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La guerre dans la "heimskringla" de snorri sturluson

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par Simon Galli
ENS-LSH - M1 Histoire et archéologie des mondes chrétiens et musulmans 2008
  

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Spectatrices et spectateurs

La réponse à cette question peut être décelée de manière intéressante, me semble-t-il, en étudiant le
rôle des femmes dans la Heimskringla, ou plutôt l'un des rôles des femmes. Elles sont peu évoquées

1 Ibid, p. 77 (Hhárf. ch.22) ; cf. également p. 102 (HG ch.8).

2 Voir à ce sujet SVERRE H. BAGGE, Society and Politics in Snorri Sturluson's Heimskringla, cit., p. 105 ff.

3 Tumathorp, ainsi que Lund et Kalmar, sont donc situées en ce qui est aujourd'hui la Suède, mais sont à ce moment (1123) sous contrôle danois, la Scanie n'étant rattachée à la Suède que progressivement, aux XVIe et XVIIe siècles.

4 SNORRI STURLUSON, Heimskringla. History of the Kings of Norway, cit., pp. 705-706 (Msyn. ch.24).

par Snorri, mais, lorsque c'est le cas, leur rôle concerne souvent les activités guerrières, de près ou de loin. Elles ont, par exemple, un rôle diplomatique notable, sur lequel nous aurons l'occasion de revenir ; mais la Heimskringla comporte également plusieurs exemples de femmes luttant pour recouvrer ce qu'elles perçoivent comme l'héritage de leur descendance, comme nous venons de le voir avec Ástrið, mère de Magnús le Bon 1, et comme le démontrent également fort bien Gunnhild, épouse d'Eirí k à la Hache Sanglante, ou Ásta, mère d'Óláf le Gros. En ce sens, nous pourrions dire que certaines femmes apparaissent comme des « chefs de guerre » - indirectement certes, et de manière toute autre qu'un prince, car alors leur rôle n'est pas du tout mis en avant, mis en scène, comme l'est celui d'un homme. Ces femmes sont cependant incontestablement actrices dans la Heimskringla 2.

Elles y ont également un rôle de spectatrices, qui est évoqué dans certaines strophes de poésie scaldique ; ainsi de celle-ci, composée par Hárek de Þjótta alors que, faisant partie de la flotte d'Óláf le Gros, mais étant secrètement ami de son ennemi Knút le Grand, roi de Danemark, il traverse avec son vaisseau la flotte danoise sans être inquiété :

Les dames de Lund ne

riront pas ni ne penseront que je n'ose -

ni les demoiselles danoises ne se moqueront

de moi - nous voguons autour de cette île ! -

naviguer vers le large, et

rechercher ma demeure, cet automne, au-delà

des lieues du plat pays de Fróði [la mer]

naviguant, dans les terres du nord. 3

Certes, la guerre n'est pas la seule chose en jeu ici, car pour « rechercher sa demeure », Hárek doit tout autant traverser « les lieues du plat pays de Fróði » que la flotte danoise, ce dernier obstacle ne présentant guère de difficultés, comme je l'ai dit. Mais il est bien question de courage, et d'oser, de même que dans la strophe qui suit, composée par un certain Jokul à qui échoit, par tirage au sort, le Bison, navire d'Óláf le Gros, suite à la capture de la flotte de ce dernier par le jarl Hákon Eiríksson :

Je ne suis pas réticent, quoique ce soit le sort du tirage - guère les femmes ne m'entendront

gémir - le robuste destrier des mers je,

malgré les tempêtes qui s'annoncent, gouvernerai, qu'Óláf possédait, lui que

tous appellaient le Gros, et qui

lui-même cet été

connut la défaite, bonnes dames. 4

Comme le remarque en note Lee M. Hollander, le courage de Jokul tient aussi à ce que « quelque chose de l'esprit du précédent propriétaire légitime était censé résider dans tout bien chéri par lui, et prendre sa revanche sur le propriétaire illégitime » - d'où les « tempêtes qui s'annoncent ». Mais les conséquences de cette appropriation n'ont en fait rien de surnaturel : capturé « bien plus tard » par Óláf le Gros, Jokul est condamné à mort et reçoit une grave blessure à la tête, qui cause son décès ; mais avant de mourir, il déclame une nouvelle strophe, dont voici la fin :

Meurtri d'une blessure mortelle, cependant

je me comporterai avec courage [við þrek venjast 5].

