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Le pronom personnel de la troisième personne: Place et référence en français classique et en français moderne


par Rose SENE
Université Cheikh Anta Diop de Dakar - Master 2006
  

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DEUXIEME PARTIE

La référence du pronom personnel de la 3e personne

Les formes du pronom personnel de la troisième personne sont issues, à l'exception de se et soi, du démonstratif latin ille qui désigne une personne, une chose ou un événement éloigné dont on parle. De ce fait, il et ses variantes allomorphiques possèdent les mêmes propriétés syntaxiques que ce démonstratif. Ils ont, contrairement aux autres pronoms personnels de la première et de la deuxième personne, la capacité de référer à une personne ou une chose présente dans l'énoncé mais non protagoniste de l'acte d'énonciation. C'est pourquoi, dans un texte, ils ont le rôle syntaxique de représentants et sont considérés comme des « signes incomplets » ayant toujours une référence.

CHAPITRE I :

Qu'est ce que la référence d'un pronom ?

Selon une définition du Robert 36, le mot référence est emprunté à l'anglais reference, substantif du verbe to refer qui lui-même provient du latin referre signifiant reporter, rapporter, viser. Le re marquant le mouvement en arrière et ferre ayant le sens de porter. La référence désigne alors, en linguistique, la fonction par laquelle un signe renvoie à quelque chose parfois nommé référent. D'un point de vue grammatical, le Pr. NGuissaly Sarré explique dans son cours de C.S de grammaire intitulé la référence des démonstratifs que : « Le référent d'une unité linguistique (mot, syntagme, proposition ou phrase) est la réalité extra linguistique (être, objet, propriété, procès, évènement) que cette unité linguistique permet de désigner par l'intermédiaire d'un acte d'énonciation. »37

Le pronom personnel de la troisième personne désigne un référent en servant de substitut à un mot ou expression de référence appelée antécédent. Pour expliquer le phénomène de référence pronominale, Corblin tente de schématiser ainsi la relation entre le pronom et le mot qu'il représente c'est-à-dire son antécédent : « il y a interprétation par reprise si un terme, b, exige pour être interprété l'emprunt à un terme proche a d'un élément qui fixe

(36) Robert (Paul), Dictionnaire historique de la langue française, Paris, Le Robert, 1998

(37) Sarré Nguissaly (Professeur) Cours de CS de grammaire : La référence des pronoms démonstratifs

l'interprétation de b : cela s'applique par exemple aux couples dont le second terme est un pronom. »38 Cette théorie prend son sens lorsque par les termes interprétation par reprise et les lettres a, b nous entendons respectivement  référence pronominale  et antécédent, pronom.

Ce qui veut dire que pour avoir une valeur sémantique, le pronom représentant a besoin d'un antécédent dans l'énoncé. Cet antécédent n'est pas seulement le mot qui donne au pronom une signification c'est-à-dire sa charge sémantique, mais aussi, dans le cas des pronoms personnels de la troisième personne, il confère au pronom son aspect morphologie à travers les marques de genre et de nombre. Cette notion, l'antécédent est appelée aussi « source »39 chez Louis Tesnière, et elle ne prend son sens que lorsque le pronom a la valeur d'un représentant dans le texte.

Les pronoms personnels de la troisième personne qui ont la propriété de reprendre un terme nommé dans le texte, participent à la cohérence de l'énoncé en assurant sa continuité. Et en ce sens, ils se différencient des autres pronoms personnels de la première et de la deuxième personne singulière et plurielle. Je et tu ainsi que leurs variantes, prennent leur signification dans l'acte d'énonciation. Ils n'ont besoin d'aucun autre terme pour être interprété car ils désignent respectivement la personne qui parle, qui agit : le locuteur, et celui avec qui je parle c'est-à-dire l'interlocuteur. Nous et vous que l'on considère comme les pluriels de je et tu représentent :

- Le premier : je + une ou plusieurs autres personnes.

- Le second : tu + une ou plusieurs autres personnes.

Ces pronoms sont déictiques puisqu'ils désignent des personnes présentes au moment de la communication. Grevisse le dit clairement : « C'est

(38) Corblin (F), Les formes de reprises dans le discours. Anaphores et chaîne de référence, édition, paris. P 112.

