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Les collections "femmes" de Jeanne Lanvin 1909 -1946 et leurs inspirations artistiques.

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par Clémentine BROSSEAU
Paris 1 Panthéon Sorbonne - Master 1 recherche dà¢â‚¬â„¢histoire de là¢â‚¬â„¢art 2014
  

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B.1 -- Une couturière « historienne ».

Jeanne Lanvin est un personnage primordial et avant-gardiste de la Haute Couture française. Cependant, son nom est peu connu du grand public aujourd'hui, contrairement à une Coco Chanel. Cela est certainement dû à sa personnalité énigmatique102. Elle est d'une grande modestie et peu bavarde, n'utilisant pas la parole pour asseoir son autorité comme le montre cette citation : « Lorsque je ne dis rien, cela signifie que j'approuve »103. Elle est acharnée et dévouée à son entreprise, refusant de se contenter de son talent et de sa réussite. Elle n'a jamais considéré le succès de son travail comme acquis. C'est une femme issue d'un milieu

100 PICON, Jérôme, Op. Cit., p. 322-323.

101 « Le style » par Jeanne Lanvin. Vogue, 1945. Ibid., p. 322.

102 PICON, Jérôme, Op. Cit., p. 13.

103 Anecdote rapportée, entre autres, par Michael Edwards, Parfums de légende, Op. Cit., p. 63, PICON, Jérôme, Op. Cit., p. 239.

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modeste qui a réussi grâce à son ambition104. Elle est souvent citée comme, étant un exemple de réussite spectaculaire au début du XXème siècle.

La créatrice se définit comme une couturière « historienne »105. Une créatrice puisant son inspiration dans les époques du passé, mais aussi dans les arts en général. Ainsi, elle met en place de nombreuses gravures de costumes du XIXème siècle sur les murs de sa boutique s'inscrivant dans la lignée d'une tradition du métier. La couturière reconnaît un goût pour le passé qui l'inspire106. À ses yeux, il est inconcevable de ne pas intégrer le passé dans ses créations. Cette idée est souvent présente dans les processus créatifs, notamment chez des peintres ou des architectes. Une bonne connaissance du passé permet de « mieux » créer. C'est donc naturellement que la couturière fait appel aux connaissances du passé. Elle en parle dans une interview de 1938 :

« Comment négliger les documents du passé, reprends Mme Lanvin ? Ils représentent tout le travail, l'art et la pensée des siècles qui nous ont précédés. Cependant, ils doivent simplement servir à aimer notre imagination. Nous devons les adapter à notre goût

moderne et donner un visage constamment nouveau aux choses qui sont éternellement belles »107.

Une telle connaissance sur les époques passées notamment sur l'histoire du vêtement est le fruit d'une documentation assidue de la part de Jeanne Lanvin. La couturière est une passionnée de musées et de bibliothèques108. Cela lui a donc permis d'observer de nombreuses gravures représentant des vêtements d'époques, que ce soit des robes de style Louis XIV, mais surtout des robes de l'époque Empire. Cette documentation assidue pour la création de ses modèles est citée par les journalistes de l'époque :

« On sent que la ligne et l'ornement ne sont pas seulement dus à l'imagination d'un dessinateur et à l'habileté de l'ouvrière, mais que chaque modèle a nécessité des recherches dans des gravures historiques, des visites aux musées du costume et des notes prises à la Bibliothèque nationale »109.

Au début du XXème siècle, la plupart des couturiers font appel à des sources antérieures, notamment Paul Poiret110. Mais ces derniers ont plus tendance à copier des tissus ou des modèles qu'à les réinterpréter ou les moderniser. Jeanne Lanvin est très certainement la

104 PICON, Jérôme, Op. Cit., p. 13.

105 Ibid., p. 97.

106 Ibid., p. 323.

107 Minerva, Op. Cit., 1938.

108 PICON, Jérôme, Op. Cit., p. 97.

109 M.H « Lanvin et la mode à travers l'histoire », Vogue, édition française, 15 novembre 1920, p. 11. PICON, Jérôme, Op. Cit., p. 97.

110 PICON, Jérôme, Op. Cit., p. 103.

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couturière la plus documentée sur l'histoire du vêtement, pouvant largement se revendiquer « historienne » de la mode. Elle collectionne de nombreuses gravures de mode comme celles d'Alfredo Edel111. Mais aussi de multiples livres sur le sujet, et certainement de nombreux modèles de robes qu'elle a pu acquérir lors de ventes aux enchères. Dans sa bibliothèque personnelle se trouve un nombre important de journaux sur l'histoire de la mode, anciens ou modernes dont : La Mode artistique, Le Magasin des Demoiselles, La Mode illustrée éditée par Didot, le Journal des Modes, Le conseiller des Dames, Le Journal des Dames et des Demoiselles, le Journal des Demoiselles, le Journal de la Bonne Compagnie112. Il y a aussi des livres sur les vêtements de styles régionaux ou d'époques, comme sur les costumes antiques, russes ou sur les vêtements de la Provence.

