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Les collections "femmes" de Jeanne Lanvin 1909 -1946 et leurs inspirations artistiques.

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par Clémentine BROSSEAU
Paris 1 Panthéon Sorbonne - Master 1 recherche dà¢â‚¬â„¢histoire de là¢â‚¬â„¢art 2014
  

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C.1 -- Les lignes fluides de Sandro Botticelli.

Jeanne Lanvin apprécie la peinture italienne de la Renaissance et s'en inspire, notamment des artistes Sandro Botticelli et Raphaël. D'après Janine Alaux, la couturière apprécie les femmes peintes par Sandro Botticelli : « Jeanne Lanvin était fascinée par la beauté des figures botticelliennes, fût-ce dans leur interprétation décadente ».256

254 O'HARA, Georgina, The Encyclopaedia of Fashion, Londres, Thames & Hudson, 1986, p. 158.

255 RENNOLDS MILBANK, Caroline, Op. Cit., p. 53.

256 ALAUX, Janine (dir.), Op. Cit., p. 60.

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Sandro Botticelli est un peintre italien né en 1445 et mort en 1510. C'est un peintre arrivant à manier une inspiration naturaliste et une tendance à l'abstraction formelle, allant même parfois jusqu'à réaliser des broderies. Il apporte un soin particulier aux vêtements dans ses tableaux, et généralement ils sont ornés. Les figures féminines de Botticelli se définissent comme des « silhouettes » d'après André Chastel257. Sandro Botticelli est souvent décrit comme un artiste de la ligne et du contour. Le mouvement est apporté par la draperie et la chevelure des personnages. Son style est un art ornemental, avec un soin particulier apporté à la végétation et aux détails des tenues. La plupart des vêtements peints par Sandro Botticelli peuvent se définir par une reprise des motifs floraux, des robes ceinturées à la taille, un ornement au niveau des manches et du décolleté, un tissu souple dans les plis et des tissus transparents. L'artiste reprend ces caractéristiques dans son oeuvre Le Printemps peint entre 1478 et 1482258 (ill. 32). Tout d'abord, les minces couches de peinture permettent au vêtement de se fondre avec le décor et de créer une impression de transparence dans le tissu. Le personnage de Flore sur le côté droit présente deux caractéristiques des vêtements botticelliens : les motifs floraux et la taille resserrée.

Jeanne Lanvin reconnaît une fascination pour ses figures botticelliennes. La couturière possède chez elle de nombreuses gravures d'art italien, dont certaines de l'artiste, comme l'Annonciation de 1485. De plus, la couturière voyage de nombreuses fois en Italie, et, même si aucun cahier de voyages ne figure à ce nom, il est fort probable que Jeanne Lanvin ait vu des oeuvres de Botticelli, notamment le Printemps (ill. 32) ou La Naissance de Vénus de Sandro Botticelli exposée respectivement à l'Académie et au Musée des Offices259 à Florence, ville qu'elle a visité. Cette fascination pour les figures féminines de Botticelli se retrouve dans différents modèles, non identifiés comme sur le modèle de cette photographie260 (ill. 33). La robe de gauche est une robe en mousseline de soie brique retenue au cou, à la taille et aux manches par des fronces, et se pose sur un fond de satin blanc dont l'encolure est montante. La robe sur la droite de la photographie est une tunique en mousseline de soie bleu ciel terminée par une large bande argentée piquée. Dans ce modèle, le même tissu est employé pour la ceinture et les larges emmanchures. Cette tunique se porte sur un fourreau de satin blanc qui s'évase dans le bas. Ces deux modèles aux lignes presque immatérielles rappellent

257 « É ses corps sans volume sont dessinés arbitrairement. Comme le dit très bien Chastel, ce sont des silhouettes. », Daniel Arasse, « La ligne et la surface », Beaux-Arts : Botticelli, Numéro Hors Série, Beaux-Arts Collection, 2003, p. 14.