(39) Tesnière (Louis), cf. Corblin (F), Les formes de reprises dans le discours. Anaphores et chaîne de référence, édition, paris. P 112.

seulement à la troisième personne que le pronom personnel représente, remplace un nom déjà exprimé. »40 Et ce nom n'est pas nécessairement une personne ; le pronom de la troisième personne est donc faussement appelé pronom personnel, il n'a eu ce nom que par référence aux autres pronoms.

La référence du pronom personnel de la troisième personne a longtemps constitué un problème pour les écrivains de la langue française à cause des ambiguïtés sur les valeurs sémantiques que posait la référence pronominale chez les auteurs classiques. Elle a était spécialement étudiée et régularisée par des grammairiens et remarqueurs de cette époque comme : Vaugelas, le Père Bouhours qui ont « assaini » la langue française en exigeant plus de clarté et de netteté dans l'usage.

Ferdinand Brunot qui étudie les traits de la langue classique explique dans un chapitre intitulé les pronoms et la représentation que : «visiblement on s'efforce de toute façon à régler la représentation des mots qu'on ne peut pas répéter, on la veut régulière et claire, qui satisfasse la grammaire et qui jette aucune ombre sur le sens. Dés le XVIIe siècle, sans être coordonnés, les efforts sont si nombreux, si nettement dirigés vers un but que les grammairiens (...) témoignent sur ce point des soucis les plus louables et de clairvoyance parfois extrême. »41 Malgré ces efforts qui ont été consenti par les grammairiens afin de parfaire le français, la langue a parfois manqué de concision dans la représentation du pronom personnel.

C'est pourquoi, on observe en comparant la langue du XVIIe siècle à celle du français moderne, une nette différence concernant l'application des règles de référenciation instaurées pourtant en période classique.

Mais avant d'étudier les problèmes que pose l'interprétation du pronom

(40) Grevisse (Maurice), Précis de grammaire française, 28e ed. Paris, Duculot, 1969. .P.112

(41) Brunot (F), Histoire de la langue française, T.IV, Paris, Armand Colin, 1966..P. 876

personnel de la troisième personne, ses rapports avec le mot auquel il renvoi, et la classe référentielle qu'il est censé représenter, il nous faut d'abord étudier les différents modes de référence qu'il peut avoir dans l'énoncé en français classique et en français moderne.

I/ Les modes de références du pronom personnel de la troisième personne :

Pour définir quel est le mode de référence que vise le pronom personnel dans un emploi donné, il faut tout d'abord procéder à la localisation de son référent : dans le texte ou dans l'univers du locuteur.

Nous avons vu que, il et ses variantes allomorphiques ont presque toujours la valeur de représentant, qu'ils sont employés pour reprendre un élément présent dans l'énoncé. C'est pourquoi on les désigne essentiellement sous le terme de pronoms personnels anaphoriques ces derniers sont très utiles pour éviter les répétitions et assurer la cohérence et la clarté d'un texte. Ils permettent d'avoir des phrases précises et concises en renvoyant à un substantif, une partie de phrase ou même des phrases entiers qui leur servent alors d'antécédents.

Cependant, il peut arriver que le pronom personnel de la troisième personne ne fasse appel à aucun mot du texte pour son interprétation et dans ce cas il n'est plus un représentant. Alors la localisation du référent devra se faire du hors du texte. En effet, il existe d'autres zones de références où le pronom il et ses variantes allomorphiques peuvent trouver leur antécédent. Il peut s'agir de la situation de la communication car le texte ne peut se faire

indépendamment du contexte d'énonciation qui constitue le repère des événements contenus dans le texte. Dans le cas où la référence est faite à partir de données situationnelles, le pronom personnel de la troisième personne prend la valeur d'un pronom personnel déictique comme je et tu .C'est le cas dans la phrase il arrive (dite en montrant du doigt le professeur que les élèves attendaient et qu'ils peuvent désigner du doigt)

Lorsque le référent ne se trouve ni dans l'énoncé, ni dans le contexte, le pronom fait appel à une interprétation générique : c'est la référence absolue. On trouve ce mode de référence avec le pronom personnel sujet on et parfois, spécialement en langue classique, avec le pronom personnel pluriel ils. Ces deux pronoms peuvent poser un problème d'indétermination lorsqu'ils établissent une zone de référence sans limite.

