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L'intégration des valeurs traditionnelles congolaises dans l'amélioration du système éducatif moderne en RDC. Cas de l'initiation traditionnelle Lega de 1905 à  2008

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par Spartacus KABALA MUNYEMO
Université pédagogique nationale - Diplôme d'études approfondies 2012
  

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2. Les valeurs collectives :

Outre le comportement individuel exigé au sein de la société Lega, il est des attitudes collectives que l'on souhaite poser pour la force de la communauté. Il s'agit, en résumé, de la solidarité.

« Niligano nta tinilwe, tuligano u atinilwe » (l'on a souvent peur d'affronter un groupe d'individus qu'un individu isolé .Autrement dit, l'union fait la force) est un adage force inculqué au peuple Lega pour défendre la nécessité de la solidarité. La dépendance réciproque des uns envers les autres fonde la cohésion de la communauté.

La solidarité que nous défendons d'intégrer dans l'enseignement moderne s'observe d'abord dans l'appréhension de la famille, cellule de base de l'organisation sociale africaine. Contrairement à l'Europe d'où est importé l'enseignement moderne et où la famille se réduit au père à la mère et aux enfants, la famille, chez le Lega en particulier et le Congolais en général, est une communauté comprenant non seulement toutes les personnes apparentées vivant sous le même toit, mais également tous les parents éloignés et les alliés.

Dans certains cas fréquents au Congo, la famille comprend jusqu'aux étrangers qu'une longue existence commune a assimilés au groupe de base. C'est pourquoi la parenté chez le Lega, est beaucoup plus sociale que biologique.

Si certaines organisations sociales traditionnelles congolaises perdent parfois leur essence et se confondent avec des organisations modernes, « nos sociétés africaines modernes gardent encore l'essentiel de ces structures anciennes c'est-à-dire le sens communautaire dont le fondement aura été le sens élevé du devoir de solidarité collective, de chaleur et de fraternité humaine, caractéristiques du Négro-africain cultivé au fil de l'histoire dans une forme d'éducation où dès le jeune âge, l'enfant est habitué à vivre dans une société structurée en classes d'âge ou fraternités d'Age85(*).

Pendant l'initiation, on enseigne aux jeunes le sens de la sociabilité avec ce que cela comporte de sacrifices, de courage, d'humilité, de solidarité et de fraternité humaines dans une société essentiellement communautaire. L'on n'admet aisément que les collègues de l'initiation démeurent unis, pour la vie, par des liens de solidarité indissoluble. Comme l'écrit Birago Diop, « une solidarité plus forte que l'amour fraternel, plus tyrannique que l'amour paternel »86(*).

C'est pourquoi, marqué par cette éducation, le Lega, comme l'Africain est généralement considéré comme un socialiste par nature. Les sociologues et les ethnologues qui se sont penchés sur la société africaine ont mis l'accent sur ce trait dominant des sociétés africaines. L'individu ne se définit pas en dehors du groupe. Le groupe et l'individu ne sont pas deux réalités distinctes, mais une seule et même réalité. L'individu se définit dans et par le groupe auquel il appartient.

En comparant le socialisme occidental avec le socialisme africain, il ressort clairement que le premier est un système collectiviste sur le plan social ; une conquête de la société sur l'individu, possède une structure dichotomique élaborée à partir de constructions doctrinales et use d'une technique reposant sur des lois, une réglementation et des institutions écrites. En revanche, le socialisme africain est fait d'un accord social et d'une manière harmonieuse, complémentaire, on dirait un phénomène naturel mettant l'accent sur l'intérêt collectif et la justice sociale. C'est en outre, une insertion qui est participation de l'individu au groupe social. Ainsi s'expliquent la nécessité et l'urgence d'incorporer dans l'enseignement actuel cette richesse, cette variété et cette permanence de la vie associative que l'on trouve dans les sociétés africaines, singulièrement chez les jeunes, ce qui est une forme élaborée de l'exercice de la démocratie recherchée et aspiré par la plupart des sociétés modernes.

Avant de clore cette partie de notre analyse, intéressons-nous aussi à la manière dont ces vertus, ces valeurs morales, sociales, se transmettaient de génération en génération.

Outre le camp d'initiation, les cadres de l'éducation traditionnelle pour les enfants et le partage d'expériences pour les adultes sont, selon notre classement, au nombre de cinq et correspondent à des périodes de la vie de l'être humain, il s'agit de : la case parentale ; la cour intérieure de la maison ; le barza à palabre  (Lusu) ; la place publique et la case (maison) de l'homme. 

La case intéresse à la fois l'enfant et l'adulte. On y acquiert la morale par la parole du vieillard comme par celle du père. Dire bonjour à son père le matin en restant dans la case, autour du feu, ce n'est pas seulement profiter de la chaleur du feu de bois délicieuse en période de fraicheur par exemple, c'est surtout écouter et apprendre. Le vieillard prodigue surtout des connaissances ésotériques. C'est pourquoi à tout âge l'homme vigoureux a intérêt à offrir au vieillard une bûche pour se chauffer, il en résulte des paroles de sagesse, des paroles ésotériques.

La cour intérieure de la maison est un abri de la parole qui distrait, de la parole qui véhicule des valeurs morales, intellectuelles, spirituelles et esthétiques, voire littéraires. L'enfant entend des contes pour l'agrément des soirées mais aussi pour son édification : il apprend les avantages des valeurs morales et les malheurs vécus par les mauvaises personnes qui ont voulu ignorer l'honneur et l'honnêteté, le courage et le sens de l'effort.

La formation sous le barza (Lusu) à palabre, embrasse tous les aspects de la vie. On y apprend la sagesse communautaire à travers la corde de la sagesse (Mutanga). La chasse, la pêche, l'entretien de son foyer, la guérilla, etc y sont enseignés et procurent une expérience particulièrement éprouvante pour le jeune. Celui-ci apprend également au barza l'endurance, le courage de subir et de se taire, le sens de l'effort permanent et d'initiative personnelle.

L'extension du programme d'éducation de jeune se fait à partir des troisième et quatrième cadres : la place publique est le lieu de la formation morale aussi, chaque membre de la communauté étant impliqué dans le procès de l'éducation.

Chacun est éducateur attentif du moins que lui et une mère ni un père ne sauraient se plaindre de la rigueur des corrections physiques. Et cela d'autant qu'à la formation morale s'ajoute toujours dans ce cadre la formation technique, la réfection des toits de chaume, des clôtures des maisons, des instruments divers nécessaires à la maîtrise des bêtes et à la vie du troupeau.

La case de l'homme, enfin consolide le savoir technique déjà acquis et parfait l'assimilation consciente des quatre vertus cardinales, fait de l'initié un homme accompli capable d'être un membre de la société aussi producteur que les autres, vivant intensément les valeurs intellectuelles, morales, sociales, religieuses, esthétiques... qui sont solidaires de la vision du monde dans sa société.

* 85 S. CISSE, « Valeurs morales et structures traditionnelles de jeunesse », in Ethiopique, N°31, 3ème

trimestre, 1982, p. 4

* 86 S. CISSE, ibidem, p. 6

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