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Pertinence de l'approche projet adoptée par l'Initiative PPTE au Cameroun: Cas de la promotion des mutuelles de santé ou micro assurances santé

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par Rébecca Hortense ELLA-MENYE EKOTTO épouse BATINDEK BATOANEN
Institut de Formation pour le Développement (IFD) Yaoundé rue CEPER - Expert en Planification et Gestion de Projets 2007
  

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PARTIE II

PROMOTION DES MUTUELLES DE SANTE OU MICRO ASSURANCES SANTE COMME OPPORTUNITE D'ACCES A DES SOINS DE SANTE DE QUALITE AU CAMEROUN

La première partie de notre étude nous a familiarisé avec l'approche projet, et a présenté le niveau d'application de cette approche et les principaux obstacles à sa complète appropriation. A été évoqué, par la même occasion, le problème de financement des soins de santé. Ce qui nous amène à étudier le phénomène mutualiste au Cameroun, et à analyser la performance des mutuelles de santé pilotes mises en place.

Chapitre 3 - Développement des systèmes financiers de

mutualisation des risques maladie au Cameroun

Les définitions de mutuelles de santé et d'assurance santé237(*) évoquent la notion de prise en charge des risques financiers liés aux dépenses de santé des individus. La Déclaration universelle des droits de l'Homme (1948) a prévoit à cet effet deux articles.

Article 22 : « Toute personne, en tant que membre de la société, a droit à la sécurité sociale, elle est fondée à obtenir la satisfaction des droits économiques, sociaux et culturels indispensables à sa dignité et au libre développement de sa personnalité, grâce à l'effort national et à la coopération internationale, compte tenu de l'organisation et des ressources de chaque pays ».

Article 25 : « 1- Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille, notamment pour l'alimentation, l'habillement, le logement, les soins médicaux ainsi que pour les services sociaux nécessaires ; elle a droit à la sécurité en cas de chômage, de maladie, d'invalidité, de veuvage, de vieillesse ou dans les autres cas de perte de ses moyens de subsistance par suite de circonstances indépendantes de sa volonté. 2- La maternité et l'enfance ont droit à une aide et à une assistance spéciales. Tous les enfants, qu'ils soient nés dans le mariage ou hors mariage, jouissent de la même protection sociale ».

La protection sociale désigne tous les mécanismes de prévoyance collective qui permettent aux individus ou aux ménages de faire face financièrement aux conséquences des risques sociaux. Les différentes techniques de protection sociale sont l'assistance, l'épargne, la mutualité et l'assurance. Toutes ces techniques font appel à la notion d'épargne qui est, selon J.M. KEYNES, la part du revenu disponible non immédiatement consommée. Aussi, le potentiel de développement de la mutualité au Cameroun va se découvrir à travers l'étude de l'épargne dans le système financier, l'étude de l'épargne dans le système de santé, puis la présentation de la typologie des systèmes de mutualisation des risques maladie.

Section .1 - Epargne et système financier au Cameroun

L'épargne, qui assume principalement un rôle de financement des investissements, peut être motivée soit par un besoin d'échange, soit par un besoin de protection, soit par un désir de constituer ou d'accroître un patrimoine238(*). Pour comprendre l'importance de cette épargne dans l'économie camerounaise, il nous faut évoquer les principes de l'économie et l'intermédiation financière, avant de présenter les mécanismes de mobilisation de l'épargne des ménages.

§.1 - Principes de l'économie et intermédiation financière au Cameroun

Ils permettent de fixer les bases de l'activité économique d'un pays tel que le Cameroun, et nous éclairent sur l'intérêt d'une modernisation du secteur financier bancaire et non bancaire.

A - Principes de l'économie

L'économie repose sur un ensemble de flux reliant différents acteurs ou agents économiques entre eux. Ces agents se distinguent par la spécificité de leurs fonctions dans le système économique global et entretiennent des relations entre eux qui s'effectuent au sein d'un circuit économique.

Il est donc indiqué d'identifier les différentes catégories d'agents économiques, les principaux systèmes économiques, puis de présenter le circuit économique dans lequel se font ces échanges.

a- Différentes catégories d'agents économiques

L'agent économique est une catégorie homogène qui regroupe les décideurs qui réalisent des opérations identiques et ont des spécificités communes239(*).