1-1- La référence hors du texte :

Le pronom personnel de la troisième personne est considéré parmi tous ceux de même nature comme le seul qui est habilité à faire la reprise d'un terme présent dans l'énoncé. Il a donc, dans la plupart de ses emplois, une valeur de représentant. Cependant, cela n'exclut pas qu'il puisse avoir d'autres zones de référence.

1-1-1- La référence déictique du pronom personnel de la troisième personne :

Lorsque le pronom personnel de la troisième personne à l'exception de il impersonnel, on et ils (qui peut parfois avoir une référence indéterminée), ne réfère pas à un être ou une chose désigné dans le texte, la localisation du référent doit alors s'effectuer dans la situation de communication. Si le référent se trouve dans le contexte d'émission de l'énoncé, le pronom personnel est en emploi déictique.

Du grec « déiktikos » qui signifie démonstratif c'est-à-dire qui sert à montrer, à désigner un objet singulier. « Les déictiques dépendent de l'instance du discours » selon le Robert .Le pronom personnel peut alors dans ce cas pointer du doigt celui ou ce dont on parle. Ce mode de référence, bien que peu fréquent avec les pronoms personnels de la troisième personne, reste encore valable dans certain emplois jusqu'en français moderne. Mais, il apparaît plus souvent dans la langue orale que dans la langue écrite. Ce phénomène s'explique par le fait que ce mode de référence donne au pronom sa signification dans l'acte de parole même. Il est actuel et s'accompagne parfois d'un geste désignateur. Raison pour laquelle on retrouve la référence déictique avec les pronoms personnels dans les phrases du type il arrive (ci-dessus), mais aussi avec les pronoms démonstratifs accompagnés des particules ci et .

Celuiest mon père.

* Le pronom personnel de la troisième personne devient un déictique lorsqu'il sert à désigner ce/celui à qui on pense ou ce/celui dont on parle dans les cas où une tierce personne se joint à la situation de communication. On peut le retrouver dans ce type d'exemple : Nafi et Khady tapent à une porte fermée, elles insistent sans réponse. Elles décident de repartir quand un bruit se fait entendre. L'une d'elles dit alors : « il ouvre enfin ».

Dans cet exemple il ne renvoie à aucun mot du texte, mais si on se réfère au contexte, on suppose que il représente une personne de sexe masculin qu'elles (Nafi, et Khady) étaient venues voir. Le référent de il ne peut être identifiable que dans le moment et désigne une personne présente dans la mémoire immédiate du locuteur et de son interlocuteur.

Dans la comédie de Molière Les femmes savantes, ont retrouve ce mode de référence puisqu'il s'agit d'une pièce de théâtre, donc essentiellement constituée de dialogues et qui met en scène plusieurs personnages c'est ainsi qu'on retrouve dans le passage suivant quelques pronoms personnels en emploi déictique.

« _Votre sincère aveu ne l'a pas peu surprise.

_Elle mérite assez une telle franchise. »

(v.199-200)

Dans ces vers les locuteurs désignent directement Armande par les pronoms l' et elle sans que celle-ci soit nommée dans les vers précédents. Ceci s'explique par les faits qu'Armande était présente dans la scène d'avant et que les locuteurs pensaient conventionnellement à elle lorsqu'ils ont employé les pronoms personnels l' et elle .C'est encore le cas dans La Princesse de Clèves

« _Il est vrai, répondit Mme la Dauphine ; mais je n'aurai pas pour elle la complaisance que j'ai accoutumé d'avoir. »

(La fayette, Pr. de Clèves, p.254)

Le pronom elle désigne Mme de Clèves présente au moment de l'énonciation

* En plus, comme cela s'applique aux pronoms démonstratifs, on peut avoir des pronom personnels compléments le, la, les en emploi déictique, lorsqu'ils sont renforcés par les particules présentatifs voici et voilà. Alors ils deviennent impérativement des indicateurs.

« La voici qui conduit le notaire avec elle »

(Molière, Fem.sav.v.1598)

« La voilà Monsieur ; Henriette est son nom »

(Id. ib v.1620)

«  Le voilà lui-même, et je veux lui demander ce qui en est. »

(La Fayette, Pr. de Clèves, p.254)

Dans ces deux exemples les pronoms personnels sont avant tout anaphoriques car ils représentent des noms déjà exprimés. Dans le premier exemple la remplace ma femme du vers précédent, dans le second, le pronom reprend la cadette nommée dans le vers précédent dans la troisième le renvoie à M. de Nemours dont le locuteur parlait. Mais en plus de cela les particules déictiques voici et voila viennent s'appuyer sur eux pour désigner du doigt l'être ou l'objet représenté. Il confère ainsi aux pronoms représentants une portée déictique. Ces derniers deviennent alors à la fois anaphoriques et situationnels.

