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L'intégration des valeurs traditionnelles congolaises dans l'amélioration du système éducatif moderne en RDC. Cas de l'initiation traditionnelle Lega de 1905 à  2008

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par Spartacus KABALA MUNYEMO
Université pédagogique nationale - Diplôme d'études approfondies 2012
  

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e. L'éducation physique efficace

Dans plusieurs pays ayant connu de longues périodes de guerre et d'atrocités, la formation militaire de tout jeune adulte jouissant d'une bonne santé, est obligatoire. Ces formés constituent une catégorie importante de réservistes capables d'appuyer l'armée régulière pour défendre la nation en cas d'attaque. Le cas de l'Est du pays, particulièrement les Provinces de Nord Kivu, Sud Kivu, Maniema et Province Orientale), victimes d'attaques perpétrées régulièrement par des forces négatives, est une illustration éloquente.

Parallèlement, pendant les heures prévues pour la gymnastique, l'éducation physique ou le sport, les écoles doivent intégrer la pratique des arts martiaux et de toutes autres techniques de combat à mains nues pratiquées traditionnellement comme la lutte car, une bonne pratique de l'éducation physique confère aux jeunes des qualités morales telles que : la maîtrise de soi, la sociabilité, la discipline, l'endurance, la loyauté, etc.

Nous osons penser aussi que, pareille éducation physique reculerait la délinquance juvénile et le banditisme qui semblent se « socialiser » dans les milieux urbains congolais sous le label du phénomène « kuluna ».

f. La résolution pacifique des conflits

Nous sommes conscient que la RDC est confrontée à la problématique de la paix et de la préservation de l'intégrité territoriale nationale. Depuis plus d'une décennie nous assistons à une sorte d'implosion, marquée par l'instabilité politique, des élections contestées, des guerres civiles, des conflits interethniques et frontaliers... qui fragilisent la paix. Des tueries comme celles de Makobola, Ituri, Shabunda, et récemment aux territoires de Masisi, interpellent la conscience nationale.

En interrogeant l'histoire, l'on se rend compte que, la violence n'est cependant ni cultivée délibérément par le peuple congolais, ni inéluctable. Ladite violence est souvent imposée par des forces étrangères en conquête des richesses que regorge le pays et en collaboration avec certaines perversités des autorités congolaises.

Il importe donc de se départir de la mauvaise pratique selon laquelle, seule la présence des facilitateurs étrangers pourrait ramener la paix, en s'inspirant de différents mécanismes de préservation et de restauration de la paix selon les procédures traditionnelles que nous présentons brièvement :

§ Chez le peuple Lega, comme dans la plupart des tribus congolaises, lorsqu'un désaccord persiste entre deux villages ou deux clans antagonistes, les formes de déclaration de guerre constituent un aspect des préoccupations dissuasives, laissant toujours la place au compromis et à la solution non violente des contradictions.

La déclaration de guerre est souvent remise à des dates ultérieures, le temps et une prise de conscience pouvant favoriser une déflation des tensions. On emploie également des symboles qui laissent toujours à l'ennemi la possibilité d'opter pour la paix en désamorçant pacifiquement le conflit. La lance, le javelot et le bouclier symbolisent la guerre, tandis que les rameaux du palmier ou les feuilles de bananier symbolisent la paix, la joie et l'harmonie.

§ D'habitude, avant l'éclatement du conflit, le groupe libérait un captif de guerre du groupe adverse. Rentré chez lui, ce captif libéré pouvait jouer le rôle de temporisateur, ayant une claire idée du rapport de force. Il jouait également, à l'occasion, le rôle de médiateur. Ainsi, le conflit se soldait par le dialogue.

§ Les activités ludiques jouent également un rôle de prévention des conflits armés. On établit par exemple que le conflit sera tranché par de jeunes athlètes des deux groupes antagonistes. Par exemple, le groupe qui gagne le jeu de lutte, apporte le triomphe à l'ensemble de son clan pour éviter toute contestation et un embrasement possible du conflit ; un serment prononcé sur le sang d'un bouc immolé consacre la victoire. 

§ Le mariage entre les jeunes des clans en conflit : Il est d'usage que les parents d'un clan marient leurs filles aux hommes du clan adverse afin de mettre fin au conflit, par cette union de mariage.