On distingue cinq (05) grandes catégories d'agents économiques ;

1. Les ménages, dont la principale fonction est de consommer ;

2. Les entreprises, qui sont là pour produire des biens et des services ;

3. Les administrations (Etat), qui rendent des services non marchands ;

4. Les institutions financières, qui ont pour fonction la collecte des dépôts des ménages et des entreprises et l'octroie de crédits ;

5. L'extérieur (reste du monde), qui doit exporter ou importer des biens et services.

Les agents économiques étant ainsi identifiés, il nous faut savoir comment ils interagissent dans leur milieu de vie.

b- Principaux systèmes économiques

Les progrès technologiques et l'évolution des besoins humains ont entraîné une multiplication des échanges entre agents économiques. Cela suppose qu'il existe un système économique qui régule et organise ces échanges. Il existe deux principaux systèmes économiques dans le monde : Le système capitaliste et le système socialiste.

- Le système capitaliste

Repose sur l'idée première que l'initiative individuelle est le moteur de l'activité économique240(*). Pour que l'individu soit incité à produire, il faut lui permettre de retirer un profit de son initiative. Ainsi, les fruits de son travail doivent lui revenir. Le système capitaliste repose donc sur les principes de la propriété privée des moyens de production (travail, capital) et sur la recherche d'un profit de la part de l'agent économique. L'initiative individuelle étant la règle, plusieurs agents peuvent produire le même bien ou service et le proposer sur le marché qui sera ainsi organisé sur la notion de concurrence. L'Etat, dans ce cas est l'organe régulateur, garant des principes de l'économie libérale, mais également des équilibres sociaux par la maîtrise des inégalités sociales créées par les principes même du capitalisme.

- Le système socialiste

La notion de socialisme est apparue comme une réponse aux inégalités liées à l'essor du capitalisme. Ce système repose donc sur la propriété collective des moyens de production, propriété collective qui est assurée par l'Etat.

C'est l'Etat qui est chargé de la régulation économique en déterminant par avance les quantités de biens et services à produire pour satisfaire les besoins des membres de la société.

Nous voyons que l'analyse de ces deux systèmes repose sur la représentation que l'on se fait du circuit économique.

c- Présentation du circuit économique

Le circuit économique peut s'analyser à deux niveaux : Microéconomie et macroéconomie241(*). La microéconomie est l'étude des comportements individuels des agents économiques, tandis que la macroéconomie est une démarche globale centrée sur les principales fonctions économiques que sont la consommation, l'épargne, la production et l'investissement. L'approche macroéconomie cherche donc à mesurer les relations qui existent entre ces grandes fonctions de manière à fournir les éléments permettant de guider les décisions de politique économique.

Dans une économie capitaliste, la plupart des relations économiques qui se nouent entre les agents transitent par des marchés. On parle d'économie de marché où s'échangent des biens et des services. Le schéma ci-dessous représente la circulation des échanges entre agents économiques.

B. DECHAMPS242(*) explique le contenu de ce schéma de la manière suivante :

- Les ménages ont un besoin de consommation. Pour répondre à ce besoin, il faut que quelqu'un ait à offrir des biens et services sur le marché.

- Les entreprises produisent les biens et services. Mais pour produire elles vont utiliser la main d'oeuvre (travail), les matières premières (consommations intermédiaires) et les machines (investissements). L'activité économique des ménages et des entreprises génère des revenus qui sont en parties prélevés (impôts et cotisations sociales) par les administrations publiques (Etat).

- Les administrations rendent des services non marchands grâce aux prélèvements ainsi effectués. Ceux-ci servent ainsi à financer les biens et services non marchands (école, police, justice, défense nationale), mais également au financement d'un système de protection sociale pouvant assurer une réduction des inégalités économiques et sociales générées par le libre fonctionnement du marché.

- Les institutions financières représentent l'ensemble des échanges se faisant grâce à la monnaie, elles ont pour fonction d'assurer sa production et sa circulation.

- L'extérieur ou reste du monde, concerne les exportations et les importations des biens et services.

