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Les collections "femmes" de Jeanne Lanvin 1909 -1946 et leurs inspirations artistiques.

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par Clémentine BROSSEAU
Paris 1 Panthéon Sorbonne - Master 1 recherche dà¢â‚¬â„¢histoire de là¢â‚¬â„¢art 2014
  

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B.2 -- La broderie, l'ultime détail des modèles Lanvin.

Les broderies sont l'une des caractéristiques principales de l'art de Jeanne Lanvin227. Après la Première Guerre mondiale, elle favorise le travail de broderie et de la dentelle228. La maison Lanvin est composée de trois ateliers de broderie. Les premiers sont des ateliers dits

225 Diego Vélasquez, L'Infante Marguerite en bleu, 1659, Huile sur toile, 127 x 107 cm, Le Kunsthistorisches Museum, Vienne.

226 « Lanvin », La Gazette du Bon Ton, Paris, 1925, supplément au n7, p. 319.

227 GROSSIORD, Sophie (dir.), Op. Cit., p. 109.

228 PICON, Jérôme, Op. Cit., p. 134.

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classiques avec des ouvrières qui travaillent les broderies à la main pour un travail de précision. Il y a aussi des ateliers dits mécaniques ou « Cornelie »229 pour des détails moins techniques230, même si les broderies se font surtout à la main. En tout, ce sont environ 1000 personnes qui travaillent dans les ateliers de la maison Lanvin. Un chiffre remarquable, qui dénote de la richesse de cette maison de haute couture et du soin apporté à ses tenues, et notamment aux décors231. D'après Olivier Saillard, les ateliers de la maison Lanvin, dont ceux de broderies ont été parmi les plus talentueux de Paris à cette époque.232 Ce goût pour la broderie, et généralement du détail soigné lui vient de la création de chapeaux233. En effet, Jeanne Lanvin avant de créer des robes confectionnait des chapeaux. À l'époque, le chapeau est un accessoire dans lequel le décor prend régulièrement le dessus sur la fonction pratique. Le chapeau est constitué de plumes, de rubans, de dentelles ou encore de perles. C'est un accessoire transformable au grès des envies. La couturière n'oublie pas ces éléments et les réutilise dans la couture amenant l'originalité de ses tenues par les détails comme le décrit Sophie Grossiord :

« La prédilection de Jeanne Lanvin pour le décor brodé, d'un grand raffinement, se manifeste très tôt. La maison se fait une spécificité des applications de passementerie et des rehauts soutachés d'or qui dessinent, chez l'adulte comme chez l'enfant, de délicats décors vermicultés »234.

La couturière emploie les broderies de différentes façons avec de fausses perles fines, des perles de verres, des perles blanches ou de couleurs, des perles argentées, des perles rondes ou plates. Mais les broderies sont aussi parfois composées de tubes, de plumes, de copeaux de métal, de bandelettes de fourrure ou encore de paillettes. Les broderies sont souvent de différentes couleurs. Généralement, on retrouve les broderies sur les ceintures ou les ourlets de jupes tombant à la cheville, mais aussi de nombreuses fois sur le devant du vêtement235. Jeanne Lanvin utilise particulièrement la broderie dans les années 1920-1925236, ainsi que le perlage. Néanmoins, elle abandonne ces deux techniques au profit du travail des

229 Le véritable nom de ces machines à coudre mécanique est Cornely. L'orthographe « Cornelie » est

certainement une erreur d'orthographe de l'époque. VAUDOYER, Mary, Le livre de la Haute Couture, Neuilly-sur-Seine, V & O Éditions, 1990. Propos page 242 : « [É] elle sera d'ailleurs la première à intégrer dans son établissement deux ateliers permanents de broderie : un, classique, de broderies à la main et un second de broderies mécaniques dites « Cornelie », du nom de son inventeur. »

230 VAUDOYER, Mary, Op. Cit., p. 242.

231 Groppo Pierre, « Visite privée de l'exposition Jeanne Lanvin au Palais Galliera », Site internet Vogue Paris, 8 mars 2015. Propos d'Olivier Saillard, directeur du palais Galliera - Musée de la mode de la ville de Paris.