§ L'alliance sacrificielle ou pactes de sang : pour prévenir des conflits intercommunautaires et maintenir la paix, les représentants des membres des différents groupes font solennellement des ententes en buvant mutuellement du sang et en immolant des boucs et coqs, symboles de l'engagement à ne jamais se combattre et à conserver toujours la paix. Les contrevenants sont exposés à une mort tragique. Cette pratique était aussi d'usage dans la plupart des sociétés africaines traditionnelles.

Retenons que, pour assurer leur survie et éviter la rupture de la paix, des équilibres internes et externes, le peuple Lega en particulier et congolais, en général, élabore de multiples autres stratégies dissuasives qui sont l'expression de son originalité culturelle, de sa psychologie, et qui répondent parfaitement aux contingences de violence auxquelles il est souvent confronté.

En outre, ces mécanismes de prévention et de résolution pacifique de conflit s'inscrivent dans une perspective universelle de prévention des conflits, établie dès la Grèce antique, où les activités ludiques, par exemple, entre cités, ont servi de moyen efficace pour éviter la violence, en instaurant la compétition au détriment de la confrontation.

En effet, si l'enseignement actuel prend en compte les différents mécanismes de préservation et de restauration de la paix ci-haut présentés, il convient à tous les partenaires de l'éducation d'établir une articulation entre le passé et le présent. En d'autres termes, ils doivent réfléchir profondément, dans quelle mesure ces mécanismes traditionnels de conservation de la paix, peuvent être opératoires dans le contexte actuel, marqué par l'incursion d'éléments de modernité.

Des observateurs attentifs de l'Afrique ont établi que, « la recherche de la paix (en Afrique) doit être basée avant tout sur des processus endogènes »100(*), car traditionnellement, les sociétés africaines cultivent l'esprit de paix, de concorde et d'hospitalité qui plongent leurs racines dans leur culture ancestrale.

Dans le contexte éducatif actuel, il est évident que la RDC ne peut se replier sur elle-même. Elle est irréversiblement engagée dans la globalisation. Néanmoins, comme le souligne KWAME NKRUMAH, pour sa sécurité et pour son développement dans la paix, on doit reconnaître la contradiction dialectique entre «l'intérieur» et «l'extérieur»101(*).

Pour une bonne raison, le meilleur et le plus sûr investissement pour la paix en RDC, aujourd'hui et demain, se situe dans le domaine de l'éducation. Il importe pour cela d'instaurer, dans le système actuel d'éducation des jeunes en particulier, l'idéal de paix. Les enseignants ont le devoir de leur faire prendre conscience de la portée des valeurs de tolérance, de civisme, de pluralisme,... et de leur enseigner les vertus des valeurs éthiques fondées sur l'héritage traditionnel, tout en leur assurant une ouverture sur le monde, pour leur permettre d'intégrer les valeurs universelles.

g. Le jardinage et les travaux manuels

La famine est l'un de fléaux majeurs de l'heure qui sévit la population congolaise en dépit de l'immensité de sol arable. Le système éducatif n'encourage pas l'agriculture et l'élevage, surtout dans les milieux urbains où l'on oriente souvent les jeunes aux études, à l'issue desquelles l'on a souvent la prétention de travailler dans un bureau. A cet effet, il faut remettre à l'honneur les activités post et préscolaires tels que le jardinage et les travaux manuels dont les valeurs éducatives prouve leur efficacité pendant l'initiation traditionnelle.

h. Assurer la formation permanente des enseignants

La qualité d'un système éducatif ne peut pas dépasser la qualité de ses enseignants. Ainsi, la bonne manière pour améliorer les résultats est d'améliorer la formation permanente et continue des enseignants. Ceci permet de s'interroger sur la nature des savoirs scolaires et sur les déterminants et les enjeux sociaux de la sélection, de la structuration et de la distribution des contenus intellectuels et culturels de l'enseignement.

Sans ignorer la portée de l'adaptation au courant actuel de la mondialisation, notre combat demeure la restauration effective de l'identité nationale par une éducation aux valeurs culturelles traditionnelles.

En effet, les enseignants qui sont aujourd'hui appelés à enseigner dans des auditoires de plus en plus multiculturelles, doivent prendre en compte les besoins particuliers et spécifiques de chaque apprenant. Ils ne doivent pas perdre de vue que l'enseignement actuel est irréversiblement engagé dans la globalisation.

Pour ce faire, le système éducatif doit continuer à s'ouvrir sur le monde et savoir qu'il n'est plus le seul dispensateur de connaissances, car les nouvelles technologies de l'information et de communication en éducation (NTICE) sont devant nous, les enseignants doivent y être sensibilisés et formés dès maintenant et de manière permanente.

