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L'intégration des valeurs traditionnelles congolaises dans l'amélioration du système éducatif moderne en RDC. Cas de l'initiation traditionnelle Lega de 1905 à  2008

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par Spartacus KABALA MUNYEMO
Université pédagogique nationale - Diplôme d'études approfondies 2012
  

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II.1.2. La méthode dialectique:

Etant donné que l'éducation est un fait qui doit être analysé dans sa totalité ; tenant compte du fait que notre recherche revêt un caractère interdisciplinaire et cherche activement les causes profondes qui concourent à la perte du système éducatif traditionnel congolais, le recours à la méthode dialectique nous a paru incontournable.

En effet, nous avons utilisé le schéma de la dialectique matérialiste proposé par POLITZER43(*) et VERHAEGEN44(*). Ce schéma se présente comme suit:

A. Considérer la réalité historique comme une et totale ou privilégier l'examen de la totalité qui n'est ni mécaniquement déterminée, ni complètement donnée au hasard ou à la liberté.

B. Savoir que quand on est matérialiste, on met le critère de la pratique à la base de la connaissance en reconnaissant à tout moment que le lien entre la pratique et la théorie est un des points essentiels de la perception matérialiste des choses.

C. Savoir que le mouvement prend toujours deux formes : la forme évolutive et la forme révolutionnaire. Il est évolutif quand les éléments progressistes poursuivent spontanément leur travail quotidien et apportent dans le vieil ordre des choses, de menus changements quantitatifs. Il est révolutionnaire, quand ces mêmes éléments s'unissent, se pénètrent d'une idée commune, s'élancent contre le champ ennemi pour anéantir jusqu'à la racine, le vieil ordre des choses, apporter dans la vie des changements qualitatifs, instituer un nouvel ordre des choses.

D. Manipuler les lois ci-après de la dialectique matérialiste:

1. La loi du changement dialectique : « rien ne reste là où il est, rien ne demeure ce qu'il est ».

2. La loi de l'action réciproque : « tout influe sur tout ». Cette loi pose que tout se tient, rien n'existe seul, que chaque parcelle de matière agit sur les autres, qui à leur tour sur elle ; tout dans le monde agit sur tout.

3. La loi de la contradiction ou loi de la lutte de contraire (l'unité de contraire) : « partout, les choses se transforment en leur contraire ». Ici, l'on pose que rien, jamais ne recommence exactement que toute chose (quel qu'il soit) enferme toujours des éléments contradictoires entre eux. Ces éléments contradictoires inséparables l'un de l'autre, sont en lutte perpétuelle et c'est une lutte précisément qui fait progresser le processus ; c'est une lutte qui donne le mouvement.

4. La loi de la transformation de la quantité en qualité ou loi du progrès par bonds : « l'évolution des choses ne peut être indéfiniment quantitative ; les choses se transformant subissent, à la fin, un changement qualitatif. La quantité se transforme en qualité. »

Cette loi stipule que, quand la chose ne change pas de nature, nous avons un changement quantitatif ; quand elle change de nature, quand la chose devient autre chose, le changement est qualitatif. Ainsi se vérifie l'exactitude de la loi selon laquelle à certains degrés de changement quantitatif se produit soudainement une conversion qualitative.

Cette loi nous apporte la solution du problème : réforme ou révolution.

E. Considérer que le matérialisme dialectique est une méthode pour chaque objet de la connaissance, pour chaque discipline, pour chaque problème ou cas. Il y a une psychologie matérialiste dialectique, une histoire, une économie, une philosophie, une pédagogie, une anthropologie, une sociologie...c'est une méthode transdisciplinaire qui rend au monde, aux objets de la connaissance, leur unité et leur totalité. Il n'y a pas moyen ni d'isoler les aspects d'un objet, ni les objets les uns des autres, ni les disciplines.

F. Raisonner dialectiquement c'est tenir compte que les choses changent et sont en relations dans l'espace et dans le temps. Cela s'oppose au raisonnement métaphysique qui suppose que les choses ne changent pas.

G. Savoir qu'on ne peut expliquer la nature que par la nature telle qu'elle se présente, sans adjonctions étrangères

H. Savoir que l'histoire est le produit de l'activité pratique des hommes et que la vie sociale n'est qu'essentiellement pratique

I. Savoir que la production des idées des représentations et de la conscience est d'abord directement liée à l'activité matérielle et au commerce matériel des hommes et que ce sont donc les hommes qui sont les producteurs des représentations de leurs idées ... mais les hommes réels, agissent tels qu'ils sont conditionnés par un développement déterminé de leur forces productives et des relations qui y correspondent.