* Le pronom il ou elle peut être en emploi déictique lorsqu'il désigne l'interlocuteur qui est régulièrement pronominalisé par tu ou vous (de politesse). En effet, à l'époque classique, dans le langage aristocratique, pour formuler une demande il était d'usage que l'on nomme son interlocuteur à la troisième personne si ce dernier est une personne supérieure, gradée ou importante. Cette tournure est une marque de respect ou une formule de politesse envers celui à qui on parle. C'est pourquoi, on la trouve plus souvent dans le langage de la cour lorsque les gens s'adressent par exemple au roi.

« _Au moins, Sire, lui dit-il, si je m embarque dans une entreprise chimérique par le conseil et pour le service de Votre Majesté, je

la supplie de me garder le secret jusqu'à ce que le succès me justifie vers le public, »

(La fayette, Pr. de Clèves, p.136)

« ...et je jure à votre majesté, avec tout le respect que je lui dois, que je n'ai d'attachement pour aucune femme de la cour. »

(Id. ib. p.220)

On peut aussi avoir ce type d'emploi lorsqu'un employé de maison, comme le majordome qui est une personne respectueuse et cultivée parle à son maître. Brunot qui parle à ce sujet écrit ceci : « la politesse a amené un changement assez singulier dans l'emploi des personnes. Depuis le XVIIe siècle, s'est répandu l'usage que les serviteurs parlassent à leurs maîtres à la troisième personne au lieu d'employer la deuxième. Sur le modèle des formes : Sa majesté veut-elle ? (...) Aujourd'hui la bourgeoise a fait de cette troisième personne une règle obligatoire pour les domestiques »42 . L'emploi s'est donc conservé jusqu'en français moderne où on peut le trouver dans les textes où il est question de bourgeoisie ou de noblesse. En effet dans le texte de Flaubert, on constate que l'employé de maison s'adresse à Frédéric en ces termes :

« Madame priait Monsieur de revenir, et, craignant qu'il n'eut froid, elle lui envoyait son manteau »

(Educ.sent. p 19)

Dans cet exemple le pronom il désigne l'interlocuteur et a la valeur d'un pronom déictique comme les personnels tu et vous.

(42) Brunot (Ferdinand) La pensée et la langue, 3ème édition revue, Paris, Masson &Cie 1936, p. 273

Cette tournure, bien qu'étant admise dans la norme du français moderne tend à disparaître avec l'évolution de la langue. Elle est considérée à présent comme un archaïsme et ne subsiste que dans des cas très rares lorsqu'on s'adresse à des personnes qu'on désigne par les titres tels que Son Excellence. Et même dans ces cas le pronom vous (de politesse) prend souvent la place du pronom de la troisième personne en emploi déictique.

Ces trois sortes d'emploi du pronom personnel de la troisième personne montrent que celui-ci peu avoir dans la langue parlée d'autres propriétés syntaxiques que celui de représentant.

1.1.2 La référence indéfinie du pronom personnel de la troisième personne : on et ils :

Le pronom sujet on est à l'origine un infini à valeur générale. Provenant du nominatif latin homo qui donne à l'accusatif hominem (qui signifie homme), on est exclusivement réservé à la référence humaine. Il est considéré comme un pronom personnel de la troisième personne parce que son emploi est entré en concurrence avec celui du pronom ils avec lequel il partage parfois la même valeur indéfinie.

- Le pronom personnel ils

Le pronom pluriel ils a longtemps été employé dans la langue là où en français moderne on est employé. En effet, « l'ancien français comme le latin, emploie ils avec une valeur indéfinie. Il n'existait pas en latin de pronom personnel indéfini, le latin employait la troisième personne du pluriel. »43

(43) Brunot (F) et Bruneau (Ch.), Précis de grammaire historique de la langue française 4e ed. .Paris, Masson et Cie .1956 p.272

On trouve cet emploi en français jusqu'au XVIe siècle, et même au XVIIe siècle mais de manière moins constante (parce qu'inexistant dans le texte des Femmes savantes). Ainsi, l'exemple que l'on trouve à ce sujet est celui qu'en ont donné la plupart des manuels de grammaire du français classique.