Figure 6 : Le circuit économique

Biens et services non marchands

Administrations publiques

Ménages

Revenus de transfert

Impôts et cotisations sociales

Bien et services

marchands

Epargne

Crédits

Institutions financières

Biens et services non marchands

Travail

Demande de consommation finale

Marché des biens et services

Exportations

Salaires

Importations

Demande de consommation intermédiaire

Demande de investissement

Extérieur

Entreprises

Production

Crédits

Impôts et cotisations sociales

Flux monétaires

Flux réels

Source : B. DECHAMPS, le circuit économique, classe de 2nde, www.ac-versailles.fr/pedagodi/reserve

Le circuit économique fonctionne grâce aux interactions des différents agents économiques. Cependant, il a besoin pour ces échanges de monnaie. Un système financier est donc nécessaire dans tout système économique.

B - Intermédiation financière au Cameroun

Le système économique du Cameroun est officiellement libellé « libéralisme communautaire243(*), car il met en avant le choix de la voie capitaliste, tout en tenant compte des intérêts primordiaux et des valeurs culturelles du Cameroun. L'initiative individuelle est donc encouragée comme l'affirme le chef de l'Etat Paul BIYA (1987)244(*), « la libre entreprise, tant qu'elle n'aboutit pas à l'exploitation de l'homme par l'homme, mérite d'être encouragée ».

Dans une économie, il existe des agents économiques (ménages) qui ont des capacités de financement car leur épargne est supérieure aux dépenses qu'ils veulent effectuer, et des agents économiques (entreprises) qui ont des besoins de financement, car leur épargne est inférieure aux investissements qu'ils veulent réaliser. Le système économique doit donc adapter la capacité de financement et le besoin de financement. C'est le rôle du système financier dans une économie libérale.

Le système financier, selon l'encyclopédie Universalis, se définit par l'ensemble des règles, des pratiques et des institutions (bourses de valeurs, banques) qui permettent de mobiliser des capitaux pour les mettre à disposition d'agents à besoin de financement. Ces besoins correspondent pour l'essentiel à des projets d'investissement d'entreprises, d'administrations ou de particuliers. Par conséquent, leur satisfaction concourt à l'accroissement de la capacité productive de l'économie.

On fait d'ailleurs valoir, depuis Raymond GOLDSMITH (1969)245(*), John GURLEY et Edouard SHAW (1955)246(*), qu'il existe une relation entre le niveau de développement d'une économie et celui de son secteur financier. Analysons cette relation au Cameroun en présentant tour à tour les fonctions de base du système financier, le système financier camerounais avant la restructuration, la restructuration du système financier camerounais, et le lien entre système financier et lutte contre la pauvreté.

a- Fonctions du système financier

La fonction de base du système financier d'après C. DE BOISSIEU (2006)247(*) est l'allocation efficace des ressources, à laquelle se rattachent six fonctions primordiales :

1. Système de paiement : Pour faciliter l'échange des biens, des services et des actifs grâce aux instruments de paiement (monnaie, banques)

2. Collecte de l'épargne : Le système financier offre des mécanismes pour collecter l'épargne des ménages pour en faire des ressources en capital utilisables par les entreprises.

3. Transfert des ressources : Le système offre des moyens de transfert de ressources économiques (prêts et emprunts, mobilité internationale des capitaux)

4. Gestion des risques : Le système financier transfère des fonds, mais aussi des risques. Un contrat d'assurance transfère le risque sur la compagnie d'assurance, actionnaires, créanciers et banques supportent le risque de faillite de l'entreprise dans laquelle ils ont investi.

5. Production d'information : Le système financier produit l'information nécessaire aux décisions financières des agents économiques.

6. Résolution des problèmes d'incitation, qui sont liés aux asymétries d'information relatives à l'emprunteur (sélection adverse, aléa moral), et aux conflits d'agence (délégation de responsabilité, dirigeant).

Ces six fonctions rendent possible les échanges financiers dans un système économique. Observons le fonctionnement de ces échanges au Cameroun.

b- Système financier camerounais avant la restructuration

Le système financier africain qui émerge après les indépendances reflète dans une certaine mesure les infrastructures institutionnelles mises en place au cours de l'ère coloniale. L'économiste Donatien EZE EZE, dans son étude sur La structure bancaire dans le processus de financement de l'économie camerounaise248(*), va dans le même sens et précise que le Cameroun a hérité d'une structure bancaire de l'époque coloniale. En effet, cette structure s'est appuyée sur trois catégories de banques : Les banques dites commerciales, celles de développement et celles dites spécialisées.

Ce système financier a plusieurs conséquences249(*) : La prépondérance des banques étrangères au Cameroun et un faible taux de bancarisation, des difficultés dans la collecte des ressources et l'existence des financements courts auxquels nous ajoutons le développement du secteur bancaire informel.

