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Les contes égyptiens anciens et les contes de l'Afrique subsaharienne: essai d'une analyse comparée


par David Elysée Magloire TESSOH
Université Yaoundé 1 - Master en littérature et civilisations africaines 2011
  

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CHAPITRE IV- STRUCTURES DISCURSIVES DES CONTES NEGRO-AFRICAINS ET EGYPTIENS ANCIENS

Au Chapitre précédent, nous avons conclu que la domination écrasante du portrait moral sur le portrait physique était dû au faite que les personnages des contes Egyptiens et Négro-africains sont des symboles. Comme tels, ils traduisent une certaine conception de la société africaine, à ce sujet Denise Paulme dira :

« Le Conte africain est une production commune du groupe social, il est dans une large mesure le reflet de la société traditionnelle ; ainsi, convient-il dans son analyse et son interprétation de tenir compte du vécu et des croyances, des peuples, de leur vision du monde et des choses »35(*)

Dans cet ultime chapitre consacré à l'étude des structures discursives que Greimas définit comme étant :

"Des structures qui reposent sur des concepts fondamentaux dont l'opposition donne une signification symbolique à la narration. Ce sont les structures les plus profondes au plan de l'immanence. "36(*)

Nous analyserons les thèmes et les significations des contes Négro-africains et Egyptiens anciens.

IV-1- Etude thématique

Sur le plan thématique, nous examinerons les thèmes communs et les thèmes spécifiques aux contes Négro africains et Egyptiens anciens

VI-1-1 Les thèmes communs

Les thèmes communs aux contes Négro-africains et Egyptiens sont nombreux, mais nous nous limiterons aux thèmes suivants : l'amour, le mariage, la mort, la polygamie, la royauté et la ruse.

IV-1-2- Le mariage

Dans sa définition première, le mariage est l'union entre deux personnes de sexes différents, c'est-à-dire entre un homme et une femme. C'est un acte social qui revêt une multitude de conceptions et de formes, selon les époques et les sociétés.

Chez les Egyptiens anciens, le mariage n'était pas obligé. L'Egyptienne était libre de se marier avec qui elle voulait. Loin d'être une institution, le mariage était un acte purement social qui engageait deux personnes qui avaient elles-mêmes décidé de se mettre ensemble, il n'y avait ni rituel religieux, ni contrainte administrative, mais la volonté de deux personnes qui s'étaient librement choisies. La filiation en Egypte pharaonique étant matriarcale, on se mariait non pour se faire un nom, mais pour être chez-soi, loin des dissensions et des désordres.Même un parent n'avait pas le droit de choisir le conjoint de sa fille, encore moins de lui interdire de se marier lorsqu'elle l'avait décidé. A ce propos, Christiane Desroches Noblecourt dira que le mariage était considéré comme :

"L'idéal social et rien ne devait pouvoir entraver son déroulement harmonieux pourvu que les deux auteurs de ce simple "agrément mutuel " suivent la voie de Maôt, donnée fondamentale de la conscience humaine"37(*)

Quoique le mariage ne soit pas obligé, la sagesse égyptienne recommandait néanmoins aux jeunes de se marier, afin d'avoir des enfants et de remplir leurs maisons.

A l'opposé, le mariage était chez les Négro-africains une nécessité vitale pour l'homme comme pour la femme, car c'est dans le mariage qu'on pouvait contribuer au développement du clan, en faisant des enfants. En sus, le mariage assurait la pérennisation du nom de la famille.

Par ailleurs, cette union qui liait l'homme à la femme s'étendait au sein des deux familles, et parfois de deux tribus ou villages. Le mariage chez les négro-africains n'était donc pas une affaire qui concernait seulement deux personnes résultant comme dirait H Deschamps des « inclinations du coeur »38(*)

Il n'avait rien en commun avec l'union d'un male et d'une femelle poussés par l'instinct ; c'était autre chose de plus, beau, de plus agréable, comme : « Une mathématique nouvelle où Un et Un ne feraient pas Deux mais Un meilleur et plus complet »39(*)

Dans une telle société où le mariage était presque une obligation tant pour l'homme que pour la femme, les célibataires étaient considérés de facto comme des inadaptés sociaux, des paresseux et parfois comme des sous-hommes. C'est sans doute sur cette conception du célibataire que Dominique ZAHAN revient lorsqu'il écrit :

Il est notoire qu'en Afrique le célibat ne jouit d'aucune valeur et qu'à part les solitaires rituels ou les individus délaissés, hommes et femmes choisissent le mariage comme la formule par excellence de l'idéal humain en ce monde. Ceci est si vrai et si profondément ancré dans l'esprit des Africains que le célibataire, s'il en existait en dehors des cas particuliers déjà mentionnés, ils ne trouveraient aucune excuse à leurs yeux. Ils seraient traités avec mépris, voire chassés de la famille et de la société. Le célibat constitue pour le Noir un dérèglement incompréhensible de l'ordre social et religieux40(*)

Le thème du mariage est récurrent dans 8 contes du corpus, il s'agit notamment de 4 contes Egyptiens anciens ,les numeros 1,2,7 et 8. Et 4 contes Négro- africains : les contes n°s 15,19,24 et 28.

Dans le conte n°1 Tâ-Harakhty demande à Khnoum, le modeleur des corps d'enfants  de donner une femme à Bata "Oh ! Fabrique une femme à Bata, afin qu'il ne reste pas seul".