Sa colère sur moi déchaîne le

1 Ibid, pp. 538-539 (MG ch.1).

2 Pour une discussion plus détaillée et nuancée de cet aspect, cf. SVERRE H. BAGGE, Society and Politics in Snorri Sturluson's Heimskringla, cit., pp. 116-117 et p. 168.

3 SNORRI STURLUSON, Heimskringla. History of the Kings of Norway, cit., p. 449 (OH ch.158).

4 Ibid, p. 477 (OH ch.182).

5 Þrekr désigne « la vigueur, la force, le courage, la ténacité » ; RICHARD CLEASBY; GUDBRAND VIGFÚSSON, An Icelandic-English dictionary, cit., p. 744.

souverain vêtu d'un heaume de la Norvège. 6

La Heimskringla comporte plusieurs exemples où les femmes se moquent, et ces exemples ont toujours un rapport plus ou moins direct avec l'activité guerrière. Nous avons déjà vu comment, par son refus dédaigneux, Gyða, convoitée par Harald à la Belle Chevelure, est censée avoir déclenché la campagne de ce dernier pour unifier la Norvège sous son règne 2. Voici un autre exemple de rire féminin, qui a des conséquences graves pour ses auteurs ; la scène se déroule au cours d'une expédition contre le Danemark entreprise par Harald le Sévère :

Puis ils incendièrent la ferme de Þorkell Geysa. C'était un grand chef. Alors ses filles furent conduites, attachées, jusqu'aux navires. L'hiver précédent, elles s'étaient beaucoup moquées de l'intention du roi Harald de faire voile jusqu'au Danemark avec sa flotte. Elles avaient façonné des ancres en fromage, et dit que de telles ancres pourraient bien être capables de retenir les navires du roi de Norvège. Alors cette strophe fut déclamée :

Firent les demoiselles danoises -

grandement cela fâcha Harald -

des ancres et autres

amarres en mou fromage de petit-lait.

Ce matin, cependant, les demoiselles voient

nombreux - point sujet de rire

ce n'est ! - de durs liens de fer

tenir les navires du souverain.

L'on raconte que l'homme de vigie qui avait aperçu la flotte du roi Harald dit aux filles de Þorkell Geysa : « Vous, filles de Geysa, aviez dit qu'Harald ne viendrait pas au Danemark ».

Dótta répondit : « Cela, c'était hier ».

Þorkell racheta ses filles pour une immense somme d'argent. 3

Certes, en termes d'occurrences, de tels épisodes sont loin d'être majoritaires dans la Heimskringla. Nous pourrions même leur opposer un exemple où la figure de la femme sert de repoussoir à celle du guerrier : il est dit du roi Harald à la Belle Chevelure, dans une strophe scaldique, que « Même à moitié adulte, déjà il haïssait / le confort auprès du feu, / la chaude pièce des femmes, / et les gros gants doublés » 4. Mais l'exemple est isolé, et plus globalement, l'existence d'une opposition, dans la culture scandinave altimédiévale, entre un idéal viril et un idéal féminin irréconciliables est problématique. 5 Ce passage serait surtout, en fait, à rattacher au motif du kolbítr, le jeune homme incapable et casanier 6.

Nous pouvons donc nous interroger sur la raison de cette importance accordée au rire des femmes.

