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Les collections "femmes" de Jeanne Lanvin 1909 -1946 et leurs inspirations artistiques.

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par Clémentine BROSSEAU
Paris 1 Panthéon Sorbonne - Master 1 recherche dà¢â‚¬â„¢histoire de là¢â‚¬â„¢art 2014
  

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B.2 -- Le goût des voyages.

Les voyages réalisés par Jeanne Lanvin renforcent son image de couturière « historienne ». Elle divorce d'Emilio di Pietro en 1903 et se remarie en 1907 avec le journaliste Xavier Melet qui devient consul de France à Manchester jusqu'en 1908 et elle l'accompagne dans certains de ses voyages professionnels120. Cependant, elle voyage généralement seule, prenant des vacances quand sa société le lui permet. Elle voyage en Italie, en Grèce, en Espagne, aux États-Unis dès 1915 ou encore en Égypte (une photographie représentant Jeanne Lanvin

117 MERCERON, Dean L., Op. Cit., p. 146.

118 Auteur inconnu, « Lanvin », La Gazette du Bon Ton, 1925, supplément au n° 7, p. 318-319. PICON, Jérôme, Op. Cit., p. 102.

119 MERCERON, Dean L., Op. Cit., p. 20.

120 GROSSIORD, Sophie (dir.), Op. Cit., p. 28.

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devant les pyramides l'atteste)121. Cette photographie montre cette recherche de sources pour ses créations (ill. 6). Comme le montre cette citation : « C'est pourquoi je vais chercher au loin des sources d'inspiration et je me sers de mes voyages pour procurer des aliments toujours nouveaux à mon imagination »122.

Cependant, un voyage aussi lointain est rare. En général, elle préfère rester en Europe, lui permettant de rester à proximité de Paris. À l'époque, elle demeure tout de même l'une des rares couturières à voyager. Les voyages ont une influence conséquente sur ses créations. Ils lui facilitent la découverte de nombreux monuments et on lui connaît un amour pour les cathédrales. Cela lui permet aussi de découvrir des oeuvres d'arts plastiques. Jeanne Lanvin se cultive par les livres, mais préfère Ñ comme tout amoureux de l'art Ñ voir les oeuvres en réelles, pour en apprécier la couleur, la lumière, l'énergie qui s'en dégagent. Comme le démontre cette citation :

« Mme Lanvin ne se contente pas de puiser des inspirations dans le vaste réservoir de documents qu'elle s'est constitué, et qui enclot tous les reflets des plus belles oeuvres du génie humain, ces oeuvres, elle va les admirer, en été, quand elle peut prendre quelques vacances, dans les Musées de l'Europe. Les loisirs sont consacrés à l'étude, à la méditation, à la chasse aux idées... »123.

L'Italie pour ses paysages et son art, en fait l'une des destinations favorites de Jeanne Lanvin. L'influence de ce pays dans ses créations est reconnue à l'époque : « Elle est venue de l'Italie, la voix de Rome Antique, dans ce modèle de Lanvin »124. L'Italie et sa peinture sont une source d'inspiration majeure pour Jeanne Lanvin125. La couturière adore ce pays, où elle y passe notamment son voyage de noces126. Dans ses collections deux modèles illustrent cette passion pour l'Italie : La Cape Ascanio de 1920, c'est une cape en velours de coton noir garni de biais d'asmodé bleu dur, avec un col châle de loutre de rivière. Et le modèle : San Remo de 1920 c'est une cape aussi en velours cerise garni de mouflon gris.

L'amour des voyages se retrouve aussi dans les noms de ses modèles. Notamment avec des noms rappelant l'Italie : Ca d'Oro (1929-1930), Vénitien (1929), Ciel de Naples (1927-1928), Borghèse (1925). Jeanne Lanvin s'inspire aussi des paysages français et notamment des paysages de bords de mer qu'elle aime particulièrement pour le nom de ses modèles. Elle a

121 GROSSIORD, Sophie (dir.), Op. Cit., p. 28, 79.

122 Minerva, Art. Cit., 1938.

123 BOUCHER, François, « Le faubourg Saint-Honoré : Jeanne Lanvin », La Renaissance de l'art français et des industries du luxe, 1924, Juin 1924, p. 7-10.