Pour l' OCDE102(*), obtenir une École efficiente et moderne n'implique pas seulement de revoir le recrutement et la formation initiale des enseignants. Cela exige de la part des enseignants une adaptation aux évolutions de la société et à ses nouvelles exigences : « la réforme du système éducatif ne peut pas attendre les nouvelles générations d'enseignants ».

Ils ont besoin de savoir utiliser de manière plus efficiente les NTICE, de les intégrer dans leurs pratiques pédagogiques, de former les élèves à ces nouveaux outils et surtout aux nouveaux usages qui apparaissent (comme ceux liés aux réseaux sociaux).

Les enseignants sont également invités à faire en sortes d'impliquer davantage les parents dans le processus éducatif.

En définitif, le métier d'enseignant ne peut se concevoir sans une formation tout au long de la vie. Elle permet, certes d'actualiser ses connaissances et compétences, d'analyser ses pratiques pédagogiques en appliquant les modifications apportées aux programmes et aux objectifs d'enseignement, de mieux connaître les apprenants (élèves ou étudiants) et réaliser une communication pédagogique efficace, de réaliser des recherches (surtout dans le domaine socioculturel) et de faire des innovations, d' échanger des informations et des pratiques entre collègues en vue d'aider les enseignants les moins expérimentés à devenir plus efficaces, de se familiariser aux outils informatiques ou autres, mais aussi de rester dans un processus d'évolution de carrière et donc, d'occuper valablement les différentes fonctions que l'on trouve dans l'Enseignement.

i. Reformer les programmes, les pratiques et les horaires d'enseignement

§ Réformer les programmes d'enseignement :

Tout au long de cette dissertation, nous ne cessons de montrer combien le système d'enseignement, à tous les niveaux, est confronté, pendant plus d'une décennie, à des crises et l'inadéquation de la formation avec les besoins réel du marché. Il en découle plusieurs revers, notamment, baisse du niveau de formation, taux impressionnant de chômage et manque de compétitivité des diplômés au marché d'emploi. A cet effet, la nécessité d'une reconfiguration des programmes d'enseignement à tous les niveaux est urgente et nécessaire.

La réussite de cette réforme est assise sur une vision et des stratégies. Notre vision est celle de la création d'un enseignement dont le centre d'intérêt repose sur les valeurs culturelles traditionnelles.

Pour y parvenir, les stratégies éloquentes viennent d'être étayées ci-haut avec clarté pour faire face aux crises et aux effets de l'inculturation et de la mondialisation qui ont diminué l'efficacité de l'enseignement.

Il faut souligner la nécessité d'organiser l'enseignement supérieur et universitaire suivant le modèle de Licence, Master et Doctorat (LMD). Car, les objectifs fondamentaux de ce système rencontrent, exactement nos idéaux pédagogiques, notamment : la qualification supérieure des apprenants, l'amélioration de l'efficacité interne des niveaux de formation, le développement de la formation tout au long de la vie (formation permanente et continue), l'amplification et l'accroissement de l'attractivité de professionnalisation des formations supérieures, l'attractivité de l'offre de formation et son intégration dans l'international, la crédibilisation de la qualité des prestations et l'instauration de l'autonomie et de la responsabilité des institutions d'Enseignement Supérieur103(*).

En outre, le pilotage de ce changement radical du programme d'enseignement revient primordialement à l'Etat, ensuite aux enseignants, aux parents et aux apprenants (élèves et étudiants).

Il sied donc de réfléchir profondément en vue de concevoir une maquette pédagogique devant être harmonisée par tous les partenaires de l'éducation et proposer des pistes pour une implantation réussie de ladite maquette.

§ Réformer les pratiques d'enseignement :

Par le caractère pragmatique de l'éducation traditionnelle, nous avons montré que, former l'homme revient à lui inculquer, en même temps, un savoir pour une efficacité moderne, les vertus cardinales, toutes les valeurs positives de la tradition, éveiller sa sensibilité et former son goût, l'amener à un réel pouvoir d'épanouissement individuel.

Nous avons renchéri en montrant que lors de l'initiation, l'apprentissage est basé sur la participation active de l'enfant, d'abord à sa formation, ensuite aux différentes activités du groupe. Il s'agit là d'une pédagogie du vécu où les adultes servent d'exemple et de cadre de référence à l'action des jeunes.

