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Le roman policier français : illustration et stratégie commerciale

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par Jean Daniel Chevrier
Université de Rennes 2 - Master 2008
  

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2 Le genre policier français de l'après guerre

La deuxième guerre mondiale avait privé les lecteurs français des productions anglo-saxonnes pendant quatre années. Si bien que la paix provoque un nouvel engouement pour l'Amérique, un « besoin de consommer américain19(*) ». La violence, le sexe font leur apparition outre-atlantique. D'abord dans les Détective Magazines, puis dans les collections spécialisées, l'illustration reste un enjeu capital au service de la stratégie commerciale.

2.1 L'influence du roman populaire américain

2.1.1 Les Detective Magazines

C'est au début du XIXe siècle que s'originent les Détective Magazines20(*). Les évolutions de l'imprimerie - production d'imprimés à bas coût -, coïncident avec une vague de crimes qui provoque l'engouement de lecteur. L'ancêtre du genre est le National Police Gazette, quotidien dont les colonnes relatent, nombreuses illustrations à l'appui, « des meurtres, des agressions sexuelles, des actes violents, inconvenants, de débauches, de vulgarité, d'histoires de maison de passe, et de toute la vie crapuleuse que sécrète la ville moderne21(*)... ». Ce genre de presse s'adressait à un lectorat populaire et, s'il était besoin de démontrer l'importance de l'image dans la démarche commerciale, il suffit de revenir sur la déclaration de Richard K. Fox qui prit la direction du journal à partir de 1876 : « S'ils ne savent pas lire, bombardez-les d'images22(*) ! ». Le succès de la Gazette, s'il s'explique par son contenu sulfureux, vient aussi de l'image ; pour la première fois, on montre ce qui était jusqu'alors prohibé, comme des « comptes-rendus très crus d'aventures galantes, d'adultères et autres indiscrétions23(*) ». S'engouffrant dans la voie ouverte par Le national

police gazette, les Detective Magazines, illustrés spécialisés dans les récits de vices et autres affaires sensationnelles voient le jour dans les années vingt. Le succès est immédiat et repose sur leur capacité à réunir tous les vices humains et, de ce fait, ils sont le lieu ou chacun peut assouvir ses fantasmes. L'illustration est primordiale ; plus encore, elle est la raison d'être de ces publications. Le but est de montrer, d'assouvir les pulsions voyeuristes d'un lectorat toujours populaire. A ce titre, les Detective Magazines sont des objets hybrides puisqu'ils n'étaient à proprement dit, ni des magazines érotiques, ni des magazines d'horreur mais les deux à la fois. Socialement reconnus, ils trônaient dans les kiosques à journaux à côté de Look et de Life24(*). Au début des

années quarante, un nouveau tournant s'amorce ; un fait divers relance les ventes25(*) qui déclinent et fait de chaque affaire criminelle, une affaire à

connotation sexuelle. C'est l'apparition dans les Détective magasines, des pin-up et autres filles lascives aux postures aguichantes. La femme devient la cible des Détective Magasines, souvent comme l'initiatrice diabolique de crime. C'est ce que les illustrations suggèrent en premier lieu. Femme fatale à deux titres ; objet de désir, auquel il est difficile de résister, femme manipulatrice et provocatrice : l'illustration est un condensé de l'idée véhiculée alors. Dévêtue, ou présentée dans des tenues suggestives, elle est souvent affichée avec une cigarette, et pour le lecteur d'alors « une femme cigarettes aux lèvres était l'incarnation du mal26(*) ». En outre, elle s'affiche souvent avec l'arme du crime. Est-il besoin d'attirer l'attention sur les titres plus qu'évocateurs ? Le dessin est toujours réaliste, proche de l'image photographique. La pin-up symbolise l'Amérique du vice. Nous verrons que dans le contexte d'après-guerre, où l'Amérique héroïque et victorieuse, est l'objet de tous les fantasmes de réussite, l'engouement pour tout ce qui vient de « là-bas » est à l'origine d'un nouvel âge du roman noir français. Les auteurs américains seront d'abord privilégiés dans les collections françaises notamment dans la « Série Noire » chez Gallimard.

* 19 J.-P. Schweighaeuser, Le roman noir français, Paris, Presses universitaires de France, 1984, p. 15.

* 20 E.Gotland, True Crime ; detective magazines 1924-1969, Los Angeles, Dian Hanson, 2008, p. 32-33

* 21 Ibid.

* 22 Ibid.

* 23 Ibid.

* 24 Ibid, p. 35-36.

* 25 Voir à ce sujet, Ellroy James, Le Dahlia noir, (trad. Freddy Michalski), Paris, Editions Rivages, 1988.

* 26 E. Godtland, Op. Cit., p. 15

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