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Les contes égyptiens anciens et les contes de l'Afrique subsaharienne: essai d'une analyse comparée


par David Elysée Magloire TESSOH
Université Yaoundé 1 - Master en littérature et civilisations africaines 2011
  

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I-2-3- L'anthropomorphisation

L'anthropomorphisation est l'un des procédés stylistique dont raffole la tradition orale. On peut la définir comme la tendance à attribuer aux objets naturels, aux animaux et aux créations mythiques des manières d'être et d'agir propres aux humains. Se situant dans la même perspective Pierre Ngijol Ngijol a pu écrire : « L'anthropomorphisation consiste à donner des attributs humains aux divers éléments de la nature »27(*).

Dans le conte négro-africain l'anthropomorphisation est palpable à travers tous les personnages non humains qui se comportent comme des hommes. C'est ainsi qu'on peut les voir communiquer oralement entre eux ou avec les hommes, consulter les devins pour prédire leur avenir, cultiver les champs, aller au marché vendre les recettes, s'équiper des fétiches pour mener à bien leur projet ou pour se protéger. On peut aussi les voir organiser des palabres pour trancher les litiges, se réunir pour désigner ou voter un chef.

Dans les contes Subsahariens nous pouvons dénombrer plusieurs cas d'anthropomorphisation, à titre illustratif nous avons des extraits des contes : numeros 9, 13, 14, 18, 19, 21, 23, 25 ,29 et 30 que nous rappelons

Conte n° 9 "Le prince". Dans ce conte on s'aperçoit que les animaux jouissaient de la faculté de pouvoir communiquer par la parole qui pourtant à l'instar de la raison l'apanage de l'homme. C'est ainsi qu'on a ces dialogues entre le charognard et le prince d'une part, le chaton et le chiot d'autre part.

Extrait n° 1 dialogue entre le charognard et le jeune prince

"Le petit charognard dit : « Ferme les yeux ! » Et quand le prince les ouvre à nouveau, il se voit dans un endroit inconnu, au milieu d'un troupeau, de charognards qui l'accueillent comme un roi. Après l'avoir salué, ils se retirent en le laissant avec son petit charognard qui lui dit :

 Mon père et ma mère vont venir te saluer et te demander ce que tu veux ! Ne leur réponds pas que tu veux de l'argent ou de l'or, mais dis à mon père que tu veux ce qu'il a au doigt et à ma mère de souffler à ton oreille.

Le jeune prince dit : « J'ai compris ! »

Dans cet extrait nous avons des charognards qui accueillent le prince comme un roi et le saluent. Nous remarquons aussi que le père du charognard a des doigts.

Extrait n°2

"Un jour, le chaton dit au chiot : « Si tu peux me faire traverser le fleuve, j'irai aider notre maître ! ».

« Si c'est pour traverser le fleuve, il n'y a pas de problème ! »

Arrivés au bord du fleuve, le chiot dit au chaton : « Accroche-toi à mon dos, je vais te faire traverser ! ».

Conte n° 10 "Le cultivateur,sa femme et les génies dans ce récit nous avons un dialogue entre les génies.

Le petit génie s'assit. Quelque temps après, le vieux est inquiet et envoie l'aîné voir ce que fait son frère. Il part trouver son petit frère assis et lui dit : « Kunkelen, le vieux t'a envoyé chercher du feu et tu es venu t'asseoir ? »

Le petit frère lui répond : « C'est cette femme bavarde qui veut me raser »

Le grand frère dit : « Elle va me raser aussi »

Conte n° 13 "Le lièvre et l'hyène" Dans ce conte, le lièvre, l'hyène, le lion et le sanglier parlent"

Extrait :

Le lièvre, dans sa ruse, revint dire à l'hyène :

« Commère l'hyène, comme tu n'entres pas dans la forêt, donne-moi ton panier. Assieds-toi sous l'arbre à karité. J'irai chercher les termites pour toi » Il rapporta le panier à l'hyène et lui dit : « Retournons à la maison » Pendant qu'ils rentraient, arrivés au trou à l'ouverture étroite, le lion arriva à toute vitesse en colère.