1- Prépondérance des banques étrangères et faible taux de

bancarisation

Au Cameroun comme dans la plupart des pays de la zone franc, on assiste à l'implantation d'un système bancaire importé, mal adapté aux contraintes du développement local, précise D. EZE EZE (2001) Ceci explique, dit-il, en partie l'existence dans l'économie camerounaise d'un secteur moderne composé d'activités modernes d'exportation, de commercialisation, de production agricole et d'industries, et d'un vaste secteur traditionnel constitué par l'artisanat et le petit commerce. Ce dualisme se répercute au niveau de toutes les structures sociales et justifie le faible intérêt, pour une certaine catégorie sociale, pour les banques. Les institutions de dépôts subissent donc les effets de cette réalité économique, nous le voyons avec la faible bancarisation de l'économie camerounaise appréciée par rapport à l'évolution du nombre de banque, de guichets et de comptes.

Tableau 8: Taux de bancarisation de l'économie camerounaise

Année

1989

1990

1991

1992

1993

Tb

1,09

1,08

0,67

0,81

0,72

Tc

54.129

51.444

50.791,9

35.322

26.791

Tg

15,8

12,9

10,76

11,4

8,72

Source : Afrique et développement, vol. XXVI n° 3, p. 8 (Banque Mondiale rapport sur le développement humain) Tb : Population totale/nombre de banques

Tc : Population totale/nombre de comptes

Tc : Population totale/nombre de guichets

Entre 1972 et 1987, on note globalement une évolution du nombre de comptes et d'agences, mais à partir de 1989, le nombre d'agence va chuter. Ceci est dû à la fermeture de la SCB cette année là. La reprise de la SCB en 1990 ne permet cependant pas l'augmentation du nombre d'agences, car les difficultés rencontrées par certaines banques les amènent à fermer certains guichets. C'est le cas de la BICIC qui se retrouve au 30 juin 1990 avec 30 agences contre 39 en 1991, la BIAOC qui dispose de 40 agences contre 50 pour les mêmes périodes.

En plus, ces banques sont essentiellement implantées dans les grandes villes (Yaoundé, Douala et Bafoussam), ce qui contraint la zone rurale à pratiquer la thésaurisation et à considérer la banque comme une institution de « gens de la ville ». Cette couverture territoriale insuffisante, ajoutée à l'absence d'une véritable politique bancaire a exclu les agents de la société civile du système bancaire, aggravant ainsi le problème de mobilisation de l'épargne sur le plan national.

2- Problème de la collecte des ressources

Après l'échec des stratégies de développement basées sur les investissements productifs de grande dimension exigeant une aide extérieure et des emprunts massifs, l'idée que l'épargne nationale doit participer pour une grande part à la formation du capital productif des pays en développement est de plus en plus admise, pouvons nous lire dans Epargne et développement édité par D. KESSLER et P.A. ULLMO (1984)250(*).

Le Cameroun n'échappe pas à cette remarque (D. EZE EZE, 2001), car on a noté une baisse du taux d'épargne qui passe de 17,8% en 1991 à 15,3% en 1995. Précisons qu'en l'absence d'un marché financier développé, les banques commerciales sont les principaux vecteurs de la mobilisation de l'épargne financière des ménages. Pourtant, on constate que le contexte du système financier camerounais décourage cette épargne. Cela se vérifie sur deux points :

Le premier point concerne la formation de l'épargne dans les pays en développement, qui est avant tout déterminée par la politique des prix et des revenus qui permet à l'Etat de contrôler les ressources monétaires agricoles et de procéder aux prélèvements sur la valeur ajoutée, en vue du financement de l'économie. Le mode de fonctionnement du secteur économique public influence également la mobilisation de l'épargne, ce qui entraîne d'ailleurs à la fin des années 1980 « une grave crise du secteur bancaire qui voit des établissements jusque là réputés solides, avoir du mal à restituer les dépôts des clients »251(*). En effet, l'Etat dans son rôle de régulateur, de faiseur de lois mais aussi dans celui de planificateur de la politique de crédits « a participé à la déconfiture des banques », selon J. MBOUMBOUO NDAM252(*).