« Madame, ils ne vous croiront pas ;

Ils sauront récuser l'injustice stratagème

D'un témoin irrité qui s'accuse lui-même »

(Racine, Britannicus, v.854-6 )

Ici le pronom il a une valeur générale puisqu'il réfère à des gens inconnus et d'un nombre indéterminé, il équivaut à tout le monde. Cet emploi, bien qu'étant non illustré dans notre texte classique, était encore présent dans l'usage à cette période. En effet, « Vaugelas mêle on et ils sans aucun scrupule et emploie souvent l'expression qu'ils appellent après un substantif, avec le sens de « ainsi appelé »44

En français moderne, l'emploi de ils avec une référence indéfinie a beaucoup diminué car il a été supplanté par celui du pronom personnel on. Toutefois ils continue à être employé avec une valeur générale, mais à titre exceptionnel. Wagner et Pinchon considèrent que « dans la langue familière, ils s'emploie avec une valeur ironique ou méprisante pour symboliser des gens qu'on ne veut pas désigner d'une façon explicite. »45

- Le pronom on à référence générale ou indéfinie :

Contrairement aux autres pronoms personnels du même rang qui

(44) Vaugelas (C. F), Remarques cf. Haase (A), Syntaxe du français du XVIIe siècle éd. Traduite et remaniée par Monsieur Obert, Paris, Delagrave, p.4

(45) Wagner (R.L) Pinchon (J.), Grammaire du français classique et moderne, Paris, Hachette, 1962, p.169

représentent un antécédent bien précis, le pronom on a essentiellement une valeur indéfinie surtout en français moderne. Lorsque ce pronom désigne des personnes inconnues, non précisées dans le texte il a une référence dite absolue puisqu'il n'établit pas une zone de référence déterminée et dans ce cas, il équivaut aux locutions n'importe qui, tout le monde, les gens, etc.

« Vous avez notre mère en exemple à vos yeux

Que du nom de savante on honore en tous lieux ; »

(Molière, Fem.sav. V.37-8)

On équivaut à tout le monde

« Elle la pria, non pas comme sa mère, mais comme son amie, de lui faire confidence de toutes les galanteries qu'on lui dirait, »

(La fayette, Pr. de Clèves, p.143)

On représente les gens de la cour

« Le chef d'orchestre, debout, battait la mesure d'une façon automatique. On était tassé, on s'amusait, les brides dénoués des chapeaux effleuraient les cravates ».

(Flaubert, Ed. sent. p.84)

On = les gens (hommes et femmes) qui se trouvaient là

Cependant, dans la langue du XVIIe siècle, en dehors de sa référence générale le pronom personnel indéfini on pouvait être l'équivalant de toutes les autres formes du pronom personnel.

- Le pronom on à référence individuelle :

En français classique, le pronom personnel on a eu différentes valeurs, ce qui rendait difficile son interprétation dans un texte. Il pouvait, au sens figuré, se substituer à tous les autres pronoms personnels pour exprimer des valeurs stylistiques.

« Hé ! Qui vous dit, monsieur que l'on ait cette envie,

Et que de vous enfin si fort on se soucie ? »

(V. 155-6)

Ici on représente je c'est à dire la personne qui parle

Lorsqu'il représente les autres pronoms, on peut avoir aussi bien une valeur anaphorique que déictique suivant que la personne qu'il remplace dans le texte est présente ou non dans l'acte d'énonciation.

Le pronom on peut s'identifier à la première personne je qui est un pronom déictique. Selon Brunot« pour éviter de se mettre en avant, au nominal personnel, les raffinés se substituaient fort souvent l'indéterminé on, qui étant plus vague, ne choque pas. »46 Dans les textes classiques ce pronom qui a généralement en français moderne une valeur indéfinie a souvent représenté la personne qui parle.