232 Ibid.

233 GROSSIORD, Sophie (dir), Op. Cit., p. 49-50.

234 Ibid., p. 110.

235 GROSSIORD, Sophie (dir.), Op. Cit., p. 109-112.

236 Ibid.

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tissus comme le lamé vers 1930. L'un des modèles illustrant ces broderies est le modèle Cyclone réalisé en 1939 (ill. 23). C'est une robe de soirée en taffetas gris fumée tirant sur le noir. Le bas de la robe est baleiné à double volant. Le bustier, la bretelle et le côté droit au niveau de la hanche sont rebrodés de paillettes argentées, de perles de rocaille et de petites marguerites en verre corail. Le modèle Mille et une nuits de 1925 (ill. 24) est aussi un parfait exemple des broderies de la maison Lanvin. C'est une robe du soir en crêpe de soie vert absinthe lamé et brodé de perles nacrées, de cristaux du bijoutier Swarovski et de longs tubes transparents. Les découpes en lamé sont aussi ornées des mêmes détails, elles sont reliées aux avant-bras. L'encolure est agrémentée d'un sautoir à double rang en trompe-l'oeil. La robe a pour but d'être « une robe bijoux »237. Les robes de Jeanne Lanvin se transforment en véritable bijou pour les clientes. L'idée est de rien n'avoir à enfiler d'autre que la robe. Ce sont surtout les robes pour le soir qui sont ornées de manière somptueuse, comme l'explique cette citation d'époque du magazine Vogue : « Les broderies de perles somptueuses comme un travail de joaillerie restent les plus élégantes pour le soir »238. Les bijoux sont un accessoire primordial dans les tenues du soir de l'époque permettant de montrer son statut social, et aussi son élégance. Une citation d'un article rappelle l'importance du bijou dans les tenues bourgeoises du début du XXème siècle : « En un temps où l'élégance véritable exige un bijou pour chaque robe, un bijou qui s'harmonise avec le vêtement par la couleur et par le style, on devait arriver à travailler en bijoux les perles irisées et les gemmes scintillantes »239. La presse de l'époque fait les louanges de ces robes en rappelant leurs similitudes avec la joaillerie. Certains décors de robes s'apparentant à de longs sautoirs comme la robe Lesbos de 1925 (ill. 21).

À la fin des années 1920, Jeanne Lanvin dresse la broderie et le perlage au sommet de leur art en réunissant l'ornement flamboyant et brillant avec le classicisme sobre des robes du soir240. Cette excellence dans les broderies est reconnue par les journalistes de l'époque qui ne manquent pas de le rappeler aux futures clientes :

« Les broderies, cette saison, sont faites d'incrustations d'étoffe ou de fourrure, en rosaces, en étoiles, en bandes, en losanges, souvent serties ou rebordées de métal, de perles, de nacre ou d'ivoire sculpté. [É] Les robes du soir sont toutes des chefs-d'oeuvre. Tuniques blanches de satin incrusté de rosaces de soie rose rebrodées de perles, fourreaux noirs largement rayés de pourpre soulignée de losanges de sequins brillants, dentelles d'azur aux

237 GROSSIORD, Sophie (dir.), Op. Cit., p. 109-112.

238 Vogue, 1er Septembre, 1925, p. 4. GROSSIORD, Sophie (dir.), Op. Cit., p. 112.

239 « Robes perlées », Gazette du Bon Ton, n6, 1924-1925, p. 291. PICON, Jérôme, Op. Cit., p. 134.

240 GROSSIORD, Sophie (dir.), Op. Cit., p. 109.

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ailes constellées de diamants forment une merveilleuse symphonie de formes et de couleurs »241.

Ce goût pour la broderie et le perlage de la couturière lui vient des tuniques242. Ce vêtement est un haut qui se caractérise par son absence d'ouverture sur le devant. Ce type d'habit est présent dans les pays orientaux ou dans le monde liturgique et il est généralement orné. Jeanne Lanvin aime ce vêtement simple qu'elle marie avec un décor riche très apprécié de l'époque, comme la broderie243. C'est un vêtement courant dans les pays orientaux où se trouvent aussi de nombreuses broderies qui inspirent la couturière comme le montre le modèle Saxe de la collection hiver de 1912 (ill. 25). Ce modèle est une robe de velours de soie bleu clair et sur le devant de la tenue se trouve une broderie faite de fils noirs, bleus, ocre et rouges. Ce modèle reprend les caractéristiques de la tunique par sa coupe peu ouverte sur le devant et par ses motifs d'inspiration orientale

Jeanne Lanvin est réputée pour ses broderies qui sont d'une grande finition, mais aussi pour le renouvellement qu'elle offre à cette technique244. En étudiant les tissus étrangers et notamment orientaux, la couturière découvre de nouvelles techniques de broderie comme la méthode du « m'tra »245 et du « ménézel »246. Ces techniques orientales mettent fin au matelassage de soie repiquée au travers et point passé plat. Ce ne sont plus des broderies françaises classiques comme on pouvait trouver dans les régions de la Bretagne, de la Flandre et de l'Auvergne. Finalement, c'est surtout des cultures étrangères que Jeanne Lanvin s'inspire, notamment en Roumanie ou au Japon.

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