Le second point concerne le dualisme cloisonné des systèmes d'intermédiation financière, qui constitue aussi un obstacle important à la mobilisation de l'épargne. En effet, il existe dans la plupart des pays en développement deux types d'institutions qui répondent à des logiques économiques en partie contradictoires, nous rappelle J.Y. GOURVEZ (1985): Les établissements bancaires avec des principes de fonctionnement bien définis, et les circuits financiers traditionnels constitués par les activités de prêts sur gages aux ménages, de protection sociale restreinte et fonctionnant au niveau de groupes familiaux, ethniques, socio professionnel ou par zone d'habitation.

Le problème de la collecte des ressources fait référence à la masse monétaire dont disposent les établissements de crédits au Cameroun.

Tableau 9: Structure monétaire dans l'économie camerounaise (en %)

 

Années

 

1991

1992

1993

1994

1995

1996

Disponibilités monétaires

46

51

48

51,1

50,6

49,7

Monnaie fiduciaire

8

25,3

21

17,4

16,1

14

Monnaie scripturale

28

25,7

25

33,5

34,3

34,5

Quasi monnaie

38

49

52

48,9

49,4

51,3

Masse monétaire

100

100

100

100

100

100

Masse monétaire/PIB

29

20

20

18,3

19,3

18,8

Quasi monnaie/PIB

11

10

10

8,9

9,5

9,7

Source : Afrique et développement, vol. XXVI n° 3, p.12

On s'aperçoit que la part de la monnaie fiduciaire qui représente moins de 50% des disponibilités monétaires au Cameroun est aussi un frein au financement de l'économie. La part croissante de la quasi monnaie de 1991 à 1996, se justifie par l'évolution globale des dépôts bancaires, qui passent de 544.487 milliards en 1989, à 574.288 milliards de dollars en 1990253(*), avant d'amorcer une chute depuis cette période du fait de la crise.

3- Prépondérance des financements à court terme

Au Cameroun, comme dans la plupart des pays de la zone BEAC, l'essentiel des financements du secteur primaire est fait par les banques de développement à travers des crédits à court terme. Les crédits à moyen et long terme étant fournis par les banques commerciales au secteur secondaire et tertiaire. La part des crédits à court terme reste, malgré l'évolution à la baisse ces dernières années, au dessus de 75%254(*) et les financements à long terme demeurent pratiquement insignifiants.

Tableau 10: Evolution du crédit à l'économie au Cameroun (en%)

 

Années

Terme

1992

1993

1994

1995

1996

Court

78,2

81,2

80,4

83,9

82,6

Moyen

20,2

18,2

19,5

15,9

16,9

Long

1,6

0

0,1

0,2

0,5

Source : Afrique et développement, vol. XXVI n° 3, p.15

A la lumière de ces réalités, on comprend aisément que l'insuffisance de l'intermédiation financière et son inadaptation au contexte socio économique camerounais ait entraîné le développement du secteur bancaire informel, constitué de petites structures de proximité.

4- Développement rapide du secteur bancaire informel.

Le rôle des institutions financières informelles est de plus en plus important dans les pays africains. En effet, M. LELART (1990, p. 50), définit la finance informelle comme étant l'ensemble des transactions effectuées en marge des règles établies, par des intermédiaires non agréés et non enregistrés. Voyons donc, à la lumière du mémoire d'études de M. GASSE HELLIO sur les tontines dans les pays en développement255(*), quels sont les principaux intervenants de ce secteur, et quels en sont les atouts et les limites au Cameroun.

On distingue généralement trois grands types d'intervenants :

1. Les prêteurs individuels, qui prêtent habituellement leurs propres ressources (bien qu'ils acceptent parfois les dépôts), on trouve: Les amis, les parents, les propriétaires fonciers, les prêteurs ruraux, les fournisseurs d'intrants agricoles, les négociants, les marchands, les prêteurs de marches parallèles urbains, etc.

2. Les groupements de personnes organisées sur une base mutualiste, comme les Associations Rotatives d'Epargne et de Crédit (AREC ou tontines), les chit funds, les associations informelles de crédit, les organisations d'auto assistance ou les fonds familiaux ou tribaux.

3. Les sociétés organisées en partenariat (prêteurs sur gages), de même que d'autres intermédiaires financiers non bancaires comme les sociétés de financement, les sociétés d'investissement, les sociétés de crédit-bail et de location-vente. Malgré la structure corporative des trois derniers types d'établissements et malgré le fait que leur activité soit réglementée par la loi, ils sont inclus dans le secteur informel car ils échappent, dans une certaine mesure, à la tutelle de la Banque centrale.

