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L'enseignement au Congo - Brazzaville : entre crise identitaire et refondation socio-culturelle


par Claude-Ernest KIAMBA
Université Catholique d'Afrique Centrale Yaoundé - Doctorat 2009
  

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3. L'enseignement supérieur et les difficultés d'appropriation des réformes

L'université de Brazzaville est composée de cinq facultés et de cinq Instituts. Malgré cette organisation elle connaît de sérieux problèmes tant dans sa gestion que dans son fonctionnement. Il s'agit, dans cette section, d'étudier les différents problèmes qui se sont toujours posés à cette institution et les stratégies déployées pour les résoudre.

3.1. Les états généraux25(*) et l'audit de l'enseignement supérieur

La décision d'organiser les états généraux de l'université au Congo était le fruit d'un large consensus national dans le but de « faire participer les universitaires eux-mêmes et leurs partenaires au processus de prise de décision par le gouvernement de transition, processus devant conduire à transformer l'université en un haut lieu de la culture, de la science et de la technologie adapté et intégré au régime de démocratie pluraliste débarrassé des tares léguées par le système monolithique »26(*). Ces assises devaient traduire en actes les résolutions de la C. N. S relatives à la réhabilitation de l'université. La préparation à l'attention du gouvernement de transition  des textes spécifiant le statut, le rôle de l'université, la réflexion sur la création de l'Académie Congolaise des Sciences et des Beaux Arts, l'aboutissement à la loi d'orientation et de programmation pour la recherche et le développement technologique, figuraient aussi parmi ces réformes. Certains universitaires, victimes des pratiques discriminatoires du P.C.T, s'étaient organisés en cercles d'études et en associations comme le Mouvement pour les Libertés et la Démocratie (MO.LI.DE) ou le Forum pour la Démocratie et la République (F.D.R) afin de revendiquer le renouvellement de la classe politique, voire l'amélioration de leurs conditions de travail. L'un des cercles puissants à cette époque était « La Cause », inspiré du Journal « La Cause du Peuple » animé par le philosophe français Jean Paul Sartre.

Ces associations publiaient secrètement des tracts et animaient à côté des partis politiques des Commissions ad hoc créées pendant la C. N. S. Suivant le calendrier de départ, les états généraux devaient se tenir un ou deux mois après cette conférence. Mais, vue la dégradation des structures éducationnelles, leur tenue exigeait d'abord un vrai audit : « L'état embryonnaire chronique de l'université conduit à organiser un audit pour permettre au gouvernement de la République de disposer d'éléments objectifs afin de concevoir une stratégie d'un développement de cette institution qui soit cohérent et adapté à la démocratisation du pays et intégré à l'ensemble du système national de la science et de la technologie ainsi qu'aux autres secteurs du développement national»27(*). L'audit devait spécifier le rôle de l'université dans la société, car cette dernière s'appuie sur la première pour son développement grâce à la formation que les gens y reçoivent28(*). Il visait une formulation explicite des idées en vue d'adapter l'université aux cultures locales et de la transformer en un véritable moteur du développement national.

Finalement, qu'en était-il de ces états généraux ? Avec son accession au pouvoir suprême, Pascal Lissouba s'était engagé à les organiser à partir de l'année 1996, mais l'instabilité politique avait plutôt orienté l'attention des acteurs politiques vers la lutte pour le pouvoir. La réforme de l'université avait simplement été différée29(*). A la place de ces assises le gouvernement avait proposé de simples aménagements30(*) au niveau de l'université concernant l'amélioration des horaires de travail des enseignants, les modalités de recrutement des personnels et leur avancement, les moyens de revalorisation de leur situation salariale comme le dit encore Martial Vincent de Paul Ikounga : « Il vaut mieux tenir cette réunion avec des personnes qui ne vivent pas dans des conditions délicates. Quand tout le monde a mangé, on peut parler d'avenir, et autrement que lorsqu'on a faim. Et peut-on parler de grandes réformes d'avenir alors qu'à tout moment un enfant peut venir vous demander pourquoi vous n'êtes pas en mesure de mettre des tables et des bancs dans chaque salle de classe ? ». Ce qui démontre le peu d'importance accordée à la formation des cadres, en dépit des discours31(*) politiques sur la réforme de l'université comme le disait le Ministre de l'enseignement supérieur, Henri Ossebi, à la Télévision nationale congolaise le 31 janvier 2004 : « Les états généraux de l'université Marien Ngouabi vont se tenir cette année ».