6 SNORRI STURLUSON, Heimskringla. History of the Kings of Norway, cit., p. 477 (OH ch.182).

2 Ibid, p. 61 ( HHárf. ch.3).

3 Ibid, pp. 601-602 ( HHarð. ch.32).

4 Ibid, p. 72 ( HHárf. ch.15).

5 L'on peut notamment consulter à ce sujet CAROL J. CLOVER, «Regardless of Sex: Men, Women, and Power in Early Northern Europe», Speculum, vol. 68, 2, 1993, qui défend la thèse d'une barrière finalement poreuse entre les genres, remarquant notamment que des femmes peuvent être qualifiées de drengr. La Heimskringla comporte un exemple extrêmement intéressant, lui aussi isolé, de femme à laquelle l'on attribue une vertu d'homme : lorsque Kristín, fille de Sigurð le Croisé et femme d'Erling Skakki, aide Grégóríús à échapper à ses ennemis, son mari étant absent, Grégóríús lui déclare qu'elle s'est comportée stórmannlega, c'est-à-dire littéralement : « comme un grand homme » ; cf. RICHARD CLEASBY; GUDBRAND VIGFÚSSON, An Icelandic-English dictionary, cit., pp. 596 et pp. 407-408. Ce que l'on pourrait traduire par « de manière munificente », mais le mot stórmannligr comprend bien maðr, qui, comme « homme » en français, peut aussi bien avoir un sens général (« habitants, humanité ») qu'un sens touchant à la virilité, comme par exemple dans le composé manns-mót (littéralement : « marque d'un homme » : comportement d'homme virilité) ou dans une expression telle que hreystimenn, « hommes vaillants », que nous avons déjà rencontrée. Aussi la traduction de Lee M. Hollander : « lui disant qu'elle s'était comportée comme il convenait à une grande dame », me semble-t-elle problématique : SNORRI STURLUSON, Heimskringla. History of the Kings of Norway, cit., pp. 763-7 64 (Ingi ch.29).

6 Cf. RÉGIS BOYER, «Du "kolbítr" au héros : enfances romanesques dans les sagas islandaises», PRIS-MA, vol. XII, 23, 1996.

Nous inspirant des sagas dites islandaises, nous pouvons penser au rôle des femmes comme gardiennes de l'honneur familial et élément moteur des faides entre familles1. Cet aspect est incontestablement présent dans la Heimskringla : Sigríð, femme de Sigurð Þórisson, en offre un fort bel exemple lorsqu'elle exige de son beau-frère, Þórir le Chien, qu'il venge le meurtre de son fils Ásbjorn en tuant le suzerain du meurtrier - à savoir Óláf le Gros lui-même 2. Néanmoins, cet aspect est moins central dans la Heimskringla qu'il peut l'être dans une saga dite islandaise ; les cas dans lesquels nous avons vu intervenir le rire des femmes n'ont rien à voir avec les vengeances familiales, et, lorsque dans la Heimskringla des femmes agissent pour ce dernier motif, leurs actions n'ont rien à voir avec la moquerie 3.

Pourquoi, alors, accorde-t-on de l'importance au jugement des femmes quant au courage en général et aux activités guerrières en particulier, alors qu'elles n'y prennent pas part directement ? La Heimskringla n'en offre pas de motif explicite. Je suis donc tenté de reprendre l'épisode de la réponse de Gyða aux messagers d'Harald à la Belle Chevelure 4, dont le mécanisme semble se rapprocher, comme je l'ai déjà fait remarquer, de celui de l'amour courtois 5, avec cette exigence de la part de la dame : exigence de pouvoir, de prestige, d'ambition, comme Gyða le dit elle-même, de prouesse également ; exigence qui n'est certes pas de nature guerrière en soi, mais qui amène immédiatement, comme nous l'avons vu, des actes de guerre. C'est donc par son bras et son épée - et ceux de ses hommes - que Harald conquiert Gyða, à l'image d'un héros de roman courtois ; à ceci près que Harald est un roi, qui guerroie en tant que tel, encore qu'il ne manque pas d'accomplir des exploits personnels ici et là. Il est cependant tentant, au vu de cette similitude partielle, de reprendre l'explication proposée par D. Barthélémy au rôle des femmes comme demandeuses de prouesse dans les chansons de geste : « En pratique, n'est-ce pas surtout le prince qui veut avoir des chevaliers performants ? Pour être belle, la fiction prête cette exigence aux jeunes femmes surtout, qu'il leur remet en récompense » 6 . Thèse détaillée plus loin : « la dame doit paraître souhaiter elle-même ce que la société des chevaliers, roi en tête, veut qu'elle souhaite » 7. Bien sûr, la transposition de ces idées à la Heimskringla demande une certaine adaptation ; la société dont il s'agit ici n'est pas une société de chevaliers, mais une société aristocratique - c'est du moins la perspective présentée par la Heimskringla - au sein de laquelle l'habileté et la prouesse guerrières sont, comme nous l'avons vu, des éléments qui peuvent permettre de se mettre en avant, dans une recherche générale et perpétuelle de prestige et de primauté. Dans ce contexte, le rôle du roi est, à mon sens, moins déterminant qu'il ne peut l'être dans le contexte des chansons de geste : comme nous l'avons suffisamment dit, et comme l'exemple même du défi de Gyða le montre, les rois eux-mêmes n'échappent pas à la pression, à l'exigence d'une démonstration de leur pouvoir et de leurs capacités.