L'accent est mis sur l'expérience ; la théorie fait corps avec la pratique. C'est ce qui doit se faire dans l'enseignement actuel si nous voulons produire des cadres utiles à la société.

Observant la pratique pédagogique actuelle, nous constatons qu'à l'école primaire et secondaire, les enseignants ne mettent plus un accent sur la découverte de la créativité de l'élève. Celui-ci apprend par coeur pour reproduire.

A l'exception de certaines écoles, généralement conventionnées catholiques, l'enseignant ne porte plus un accent particulier sur ce qu'a été jadis son but général : «  la socialisation technique et morale des enfants ». L'enseignant est réduit à un simple « instructeur ». Sont rares les enseignants qui parviennent à préparer convenablement les jeunes à la vie adulte, en les formant aux savoirs et aux habiletés nécessaires à la vie professionnelle, en les éduquant moralement en fonction des orientations à la base du statut d'adulte.

En effet, en s'inspirant de l'enseignant traditionnel, l'enseignant moderne doit reformer sa pratique pédagogique en orientant ses techniques d'enseignement vers un double mandat : éduquer et instruire, socialiser et former.

Il sied de relever aussi la problématique de l'organisation pédagogique des classes, surtout à l'école primaire, fondée sur le schéma un et un seul enseignant dans une et une seule classe. A cet effet, tenant compte de la nécessité de faire intervenir dans la classe des enseignants extérieures mieux outillées que l'enseignant propriétaire de la classe, pour prendre en charge des activités sportives, artistiques, culturelles... l'enseignant ne doit plus être le seul aujourd'hui à intervenir auprès des élèves. En effet, pour l'efficacité de la formation des élèves, il est impérieux d'ajouter la participation d'autres enseignants pour des disciplines comme les nouvelles technologies de l'information et de communication en éducation, la tradition africaine, etc.

En observant la pratique pédagogique au niveau de l'enseignement supérieur et universitaire en R.D.C., note MOKONZI104(*), on ne peut manquer de constater qu'une méthode de communication s'est imposée au fil des années : la méthode «dictée». Par cette méthode, s'il est toutefois permis de l'appeler ainsi, dit-t-il, la communication pédagogique revient pratiquement à dicter le contenu du cours aux apprenants et, éventuellement, à expliquer le texte dicté. Certains enseignants, soucieux de la compréhension de la matière par les étudiants, ajoutent une troisième phase à la méthode, les réponses aux questions des étudiants. De manipulation facile, ce qui justifie son extension, la méthode «dictée», préconisée par aucun didacticien, requiert un moindre effort dans la préparation de la communication pédagogique. Il suffit de savoir lire pour savoir dicter. De même, la préparation de la prestation pédagogique ne va pas au-delà de la préparation et de la compréhension du texte à dicter.

Pour les amateurs de cette méthode, point n'est donc besoin de suivre un séminaire de pédagogie universitaire pour savoir exploiter cette procédure d'enseignement.

De facilité éprouvée, la méthode «dictée» est pourtant éprouvante tant pour l'enseignant que pour l'enseigné. Il n'est pas aisé, de procéder à une dictée dans une classe nombreuse. Il faut en effet répéter la phrase, si pas autant de fois qu'on a d'étudiants, mais certainement plusieurs fois. Ainsi, outre le fait que l'enseignant et l'enseigné sortent d'une telle séance physiquement abattus, les opportunités d'apprentissage, la réflexion, le raisonnement, la curiosité scientifique, la créativité, la recherche... se voient fortement étouffés dans un contexte de communication pédagogique marquée par cette méthode.

De manière particulière, dans ce contexte, les étudiants sont devenus des objets et non des sujets de leur formation. Par conséquent, ils ne peuvent nullement développer l'apprendre à apprendre, aptitude aujourd'hui plus qu'indispensable dans le processus d'apprentissage.

Si la communication pédagogique laisse à désirer, l'évaluation n'est pas en reste. Des notions élémentaires de formulation des questions (docimologie) ne semblent pas être connues par beaucoup d'enseignants. En plus, le moment d'évaluation s'apparente plus à un moment de règlement de compte pour certains enseignants et de véritable trauma pour beaucoup d'étudiants, renchérit MOKONZI.

L'évaluation formative, en particulier, représentée par des interrogations et des travaux pratiques, est fortement négligée dans certains établissements au profit de l'évaluation sommative. Sur le plan de l'évaluation, l'on peut aussi stigmatiser le non respect de certains principes essentiels : l'objectivité, la validité de contenu de l'évaluation, la cohérence entre l'évaluation et le contenu de la matière dispensée, entre l'évaluation et les objectifs du cours...

