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Les représentations du "devoir de mémoire" en contexte de démocratie plurielle: analyse de discours des leaders afro-descendants du Québec

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par Brice Armand Davakan
Université du Québec à Montréal - Maîtrise 2005
  

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2.2.4. Le profil des leaders interrogés

Les leaders rencontrés dans le cadre de cette enquête furent au nombre de douze, à raison de 4 par groupe. Les trois groupes sont, conformément à l'échantillonnage, le groupe des Africains, le groupe haïtien, et le groupe anglophone. Même si méthodologiquement elle est quelque peu hétéroclite, cette combinaison de catégories géographique, linguistique et nationale, a le grand mérite de refléter non seulement le poids démographique par «ensemble culturel» des Africains et Afro-descendants sur l'île de Montréal, mais aussi de tenir compte d'un enjeu politique fondamental dans le contexte québécois : la langue. De même, à l'intérieur de chaque groupe, la diversité a été maximisée. Par exemple, dans le groupe africain, les 4 leaders venaient de deux régions d'Afrique les plus impliquées dans la traite négrière, et ils venaient de 4 pays différents. Dans le groupe haïtien, ils venaient de plusieurs secteurs d'activité : action communautaire, activités culturelles, actions syndicales. Chez les anglophones, ils venaient pour 4 leaders, de trois pays différents et d'autant d'héritages culturels. Leurs domaines de formation professionnelle y vont aussi du religieux au socio-communautaire en passant par l'art, la littérature et la politique.

Les femmes étaient représentées dans cet échantillon pour le quart du total, soit 3 femmes sur douze leaders, à raison d'une par groupe. La moyenne d'âge était située autour de la cinquantaine et la plus jeune avait entre 35 et 40. Cette moyenne élevée s'explique par le fait que ces leaders sont presque tous nés à l'étranger, ont eu des expériences diverses dans l'action collective, généralement contre les dictatures dans leurs pays, avant de choisir d'émigrer :

Ayant grandi sous la dictature de Duvalier, je pense que beaucoup d'entre nous qui étions adolescents, nous pensions qu'il fallait faire quelque chose ; donc, beaucoup d'entre nous se sont engagés très tôt dans l'action sociale et l'action politique. Évidemment, cela nous a amenés en exil et donc à se retrouver engagés, à la fois dans une contestation, justement par devoir de mémoire, pour ceux à qui on avait interdit le départ ou ceux qui ont été tués, donc qui ne pouvaient plus parler. Donc nous étions un peu des réchappés, nous devions intervenir pour ceux qui n'avaient plus de voix. Puisque c'était devenu des moments où on ne pouvait plus parler en Haïti, et donc à l'étranger, on devenait un peu la voix de ceux qui [étaient bâillonnés] (HTI03)8(*).

Mais ils sont tous citoyens canadiens à l'exception d'une seule personne, même si cette dernière vit au Québec depuis plus de 10 ans. Sur le plan de l'engagement politique en effet, les trois principales formations politiques du Québec étaient représentées dans notre échantillon, à peu près dans une proportion égale à celle de l'ensemble de la population québécoise : le Parti libéral (du Canada sans précision des rapports avec celui du Québec), le Parti québécois, et le Parti conservateur du Canada. Presque tous les leaders étaient engagés politiquement, pour diverses raisons, comme membres actifs ou sympathisants. Ils disent tous être très attachés aux valeurs sociales du partage des richesses, de la justice et de l'équité sociale. Ils ont d'ailleurs pour la plupart étudié en sciences humaines, mais aussi en art, en sciences de la gestion, et ils ont tous au moins un baccalauréat. Une remarque cependant : aucune profession libérale n'a été mentionnée, sinon un docteur en mathématiques et ingénieur en télécommunications. Sur le plan de l'activité sociale, même s'ils avouent tous avoir influencé d'une certaine façon la vie de leurs communautés respectives, ils refusent de se désigner comme «leader» probablement par prudence ou par modestie. Les motifs de leur engagement social sont aussi très variés, même si la plupart se sont dits militants «par tempérament» : le motif le plus évoqué est la lutte contre le racisme et la discrimination ; ils sont « promoteurs » des droits des minorités. Mais nous avons rencontré aussi, comme motif, l'action syndicale ou politique en faveur des droits sociaux du groupe immigré. Dans ce cas, ils se sont dits «sensibilisateurs» sur leurs droits, ou «conseillers» auprès des membres de leurs communautés.

Au plan religieux, ils sont rarement croyants pratiquants : un s'est dit athée, la plupart étaient chrétiens non-pratiquants. Mais un leader était ministre de culte et deux, musulmans.

* 8 Les entrevues ont été enregistrées sous engagement formel de préserver l'anonymat des personnes interrogées. Cependant, pour les besoins de la recherche, et dans l'éventualité de devoir retracer les auteurs des déclarations citées, nous avons adopté une codification alphanumérique que nous ne pouvons malheureusement pas dévoiler. De même, le masculin-singulier est adopté systématiquement pour tous les extraits d'entrevue, afin de protéger l'identité des femmes interrogées.

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