J. Savoir en fin que la dialectique matérialiste est une méthode critique concrète, parce qu'elle permet de démystifier chaque domaine de connaissance. Et aussi chaque enseignement démystifié signifie, découvrir l'idéologie de la connaissance, les intérêts et les forces en jeu et les manipulations intellectuelles pour dissimuler les rapports réels, pour justifier les systèmes d'exploitation etc.

L'opérationnalisation de cette méthode pendant notre recherche s'est matérialisée en considérant, d'une part, dans leur ensemble complet, quelques valeurs traditionnelles Lega susceptibles de constituer des références pour l'éducation moderne. A cet effet, nous avons pris en compte lesdites valeurs dans un contexte multidimensionnel, à savoir : dans le contexte social (la solidarité), juridique (la justice), politique (la démocratie), scientifiques (l'innovation), philosophique (le stoïcisme), etc.

D'autre part, l'analyse de l'histoire qui retrace les différentes réformes de l'éducation en République Démocratique du Congo depuis l'époque coloniale, nous a révélé les qualités et faiblesses du système éducatif moderne. Ainsi, sans exclure aucun acteur de l'éducation (apprenants, enseignants, pouvoir public...), nous avons focalisé notre regard sur l'examen de différents facteurs : politiques, économiques, sociaux, spirituels, géographiques ou environnementaux... qui ont concouru à l'état actuel du système éducatif décrié par plusieurs personnes.

Par notre perception matérialiste de l'enseignement, nous avons recherché à établir un lien étroit entre la finalité de l'éducation et le caractère utilitaire de celle-ci. Raison pour laquelle, nous estimons que, la mise en pratique des valeurs culturelles traditionnelles dans l'enseignement moderne, dote les apprenants d'un sens des réalités de leurs problèmes vitaux et les rend, conséquemment, habiles à s'adapter aux différentes situations de leur vie.

En examinant les valeurs traditionnelles Lega, nous avons considéré qu'elles ont connu d'énormes évolutions au fils du temps. Le brassage culturel y a apporté de menues modifications. Cependant, la colonisation a apporté de sérieux changements, jusqu'à imposer un nouvel ordre des choses dans l'espace Lega. Le cas de la suppression de l'institution de Bwami en 1948 et de l'interdiction formelle de l'initiation des jeunes en 1956 par l'autorité coloniale est une illustration. A propos, note Abbé BILEMBO, « les Bami, voyant leur pouvoir réduit de jour en jour jusqu'à être supprimé en 1948, comprirent qu'il était désormais inutile d'opposer une résistance à un pouvoir aussi fort que celui de l'Eglise soutenue par la puissance coloniale45(*) ».

Le vent de la mondialisation, quant à lui, suscite encore la recrudescence de l'impérialisme occidental sur l'éducation des Congolais. Depuis le concordat de 1906 entre le Saint-Siège et l'Etat Indépendant du Congo jusqu'à la réforme de l'éducation de 2003 en passant par les états généraux de l'éducation faits en 1996, le français demeure la langue de l'enseignement au mépris des langues nationales ; la plupart des programmes élaborés ne visent pas l'étude des moeurs ou cultures congolaises ; l'on ne développe pas une bonne politique pouvant encourager la formation, surtout des jeunes, dans les domaines dont les besoins du pays se font sentir avec acuité.

Nous avons également considéré que l'école, en tant qu'une innovation occidentale, a suscité une révolution dans la mentalité du colonisé. Celui-ci a toujours exprimé le besoin de s'épanouir, de s'accommoder à l'évolution de l'heure mais en gardant son identité. C'est pourquoi, pour stigmatiser et porter des corrections à certains programmes de formation imposés par le colonisateur, les réformes de l'éducation conçues après la colonisation, nourrissaient les voeux de faire rentrer le Congolais dans ses origines. L'élite congolaise cherchait donc à adapter l'éducation au désir réel du peuple.

Le fameux « recours à l'authenticité » prôné pendant longtemps par MOBUTU, nous en dit plus. « L'éducation est un investissement économique rentable. Mais l'éducation ne suffisant pas, une adaptation de l'enseignement aux besoins et aux aspirations de la société s'impose dans le cadre d'une nécessaire planification. »46(*)

Nous avouons que cette prise de conscience apporterait un changement qualitatif considérable dans l'éducation, si toutes les mesures prises étaient mises en pratique.

En nous référant à la première loi ci-haut énoncée de la dialectique matérialiste, nous avons de temps en temps considéré que les valeurs culturelles traditionnelles ont une capacité suffisante à engendrer des effets tant positifs que négatifs sur l'éducation des enfants comme celle des adultes (apprenants). Inversement, par leurs actions, les apprenants et les enseignants ont aussi une certaine influence sur la conservation ou l'amenuisement desdites valeurs.

