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Les collections "femmes" de Jeanne Lanvin 1909 -1946 et leurs inspirations artistiques.

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par Clémentine BROSSEAU
Paris 1 Panthéon Sorbonne - Master 1 recherche dà¢â‚¬â„¢histoire de là¢â‚¬â„¢art 2014
  

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B -- La peinture de Fra Angelico dans les modèles Lanvin.

B.1 -- Fra Angelico, la découverte de sa peinture et l'utilisation de son bleu.

Jeanne Lanvin s'inspire de l'artiste Fra Angelico pour le « bleu Lanvin » et la création de certains modèles. L'artiste italien connaît un regain d'intérêt à la fin du XIXème siècle et au

311 GROSSIORD, Sophie (dir.), Op. Cit., p. 36.

312 JOIN-DIETERLE, Catherine (dir.), Marlène Dietrich, Création d'un mythe, Cat. Expo (Palais Galliera, Musée de la Mode de la Ville de Paris, 14 juin 2003 - 12 octobre 2003), Paris-Musées, 2003, p. 194.

313 Propos de Christian Gros, attaché de conservation au Palais Galliera, musée de la Mode de la Ville de Paris.

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début du XXème siècle314. En effet, avant cette période l'artiste est célébré par la critique comme un peintre mystique, allant parfois jusqu'à le surnommer le « peintre des anges »315. Certaines de ses caractéristiques comme des couleurs lumineuses, un usage des couleurs accentuées et un espace défini par la lumière séduisent le public au tournant du XXème siècle. Cet engouement permet de faire redécouvrir un artiste parfois oublié au détriment d'autres maîtres italiens du Quattrocento. Le premier historien de l'art à écrire sur Fra Angelico est Giorgio Vasari (1511-1574). Jusqu'au début du XXème siècle, les auteurs se basent sur les écrits de Vasari, décrivant plutôt le peintre comme un religieux réalisant des fresques. Ces écrits placent la date de naissance de Fra Angelico en 1387, puis le fait rentrer dans les Ordres en 1407 et lui attribue un exil de dix ans avec Dominci. Jusqu'au milieu du XXème siècle, seules deux dates de ses oeuvres sont connues. À cette période, l'historien de l'art Roberto Longhi (1890-1970) et son collègue Mario Salmi (1889-1980) voient dans l'oeuvre de Fra Angelico, une peinture novatrice. Cette théorie est contredite par l'historien de l'art John Pope-Hennessy (1913-1994), qui définit l'artiste italien comme « un réactionnaire fidèle à son idéal intransigeant d'art religieux réformé »316. Les connaissances sur Fra Angelico subissent un véritable tournant en 1955 ; où se déroule à Rome et à Florence une grande exposition qui rassemble de nombreuses oeuvres de l'artiste, dont des tableaux, des enluminures et des dessins. Face à tant d'oeuvres originales, les spécialistes sont obligés de raviser leur jugement sur l'artiste. Fra Angelico n'est alors plus défini comme un peintre médiéval. L'organisateur de l'exposition, Mario Salmi, rattache l'artiste à une formation médiévale tardive et le définit comme un pionnier de la Renaissance. Par la suite, John Pope-Hennessy se rattache à cette théorie. Dans les années suivant l'exposition, de nombreuses publications font date, comme celles de Stefano Orlandi et celle de l'archiviste Werner Cohn. Ces derniers publient des documents inédits remettant en cause les croyances sur la carrière de Fra Angelico. Ainsi, sa date de naissance est attribuée vers 1400 et non en 1407. Werner Cohn découvre aussi que l'activité artistique de Fra Angelico est avant sa vocation religieuse, et qu'il vit comme un peintre laïc, sous le nom de Guido di Piero, à Florence en 1417. L'artiste italien est désigné comme un contemporain de Masaccio et comme un peintre majeur à Florence de 1420 à 1440. Ainsi, l'artiste Fra Angelico connaît un vif intérêt des historiens de l'art dans la première partie du XXème siècle. Fra Angelico est un artiste italien né donc vers 1400 près de Florence et mort à Rome en 1455. La première apparition de son nom, en tant que peintre, date de

314 PICON, Jérôme, Op. Cit., p. 101.

315 Ibid.

316 COLE AHL, Diane, Fra Angelico, traduit par Philippe Mothe, Paris, Phaidon, 2008, p. 8.

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1417. Entre 1418 et 1423, il devient moine chez les Dominicains. Il s'intéresse aux oeuvres d'un artiste : Masaccio. Ses oeuvres relèvent d'une composition remarquable, elles ne sont pas composées de vides, contrairement aux miniatures médiévales. Le rendu pictural est d'une grande finesse. Fra Angelico est un artiste novateur, il donne à ses personnages des accents de réalisme, voire même une humanité, rarement vus dans la peinture italienne à cette période. Le spectateur observe les personnages comme si les corps pesaient réellement sur le sol. La lumière de ses oeuvres est saisissante pour l'oeil du visiteur. Il utilise quelques fois la technique du clair/obscur pour augmenter l'effet lumineux d'une oeuvre. Sa peinture est souvent définie comme appartenant au style du gothique flamboyant ou une synthèse entre la tradition gothique et le nouveau langage de la Renaissance317. La couleur dans les oeuvres de Fra Angelico est primordiale. En effet, ses oeuvres sont variées et colorées. Il y a toujours différents champs de couleurs relevant d'un grand raffinement. De plus, la composition de ses oeuvres est faite par la couleur, comme chez Masaccio. Ses oeuvres sont d'une véritable richesse chromatique. Dès 1938, des historiens de l'art comme Édouard Schneider aborde cette richesse chromatique dans leurs ouvrages : « La vibration des verts, des bleus, des rouges, illumine cette oeuvre dont les visages reflètent fidèlement la pensée méditative du peintre »318. Le bleu est une couleur très présente dans les oeuvres de l'artiste319, la majorité en étant composées. Fra Angelico reprend pour cette utilisation un bleu lapis-lazuli320. C'est un bleu tranché et un pigment rare pour l'époque.