L'atout principal de la finance informelle pour les pays en développement est qu'elle résout souvent des problèmes que la finance formelle est dans l'incapacité de résoudre. On distingue six raisons pour expliquer cet état de fait.

1. Les services rendus sont extrêmement variés ;

2. Un système fondé sur la discipline ;

3. Epargne : Il y a des gros montants d'épargne qui font surface ;

4. La réciprocité qui s'applique d'une part, entre emprunts et dépôts, et d'autre part entre l'emprunteur et le prêteur ;

5. Les innovations financières : Elles permettent de réduire les coûts de transaction (grande adaptation aux conditions variables);

6. Les coûts de transaction sont peu élevés.

Le secteur financier informel n'est pas sans limites. On distingue en règle générale trois problèmes auxquels il se heurte.

1. Absence de réelle intermédiation financière ;

2. La finance informelle ne finance que très peu l'acquisition de biens d'investissement ;

3. Le caractère usuraire des taux d'intérêt pratiqués proviendrait de ce que le risque prit par les prêteurs est plus élevé.

Au Cameroun, « le développement d'associations tontinières inter ethniques dans les quartiers des grandes villes est en effet un phénomène marquant, au moins dans les villes de Yaoundé et Douala » précise A.C. CREUSOT (1999)256(*), après une mission au Cameroun. Plusieurs facteurs selon elle, expliquent la réussite de ces structures: Assise sociale forte ; existence d'un règlement intérieur avec des procédures très strictes de fonctionnement ; pression sociale forte et garanties solides (aval, épargne bloquée) ; caractère symbolique de l'argent cotisé (il est sacré, le bénéficiaire doit en faire très bon usage).

Le système financier avant la restructuration connaît une répression financière marquée par la dominance des banques étrangères, un faible taux de bancarisation, une difficulté de collecte de l'épargne, des crédits accordés à court terme et un développement rapide du secteur informel. Examinons donc ce que la restructuration apporte comme innovation à ce système.

c- Restructuration du système financier camerounais

Le système financier camerounais miné par tous ces maux, va connaître deux restructurations, nous signale J. MBOUOMBOUO NDAM (2007)257(*).

- La première restructuration débute en 1988 et vise deux objectifs : D'une part adapter l'offre bancaire aux conditions de la faible demande, et d'autre part, assurer la solvabilité, la liquidité et la rentabilité des banques en activité. Cette restructuration se solde par un échec.

- La deuxième restructuration va démarrer au début de l'année 1995 et visera à libéraliser d'avantage le secteur bancaire tout en rectifiant les erreurs commises lors de la première. L'autorité de la COBAC sera renforcée et ses décisions s'imposeront dorénavant aux juridictions nationales. Le paysage bancaire est davantage assaini avec la liquidation des trois banques dont la situation s'est fortement compromise depuis la dernière restructuration. Celles qui le méritent sont recapitalisées.

Cette restructuration bancaire a ainsi donné lieu à une transformation globale de l'ensemble du système bancaire camerounais, les banques ont retrouvé leurs équilibres dés les années 1997 et sont dorénavant mieux gérées. Toutefois, il nous faut apprécier les effets de cette restructuration sur l'intermédiation financière au Cameroun.

A la suite des analyses précédentes, l'intermédiation financière se définit comme un outil qui sert à l'échange entre pourvoyeurs et demandeurs de capitaux. Il faut toutefois distinguer deux formes d'intermédiation nous précise C. BIALES (2008):

- L'intermédiation de marché qui aide les agents à capacité de financement à trouver les agents à besoin de financement. Elle a une fonction de contrepartie.

- L'intermédiation de bilan qui octroie les crédits, a une fonction de transformations de titres.

Il s'agit ici d'analyser les relations entre la banque et les agents économiques que sont les entreprises, le milieu rural et l'intégration régionale (extérieur).

- Banque et entreprise au Cameroun

J. MBOUMBOUO NDAM (2007) estime que les PME/PMI représentent 60 à 65% du tissu industriel et commercial du Cameroun. Une enquête menée par l'USAID, le CRETES et AGRO-PME et commentée par Sime Zadouo (2002) montre que seulement 35% du financement des PMI camerounaises est d'origine bancaire, le reste étant fourni par les tontines, l'épargne personnelle et accessoirement par la famille, les fournisseurs et les autres sources étrangères.

