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Les collections "femmes" de Jeanne Lanvin 1909 -1946 et leurs inspirations artistiques.

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par Clémentine BROSSEAU
Paris 1 Panthéon Sorbonne - Master 1 recherche dà¢â‚¬â„¢histoire de là¢â‚¬â„¢art 2014
  

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B.3 -- L'exotisme dans les broderies.

Jeanne Lanvin s'inspire beaucoup de l'Orient dans la réalisation de ses broderies247. C'est une région d'une grande ressource pour le textile avec notamment, des tissus comme le coton ou encore la laine. Cette influence est aussi due à un contexte historique différent, les voyages des Européens vers l'Orient se développent au tournant du XXème siècle. De plus, la France est un pays colonial important avec des colonies se trouvant en Afrique du Nord, Afrique

241 Gazette du Bon Ton, n°2, 1924, p. 52-53. GUÉNÉ, Hélène, Décoration et haute couture : Armand Albert Rateau pour Jeanne Lanvin, Paris, Éditions Les Arts Décoratifs, 2006, p. 167-169.

242 PICON, Jérôme, Op. Cit., p. 133.

243 MERCERON, Dean L., Op. Cit., p. 230.

244 PICON, Jérôme, Op. Cit., p. 133.

245 Ibid.

246 Ibid.

247 MERCERON, Dean L., Op. Cit., p. 146.

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subsaharienne et en Asie du Sud-Est. Cette influence se retrouve dans les broderies, mais aussi simplement dans le nom de ses modèles comme avec Ramsès (1931), Maharanée (1925), Istamboul (1929-1930) ou encore Ali Baba (1925).

L'influence de l'Orient en Occident est aussi amenée par des raisons politiques comme la révolution de Téhéran vers 1925, marquant le passage alors d'un état souverain à une constitution, le peuple réclame une assemblée, le pays se tourne alors vers la modernité. La révolution met en lumière la Perse à cette époque peu connue en Occident, et cela se ressent dans les broderies de l'époque. Jeanne Lanvin s'inspire des broderies de style persanes dans le modèle Sigurd ou Lohengrin, de la collection été de 1927 (ill. 26). C'est un manteau dalmatique du soir en taffetas de soie noir. Sur ce manteau sont présentes des broderies de paillettes et de fils métalliques or et cuivre. Ces broderies s'inspirent de la broderie Perse, qui reprend souvent des motifs floraux et entremêlés248. Ici les paillettes tentent de créer des motifs floraux en bas du manteau, avec des tiges et l'arrondi des feuilles. Jeanne Lanvin possède plusieurs ouvrages dans sa bibliothèque sur l'art Perse dont un sur les miniatures persanes.

Cet orientalisme constant à l'époque se ressent dans la peinture avec des artistes comme Eugène Delacroix (1798-1863) ou encore Jean-Auguste-Dominique Ingres (1780-1867). Dans le mobilier, il y a des oeuvres faisant référence à la Chine, la Turquie ou encore le Japon. Cette tendance s'observe aussi dans les vêtements avec l'apparition de broderies orientales, de manches kimono, ou de plumes. L'exotisme est une source d'inspiration constante et inévitable pour la mode dans les années 1920. Jeanne Lanvin le prouve avec deux modèles. Tout d'abord, le modèle Ermite daté vers 1910-1914 est un modèle de manteau à capuche d'inspiration orientale, qui rappelle les manteaux d'hommes orientaux du nom de burnous, visible principalement en Afrique du Nord. Une photographie disponible à la bibliothèque Forney présente un modèle de 1945 (ill. 27). Le modèle est d'inspiration orientale. La jupe est de couleur vert jade et accompagnée d'un haut bleu turquoise, brodé de paillettes et de cabochons verts. Un large pan du haut bleu se prolonge devant la jambe droite, cela accentue l'effet d'ampleur vers le bas de la tenue. Le modèle est aussi accompagné d'un bandeau turquoise dans les cheveux. Ainsi, de manière générale Jeanne Lanvin se laisse influencer comme les autres maisons de couture, par le style oriental qui touche les pays occidentaux au début du XXème siècle. En effet, des maisons de couture comme celle de Paul Poiret sont aussi touchées par cette vague d'exotisme249. Cependant, la couturière de la maison Lanvin va au-

248 GROSSIORD, Sophie (dir.), Op. Cit., p. 132.

249 GROSSIORD, Sophie (dir.), Op. Cit., p. 123-125.

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delà d'une simple reprise des codes vestimentaires orientaux, et s'inspire aussi de l'art oriental et ses motifs.