3.2. Le rôle de l'enseignement supérieur dans une société congolaise en pleine mutation

La problématique concernant le rôle de l'enseignement supérieur dans la société congolaise nécessite, comme l'indique le titre, de réfléchir sur la place de l'université dans le développement local. En tant qu'institution sociale majeure dans la formation des compétences qualifiées, l'université au Congo doit pouvoir jouer son rôle de catalyseur du développement en tenant compte aussi bien de l'évolution de la vie sociale et économique que des mutations politiques et culturelles qui s'opèrent au plan national. Or, à l'image de bien d'autres institutions universitaires au niveau africain, l'université au Congo éprouve plusieurs difficultés à s'imposer comme une institution dont le rôle majeur est de soutenir le développement national à travers les produits humains qu'elle contribue à façonner. L'université, dans un pays, doit être le reflet des réalités sociales et culturelles locales au risque de se conformer aux idéologies importées qui pervertissent sa vraie nature ou son identité réelle. Nonobstant des déclarations politiques sur les réformes de l'enseignement supérieur au Congo, les choses sont demeurées intactes, et ce depuis la fin des guerres civiles de 1993 et 1993. L'université et les universitaires continuent de subir les effets des mauvaises politiques implémentées par les pouvoirs publics. Au-delà des aspects typiquement financiers et économiques, l'enseignement supérieur soufre d'un manque avéré des infrastructures modernes capables de soutenir les activités de recherche proprement dites. Il n'existe presque pas de laboratoires répondant aux normes qualités en matière de recherche université dans le contexte actuel de la mondialisation et de la concurrence. Ce qui conduit à la démotivation des enseignants et des chercheurs, obligés de chercher d'autres voies et moyens de survie.

A l'université, la recherche constitue le parent pauvre des politiques éducatives comme le disait le Secrétaire du Comité Central du P.C.T, Jean François Obembé : «La recherche scientifique à l'université Marien Ngouabi se présente aujourd'hui comme la cinquième roue de la charrette. Elle est en effet diluée dans les affaires académiques au lieu d'être un département indépendant »32(*). Ceci est vrai car les structures qui existaient, jadis, dans certaines facultés comme celle des Sciences Économiques avaient été détruites lors des guerres civiles : « Les structures d'accueil sont insuffisantes et concentrées à Brazzaville; elles ont subi d'importants dégâts suite aux différentes guerres et ont été vidées de leur contenu »33(*). Ce qui constitue un calvaire pour les chercheurs. Conscients de ce qu'aucun pays au monde ne peut se développer sans une base solide dans le secteur de la recherche, les politiques avaient décidé de faire de la science et de la technologie un moteur du développement au Congo. Mais l'illusion avait été de taille, car l'avenir aura démontré que c'était juste l'effet des annonces.

* 25 Avec l'amorce du processus de démocratisation à partir de l'année 1990, certains pays africains comme le Mali, le Niger, le Burkina Faso, le Nigeria, la République centrafricaine et le Tchad avaient accepté d'organiser les états généraux de l'Enseignement, dont l'importance s'était justifiée à travers leur capacité de mobilisation des partenaires sociaux oeuvrant dans le domaine de l'éducation  : « Le fait marquant de ces assises est qu'elles interpellent la conscience de tous les partenaires de l'éducation, qu'elles se donnent comme objectif de diagnostiquer les maux de tout le système scolaire et qu'elles tentent de formuler, de manière consensuelle, les recommandations générales de la politique éducative ». Ces assises étaient d'autant plus nécessaires qu'elles avaient permis à ces pays d'étudier en profondeur les problèmes qui minent le fonctionnement de leurs systèmes éducatifs et de mettre en place de nouvelles stratégies pour les résoudre.

* 26 Cf. Conférence Nationale Souveraine, op. cit, p.74.

* 27Conférence Nationale Souveraine, « Rapport de la Commission Éducation », p.73.

* 28 Cf. Ministère de l'Enseignement Primaire et Secondaire chargé de l'alphabétisation : « Les enjeux innovants des programmes scolaires de l'Enseignement primaire au Congo », INRAP, 2004.

* 29 L'interview du Ministre de l'Enseignement Supérieur et Technique Martial Vincent de Paul Ikounga à Marchés nouveaux est explicite : « Nous devions tenir les états généraux de l'Université. J'ai organisé une réunion fin 1996 avec les enseignants. Nous avons constaté que le terme états généraux avait une connotation peu claire; c'est un terme trop important pour ce qu'il recouvre réellement. Et puis nous nous sommes dits qu'il ne fallait pas se leurrer. Tenir des états généraux en février 1997? A cette date, nous n'aurons pas tout à fait l'esprit aux états généraux; les gens auront plutôt le regard rivé sur juillet 1997 et l'échéance présidentielle» (Cf. « Marchés nouveaux », op. cit, p.377).

* 30 L'analyse de Jean Obambi dans une édition du journal de 20 heures à la télévision congolaise, le samedi 31 janvier 2004, est claire : « Rappelons que les états généraux de l'Université Marien Ngouabi avaient été ouverts en 1996 par le Président Pascal Lissouba et ils sont restés stockés dans les tiroirs ».

* 31 Les états généraux de l'université Marien Ngouabi devaient commencé en fin 2003. Des travaux préparatoires y avaient été organisés et les conclusions validées par la mission d'expertise de Makhoumy Fall. Ils devaient se tenir en cinq jours : « Les états généraux se dérouleront pendant cinq jours. Ce sera l'occasion de faire le diagnostic du système éducatif national et de proposer la thérapeutique. Les cadres du secteur public et les partenaires sociaux trouveront des solutions aux problèmes qui minent l'éducation nationale » (Cf. Le Site Officiel d'Information et de Conseil sur le Congo, « Tenue en perspective des états généraux de l'éducation nationale», 2002-2003).

* 32 Cf. Mweti, n°1499 (9è année), du mardi 24 mars 1987, p.1.

* 33 Cf. Ministère de l'Enseignement Primaire, Secondaire et Supérieur chargé de la recherche scientifique, Le développement de l'éducation, Brazzaville, 2001, p.12.

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