124 ALAUX, Janine (dir.), Op. Cit., p. 22. Citation sans source de 1921.

125 PICON, Jérôme, Op. Cit., p. 101.

126 Ibid., p. 57.

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notamment une demeure à Pyla-sur-Mer, près d'Arcachon127. En 1925, elle nomme un manteau en velours de laine cerise doublé de foulard noir à pois blancs : le Pyla. Plus généralement la couturière se passionne pour des pays comme la Chine, le Japon, la Perse, mais aussi pour des cités comme Babylone, Cnossos, Pompéi128. Elle a un goût pour les formes antiques, asiatiques, mais aussi orientales. En Europe, le début du XXème siècle connaît une vague de goût pour l'exotisme par le colonialisme et notamment l'Exposition Coloniale Internationale en 1931 à Paris. Des pays comme le Maroc, l'Algérie sont redécouverts et suggèrent par exemple des motifs de broderies et des formes de manteaux dérivés du burnous à la créatrice. Jeanne Lanvin est de nature réservée, mais ambitieuse, elle aime se cultiver, et notamment par les voyages. Ces derniers sont nombreux et parfois lointains pour une femme à l'époque du XXème siècle, mais sa condition lui permet. En voyageant, la couturière s'ouvre l'esprit à d'autres traditions, observe d'autres vêtements, d'autres techniques qui l'inspire considérablement dans ses propres créations, lui permettant même parfois de ramener des textiles pour compléter sa collection.

En effet, Jeanne Lanvin possède dans sa bibliothèque-bureau une collection de textiles impressionnante129 (ill. 3). Majoritairement, ces textiles viennent de ses voyages ou achetés aux Puces130. La plupart sont encore présents dans son bureau. Sa collection est constituée de tissus anciens, contemporains ou orientaux. Elle collectionne les costumes, les étoffes, les bijoux, de divers pays ou époques131. Comme des cols en dentelle de Venise, des tuniques africaines brodées, des broderies coptes. Lors de la vente aux enchères de 2006, certains modèles vestimentaires de sa collection personnelle sont vendus. Il y a notamment des saris indiens brodés, des mouchoirs alsaciens du XIXème siècle, des vêtements liturgiques des XIXes siècles et XXes siècles. Cette collection de tissus est indispensable dans le processus créatif de Jeanne Lanvin. Les oeuvres d'art sont l'une des principales sources d'inspirations, mais l'influence des vêtements du passé, les voyages et les tissus le sont aussi132. Jeanne Lanvin récupère très souvent des techniques, des broderies vues sur des textiles, pour ses collections. Notamment son goût pour les vêtements liturgiques se retrouve dans les années 1922-1923 avec des vêtements qui reprennent des manches évasées caractéristiques de ce type de vêtement. La couturière est même considérée à l'époque comme la meilleure interprète de ses

127 PICON, Jérôme, Op. Cit., p. 203.

128 MERCERON, Dean L., Op. Cit., p. 146-154.

129 PICON, Jérôme, Op. Cit., p. 104.

130 Ibid., p. 105.

131 Ibid.

132 PICON, Jérôme, Op. Cit., p. 105.

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vêtements liturgiques133. Les vêtements japonais sont aussi souvent repris dans ses collections avec des vestes de forme kimono comme avec le modèle Bouclier de 1934. C'est une veste de forme kimono tronquée en taffetas de soie noir et rouge, rebrodée de petits losanges en métal doré. La robe de soie noire coupée en biais porte la même broderie métallique.

Ainsi, les vêtements variés que conserve Jeanne Lanvin dans sa bibliothèque lui servent d'inspirations pour des broderies ou des coupes. Sa bibliothèque où sont conservés ses collections d'objets, de textiles et ses ouvrages est un lieu apprécié par la couturière aimant s'y retrouver seule pour réfléchir à ses prochaines collections.

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