Conte n° : Le roi Rhampsinite tient à sa promesse en donnant sa fille en mariage au larron."Il le jugea un oiseau rare, et il lui donna sa fille en mariage."

Conte n°7,on assiste à une union entre Khounaré le paysan et Baiti « Après leur union bénie par les prêtres de la cour sous la bienveillante protection de sesostris, les deux nouveaux époux se retirent et se recueillent main dans la main. »

Conte n°8. Le jeune prince épouse la princesse de Naharinna « Le chef lui donna sa fille pour femme ».

Conte n° 15, jadis célibataire, Mesha'atsang a desormais une épouse « Arrivée chez lui, la veille descendit à terre et resta là comme sa femme »

Conte n°19. Mesut épouse la fille du roi "Mesùt portait encore plus haut les destinées du grand royaume en s'unissant pour le meilleur et pour le pire à la fille du roi"

Conte n° 24. Malgré leur sottise, les trois idiots se marient « Le vieux comprit qu'il n'arriverait à rien avec les trois sots. Il leur donna ses trois filles pour femmes. »

Conte n° 28. Devi épouse Eleni : « Lorsqu'il vit comment sa fille et le jeune garçon se regardaient, il accorda à Devi la main de sa fille ».

La lecture des contes qui précèdent nous amène à faire deux constats. Le premier constat c'est le nombre élevé de prétendants qui accourent lorsqu'une fille est proposée en mariage ; c'est le cas des contes n° 19 et n° 18.

Dans le conte N° 19 nous pouvons noté au moins neuf prétendants : Meshe la biche, Nsùen - l'Eléphant, Ngùe-la panthère, Nyet le Buffle, Rigbaa- l'Hippopotame, Kùkùnda le Caméléon et les autres animaux. . Tous ces prétendants investissent tout ce qu'ils ont pour pouvoir épouser la fille du roi. A ce sujet, le narrateur nous rappelle que :

Chez les prétendants, les préparatifs étaient multiples dans leur immensité. Dans les champs, dans les villages, sur les routes, dans les fleuves et rivières, les déploiements étaient merveilleux. (...) Il faut dire que tous les prétendants s'en remettaient aux devins et aux gestionnaires du sacré.

Dans le conte n° 8, nous avons des prétendants qui ont fait le déplacement de la Syrie pour l'Egypte afin de participer à un concours dont le vainqueur épousera la princesse de Naharinna.

Le second constat c'est les différentes épreuves que doivent braver les prétendants. A titre illustratif, dans le conte n° 19 nous avons deux épreuves que propose le roi aux différents prétendants.

J'organiserai une compétition qui comportera plusieurs épreuves ardues. Celui qui en sortira victorieux épousera Ntùtùere. (...) La première épreuve consistait à aspirer un gobelet de piment réduit en poudre sans éternuer. Pour la deuxième et dernière épreuve, il fallait que les pieds du prétendant se noient dans le ruissellement de sueurs émanant des trémoussements endiablés.

Dans le conte n° 8, le prince de Naharinna avait fait construire une maison de plusieurs étages, le vainqueur de l'épreuve devait atteindre la fenêtre de la princesse qui se trouvait sans doute au dernier étage :

 Le prince de Naharinna (...) lui ayant construit une maison dont les soixante-dix fenêtres étaient éloignées du sol de soixante-dix coudées. (...) et il leur dit : Celui qui atteindra la fenêtre de ma fille, elle lui sera donnée pour femme

Ces deux constats qui précèdent nous inspirent deux commentaires. Le premier c'est que pour ces prétendants, le mariage devient une obligation, une nécessité vitale, ils rejoignent ici les points de vue de Joseph Mboui et de DESROCHES NOBLECOURT. Pour le premier, « Quiconque ne se marie pas n'est qu'un paresseux »41(*). Pour la seconde : « Un homme est considéré en proportion du nombre de ses enfants »42(*).

Le second commentaire c'est que le mariage n'est pas un jeu, n'est pas l'affaire des aventuriers, mais des hommes capables d'assumer les responsabilités du foyer, capables de s'occuper et de veiller sur une femme. C'est pourquoi ne peut obtenir la main d'une femme que celui qui est sorti vainqueur d'un concours qui vise à tester la maturité d'un homme.

* 35 Denise Paulme, cité par P. Ndakan dans le conte et l'éducation,Paris,L'harmattan,1984,p.82.

* 36 Algirdas, Greimas cité par F. Tsoungui dans clés pour les contes africains et créoles ,Paris,Edicef,1988,P. 186.

* 37 C, Desroches Noblecourt, La femme au temps des pharaons, Paris, Collection livre de poche, Edition stock, 1986, P. 215.

* 38 H, Deschamps, Histoire générale de l'Afrique noire, de Madagascar et des Archipels, Tome 4, Paris, PUF, 1970, P. 97.

* 39 THEIL, P, Histoire et géographie du mariage, Berger- evrault, Nancy, 1969, P.

* 40 ZAHAN, D. Religion, Spiritualité et pensée africaine, Paris, Payot, 1970, P. 21.

* 41 Mboui, J, « Essai sur la vie domestique des bassa du Sud Cameroun », Thèse pour le doctorat ès lettres, Bordeaux, 1971 PP 352-354

* 42 DESROCHES op cit p.202.

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