En fait, il existe une profonde cassure entre d'une part les PME/PMI camerounaises à la recherche de financements pour leur expansion et les banques dont les caisses débordent de liquidités. En effet, les PME/PMI sont sevrées de financements, d'autant plus que les banques de développement telle la BCD et les organismes d'appui aux PME/PMI tels le CAPME et le FOGAPE ont été fermés lors de la restructuration.

Les grandes entreprises par contre, ont la préférence des banques qui apprécient leur meilleure lisibilité en termes de documentation et de gestion. Elles bénéficient en outre du parrainage des grands groupes internationaux dont elles sont généralement les filiales. Mais ici aussi il convient d'être circonspect, car les financements portent essentiellement sur le court terme et les interventions susceptibles de financer le développement258(*) sont rares.

- Banque et financement du développement rural

Le secteur rural intervient pour 46% dans le PNB du Cameroun en 2002 (Banque Mondiale, 2003) et absorbe environ 75% de la population active. L'apport de la banque est insignifiant, voire nul pour ce secteur. La désertion des zones rurales par les banques est justifiée par la faible rentabilité et l'absence d'infrastructures qui rend difficile le contrôle des agences dont la fonction principale était la collecte des dépôts.

La situation de crise est la raison la plus couramment avancée par les banques pour justifier leur réticence face au financement de l'économie en général. Mais d'autres raisons sont également évoquées comme le taux de rémunération très élevé (plus de 8%) offert par la BEAC aux banques, la faiblesse des systèmes judiciaires malgré les améliorations dues à l'avènement du code OHADA, le mauvais montage des dossiers par les entreprises, la faible représentation des nationaux dans l'actionnariat des banques259(*).

Au total, on conviendra de l'échec de la banque dans le financement de l'économie, ce qui explique le paradoxe de sa trésorerie pléthorique dans une économie pourtant à besoin structurel de financement.

- Banque, aspect social et intégration régionale

A ce niveau de notre étude, nous pouvons dire avec Tchouassi et Ndjanyou (2002), que la relation entre la banque et la société est marquée par une grave antinomie qu'on peut justifier par l'origine coloniale de la banque camerounaise. En fait, la banque au Cameroun comme dans tous les pays d'Afrique francophone s'est développée culturellement, économiquement et socialement pour servir une clientèle d'origine étrangère en déphasage avec les mentalités locales. L'élite locale qui a remplacé les cadres expatriés depuis les indépendances est l'objet principal de toutes les stratégies commerciales des banques, mais l'excès de formalisme des banques rebute aussi cette population qui n'entretient pas avec elle des relations cordiales.

En sus de financer l'économie, l'intermédiation bancaire est confrontée en Afrique Centrale à l'enjeu de l'intégration régionale (ONDO OSSA, 2002) qui apparaît en effet comme le meilleur moyen pour les petits pays de faire face aux défis de la mondialisation. L'organisation du système bancaire de la CEMAC autour de la structure centrale BEAC260(*) est un atout pour faire face à cette mission. Malheureusement, l'on note « la piètre performance des transferts intra zone avec des transactions qui mettent parfois des semaines entre deux pays ou des transactions que les banques rejettent après avoir vainement essayé de les effectuer » (J. MBOUMBOUO NDAM,2007). Ceci explique entre autres le piétinement de l`intégration par le marché dans la zone CEMAC)261(*).

d- Système financier et lutte contre la pauvreté

Nous pensons, de concert avec N.A NGONO (2007)262(*), que « le système bancaire devient l'un des partenaires de l'Etat en matière de développement du fait qu'il joue un rôle primordial dans la création et la mobilisation des ressources de développement aussi bien nationales qu'étrangères ». Sa participation au développement se concrétise donc dans le rôle qu'il joue dans la collecte de l'épargne disponible, la création de l'épargne productive, la création de l'investissement productif, l'investissement direct et la coopération technique. Tous ces aspects concrétisent la fonction des banques comme conseiller de développement. C'est pourquoi, les systèmes monétaires et financiers des pays en voie de développement doivent contribuer à stabiliser les ressources des banques, renforcer les capitaux propres et inciter les banques à prendre une part plus active dans la création directe des projets qui leurs sont propres.