Les questions d'examen composées par les enseignants sollicitent plus les connaissances déclaratives que les connaissances procédurales et conditionnelles. Généralement, les questions sont ainsi plus du type quoi et moins du type comment et pourquoi. Peut-il en être autrement lorsque la communication pédagogique, par la méthode «dictée» ou par d'autres méthodes qui ne mettent pas l'apprenant au centre de sa formation, n'insiste pas elle-même sur les connaissances procédurales et conditionnelles ?

Tout compte fait, l'évaluation est loin d'être partie intégrante du processus d'enseignement apprentissage.

Pendant les sessions d'examen on observe le manque d'éthique exprimé par la corruption, le trafic d'influence, le favoritisme, etc. Le phénomène « côtes sexuellement transmissible » n'est plus un secret pour les observateurs attentifs et passionnés du changement.

Pour clore, le cours des techniques de communication pédagogique devrait ainsi insister sur les modalités susceptibles de permettre à l'enseignement universitaire de sortir de la conception classique de l'enseignement, selon laquelle l'enseignant est porté à se considérer seul détenteur de connaissances.

Pour l'efficacité de la communication pédagogique, les enseignants doivent, désormais mettre l'accent sur des techniques qui centrent davantage l'enseignement sur les étudiants afin de les amener progressivement à construire des connaissances par eux-mêmes, individuellement ou en groupe.

N'est-ce pas ici le lieu d'insister sur la maîtrise par les futurs enseignants de l'E.S.U. des modalités d'enseignement qui, au-delà du cours magistral, sont aussi diverses que possibles, notamment l'enseignement dirigé, les jeux de rôle, les livres, les travaux pratiques, le stage, l'enseignement assisté par Internet, etc.?

§ Reformer les horaires d'enseignement :

Dans le système éducatif traditionnel Lega, nous avons montré comment les éducateurs accordent une première importance sur la répartition de temps pendant l'initiation, car, pédagogiquement, le temps reste la ressource principale qui structure toutes les activités éducatives et qui demeure un élément incontournable de toute phase d'apprentissage.

Observant certains horaires scolaires et académiques, il ressort souvent

une inadéquation entre le temps imparti pour les travaux pratiques, le stage, les exercices au laboratoire, les visites guidées, les travaux de terrain et toutes autres activités mettant en relief la théorie et la pratique par rapport aux enseignements théoriques. On accorde trop de temps à l'enseignement théorique. Par conséquent, cette politique éducative semble ignorer que l'organisation et l'utilisation du temps déterminent les conditions d'apprentissage. A la fin des cours, l'on produit assez des têtes bien pleines que des têtes bien faites.

A ce qui précède, faisons voir aussi que le temps alloué, par exemple, au cours de l'initiation à la recherche scientifique, est insuffisant au regard du temps consacré, par exemple aux activités ludiques.

Par la réforme, le temps scolaire doit être également examiné sous deux aspects complémentaires. Le premier est de nature quantitative et doit viser à étudier le volume de temps à offrir aux apprenants et sa répartition au cours d'une période quelconque (journée, semaine, mois, trimestre, semestre et année). Le second aspect est de nature qualitative à travers la relation entre les contenus des activités d'enseignement et les apprentissages des élèves.

En perspective d'une formation efficiente et efficace, le temps scolaire mérite donc une modification profonde, non seulement sur le plan quantitatif, mais aussi et surtout sur le plan qualitatif en termes d'utilisation réel de temps par les enseignants et les élèves.

Si l'enseignant et l'élève doivent user rationnellement le temps imparti pour une leçon (cours), la nécessité d'établir des conditions d'enseignement qui prennent en compte la diversité des élèves est inéluctable. Un bon enseignant doit tenir compte de la différence d'âge, de milieu social et de développement de ses élèves.

Par conséquent, l'organisation du temps scolaire doit donc être adaptée à cette diversité, à la fois en termes de différence d'âge (ne pas considérer de la même façon les élèves de 8 ans comme ceux de 12 ans) et en termes de respect des rythmes d'apprentissage pour des élèves d'une même classe d'âge (ne pas accorder un même temps d'apprentissage aux élèves doués comme ceux des élèves moyens ou faibles)

En conclusion à cette réflexion sur l'utilisation et l'organisation du temps scolaire, plusieurs points peuvent être soulignés qui ont une utilité certaine pour la politique éducative.