« Il suffit que l'on est contente du détour

Dont s'est adroitement avisé votre amour » (Bélise)

(Molière, Fem .sav. v 313-14)

(46) Brunot (F.), La pensée et la langue, Paris, Masson et Cie, 3e ed. 1936, p.196

« On est faite d'un air je pense à pouvoir dire

Qu'on a pas pour un coeur soumis à son empire » (Bélise)

(Id. ib. v. 375-6)

« Je résolus de vous écrire des lettres tièdes et languissantes pour jeter dans l'esprit de celle à qui vous les donniez que l'on cessait de vous aimer. » (Je)

(La fayette, Pr. de Clèves, p.211)

Dans ces exemples le pronom on est déictique parce qu'il s'identifie au je parlant. En plus l'accord du participe ou de l'adjectif attribut de on dans les passages l'on est contente et on est faite, montre son assimilation totale de ce pronom à la personne qu'il désigne.

Molière donne l'explication suivante à propos de on : « on peut remplacer, dans la langue familière, un pronom personnel de l'une des trois personnes, mais il donne à la phrase une nuance tantôt ironique tantôt affectueuse.»47 Ces emplois sont très fréquents en langue classique :

« Dès le lendemain, ce prince fit parler à Mme de Chartres; elle reçut la proposition qu'on lui faisait et ne craignit point de donner à sa fille un mari qu'elle ne pût aimer en lui donnant le prince de Clèves. »

(La fayette, Pr. de Clèves, p.149)

On représente le prince de Clèves

Le pronom on est également déictique lorsqu'il représente la deuxième personne tu ou vous pour exprimer la distance entre le locuteur et son interlocuteur. 

(47) Molière, Les Femmes Savantes, édition Larousse (classiques), 1672. p.41.cf note de bas de page n.6

« Ce monsieur Trissotin dont on nous fait crime

Et qui n'a pas l'honneur d'être à votre estime »

(Id. ib v.631-2)

Ici on représente Chrysale qui est l'interlocuteur.

On est cependant anaphorique lorsqu'il prend la place du pronom personnel de la troisième personne dans un texte.

« Elle entra aisément dans l'opinion qu'il ne fallait pas aller chez un homme dont on était aimée, »

(La fayette, Pr. de Clèves, p.166)

On et elle désigne la même personne

« Quelque important que soit ce qu'on veut que je lis,

Apprenez mon ami, que c'est une sottise... »

(Molière, Fem. sav.v.1389-90)

Dans cet exemple le pronom on anaphorise le savant  nommé précédemment dans le texte.

Ces emplois individualisants du pronom personnel on ont disparu petit à petit de la langue à la fin de l'époque classique. Toutefois, il reste des survivances en français moderne dans le langage familier lorsqu'on s'adresse à un ami par exemple, au lieu de dire tu, on peut employer : On se repose ? 

La langue moderne conserve également un emploi très courant du pronom on avec une valeur collective pour dire nous.

« On n'avait fait cinq kilomètres, tout au plus »

(Flaubert, Educ. sent. p.12)

1-2- La référence au texte :

Le pronom personnel de la troisième personne est employé pour ses capacités à reprendre un nom, une phrase ou une idée qu'on ne veut pas répéter dans l'immédiat. Il assure la continuité de l'énoncé tout en évitant les occurrences des mots déjà présents. En ce sens Wagner et Pinchon explique : « La troisième personne, au singulier comme au pluriel désigne la ou les personnes, la ou les choses dont on parle et représente un terme déjà exprimé. Il en résulte pour la clarté du style que ces pronoms doivent sans équivoque possible renvoyer à ce terme. »48 Cette pensée résume l'essentiel de la représentation du pronom de la troisième personne.

Sur le plan linguistique, lorsque le pronom assure la répétition d'un mot ou d'un groupe de mots dans le discours, il est en emploi anaphorique. L'anaphore est une figure de style qui exprime la redondance.

Cependant, dans la référence au texte si le pronom représentant est annoncé avant l'antécédent, en d'autres termes, lorsque le pronom personnel de la troisième personne renvoie à un élément postérieur de l'énoncé, l'emploi est dit cataphorique.