Les mosaïques byzantines sont une source d'inspiration pour la couturière par ses détails précis et nombreux malgré des périodes stylistiques abstraites, vers le Xème siècle250. Janine Alaux l'exprime ainsi dans son ouvrage : « [É] l'or des mosaïques byzantines transposé en brocart »251. C'est un art décoratif abstrait qui permet de puiser dans ces motifs. Jeanne Lanvin utilise aussi cette influence dans le nom de ses modèles avec la tenue nommée Bysantin de 1929, dont robe en tulle noir avec un gilet sans manches décoré de quadrilatères n'offre peu de relation avec Byzance, si ce n'est le choix de la couleur doré pour le décor.

Les broderies sont surtout influencées par l'art graphique islamique, comme sur le modèle In Salah au niveau de la broderie (ill. 28). C'est un modèle de 1929. Il s'agit d'une veste en crêpe de couleur bleu marine, avec un col vert céladon. Les manches sont longues et évasées au niveau des poignets. La veste est décorée de broderies faites de fils beiges et de perles blanches. Les motifs sont présents sur les manches et le devant de la veste. Ce motif évoque ceux de l'art islamique par leurs arrondies et leurs arabesques végétales252. La veste peut même être rapprochée précisément d'une plaque de revêtement en céramique présentant une calligraphie, provenant d'Iran, daté de 1350-1400. Cette plaque offre des motifs aux lignes sinueuses faites d'arabesques. Le modèle Jupiter de 1920 (ill. 29) est aussi un bon exemple de ses inspirations orientales multiples. Le vêtement est un manteau en velours de couleur violine, avec un décor en lamé or. Le manteau est composé de piqûres et de broderies de fils d'or. La coupe est simple et ample, ce qui s'oppose à la richesse du décor. Celui-ci se trouve dans le dos en haut du manteau. Et à l'avant sur les parements du col châle, les poches et le bas des manches. L'utilisation du velours permet de créer des jeux de lumière avec le décor doré. Le décor est fait de motifs géométriques s'inspirant de l'art égyptien, byzantin et de l'Art déco. Comme toujours la couturière s'inspire de motifs anciens ou ici orientaux, en les réinterprétant de la manière moderne, et ici en les stylisant dans un esprit Art déco.

Jeanne Lanvin dépasse les arts orientaux et s'inspirent parfois des arts précolombiens. En effet, des motifs reprenant des formes aztèques sont aussi présents dans les créations de la couturière253, comme sur ce modèle de 1920-1924 (ill. 30), non nommé : c'est une robe en taffetas de soie noire avec de la dentelle et de la mousseline noire. La jupe est à huit pans. La

250 ALAUX, Janine (dir.), Op. Cit., p. 27.

251 Ibid.

252 MERCERON, Dean L., Op. Cit., p. 148-149.

253 O'HARA, Georgina, The Encyclopaedia of Fashion, Londres, Thames & Hudson, 1986, p. 158.

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robe est accompagnée de broderies en perles d'argent au niveau du col et du devant de la robe. Les broderies sont aussi faites de strass, sequins et fausses émeraudes. Les motifs sont placés sur le devant de la jupe, les broderies rappellent des motifs géométriques aztèques. Ce sont des motifs circulaires et géométriques composés de petits symboles. Ce modèle provient très certainement de la collection Riviera réalisée en 1921. Il est attesté que cette collection fait appel à des motifs aztèques pour les broderies254. Il existe aussi un modèle Maya (ill. 31), non daté. C'est une longue robe bleue, agrémentée de bretelles pailletées argentées. La robe est accompagnée d'une ceinture du même bleu que la robe. Des losanges sont dessinés en surpiqure sur le devant de la tenue. Ainsi, le nom de la robe Maya ne s'inspire pas de l'art Maya. Jeanne Lanvin possède dans sa bibliothèque un ouvrage rédigé par Ernest Brumer et Adolphe Basler sur l'art Précolombien, publié en 1928, qui a certainement dû lui servir pour étudier certains motifs.

La qualité des broderies de Jeanne Lanvin est reconnue, ce sont toujours des détails d'une technicité remarquable, réalisée majoritairement à la main. La couturière apporte un soin particulier dans l'ensemble de ses collections, comme en témoigne l'ouverture de trois ateliers de broderie. Ce sont souvent ses broderies s'apparentant parfois à de somptueux bijoux, qui magnifient les créations de la couturière. Jeanne Lanvin aime sublimer ses créations de tissus par ses broderies. De la même manière, la couturière s'inspire de nombreux arts. Pour ses broderies elle puise dans les motifs ethniques comme les arts orientaux ou aztèques255. La couturière n'en reste pas là et trouve également son inspiration dans la peinture italienne pour nourrir ses créations.

C -- Une réinterprétation des vêtements du Quatroccento.

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