258 Sandro Botticelli, Le Printemps, 1478-1482, Tempera sur panneau de bois, 203 x 314 cm, Galerie des Offlices, Florence.

259 GEBHART, Émile, Florence, Collection Les Villes d'Art Célèbres, Paris, H. Laurens éditeur, 1906.

260 Photographie disponible à la bibliothèque municipale Forney à Paris. Fonds Lanvin, dossier 1935 : Article « l'Élégance chez soi », Plaisir de France, 1935, p. 45.

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la principale caractéristique des vêtements peints par Botticelli, la fluidité du tissu. Jeanne Lanvin va même jusqu'à nommer une de ses créations par le nom de l'artiste, Botticelli, modèle créé entre 1910 et 1914, non identifié. C'est une robe en brocart rouge avec un col. Les poignets sont faits de dentelle or et la ceinture de faille bleue. Il existe un autre modèle nommé Botticelli, de 1921 (ill. 34). C'est une longue robe bleu clair et ample. Le décolleté de la robe est fait de tressages et des pans de tissus s'échappent des manches. La tenue comporte un décor au niveau de la ceinture, certainement fait de tressages et de broderies. Malgré son nom, la tenue n'offre pas de rapports avec les peintures du maître italien.

La créatrice fait aussi référence à l'artiste italien à l'Exposition universelle de New York en 1939, d'après Hélène Guéné261 (ill. 35). Jeanne Lanvin expose son vêtement sur un modèle représentant un « ange botticellien ». Il n'est pas étonnant de voir Jeanne Lanvin exposer ses modèles sur un ange connaissant son goût pour les oeuvres de l'art italien du Quattrocento. Le modèle porté par le mannequin est nommé l'Ange de 1939 (ill. 35). C'est une robe de dîner en crêpe de soie, de couleur bleue (celle créée par la couturière). La robe est rehaussée de broderies faites de paillettes d'or et d'argent. Les motifs sont différents au-devant et au dos. Ils sont de plus grandes tailles sur l'avant qu'au dos du vêtement. Sur le devant de la tenue, les broderies sont en forme de croix grecque. Sur les côtés de la jupe, le bas et les manches, les broderies sont des lignes suivant la coupe du vêtement. Les broderies sont composées de lignes courbes. La taille est resserrée par des rubans noués, et retombants sur les côtés de la jupe, ils présentent aussi des broderies aux motifs différents. Cependant, rien ne permet d'affirmer que ce mannequin-ange choisi pour présenter ses modèles lors de l'Exposition universelle de New York en 1939 est inspiré des anges peints par le peintre. Dans les oeuvres de Sandro Botticelli, les figures d'anges ou ailées sont courantes. Les ailes du mannequin sont effectivement typiques de celles étudiées sur les oeuvres de ces maîtres italiens, elles sont longues, gracieuses et féminines. Mais le visage du modèle est des plus banal et très loin des visages délicats peints par Sandro Botticelli. Jeanne Lanvin s'inscrit dans l'esprit de L'Exposition internationale de 1939 qui permet de mettre en avant le goût français dans diverses salles, empruntant à la Grèce Antique comme à la Renaissance italienne262. Dans les deux cas, on recherche un goût pour la beauté idéalisée. Néanmoins, ici le lien avec un seul artiste italien est à éviter, et la présence de cet ange est plutôt le résultat d'une observation générale des oeuvres italiennes de la Renaissance.

261 GROSSIORD, Sophie (dir.), Op. Cit., p. 261.

262 Ibid.

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Cependant, il ne faut pas attribuer complètement ces créations de vêtements légers à l'inspiration botticellienne. Une inspiration des vêtements antiques Ñ notamment des tuniques Ñ est plus que possible quand on connaît la collection de documents sur l'histoire des vêtements de la couturière. Cette dernière, bien qu'inspirée par l'oeuvre de Botticelli, a tout aussi bien pu s'inspirer de vêtements antiques, avec l'idée de drapé léger et resserré à la ceinture. La couturière semble aussi s'inspirer d'un autre maître italien, Raphaël.

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