Ces connaissances sur les styles de vêtements antérieurs lui permettent de créer « la robe de style » qui s'inspirent de la silhouette à panier du XVIIIème siècle113. Mais aussi de réaliser une interprétation de la crinoline du Second Empire se caractérisant par différents éléments : un haut étroit, une taille basse et une jupe bouffante. La robe de style connaît au fil des années des évolutions comme la partie jupe, parfois relevée sur le devant ou encore fendue. Dans les années 1920, cette robe est une opposition à la « robe tubulaire »114. Jeanne Lanvin revisite les codes d'une robe d'époque de manière moderne, comme l'explique ce passage :

« Comment ne pas songer aux grâces des menuets et des révérences alanguies devant les toilettes de style, cependant si modernes, de Mme Lanvin ? [...] Mme Lanvin a compris

que ces belles robes élargies s'harmonisent à la femme de toutes les époques, et que leur charme est éternel comme celui d'une véritable oeuvre d'art »115.

L'un des modèles les plus représentatifs de cette « robe de style » est la robe Colombine (ill. 5), de la collection hiver 1924-1925116. C'est une robe en taffetas de soie couleur ivoire avec des applications de velours de soie noir sur le bas de la robe. Le modèle est accompagné de broderies de grosses perles fines et de fils métalliques or réalisés au point de chaînette. La jupe est en large corolle. Un noeud en velours de soie rouge est présent au niveau de la taille. Ce modèle est inspiré des bergeries du XVIIIème siècle. Le choix de ses étoffes apporte un

111 Alfredo Edel né en 1856 et mort en 1912, est l'un des principaux peintres de costumes de l'époque. Ses aquarelles sont un témoignage unique de la mode et des costumes des années 1890-1910. Vente aux enchères publiques, Libert Etienne, Castor Alain, Exceptionnel ensemble de mille neuf cent quatre-vingt-quatre aquarelles de la « belle époque » ayant appartenu à Jeanne Lanvin, Paris, 9 février 1994, p. 3.

112 PICON, Jérôme, Op. Cit., p. 98-99.

113 Ibid., p. 139.

114 Ibid., p. 141.

115 Auteur Inconnu, Gazette du Bon Ton, n° 9 1924-1925, p. 421-422. GROSSIORD, Sophie (dir.), Op. Cit., p. 84.

116 GROSSIORD, Sophie (dir.), Op. Cit., p. 90.

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raffinement à la tenue, et les couleurs rouge et noir sont en contraste avec la couleur ivoire qui apporte de la lumière à la robe.

Jeanne Lanvin est une créatrice qui est en recherche d'inspiration constante ; tout l'inspire même les détails du quotidien. Elle extrait des éléments décoratifs de son quotidien pour les intégrer à ses créations. Son esprit est toujours en éveil, avec un très grand sens de l'observation. Ainsi, tout élément est susceptible de se retrouver dans ses collections117. La couturière connaît un véritable amour de la beauté, mais aussi de l'art en général. Elle absorbe les musées, achètent des livres, des objets, des tissus et cela se ressent dans ses collections, comme le montre aussi cette citation sur le style Lanvin :

« Lanvin fait son miel de toutes belles choses, de l'harmonie antique et des colifichets du Second Empire, de la pureté des Primitifs et des magnificences vénitiennes, des

coquetteries de la Pompadour et du charme vieillot de 1830, pour fondre en son creuset ces mille éléments divers et renouveler « le style »118.

À l'époque, elle est l'une des rares couturières à se laisser influencer par l'art dans ses créations. Cependant, la distinction doit bien être faite. La créatrice ne retranscrit pas littéralement ses sources d'inspiration. Elle est juste « inspirée par », de ce fait elle comprend, capte l'essence d'une image, d'un objet ou encore d'un tissu et le retranscrit à sa manière119. L'idée est de produire une oeuvre originale pour Jeanne Lanvin. Tous ces éléments d'inspirations ne sont pas retranscrits tels quels. Ils mûrissent d'abord dans son esprit et sont réinventés dans ses créations. Elle épure ses références et propose ensuite un ensemble moderne et cohérent, se définissant de cette façon comme une couturière « historienne ».

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