Comment expliquer, cependant, cette pression subie par tous les membres de cette société aristocratique ? Car c'est une chose que de lutter, avec une concurrence plus ou moins acharnée, pour la place, ou les places, d'honneur, ce qui cause ce que l'on pourrait appeler une pression objective - beaucoup de candidats, peu de places ; c'est une autre chose que de postuler l'existence d'une pression en quelque sorte subjective, par laquelle tous exigeraient que leurs concurrents potentiels soient, pour reprendre le mot de D. Barthélémy, performants. La présence simultanée de ces deux types de pression peut même sembler contradictoire. Mais elle se peut expliquer cependant, et de diverses manières. Tout d'abord par l'idée d'un contrôle social par le bas de la part de ceux qui, dans cette compétition aristocratique, savent qu'ils ne pourront tout de même pas accéder au plus haut rang,

1 Là encore, la saga de Njáll le Brûlé en offre un excellent exemple.

2 SNORRI STURLUSON, Heimskringla. History of the Kings of Norway, cit., pp. 392-393 (OH ch.123).

3 Ibid, p. 22 (Yngl. ch.19).

4 Ibid, p. 61 ( HHárf. ch.3).

5 À noter que, comme le remarque S. Bagge, cette « légende romantique » est une « histoire traditionnelle, et n'est pas inventée par Snorri. » SVERRE H. BAGGE, Society and Politics in Snorri Sturluson's Heimskringla, cit., p. 87.

6 DOMINIQUE BARTHÉLEMY, La chevalerie : De la Germanie antique à la France du XIIe siècle, Fayard, Paris, 2007, p. 412.

7 Ibid, p. 429.

celui de roi, ni devenir, à l'image d'un Erling Skjálgsson, un prince de facto indépendant ou presque 1, mais devront entrer dans la clientèle d'un autre grand, celui du souverain, de préférence. Forcés ainsi de se soumettre, en partie du moins, il est assez logique que ces aristocrates, ces lendir menn et hirðsmenn 2, tout en continuant à vouloir paraître « l'homme le plus exceptionnel », exigent de celui qui est devenu leur patron qu'il soit justement à une hauteur suffisamment grande pour dominer même les « hommes les plus exceptionnels » du pays. Ainsi, à ceux qui décrient l'entrée dans la clientèle d'un prince, celui qui a adopté une telle stratégie peut répliquer qu'elle n'a rien de déshonorable, bien au contraire 3. Mais pour cela, il faut sans doute que, comme le dit Gyða, le prince en question règne sur plus « de quelques fylki ». Gyða serait ainsi l'image idéalisée et indirecte du hirðsmaðr. Elle peut aussi représenter, plus directement, un semblable « contrôle par le bas », cette fois par les femmes, qui menacent de leur rire les hommes incapables de se placer suffisamment haut pour les dominer vraiment - phénomène présent, par exemple, chez les anciens Germains tels que décrits par Tacite 4. Cette possible analogie offrirait une explication supplémentaire au fait a priori étonnant, comme le note S. Bagge, que Snorri n'ait pas retranché ici les éléments d'apparence légendaire, comme il a pu le faire ailleurs dans la Heimskringla 5.

Mais, pour revenir plus près de notre sujet, l'on peut également expliquer cette pression subjective de manière stratégique. Il y a assurément compétition entre les grands dans la Heimskringla, simultanément symbolique et concrète - si ces mots signifient quelque chose. Mais dans les conflits « concrets », tout comme d'ailleurs dans les rivalités « symboliques », l'on n'est jamais seul - ou, si on l'est, c'est que l'on est vaincu. Chacun a autour de lui un réseau : de parents, de clients, de patrons, d'alliés par mariage, ou encore d'alliés de circonstance. Les femmes étant l'un des principaux moyens de conclure une alliance 6, il suffirait de changer quelques mots de la phrase de D. Barthélémy pour décrire le mécanisme qui sans doute joue ici : en pratique, est-ce que ce ne sont pas surtout les grands qui veulent avoir des alliés performants ? Pour être belle, la fiction prête cette exigence aux jeunes femmes surtout, qu'ils leur remettent en gage d'alliance, et parfois en récompense.