Dans le même ordre d'idées, nous ne pouvons pas considérer le système éducatif de manière isolée, car il existe un rapport à double sens entre l'éducation et l'environnement, celui-ci et la culture, cette dernière et l'éducation. Cette réciprocité de l'action d'un facteur sur l'autre, procure une liaison permettant de réaliser efficacement l'action éducative.

Pendant nos investigations, nous avons considéré que les différents programmes d'enseignement ont connu, dans la théorie, plusieurs modifications, si bonnes ou mauvaises soient-elles. Ce changement récurrent, global, et parfois radical du système éducatif est motivé par le caractère dépassé de certains programmes ainsi que la volonté d'évoluer vers un stade plus avancé conforme aux réalités planétaires de l'heure.

Pour cette raison, dans les pages suivantes, nous faisons une analyse approfondie de différentes réformes de l'enseignement en RDC.

En rapport avec la loi du changement qualitatif, nous avons posé que d'une part, les valeurs traditionnelles et d'autre part, l'enseignement en RDC, ont connu certaines avancées brusques. C'est le cas de changement des statuts de certains instituts supérieurs devenus universités47(*) ; l'introduction, dans toutes les facultés de l'enseignement supérieur et universitaire, des cours de l'informatique et de l'éducation à la citoyenneté ; l'intérêt soutenu à l'apprentissage de la langue anglaise, etc.

Observant la quatrième loi du matérialisme dialectique qui n'est autre que la loi de la contradiction ou loi de la lutte des contraires, nous avons posé que les valeurs culturelles traditionnelles congolaises ont tendance à être opposées à la culture occidentale. Ainsi, il apparaît une lutte perpétuelle entre l'enseignement conçu et dispensé généralement à l'image de l'occident et le mode de vie des Congolais.

En titre d'exemples, nous avons appris à l'école primaire que la famille se compose du Père, de la Mère et des Enfants. Ce qui traduit un mode de vie purement occidental. Curieusement, cette réalité s'oppose aux familles congolaises dans lesquelles on trouve le père, la mère, les enfants, les oncles et tantes, les cousines et cousins, voire les amis des enfants qui habitent ensemble et constituent aussi une famille. Voilà une impasse très grave.

Au moment où le pays a besoin d'ingénieurs pour construire des routes, des agronomes pour produire beaucoup de denrées alimentaires, de médecins pour soigner les malades...les universités en produisent en quantité et qualité inférieures aux besoins exprimés.

En effet, cette contradiction permanente entre la politique éducative en action et le désir de satisfaire les besoins réels des Congolais, impose de nouvelles solutions. Celles-ci concourent au changement qui débouche au développement.

Considérant que le matérialisme dialectique est une méthode pour chaque objet de la recherche, nous y avons recouru à cause aussi du caractère transdisciplinaire de cette étude. Nous l'avons déjà montré.

Nous avons également considéré que le parcours de l'enseignement au Congo pendant la période sous examen, est d'une part, le produit des Belges. Cependant, d'autre part, il est la résultante des efforts fournis par les Congolais en vue de faire de l'enseignement un instrument qui s'applique aux faits sociaux concrets de la vie. Autrement dit, l'éducation doit présenter un caractère utilitaire.

En rendant opérationnelle cette méthode de recherche, nous avons considéré qu'en s'inspirant de notre culture qui est production de nos idées, les programmes de formation constitueront d'énormes forces capables de produire des biens matériels utiles à la communauté.

Tout compte fait, par cette méthode, nous élucidons d'abord l'importance du recours à nos valeurs culturelles longtemps mystifiées et « satanisées » par les colonisateurs, voire certains Congolais peu ou mal informés. Ensuite, nous critiquons sévèrement toutes nos sources d'informations en dévoilant l'idéologie qu'elles revêtent.

* 43 Politzer, G., Principes élémentaires de la philosophie, www.marxists.org

* 44 VERHAEGEN,B., Cité par ESSISSO A.A., Cours de méthodes de recherche en sciences sociales destiné aux étudiants de 1ère Licence à la Faculté des Sciences Sociales Administratives et Politiques, Université de Kisangani, R.D.Congo, 2004

* 45 CHARLES BILEMBO, Op.Cit.1990, p.107

* 46 MOBUTU SESE SEKO, Parole du Président, éd. Léopard, Kinshasa, p.22

* 47 Par la réforme de l'éducation de 2003, l'Institut Pédagogique National est devenu Université

Pédagogique Nationale. Il en est de même de l'Institut Supérieur Pédagogique de Bukavu devenu

Université de Bukavu.

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