanne Lanvin utilise aussi de nombreuses fois l'argent dans les motifs et

206 MERCERON, Dean L., Op. Cit., p. 272.

207 Ibid., p. 292.

208 Ibid., p. 272.

209 Ibid., p. 278.

210 Citation Vogue, 1926, MERCERON, Dean L., Op. Cit., p. 278.

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les décors de ses créations, notamment pour les paillettes ou les fils de broderie. C'est le cas avec le modèle de 1925, Clair de Lune (ill. 20) qui est une cape monacale en lamé argent. Le capuchon surdimensionné est composé de motifs géométriques et se termine par un pendentif avec un gland211.

La couturière s'inspire de l'Art déco dans le choix de motifs géométriques ou de couleurs argentées dans ses collections. Ce mouvement est le seul mouvement artistique contemporain dont la créatrice s'inspire, préférant davantage se tourner vers des oeuvres plus anciennes et classiques pour le choix des couleurs ou des broderies.

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