Bien sûr, dans les exigences liées à une alliance, il y a - comme dans celle de Gyða - d'autres choses que la seule capacité à la violence ; mais cette exigence est présente. C'est peut-être une femme, là encore, qui l'exprime le mieux ; seulement, il ne s'agit plus d'une demoiselle rieuse, mais de la mère du jeune roi Ingi. Elle réagit ainsi au meurtre de Sigurð Skrúðhyrna, l'un des hirðsmenn du roi Ingi, par deux hommes du frère de ce dernier, le roi Sigurð : « elle alla tout droit trouver le roi Ingi et lui dit qu'il serait longtemps tenu pour un petit roi, s'il ne réagissait pas même lorsque ses hirðsmenn étaient tués, l'un après l'autre, comme des porcs. Le roi fut furieux de ses reproches ; et tandis qu'ils se querellaient, Grégóríús entra, portant son heaume et sa cotte de mailles. Il demanda au roi de ne pas se fâcher, ajoutant qu'elle disait la vérité. » 7 On le voit, l'exigence de capacité à la violence, et d'actes

1 Voir la description que fait Óláf le Gros du pouvoir d'Erling : SNORRI STURLUSON, Heimskringla. History of the Kings of Norway, cit., p. 376 (OH ch.116), et l'évidente capacité d'Erling à en remontrer à Óláf le Gros, à l'occasion.

2 Un hirðsmaðr, « homme de la hirð », est simplement un membre de la hirð d'un grand - voir, dans le lexique, le mot hirð.

3 Un exemple quelque peu particulier nous en est donné par un émissaire du roi Knút le Puissant, qui tente de convaincre Bjorn le Maréchal de se joindre à Knút, alors même que son précédent suzerain, Óláf le Gros, a fui le pays : « les hommes comme toi sont faits pour servir les rois ». Il est vrai que l'émissaire accompagne cette observation d'une forte somme d'argent, tandis que l'alternative qu'il offre à Bjorn n'est guère plaisante : fuir le pays, comme son précédent maître ; Ibid, pp. 480-481 (OH ch.185). L'on peut également se référer au débat parmi les trois frères Árnason, Þorberg, Kálf et Finn, pour décider s'ils doivent ou non prêter serment d'allégeance à Óláf le Gros ; Ibid, p. 419 (OH ch.138).

4 DOMINIQUE BARTHÉLEMY, La chevalerie, cit., p. 409.

5 SVERRE H. BAGGE, Society and Politics in Snorri Sturluson's Heimskringla, cit., p. 87.

6 Ce qui est bien exprimé par ces vers au sujet du mariage entre Harald le Sévère et la fille du roi Jarizleif de Hólmgarð : « Parenté il acquit, le roi / au regard perçant, qu'il avait désirée, / de l'or en abondance comme récompense / il reçut, et aussi la princesse. » SNORRI STURLUSON, Heimskringla. History of the Kings of Norway, cit., p. 590 ( HHarð. ch.17).

7 Ibid, pp. 761-762 (Ingi ch.27).

violents si nécessaire, est aussi formulée par les hommes eux-mêmes. Ici, nous pouvons faire un lien avec ces idées d'honneur, de « mourir en homme courageux » 1, que nous avons vues précédemment : elles apparaissent parfois dans les discours, et il est alors clair que de tels concepts traduisent, sans doute, certaines valeurs partagées, et servent à encourager, mais aussi à assurer la cohésion d'un groupe, à empêcher les parties qui le constituent de fuir - risque toujours présent, nous l'avons vu - en suggérant, en creux, que qui ne se bat pas sera méprisé. Ainsi, Sigurð de Reyr, dans cette exhortation aux troupes du roi Hákon que nous avons déjà rencontrée, déclare, avant que de faire appel aux registres du droit et de la religion : « le fait est, comme tous l'ont entendu dire, que très souvent nous nous en sommes mal tirés dans nos rencontres avec eux [vér höfum mjög oft svaðilförum farið fyrir þeim]. Néanmoins, il convient que nous leur fassions face de la manière la plus digne d'hommes [mannlegast] et que nous tenions bon ; car c'est la seule façon pour nous d'être victorieux. » 2

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Camping du Saucil a(Villeneuve sur Yonne)

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