Le lion dit : « Compère lièvre, je ne vois plus mon petit, c'est pourquoi je suis à votre poursuite. »

Le lièvre dit : « Grand oncle, si j'avais quelque chose de bon à la maison, je l'apporterai à ton petit en brousse au lieu de vouloir l'emporter à la maison » "

Conte n° 14" L'ingratitude"( Dialogue entre l'homme et les animaux `singe, lion et serpent)

Extrait :

Il rencontre le singe qui lui demande :

« N'est-ce pas toi qui nous a aidés à sortir du puits, l'autre jour ? » L'homme lui répondit : « C'est bien moi ». Quelques jours plus tard, notre homme sort de chez lui, pour parcourir la brousse à la recherche de nourriture. Il croise le lion qui lui demande :

« N'est-ce pas toi qui nous a aidés à sortir du puits l'autre jour ? » L'homme lui répond : « C'est bien moi. Un serpent passait par là. Il entendit notre homme et s'approcha :

« N'est-ce pas toi qui nous a aidés à sortir du puits l'autre jour ? » L'homme lui répondit : « C'est bien moi ! » Le serpent reprend : « Je vais te donner un remède, une feuille magique. A l'aide de cette feuille, tu iras ressusciter le fils du chef de village que je vais aller mordre mortellement tout de suite. Toi, pour l'instant, n'arrête pas de crier ceci : Chez nous, un serpent ne peut pas nous faire de mal. S'il mord l'un d'entre nous, notre médicament le protège ou le ressuscitera. »

Conte n°18".Mesut-le-lièvre épouse la fille du roi "Dans ce conte l'anthropomorphisation est très patente. Elle commence par un dialogue entre le lion et une lionne au sujet du mariage de sa fille.

- Je vous ai réunis pour vous dire que je vais marier Ntùtùre, ma première fille ici présente, vendredi de la semaine prochaine. Son mari cumulera en lui d'étonnantes qualités : le courage, l'intelligence et une force d'athlète.

- Décidément, sire, fit la favorite, vous n'arrêtez jamais de nous surprendre. Avez-vous déjà choisi l'homme avec qui elle convolera en justes noces ?

- A la suite de ce dialogue nous constatons que le lion veut envoyer sa fille en mariage. Il est fort possible qu'on assiste à un mariage entre un homme et une lionne. Par ailleurs, nous avons  des animaux qui font de la musique« Les musiciens se mirent à égrener des rhapsodies bien rythmées », des animaux qui montent sur les chevaux « Mesùt le lièvre arrive de la cour sur un cheval bien chargé », des animaux qui ont des paupières, qui adressent des sourires, qui ont des boucles et des mains. « Les paupières mi-closes, la bouche entr'ouverte, elle sourit à Mesùt et lui donna la main ». De même nous avons des animaux qui s'équipent des fétiches. « Mes fétiches et mes ancêtres à qui j'ai offert des sacrifices m'ont rassuré » Et presque tous les animaux ont des noms, c'est le cas de Mesùt le lièvre, Meshe-la biche, Nsuen- l'éléphant, Ngùe- la panthère, Nyet-le buffle, Rigbaa- l'hippopotame ou encore Kùkùnda- le Caméléon.

Conte n° 19 " La destitution de Memvu-le-chien". Dialogue entre un chasseur et les crocodiles

- Soyez le bienvenu, Sire ! Qui que vous soyez et quel que soit ce que vous cherchez, que la paix soit avec vous. Vous êtes le plus distingué des visiteurs de ce bois.

- La paix seulement, répondit le chasseur.

- Nous vous en prions, visiteur éminent, voyez notre misère. Mes enfants et moi sommes perdus du fait de la sécheresse. Sauvez-nous et nous vous en saurons gré. Vous aurez une récompense, la plus belle et la plus grande qui soit. Songez seulement qu'aucun animal vertébré tétrapode ne vous a jamais tenu un tel langage.

- Visiblement, vous pâtissez des conséquences fâcheuses de cette étrange sécheresse. Que puis-je donc pour vous ?

- Conduisez- nous Sire, au bord du grand fleuve nous sommes au bord du gouffre fatal, voyez ! Nous pourrions nous jeter à l'eau et nous abreuver ainsi à cette source de la vie.

- Avec cette sécheresse, ce fleuve n'a-t-il pas tari ? Demanda le chasseur.

- Hum...Non, je ne crois pas ! Répondit le crocodile. Son débit est souvent tel qu'aucune sécheresse ne saurait l'ébranler.