1.2.1. L'anaphore par le pronom personnel de la 3e personne.

Etymologiquement, le substantif anaphore (du latin anaphora) provient de la combinaison de leurs mots grecs ana et pherein qui signifient respectivement de bas en haut, en arrière et porter l'anaphore désigne alors ce

(48) Wagner (R.L.) et Pinchon (J.) Grammaire du français classique et moderne, éd. revue et corrigée, Paris, Hachette, 1962 .P. 169

qui porte vers le haut, ce qui renvoie à l'arrière. Elle est « La reprise du signifié d'un mot par le moyen d'un autre signe (pronom etc.). »

Le pronom personnel de la troisième personne a essentiellement une valeur anaphorique et ceci depuis l'origine de langue. Cependant il a commencé à être étudié de manière beaucoup plus régulière à partir de l'époque classique. En effet, avant cette période l'usage du pronom personnel anaphorique ne facilitait pas toujours la compréhension du texte. Son interprétation posait souvent un problème à cause de certaines difficultés à identifier « la source ». Ces dernières étaient dues soit à la construction de la phrase, soit à la morphosyntaxe des pronoms personnels anaphoriques.

Les grammairiens du XVIIe siècle se sont alors intéressés à l'étude de ces pronoms et ont exigé plus de netteté dans leur emploi. C'est pourquoi, en français classique l'usage a commencé à devenir plus régulier et on trouve dans les textes de cette époque de plus en plus d'emplois anaphoriques où l'antécédent est clairement indentifiable.

« Quand sur une personne on prétend se régler,

C'est par les beaux cotés qu'il lui faut ressembler

Et ce n'est point du tout la prendre pour modèle

Ma Soeur que de tousser et de cracher comme elle »

(Molière, Fem.sav. v.73-6)

Dans ce passage les pronoms lui, la et elle reprennent le substantif d'une personne au premier vers pour ne pas qu'il soit répété. De ce fait, ces pronoms assurent les occurrences de ce mot dans la suite de l'énoncé et s'accordent en genre et en nombre avec celui-ci. Ainsi dans l'exemple :

« Mon père est d'une humeur à consentir à tout

Mais il met peu de poids aux choses qu'il résout

Il a reçu du ciel certaine bonté d'âme

Qui le soumet d'abord à ce que veut sa femme

C'est elle qui gouverne et d'un ton absolu

Elle dicte pour la loi ce que qu'elle a résolu. »

(Id. ib. V.205-210)

Les pronoms personnels masculins anaphorisent mon père alors que les pronoms féminins reprennent sa femme. De même :

« Il (M. de Nemours) était inconsolable de lui (Mme de Clèves) avoir dit des choses sur cette aventure qui, bien que galantes

par elles mêmes, lui paraissaient, dans ce moment, grossières et peu polies, puisqu'elles avaient fait entendre à Mme de Clèves qu'il n'ignorait pas qu'elle était cette femme qui avait cette passion violente et qu'il était celui pour qui elle l'avait. »

(La fayette, Pr. de Clèves, p.263)

Dans cet exemple, les pronoms anaphoriques indiquent par leurs morphologies les mots qu'ils représentent.

L'accord du pronom anaphorique est donc un moyen de repérage du mot auquel il renvoie. Il permet aussi de démontrer que l'antécédent et le pronom représentent la même chose, qu'ils sont coréférentiels. En effet, dans la représentation anaphorique, le pronom personnel de la troisième personne doit être coréférent à la chose représentée.

Dans ces exemples d'anaphores précités, l'antécédent est clairement identifiable puisqu'il n'y a aucune équivoque possible. Employé de cette manière, comme l'ont exigé les grammairiens et remarqueurs de l'époque classique, il n'y a pas

d'écart entre la langue française du XVIIe siècle et celle du français moderne. En effet les écrivains de cette dernière période se sont inspirés de manière essentielle des règles d'usage, qui ont été établies par les grammairiens de la langue française du XVIe siècle et du XVIIe siècle.

« La petite fille jouait autour de lui. Frédéric

voulut la baiser. Elle se cacha derrière sa bonne, sa mère la

gronda de n'être pas aimable pour le monsieur qui aurait sauvé son chat. »

(Flaubert. Educ. sent. p.10)

Les pronoms personnels la et elle anaphorisent la petite fille nommé précédemment. De même :

« Arnoux rentra, et par l'autre portière, Madame Arnoux parut. Comme elle se trouvait enveloppée d'ombre, il ne distingua d'abord que sa tête. Elle avait une robe de velours noir »

(Id. ib p. )

Le pronom féminin elle anaphorise Madame Arnoux et le pronom masculin il est mis pour reprendre Arnoux.

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