L'une des oeuvres les plus représentatives de l'utilisation du bleu par l'artiste est Le Couronnement de la Vierge (ill. 42) peinte entre 1434 et 1435321. L'oeuvre illustre ce thème biblique. La scène est composée de neuf marches en marbre conduisant à un trône sur lequel est assis le Christ. Marie est à genoux devant son fils et se fait couronner Reine des Cieux. Autour d'eux sont figurés de nombreux personnages regroupés. La composition est de plan pyramidal. Le bleu dans l'oeuvre est prééminent. Au premier abord, il semble être partout dans l'oeuvre, alors qu'en détail, le bleu est amené par touche dans l'oeuvre. Tout d'abord, le bleu est choisi pour le « fond » de l'oeuvre, visible en haut de la peinture. Puis, le bleu est ensuite présent par touches sur les vêtements des personnages. En bas du tableau, cinq figures présentent du bleu, dont deux personnages avec des capes bleues. Ensuite, deux anges sur chaque côté présentent des robes bleues. D'autres touches de bleues sont présentes sur les

317 FELICI, Lucio (dir.), Op. Cit., Notice sur Fra Angelico.

318 SCHNEIDER, Édouard, Fra Angelico, Paris, Éditions d'Histoire et d'Art, Librairie Plon, 1938, p. 14.

319 FELICI, Lucio (dir.), Op. Cit., Notice sur Fra Angelico.

320 Ibid.

321 Fra Angelico, Le Couronnement de la Vierge, 1434-1435, Retable, Tempera sur panneau, 213 x 211 cm, Musée du Louvre, Paris.

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côtés, notamment dans les capuches de certains personnages. Enfin, la Vierge est recouverte d'un manteau bleu et le christ d'une cape bleue. Ici, Fra Angelico utilise le bleu pour attirer l'oeil du spectateur. Avec le bleu, il délimite la composition pyramidale de l'oeuvre, amène le spectateur à se concentrer sur certains personnages, dont les deux principaux, la Vierge et le Christ. L'oeil du spectateur est naturellement attiré par cette couleur forte qui le guide du bas du tableau vers le haut où se déroule l'action principale. Cette peinture fait son entrée au Louvre en 1812322. Ainsi, la couturière a très certainement pu observer cette oeuvre lors d'une de ses nombreuses visites au Louvre. De plus, la couturière possède dans la bibliothèque de son bureau, le tome : Fra Angelico da Fiesole, L'oeuvre du maitre, de la collection « Les Classiques de l'art », édité par Hachette en 1911323. Dans cet ouvrage, l'auteur anonyme décrit l'art de Fra Angelico ainsi : « [É] où il montra toute sa maîtrise et l'harmonieux développement de ses dons, avant de les manifester au même degré dans la fresque et les grands tableaux d'autel »324. De plus, l'ouvrage propose en seconde partie des reproductions de toutes les oeuvres de l'artiste, et même quelques esquisses. Les reproductions sont divisées en différentes parties : OEuvres composées pour Fiesole, Florence et L'Ombrie ; L'oeuvre de Saint-Marc à Florence et Rome et Orvieto : les dernières oeuvres de Toscane. Parmi les reproductions présentes dans l'ouvrage, il y a L'imposition du nom à saint Jean-Baptiste de 1434-1435325, les anges musiciens de la Madone des Linaiuoli de 1433326, L'annonciation du couvent San Marco de 1442-1443327, L'annonciation de Cortone de 1433-1434328 et Le Couronnement de la Vierge de 1430329. L'ouvrage propose de nombreux détails des oeuvres permettant à Jeanne Lanvin d'observer précisément les tenues des personnages, bien que les reproductions soient en noir et blanc. La couturière peut aussi observer ces reproductions de l'artiste italien dans l'un de ses carnets de voyage nommé Florence. Dans ce dernier se trouvent essentiellement des cartes représentant les oeuvres de Fra Angelico à Florence, celles du couvent de San Marco.

Jeanne Lanvin est captivée par les oeuvres de l'artiste, et particulièrement par ce bleu saisissant. Elle reprend à Fra Angelico son bleu, mais s'inspire aussi des tenues de ses

322 http://www.louvre.fr/oeuvre-notices/le-couronnement-de-la-vierge, site consulté en avril 2015.

323 SCHOTTM†LLE, Frida, Fra Angelico da Fiesole : l'oeuvre du maître : ouvrage illustré de 327 gravures, Collection des Classiques de l'art, Paris, Hachette, 1911.

324 Ibid., p. 15.

325 Ibid., p. 22.

326 Ibid., p. 37-42.

327 Ibid., p. 106.

328 Ibid., p. 72-73.

329 Ibid., p. 48-53.

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personnages pour la création de ses propres modèles, en reprenant leurs formes ou leurs motifs.

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