Conte n° 21".La dette de Kimanga" Dans ce conte, les animaux peuvent s'emprunter de l'argent, ils vont au champ et au marché. « Ecoute-ton ami Kùpù-le cochon est bien fortuné il a toujours la bourse pleine. Pourquoi ne pas lui demander de nous prêter une petite somme que nous lui rembourserons après l'arrivée des premières pluies. Nous aurons alors récolté nos ignames et leur vente nous permettra de lui rembourser son dû », ils peuvent être à un mariage « Tiens, je me souviens, ....il ne rentrera pas tôt aujourd'hui parce qu'il a été invité au mariage d'un noble qui vit à quatre rivière d'ici » Ou encore s'habiller et utiliser une pierre à écraser « Penchée sur sa pierre, dame Kimanga continua à écraser son maïs ignorant Kùpù qui s'enflamma davantage » « Sur ces entrefaites Kimanga fit son entrée avec des habits mouillés et sales à la grande surprise de kùpù ».

Conte n° 23 "Et le ciel recula" . Monologue du ciel :

Que ferai-je pour manifester mon mécontentement ? Dit-il à nouveau dans un roulement sourd.

- Tomber de toute ma puissance sur cette femme et l'écraser ? Cela ne convient pas à ma grandeur. Je ferais mieux tout simplement de me mettre désormais hors de la portée des humains.

Conte n° 25" Le roi qui voulait marier sa fille" : Un écureuil engrosse un humain

" Arrivé à l'écureuil, l'assemblée rigolait parce qu'il n'avait pas l'air d'être capable de séduire et d'enceinter la belle princesse. Malgré les quolibets de la foule, l'écureuil entonne la chanson et aussitôt, le "Nan djou" qui écoutait avec attention, se lève et va "toïtotoï" vers son père. Un long silence se fit dans la foule stupéfaite.

Conte n° 26 "Les trois antilopes" Dans ce conte on peut relever deux cas d'anthropomorphisation. Le premier cas est le monologue de l'esprit des eaux, qui habitait la fontaine à laquelle les antilopes venaient s'abreuver. Exaspéré, il leur dit : « Je suis las de vos lamentations. Je vous promets de transformer en antilope mâle le premier animal qui viendra boire à ma fontaine. Ainsi, vous serez trois ». Le second cas est une plainte des antilopes. « Nos antilopes recommencèrent à se plaindre : « Nous ne voulons pas d'homme ! »

Conte n° 29 " Les trois soeurs et Itrimoubé" On a dans ce conte des oiseaux qui parlent. " Non, dit le corbeau, je ne t'emporterai pas ; tu n'aurais pas dû raconter que je mangeais des arachides vertes.

- Non, dit le milan, je ne t'emporterai pas. Tu n'aurais pas dû raconter que je mangeais les rats morts.

- Reaou ! reou ! reou ! Viens, jeune fille, roucoule le pigeon bleu. J'aime à prendre pitié de ceux qui souffrent.

Conte n° 30 "L'histoire de Raboutity" Dans ce conte nous avons dix cas d'anthropomorphisation où les animaux et les choses parlent.

- C'est vrai, je suis fort, dit l'arbre, mais le vent me plie et me casse.

- Je suis fort, dit le vent ; mais le mur se dresse et je ne peux plus passer.

- Je suis fort, dit le mur mais le rat ronge le mortier et fait un trou.

- Je suis fort, dit le rat mais le chat me mange.

- Je suis fort, dit le chat mais la corde m'étrangle.

- Je suis forte, dit la corde mais le couteau m'étrangle.

- Je suis fort, dit le couteau mais le feu me brûle

- Je suis fort, dit le feu mais l'eau m'éteint.

- Je suis forte, dit l'eau mais le bateau flotte sur moi.

- Je suis fort, dit le bateau mais si je donne contre un rocher, il me brise

- Je suis fort, dit le rocher mais le crabe me perce.

- Je suis fort, dit le crabe mais l'homme m'attrape et m'arrache les pattes.

En somme, qu'il y ait des animaux, des génies, des choses qui dialoguent entre eux ou avec des humains. Des animaux qui engrossent des humains ou encore des choses qui monologuent, l'anthropomorphisation est bel et bien présente dans les contes Subsahariens.

A l'instar des contes subsahariens, les contes Egyptiens font appel à l'anthropomorphisation. En effet, un coup d'oeil global sur ces contes met en évidence plusieurs cas d'anthropomorphisation. Nous avons pu identifier quatre contes où elle apparaît clairement, ce sont les contes :1, 3, 4 et 8.