Une idée majeure est déjà que le temps doit être considéré comme la ressource centrale pour les apprentissages des élèves, sachant que sa dimension qualitative est plus importante que sa dimension quantitative : c'est bien l'usage que l'élève peut faire du temps et non seulement son volume qui détermine l'efficacité pédagogique.

A ce titre, l'enseignant exerce bien évidemment un rôle majeur dans les choix d'allocation de temps entre les activités et une compétence professionnelle essentielle est de pouvoir mobiliser l'élève sur la tâche. Le temps et la durée de la recréation (pause), des détentes et vacances doivent être repensés profondément.

Même si l'organisation du temps ne suffit sans doute pas en elle-même à améliorer la qualité de notre école et à réduire la difficulté scolaire, cela peut être néanmoins un levier d'action efficace pour réduire les inégalités entre élèves. En outre, une réflexion approfondie sur l'organisation du temps débouche, de fait, sur des actions touchant la dimension qualitative du temps d'apprentissage des élèves, dimension centrale sur le plan de l'efficacité pédagogique105(*).

j. La définition claire des objectifs de l'enseignement

Un objectif est le résultat escompté décrit en termes de capacités ou de compétence à atteindre. Il se hiérarchise en objectifs opérationnels définis par des conditions de performances et par des critères de qualité ou de niveau106(*).

Ainsi, nous avons démontré qu'à l'issue de l'initiation, les néophytes acquièrent des capacités observables par tous, qui leur rendent capables de faire face aux problèmes réels de la vie. Tout initié ne faisant pas preuve desdites capacités constitue un objet de moquerie jusqu'à ce qu'il se ressaisisse à l'instar de ses collègues.

Pour parvenir à doter les apprenants des capacités suffisantes et observables qui les rendent capables de les appliquer en situation réelle à l'issue de la formation, nous proposons aux enseignants de bien définir les objectifs de leur enseignement, sachant qu'ils doivent, d'une part, déterminer les objectifs spécifiques en termes de savoir (connaissance) que les apprenants sont censés acquérir.

On parle ici des objectifs pédagogiques c'est-à-dire, ceux qui décrivent les actions que les apprenants mettront en oeuvre pendant la formation. Ces objectifs s'expriment avec précision par des verbes d'action le niveau à atteindre par les apprenants dans le domaine concerné. Par exemple compter, énumérer, expliquer, etc.

D'autre part, les enseignants doivent définir clairement les objectifs spécifiques en termes de savoir faire et savoir être. On parle ici des objectifs opérationnels : ce sont donc des activités réelles que les ex-apprenants doivent être capables de réaliser, en situation réelle de travail, avec un certain niveau de performance.

Tout compte fait, un bon enseignant devra s'assigner d'abord, l'objectif de trouver tous les moyens pédagogiques permettant aux apprenants d'acquérir le savoir ou la connaissance. Ensuite d'acquérir la connaissance des moyens qui permettent l'accomplissement d'une tâche (savoir-faire). Enfin d'acquérir, au mieux, la maîtrise d'actions et de réactions adaptées à l'organisme et à l'environnement (savoir-être).

SAVOIR

SAVOIR-FAIRE SAVOIR-ETRE

(Savoir faire-faire)

Objectifs pédagogiques

Figure 1. Les objectifs pédagogiques

* 100 W. COPSON, «Africa's Wars and Prospects for Peace», Sharpe, M. E., Incorporated, 1994,p.56

* 101 NKRUMAH, KWAME, cité par THIERNO BAH, «Le Consciencisme», Paris, Présence Africaine, 1976,

www.unesco.org Consulté le 19 Février 2009

* 102 OCDE : Organisation de coopération et de développement économiques, www.missionfourgous-tice.fr

Consulté le 28 Juillet 2008

* 103 J. KOUDOU, Réforme de l'enseignement supérieur en Afrique francophone et la transition vers le système

LMD, www. events.aau.org

* 104 MOKONZI , Réformer les pratiques pédagogiques

* 105 B. SUCHAUT, L'organisation et l'utilisation du temps scolaire à l'école primaire : enjeux et effets

sur les élèves, IREDU-CNRS et Université de Bourgogne, Mai 2009

* 106 A. DE PERETTI, J. BONIFACE, et J.A. LEGRAND, Encyclopédie de l'évaluation en formation

et en éducation, Guide pratique, ESF, www.cedip.equipement.gouv.fr

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