Ainsi, « en facilitant, en collectant l'épargne et en intervenant dans l'allocation de capital vers les secteurs les plus productifs, les intermédiaires financiers jouent un rôle important dans les conditions de la formation de l'équilibre entre l'épargne et l'investissement, et, de là, dans la croissance économique » (B. AMABLE, J.B. CHATELAIN et O. DE BANDT, 1997). Il est en effet admis q'une épargne domestique importante peut faciliter le développement économique, comme l'illustre le cas de certains pays d'Asie à forte croissance au milieu des années 1990 (World Bank, 1993).

Le système financier camerounais a connu une phase de restructuration bénéfique au secteur bancaire qui se porte mieux, mais qui n'arrive pas encore à répondre convenablement aux besoins d'une clientèle qui représente près de 75% de la population active. C'est la raison pour laquelle des mesures incitatives d'appui à la mobilisation de l'épargne doivent être envisagées. C'est ce que nous voyons dans le paragraphe suivant.

* 237 Fournies page 12 de l'étude

* 238 Cahiers français : découverte de l'Economie, les concepts, mai-juin 1984, p. 16-17

* 239 Economie générale, BTS 1ère année, http://geronim.free.fr/ecogene/bts1 , consulté le 25 décembre 2008

* 240 Idem

* 241 Idem, op cité p. 83

* 242 Le circuit économique, classe de 2nde, www.ac-versailles.fr/pedagodi/reserve , consulté le 24 décembre 2008

* 243 Groupe d'enseignants Camerounais : Education civique, Mécanismes et systèmes économiques du Cameroun et du monde, groupement des arts, nouvelle édition 1988, p. 195

* 244 Pour le libéralisme planifié, 1987, p.128

* 245Raymond W. Goldsmith (1904 - 1988) was an American economist. He authored dozens of books including the well-known Financial Structure and Development in 1969, WHIKIPEDIA, the free encyclopedia

* 246 Gurley, John G et Edward S. Shaw (1955), «Financial Aspects of Economic Development», American Economic Review, 45:4, 515-38

* 247 Président du Conseil d'analyse économique en France, auteur de plusieurs ouvrages sur les systèmes financiers

* 248 Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales : Afrique et développement, vol. XXVI n° 3 et 4, 2001, pp. 1-26

* 249 Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales : Afrique et développement, vol. XXVI n° 3 et 4, 2001, pp 5-15

* 250 Actes du colloque organisé par la Caisse des Dépôts et Consignations, le Centre National des Caisses d'Epargne et de Prévoyance et Swedisg Savings Bank Association : J.Y. GOURVEZ : Intermédiation financière et circuits traditionnels, les conditions de la mobilisation financière, pp.105-108

* 251 J. MBOUOMBOUO NDAM : Mémoire de recherche. Banque contre micro finance : Les enjeux de l'intermédiation financière dans la zone CEMAC, p. 21

* 252 Idem, p. 22

* 253 Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales : Afrique et développement, vol. XXVI n° 3 et 4, 2001, p 14

* 254 Idem, p. 15

* 255 Centre global de recherche de développement : Mémoire d'études à l'université de Versailles Saint Quentin en Yvelines, http://www.gdrc.org the virtual library on microcredit, consulté le 26 décembre 2008

* 256 Bulletin d'Informations du Mardi : Finance informelle en milieu urbain au Cameroun, BIM n° 36 14 septembre 1999, http://www.microfinancement.cirad.fr , consulté le 26 décembre 2008

* 257 Op. cité p. 91

* 258 C'est-à-dire des montants importants pour des longues durées

* 259 Sur les 10 banques commerciales actuellement en activité au Cameroun, seules 3 sont à majorité camerounaise (CBC Bank, Amity Bank et Afriland First Bank) toutes les autres étant contrôlées par les grands groupes internationaux qui ne prennent que les risques qu'elles maîtrisent.

* 260 Les pays de la zone CFA ont une grande avance dans ce domaine sur ceux de l'Union Européenne dont le regroupement autour d'une banque centrale commune date seulement de 2001 avec l'avènement de l'euro.

* 261 La CEMAC couronne deux organes d'intégration dont l'un économique, l'UEAC et l'autre monétaire, l'UMAC.

* 262 Mémoire : Intermédiation bancaire et croissance économique au Cameroun, Université de Ngaoundéré, Maîtrise en économie monétaire et bancaire, pp.

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9Impact, le film from Onalukusu Luambo on Vimeo.


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