Conte n° 1 "La légende des deux frères" Dans ce conte on rencontre plusieurs occurrences d'anthropomorphisation. A titre illustratif nous en retiendrons six. La première est celle des vaches qui mettent en garde Bata le cadet : « «La vache de tête, dès son entrée, dit à son gardien : " Voici ton grand frère qui te guette, derrière la porte, avec son couteau pour te tuer. Sauve-toi" Il entendit ce qu'elle disait et la seconde, entrant à son tour, répéta la même chose : « Attention ! Ton frère est derrière la porte, qui attend pour te tuer avec son couteau »

Le second cas est la plainte que le cadet formule à Râ-harakhty, le soleil. Ce dernier reçoit la plainte et réagit immédiatement. « Mon bon maître, c'est toi qui fais la différence entre le juste et l'injuste ! Et Râ-harakhty entendit sa plainte, et il fit apparaître une eau immense entre lui et son grand frère. »

Au troisième cas nous avons des dieux et Râ-harahty qui parlent : « Les neuf dieux parlèrent la Femme d'Anoup, ton grand frère ? Tous ensemble pour dire : "Oh, Bata, n'es-tu pas seul ici pour avoir quitté ton pays à cause de Voici : il a tué sa femme et tu es vengé. Râ- harakhty dit à Khnoum le modeleur de corps d'enfants : Oh ! Fabrique une femme à Bata, afin qu'il ne reste pas seul. ».

Le quatrième est une prédiction des déesses « Les sept hâthors vinrent la voir et prédirent d'une seule bouche :

"Elle mourra par le glaive".

Au cinquième cas, nous avons un fleuve qui parle et un arbre qui a un physique humain. « Le fleuve cria : " Que je m'empare d'elle !" et l'acacia livra une tresse de ses cheveux »

Le dernier cas est un dialogue entre le favorite du roi et un taureau. « Le taureau en se promenant entra au harem et s'arrêta devant la favorite, et se mit à lui parler, disant : "Vois, moi, je vis tout de même" elle dit : "Toi, qui es-tu donc ? " "Moi, dit-il, je suis Bata. Tu savais bien quand tu as dit à Pharaon, de faire abattre l'acacia, que c'était me mettre mal et m'empêcher de vivre, mais moi, je vis tout de même, je suis taureau". »

Conte n° 3 "Le duel de Vérité et de Mensonge". On a dans ce conte deux notions à savoir Vérité et Mensonge. Ils ont des attributs d'humains. C'est ainsi qu'ils peuvent parler : « Vérité leur dit : "Non, ne me saisissez pas...trouver une autre à ma place » [....] Mensonge lui dit : « Vois, tous mes boeufs, ils sont tous en ta possession, donne l'un d'eux au propriétaire de celui-là », faire l'amour. « Il (vérité) coucha avec elle, et il la connu comme homme viril peut connaître une femme ; et cette nuit même elle conçut un petit garçon », posséder des corps « On frappera Mensonge de cent coups, et cinq blessures lui seront infligées, ses deux yeux seront crevés et il sera placé en qualité de portier dans la maison de vérité ».

Conte n°4 " L'amitié des deux chacals" .Un chacal et un lion dialoguent : « Le lion qui avait écouté avec attention les paroles du chacal lui dit : "- Le roi des animaux n'est pas en colère d'entendre des paroles sincères. Il sait reconnaître le courage et l'audace de ses sujets. Il se doit d'être grand et généreux envers ses sujets sans défense.

Conte n° 8" Le prince prédestiné" .Dans ce conte, deux cas d'anthropomorphisation sont visibles. Le premier est une prédiction des déesses :« Quand les hathors vinrent pour lui prédire un destin, elles dirent : Qu'il meure par le crocodile ou par le serpent, voire par le chien ». Le second est un dialogue entre le prince et le crocodile. « Le crocodile dit de nouveau : Veux-tu me jurer de tuer le géant ? Le Prince lui répondit : «  Pourquoi tuerais-je celui qui a veillé sur moi ? ».

En guise de conclusion de notre chapitre inaugural, nous dirons que sur le plan de la manifestation et des procédés stylistiques, les contes Subsahariens et Egyptiens convergent. Les traits qui les caractérisent sont variés et multiples. Nous verrons dans le chapitre qui va suivre si leur programmation narrative pourra les éloigner ou les rapprocher davantage.

* 27 Pierre Ngijol Ngijol, Introduction à la littérature orale du Cameroun, ouvrage polycopié, Yaoundé, 1992, P26.

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