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La guerre dans la "heimskringla" de snorri sturluson

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par Simon Galli
ENS-LSH - M1 Histoire et archéologie des mondes chrétiens et musulmans 2008
  

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Chef de guerre ou chef guerrier ?

Les rois parmi la presse

De même qu'ils sont, ou du moins peuvent être, au coude-à-coude avec d'autres dans le domaine des idéaux et des joutes discursives, la place des rois dans la guerre elle-même apparaît complexe et composite. Ainsi, si l'on s'intéresse, suivant le mot et la méthode de John Keegan, aux « battle pieces » 2 ou « récits de batailles » de Snorri - par exemple à ceux des batailles de Hafrsfjord, Svolð, ou Stiklestad - on retrouve certes les souverains comme acteurs majeurs, à plus d'un titre, mais l'on voit aussi ces mêmes rois pris dans la masse des combattants. Les rois font donc eux aussi, dans une certaine mesure, l'expérience de la bataille comme le commun des combattants. Précisons tout de suite que ces rois, quoiqu'ils soient parfois protégés derrière un mur de boucliers, sont généralement montrés à la tête de leurs troupes, et sont en tout cas toujours très proches des premières lignes, très impliqués dans la bataille - ce qui n'a rien d'incohérent avec les pratiques médiévales en général 3. Ils en subissent donc les conséquences.

Un épisode résume bien ces observations générales : celui de la blessure mortelle reçue par le roi Hákon le Bon à la bataille de Fitjar (961).

Mais le roi Hákon était à la tête de ses hommes, poursuivant de près les ennemis en fuite et faisant pleuvoir les coups d'épée. Alors une flèche vola [...] et elle frappa le roi Hákon au bras, dans le muscle en-dessous de l'épaule. Et beaucoup disent que le page de Gunnhild, dont le nom était Kisping, courut en avant dans la cohue, criant : « faites place au tueur du roi », et tira la flèche sur le roi Hákon. Certains disent, cependant, que nul ne sait qui tira la flèche. Et cela est fort possible, car flèches et javelots et toutes sortes de projectiles tombaient aussi dru que neige. 4

Ainsi, après avoir rapporté la version bien « digne de saga » (söguligr), Snorri donne sa préférence à une version beaucoup plus prosaïque de la blessure reçue par Hákon le Bon. S'arrêter sur la première version eût donné une coloration beaucoup plus épique et dramatique à la bataille de Fitjar : Hákon, le bon roi de Norvège, frappé à mort par la flèche envoyée sur lui par le page de Gunnhild, épouse du frère ennemi de Hákon, Eirí k à la Hache Sanglante (blóðøx), une femme « astucieuse et habile en magie, amicale en paroles, mais pleine de tromperie et de cruauté » 5. De cette manière, la bataille aurait été plus encore centrée sur le roi, elle serait devenue une sorte de duel homérique, avec le roi pour héros. Mais il semble bien que, pour Snorri, Kisping ne soit pas Pâris, ni Hákon, Achille. Il

1 Ibid, pp. 703-704 (Msyn ch.21).

2 JOHN KEEGAN, The Face of Battle, cit., p. 36 ff.

3 Pour une discussion nuancée de la présence des rois et commandants en première ligne, cf. PHILIPPE CONTAMINE, La Guerre au Moyen-Âge, Presses universitaires de France, Paris, 2003, p. 379 ff. ; MICHAEL PRESTWICH, Armies and Warfare in the Middle Ages : the English Experience, Yale University Press, New Haven, 1996, pp. 181-183 donne plusieurs exemples.

4 SNORRI STURLUSON, Heimskringla. History of the Kings of Norway, cit., p. 123 (HG ch.31).

5 Ibid, p. 95 (HHárf ch.43).

préfère s'en tenir à une observation qui nous ramène bien dans le fracas d'une bataille confuse, où flèches, javelots et pierres volent en tous sens - ce qu'évoque d'ailleurs déjà la kenning fort courante pour « bataille » qu'est « la tempête des flèches » - et où n'importe qui, fût-il roi, peut avoir la malchance de recevoir un trait. Cette idée même est d'ailleurs mise, beaucoup plus tard, dans la bouche de Grégóríús conseillant au roi Ingi de ne pas participer à une bataille (1160) : « nul ne sait où peut frapper une flèche perdue » 1.

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9Impact, le film from Onalukusu Luambo on Vimeo.